Œuvres complètes de lord Byron, Tome 13 Comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore by Byron, George Gordon Byron, Baron

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ŒUVRES COMPLÈTES DE LORD BYRON, AVEC NOTES ET COMMENTAIRES, COMPRENANT SES MÉMOIRES PUBLIÉS PAR THOMAS MOORE, ET ORNÉES D'UN BEAU PORTRAIT DE l'AUTEUR.

Traduction Nouvelle

PAR M. PAULIN PARIS, DE LA BIBLIOTHÈQUE DU ROI.

TOME TREIZIÈME.

PARIS.

DONDEY-DUPRÉ PÈRE ET FILS, IMPR.-LIB., ÉDITEURS, RUE SAINT-LOUIS, N° 46, ET RUE RICHELIEU, N° 47 _bis._

1831.

LETTRES DE LORD BYRON, ET MÉMOIRES SUR SA VIE, PAR THOMAS MOORE.

LETTRE CCCCLXXXIV.

A M. MURRAY.

Pise 6 mars 1822.

«Vous avez (ou devez avoir) depuis long-tems reçu une lettre de moi, où j'énonce mon opinion sur les mauvais traitemens que vous avez éprouvés à propos de la dernière publication. Je les crois déshonorans pour ceux qui vous ont persécuté. Je fais la paix avec vous, quoique notre guerre ait eu lieu pour d'autres motifs que cette controverse même. J'ai écrit à Moore, par ce courrier-ci, pour qu'il vous envoyât la tragédie de _Werner_. Je ne contracterai avec vous, ni ne vous proposerai aucun marché sur cette pièce, ni sur le nouveau _Mystère_, jusqu'à ce que nous voyions si ces ouvrages réussissent. S'ils ne se vendent pas (ce qui n'est pas invraisemblable), vous ne me paierez pas; et je crois que c'est vous donner beau jeu, si vous acceptez la partie.

»Bartolini, le célèbre sculpteur, m'a écrit qu'il désirait faire mon buste; j'ai consenti, à condition qu'il ferait aussi celui de la comtesse Guiccioli. Il a fait les deux, et je crois qu'on reconnaîtra que celui de la comtesse est beau. Je vous ferai présent des deux bustes, pour vous montrer que je n'ai point de malice, et pour vous donner une compensation des peines et des tracasseries que vous avez essuyées à cause du buste de Thorwaldsen. Je ne puis rien dire de mon buste, sinon qu'on le juge très-ressemblant à ce que je suis aujourd'hui, ce qui ne ressemble pas du tout à ce que j'étais quand vous me vîtes pour la dernière fois. Le sculpteur est un artiste fameux; et comme c'est d'après son désir qu'il a fait cette œuvre, elle doit être bien faite probablement.

»Que fera-t-on pour *** et son _commentaire_? Il mourra, s'il n'est pas publié; il sera sifflé, s'il est publié: mais il n'y songe pas. Il faut que nous le publiions.

»Tout le tumulte élevé contre moi ne m'a touché que par l'attaque dirigée contre vous, trait peu généreux de l'église et de l'état; mais comme toute action violente produit au bout de quelque tems une réaction proportionnelle, vous serez mieux traité une autre fois.

»Votre très-sincère, etc.»

NOEL BYRON.

LETTRE CCCCLXXXV.

A M. MOORE.

Pise, 8 mars 1822.

«Vous avez eu quantité suffisante de mes lettres depuis quelque tems;--un mot pourtant en réponse à votre présente missive. Vous auriez grand tort de penser que votre avis m'ait offensé.

»Quant à Murray, comme je suis réellement le plus doux et le plus paisible des hommes depuis Moïse (quoique le public et mon «excellente épouse» n'aient pu s'en apercevoir), j'avais déjà fait ma paix et renoué mon alliance avec Albemarle-Street, somme mon épître d'hier vous en aura informé. Mais je croyais avoir expliqué les causes de ma bile,--du moins à vous. Quelques traits de vacillation, de négligence, et d'importune sincérité, soit réels, soit imaginaires, suffisent pour mettre votre vrai grand auteur et grand homme dans un accès de fureur. Mais la réflexion, à l'aide de l'ellébore, m'avait déjà guéri _pro tempore_; sinon, une prière, venue de vous et de Hobhouse, aurait produit sur moi deux fois plus d'effet que le _tribus Anticyris_[1], avec quoi Horace désespère de purger un poète.--Je suis réellement honteux de vous avoir fatigué si fréquemment et si lourdement depuis peu; mais que pouvais-je faire? Vous êtes un ami,--ami absent, hélas!--et comme je n'ai en aucun autre plus de confiance, je vous importune en proportion.

[Note 1: HOR. _Art Poét._--Anticyre était le nom d'une île fertile en ellébore. (_Note du Trad._)]

»Cette guerre «de l'église et de l'état» m'a étonné plus qu'elle ne me trouble, car je croyais réellement que _Caïn_ était une œuvre spéculative et hardie, mais pourtant innocente. Comme je vous l'ai déjà dit, je suis vraiment grand admirateur de la religion matérielle et tangible; et j'élève une de mes filles dans la foi catholique, afin qu'elle ait les mains pleines. Le catholicisme est bien le culte le plus élégant, sans excepter peut-être la mythologie grecque. L'encens, les tableaux, les statues, les autels, les châsses, les reliques, et la présence réelle, la confession et l'absolution,--tout cela donne prise aux sens. D'ailleurs il n'y a plus de possibilité pour le doute; car ceux qui avalent leur divinité véritablement et réellement dans le mystère de la transsubstantiation, ne peuvent guères rien trouver de plus facile digestion.

»Je crains que ce mot ne soit trop égrillard, mais je l'ai dit sans mauvaise intention; c'est mon tour d'esprit qui me fait prendre les choses sous leur point de vue absurde, et qui éclate malgré moi de tems en tems. Pourtant, je vous assure que je suis bon chrétien. Me croyez-vous sur ce point? je ne sais,--mais je compte que vous me croirez à la lettre.

»Votre ami très-sincère et très-affectionné, etc.

»_P. S._ Dites à Murray qu'une des conditions de la paix est qu'il publie (ou fasse publier par un confrère) le _Commentaire du Dante_ de ***, malgré l'extrême répugnance que le commerce paraît y opposer. Cette publication rendra notre homme si extraordinairement heureux! Il dîne aujourd'hui avec moi et une demi-douzaine d'Anglais, et je n'ai pas le cœur de lui dire combien le monde de la librairie a d'antipathie pour son commentaire--qui pourtant respire la morale et la religion la plus orthodoxe. Bref, je regarde comme un point important, que *** soit mis sous presse. Il a soif d'être auteur, et il a été le plus heureux des hommes pendant ces deux derniers mois, en imprimant, corrigeant, collationnant, datant, anticipant, et ajoutant à ses trésors de science. A propos, il est encore tombé de cheval dans un fossé, l'autre jour, en se promenant avec moi dans la campagne.»

LETTRE CCCCLXXXVI.

A M. MURRAY.

Pise, 15 mars 1822.

»Je suis charmé que vous et vos amis approuviez ma lettre du 8 du mois dernier. Vous pouvez y donner toute la publicité que vous jugerez convenable dans les circonstances actuelles. Je vous ai depuis écrit deux ou trois fois.

»Quant à «un poème dans l'ancien genre» je n'essaierai rien de plus en ce genre. Je suis la pente de mon esprit, sans considérer si les femmes ou les hommes sont ou ne sont pas satisfaits, mais peu importe à mon éditeur, qui doit juger et agir en raison de ma popularité.

»Donc, laissez les ouvrages à leur destinée: si l'on paie, vous me paierez en proportion; sinon, c'est moi qui vous paierai.

»Les affaires de la succession Noël ne m'amèneront pas, j'espère, en Angleterre. Je n'ai aucun désir de revoir ce pays, sinon pour vous tirer de prison (si je puis le faire en prenant votre place), ou peut-être pour m'y faire mettre, en exigeant satisfaction d'une ou deux personnes, qui profitent de mon absence pour m'insulter. Sauf cela je n'ai ni affaires ni relations en Angleterre, ni je ne désire en avoir (hormis les gens de ma famille et mes amis, à qui je souhaite toute sorte de prospérité); somme toute, j'ai si peu vécu en Angleterre (à peu près cinq ans depuis l'âge de vingt-ans), que mes habitudes sont trop continentales, et que votre climat me plairait aussi peu que votre société.

»J'ai vu le _rapport_ du chancelier dans un journal français. Dites-moi, je vous prie, pourquoi ne persécute-t-on pas la traduction de Lucrèce, ou même l'original pour ce vers,

_Primus in orbe Deos fecit timor_[2],

»Ou pour cet autre.

_Tantum relligio potuit suadere malorum_[3]?

[Note 2: Les Dieux durent leur origine à la crainte.]

[Note 3: Tant la religion a pu inspirer de forfaits! (_Notes du Trad._)]

»Vous devriez réellement faire faire quelque chose pour le commentaire de Mr ***: que puis-je lui dire?

»Tout à vous, etc.»

LETTRE CCCCLXXXVII.

A M. MURRAY.

Pise, 13 avril 1822.

»Mr Kinnaird m'écrit, qu'il a paru une «excellente _défense_» de _Caïn_, contre l'_Oxoniensis_; vous ne m'avez envoyé rien de plus qu'une excellente attaque du même poème. S'il existe un tel «défenseur de la foi» vous pouvez m'envoyer ses trente-neuf articles, pour contrebalancer quelques-unes de vos dernières communications.

»Êtes-vous prêt ou non à publier ce que Moore et Mr Kinnaird ont entre leurs mains, et la _Vision du Jugement_? Si vous publiez cette dernière pièce dans une édition à bon marché, afin de confondre les espérances des pirates par un bas prix, vous verrez qu'elle réussira. Je regarde le _Mystère_ et _Werner_ comme de bons ouvrages, et j'espère que vous les publierez promptement. Vous ne mettrez pas mon nom à _Quevedo_, mais le publierez comme édition étrangère, et le laisserez aller son chemin. Douglas Kinnaird l'a encore, je crois, avec la préface.

»Je vous renvoie à lui pour les documens relatifs au dernier tapage d'ici. Je les lui ai envoyés il y a une semaine.

»Tout à vous, etc.

LETTRE CCCCLXXXIX[4].

A M. MURRAY.

Pise, 22 avril 1822.

»Vous serez peiné d'apprendre que j'ai reçu l'avis du décès de ma fille Allégra, morte d'une fièvre dans le couvent de Bagna Cavallo, où elle avait été placée l'année dernière pour commencer son éducation. C'est un coup bien rude pour plusieurs raisons, mais il faut le supporter, avec l'aide du tems.

[Note 4: La lettre 488 a été supprimée.]

»J'ai l'intention d'envoyer ses restes en Angleterre pour qu'ils reçoivent la sépulture dans l'église d'Harrow (où jadis j'espérais moi-même être enterré), et c'est la raison pour laquelle je vous importune de cette nouvelle. Je désire que les funérailles soient très-secrètes. Le corps est embaumé, et dans une caisse de plomb. Il sera embarqué à Leghorn. Voulez-vous nous donner les meilleurs avis pour le faire arriver à bon port.

»Tout à vous, etc.

N. B.

»_P. S._ Vous savez que les protestans ne peuvent, dans les pays catholiques, recevoir la sépulture en terre sainte.»

LETTRE CCCCXC.

A M. SHELLEY.

23 avril 1822.

»Le coup a été inattendu et étourdissant; car je croyais le danger passé, vu le long intervalle qui s'est écoulé entre l'avis du mieux être et l'arrivée du fatal exprès. Mais j'ai supporté ce coup de mon mieux et même avec tant de succès, que je puis me livrer aux occupations ordinaires de la vie avec l'apparence du même calme, et peut-être même d'un plus grand. Il n'y a rien qui empêche que vous ne veniez demain, mais aujourd'hui, comme hier soir, il vaut mieux peut-être que je ne vous voie pas. Je ne crois pas avoir rien à me reprocher dans ma conduite, et surtout dans mes sentimens et mes intentions à l'égard de la petite infortunée. Mais c'est un moment où nous sommes disposés à penser que, si nous avions fait ceci ou cela, nous aurions prévenu un tel événement,--quoique chaque jour, chaque heure nous montre combien ce malheur est naturel et inévitable. Je présume que le tems fera son œuvre ordinaire:--la mort a fait la sienne.

»Tout à vous à jamais,»

LETTRE CCCCXCI.

A SIR WALTER-SCOTT.

Pise 4 mai 1822.

MON CHER SIR WALTER,

«Le tableau que vous me faites de votre famille est fort touchant. Que ne puis-je «reconnaître ce plaisir par le pendant de votre tableau!» Mais je viens de perdre ma fille naturelle, Allégra, qui a succombé à une fièvre. Ma seule consolation, hormis le tems, est la réflexion que ma fille est maintenant en repos ou heureuse: car le peu d'années qu'elle a vécu (elle avait cinq ans) l'a empêchée d'être souillée d'aucun péché, excepté celui que nous héritons d'Adam.

Quiconque est aimé des Dieux meurt jeune.

»Je n'ai pas besoin de vous dire que vos lettres me seront particulièrement agréables, quand elles ne seront pas une taxe sur votre tems et sur votre patience; et maintenant que notre correspondance est reprise, j'espère qu'elle continuera.

»J'eus dernièrement ici quelque inquiétude, je ne dis point quelque embarras, à propos d'une affaire assez bizarre, dont vous avez peut-être entendu parler; mais notre ministre s'est conduit très-noblement, et le gouvernement toscan aussi bien qu'il est possible à un tel gouvernement de le faire, ce qui n'est pas beaucoup dire. Quelques Anglais et Écossais, moi compris, nous eûmes une querelle avec un dragon, qui avait insulté l'un de nous, et que nous avions pris pour un officier, vu qu'il était galonné et fort bien monté, etc., mais il se trouva n'être qu'un sergent-major. Il appela la garde aux portes de la ville pour nous arrêter (nous étions sans armes); sur quoi, moi et un autre (un Italien) nous passâmes au galop à travers la susdite garde, mais nos autres compagnons furent arrêtés. Je courus chez moi, et envoyai mon secrétaire faire aux autorités un rapport de cette arrestation illégale; puis, toujours sans descendre de cheval, je retournai aux portes, qui sont près de ma demeure actuelle. A moitié chemin, je rencontrai mon homme, qui exhala sa bile en propos insultans, et menaça de me frapper de son sabre (moi qui n'avais qu'une canne à la main, et point d'autres armes). Moi, qui continuais à le croire officier, je lui demandai son nom et son adresse, et lui donnai ma main et mon gant. Un de mes domestiques se jeta entre nous (sans que je le lui eusse commandé); mais, sur mon ordre, il laissa le dragon aller son chemin. Ce dernier s'enfuit alors à toute bride; mais environ quarante pas plus loin, il fut frappé, et même dangereusement (de manière à être en péril de mort), par un _Callum Beg_ ou quelque autre de mes gens (car j'ai près de moi quelques gaillards à la main prompte): je n'ai pas besoin de vous dire que ce fut sans commandement ou approbation de ma part. Le susdit dragon avait toutefois sabré nos compatriotes sans armes, à la porte de la ville, après qu'ils eurent été arrêtés, et pendant qu'ils étaient tenus par les gardes;, il en avait même blessé un, le capitaine Hey, très-grièvement. Par qui fut-il blessé à son tour? Quoique le coup ait eu lieu devant des milliers de personnes, on n'a jamais pu constater ni prouver le fait, ni même déterminer par quelle arme; les uns disent un pistolet, les autres un fusil à vent, un _stiletto_, une épée, une lance, une fourche, et que sais-je encore. On a arrêté et confronté des domestiques et des gens de toute espèce, sans pouvoir rien découvrir. M. Dawkins, notre ministre, m'assure qu'on ne soupçonne pas du tout que l'auteur du coup ait été poussé par moi ou par aucun de mes compagnons. Je vous envoie ci-joint les copies des dépositions de nos gens et amis, et du docteur Craufurd, spirituel Écossais (qui n'est pas de mes connaissances), qui avait vu la fin de l'affaire. Toutes les pièces sont en italien.

»Ce sont les seules matières littéraires où j'aie été engagé depuis la publication orageuse de _Caïn_;--mais M. Murray a plusieurs de mes productions à accoucher: un autre mystère,--une vision,--un drame,--etc. Mais vous, vous ne voulez pas me dire ce que vous faites;--cependant, je vous devinerai; écrivez ce qu'il vous plaira. Vous dites que j'aimerais votre gendre:--il me serait difficile de ne point l'aimer, puisqu'il a un si étroit lien avec vous; mais je ne doute pas que ses qualités ne soient conformes à votre description.

»Je suis fâché que vous n'aimiez pas le nouvel ouvrage de lord Oxford. Mon aristocratie, qui est intraitable, le rend un de mes favoris. Songez que ces «petites factions» occupèrent lord Chatham et Fox le père, et que nous autres nous vivons dans un tems gigantesque, qui nous fait prendre pour des pygmées tous les hommes au-dessous de Gog et de Magog.--Après avoir vu Napoléon commencer comme Tamerlan et finir comme Bajazet dans notre siècle, nous ne trouvons pas le même intérêt dans une histoire, qui autrement nous aurait paru importante. Mais je finis.

»Croyez-moi pour toujours et très-sincèrement tout à vous.»

NOEL BYRON.

LETTRE CCCCXCII.

A M. MURRAY.

Pise, 17 mai 1822.

«J'apprends que la _Revue d'Édimbourg_ a attaqué les trois drames, ce qui est une mauvaise affaire pour vous; et je ne m'étonne pas que vous perdiez courage. Cependant, ce volume peut être confié au tems:--c'est sur le tems qu'il vous faut compter. J'ai relu le livre avec attention depuis la publication, et je pense qu'un jour il sera préféré à mes autres écrits. Je dis cela sans colère contre les critiques ou la critique, quelle qu'elle puisse être (car je ne l'ai pas vue); et rien de ce qui a paru ou peut paraître dans la _Revue_ de Jeffrey, ne me fera oublier qu'il a tenu bon pour moi pendant dix ans, sans autre motif que sa bonne volonté.

»J'apprends que Moore est en ville; rappelez-moi à lui, et croyez-moi

»Tout à vous sincèrement,

N. B.

»_P. S._ Si vous le jugez nécessaire, vous pouvez m'envoyer la _Revue d'Édimbourg_. S'il y a quelque passage qui demande une réponse, je répondrai, mais modérément et techniquement, c'est-à-dire en n'ayant égard qu'aux principes posés par la critique, et sans allusions offensives, soit à la personne, soit au mérite littéraire du critique.»

LETTRE CCCCXCIII.

A M. MOORE.

Pise, 17 mai 1822.

«J'apprends que vous êtes à Londres. Vous aurez su de Douglas Kinnaird (qui me dit que vous avez dîné avec lui) tout ce que vous aurez désiré savoir de mes affaires. J'ai dernièrement perdu ma petite fille Allégra par suite d'une fièvre, ce qui a été pour moi un coup sérieux.

»Je ne vous ai pas écrit dernièrement, ne sachant pas exactement où vous étiez. Douglas Kinnaird a refusé d'envoyer mon cartel à M. Southey.--Pourquoi? Il vous l'expliquera lui-même. »................................................[5]

N. B.

[Note 5: Ici suit la répétition des détails de la querelle racontée plus haut à Walter-Scott. (_Note de Moore_.)]

LETTRE CCCCXCIV.

A M. MURRAY.

Montenero[6], 26 mai 1822, près Leghorn.

[Note 6: Colline à trois ou quatre milles de Leghorn, très-fréquentée, comme lieu de résidence, durant les mois d'été. (_Note de Moore_.)]

«Le corps est embarqué, je ne sais pas dans quel vaisseau: je n'ai pu entrer dans les détails, mais la comtesse Guiccioli a eu la bonté de donner les ordres nécessaires à M. Dunn, qui a surveillé l'embarquement, et qui vous écrira. Je désire que la sépulture ait lieu dans l'église d'Harrow.

»Il y a un endroit dans le cimetière, près du sentier, au sommet de l'éminence qui regarde Windsor, et une tombe sous un arbre immense (elle porte le nom de Peachie ou Peachey), où j'avais coutume de demeurer assis durant des heures entières quand j'étais enfant: c'était mon endroit favori. Mais comme je désire consacrer quelques phrases à la mémoire d'Allégra, il vaut mieux faire déposer le corps dans l'église. Près de la porte, à la gauche quand on entre, il y a un monument qui porte ces mots:

Quand le deuil pleure sur la poussière sacrée de la vertu, Nos larmes nous vont bien, et notre douleur est juste; Telles furent les larmes de celle dont la reconnaissance paie Ce dernier et mélancolique tribut de son amour et de sa louange.

»Je me rappelle ces vers (après dix-sept ans), non qu'ils soient remarquables par eux-mêmes, mais parce que de ma place, dans la galerie, j'avais presque toujours les yeux tournés vers ce monument. Je désirerais qu'Allégra fût enterrée le plus près de là qu'il sera possible, et qu'on plaçât dans le mur une table de marbre avec ces mots:--

EN MÉMOIRE

D'ALLÉGRA,

FILLE DE G. G. LORD BYRON,

MORTE A BAGNA CAVALLO,

EN ITALIE, LE XX AVRIL MDCCCXXII,

A L'AGE DE CINQ ANS ET TROIS MOIS..

«J'IRAI A ELLE, MAIS ELLE NE REVIENDRA PAS A MOI.»

(2e _Samuel_, XII, 23.)

«Je désire que les funérailles soient aussi secrètes que la décence le comportera; et j'espère que Henry Drury lira l'office des morts sur ma fille. S'il refuse, l'office sera célébré par le ministre de service. Je ne crois pas avoir besoin de rien ajouter.

»Depuis que je suis ici, j'ai été invité par les Américains à venir à bord de leur escadre, où j'ai été accueilli avec toute la bienveillance que je pouvais désirer, et avec plus de cérémonie que je n'en aime. J'ai trouvé leurs navires plus beaux que les nôtres de la même classe, et bien montés en hommes et en officiers. Il y avait alors à bord beaucoup de bourgeois américains et quelques dames. Comme je prenais congé de la compagnie, une dame américaine me demanda une rose que je portais, afin, dit-elle, d'envoyer en Amérique quelque chose de moi comme souvenir. Je n'ai pas besoin d'ajouter que je répondis convenablement au compliment. Le capitaine Chauncey me montra une fort jolie édition américaine de mes poèmes, et m'offrit le passage aux États-Unis, si je voulais y aller. Le commodore Jones ne fut pas moins poli ni moins prévenant. J'ai depuis reçu la lettre ci-incluse, qui me prie de poser pour mon portrait en faveur de quelques Américains. Il est singulier que, la même année où lady Noël interdit par testament à ma fille de voir le portrait de son père avant plusieurs années, les individus d'une nation qui n'est pas connue pour aimer les Anglais en particulier ni pour flatter les hommes en général, me prient de poser pour «ma portraiture», comme dit le baron Bradwardine. J'apprends aussi que je reçois de grands honneurs littéraires en Allemagne. Goëthe, me dit-on, est mon patron et protecteur avoué. A Leipzik, cette année, le grand prix proposé a été une traduction de deux chants de _Childe Harold_. Je ne suis pas sûr que ce soit à Leipzik, mais M. Rowcroft est mon autorité;--c'est un jeune américain, qui est fort instruit en littérature allemande, et qui connaît Goëthe particulièrement.

»Goëthe et les Allemands sont surtout charmés de _Don Juan_, qu'ils jugent une œuvre d'art. Je l'avais déjà entendu dire par le baron Lutzerode. On a fait de nombreuses traductions de plusieurs de mes ouvrages, et Goëthe a fait un parallèle entre _Faust_ et _Manfred_.

»Tout cela est une espèce de compensation pour la brutalité, que vous autres, Anglais, avez déployée cette année à un si haut degré. ......................................................

»Tout à vous, etc.»

LETTRE CCCCXCV.

A M. MURRAY.

Montenero, près Leghorn, 29 mai 1822.

«Je vous renvoie les épreuves. Votre imprimeur a fait une drôle de bévue:--«pauvre comme un _rat_»--au lieu de «pauvre comme un _avare_[7].» L'expression peut sembler étrange; mais ce n'est qu'une traduction du _semper avarus eget_[8]. Vous joindrez le _Mystère_ et vous publierez aussitôt que vous pourrez. Je ne me soucie pas de «votre saison opportune» ni des approbations ou improbations des bas-bleus. Tout ce que vous avez à considérer sur ce sujet est un point de commerce, et si je le règle suivant vos désirs (même en courant moi seul tous les risques et périls), vous me permettrez de choisir le tems et le mode de la publication. Quant au volume dernièrement publié, l'attaque présente, contre lui ou plutôt contre moi, peut lui nuire pour un tems, mais il a en lui un principe vital de durée, comme vous le verrez un jour. Je vous ai écrit il y a quelques jours sur un autre sujet.

»Tout à vous,

N. B.

[Note 7: _Poor as a_ mouse, au lieu de _poor as a miser_.]

[Note 8: L'avare est toujours pauvre. (_Notes du Trad._)]

»_P. S._ Ayez la bonté de m'envoyer la _Dédicace_ de _Sardanapale_ à Goëthe. Je la mettrai devant _Werner_, à moins que vous ne préfériez que j'en mette une autre, où je dise que la première avait été omise par l'éditeur.

»Sur le faux-titre du présent volume, mettez:

»Publié pour l'auteur par John Murray.»

LETTRE CCCCXCVI.

A M. MURRAY.

Montenero, Leghorn, 16 juin 1822.

«Je vous renvoie la seconde épreuve de _Werner_, et j'attends le reste. Quant aux _vers sur le Pô_, peut-être vous ferez bien de les glisser paisiblement dans une seconde édition (si vous allez jusque-là, bien entendu) plutôt que de les insérer dans la première; car quoiqu'ils aient été reconnus pour bons et que je désire ne pas les perdre, je ne veux pas qu'ils attirent immédiatement l'observation, à cause des relations de parenté de la dame à qui ils sont adressés avec les premières familles de la Romagne et des Marches.

»Le défenseur de _Caïn_ peut être ou ne pas être, comme vous l'appelez «un novice en littérature.» Toujours est-il, à mon avis, que vous et moi lui avons une grande obligation. J'ai lu l'article de la _Revue d'Édimbourg_ dans le _Magazine_ de Galignani, et je n'ai pas encore décidé si je dois ou non répondre; car, si je réponds, il me sera difficile de ne pas «amuser les Philistins» en renversant une ou deux maisons: attendu que, une fois en besogne, il faut dire tout ce qui vient au bout de ma plume ou bien la rejeter loin de moi. Je n'ai pas l'hypocrisie de prétendre à l'impartialité, ni un caractère (comme on dit) à m'abstenir toujours de dire ce qui déplaira à l'auditeur ou au lecteur. Que veut-on dire par le mot d'_œuvre travaillée_? Vous savez bien que j'ai tout écrit aussi vite que j'ai pu tracer des caractères sur le papier, que tout a été imprimé d'après les manuscrits originaux et que je n'ai jamais rien revu que dans les épreuves; voyez les dates et les manuscrits. Toutes les fautes viennent de la négligence, et non du travail. On disait la même chose de _Lara_, que je composai en me déshabillant à mon retour des bals et des mascarades dans l'an de bombance 1814.

Tout à vous.»

LETTRE CCCCXCVII.

A M. MOORE.

Montenero, Villa Dupoy, près Leghorn, 8 juin 1822.

«Je vous ai écrit deux fois par l'intermédiaire de Murray, et sur un sujet assez usé,--la perte de la pauvre petite Allégra, morte d'une fièvre; je ne dirai sur ce point rien de plus,--sinon qu'il n'y a d'autre ressource que le tems.

»Il y a peu de jours, mon ancien et tendre ami, lord Clare, est revenu de Genève, afin de me voir avant de retourner en Angleterre. Comme je l'ai toujours aimé (depuis l'âge de treize ans, à Harrow) plus que tout autre individu (masculin) de ce monde, j'ai à peine besoin de dire quel plaisir mélancolique j'eus à ne le voir que pour un jour; car il était obligé de reprendre son voyage sur-le-champ. ...........................

»J'ai lu le dernier article de Jeffrey dans une fidèle citation de l'impartial Galignani. Je présume que le fin mot de ceci, c'est que Jeffrey désire me provoquer à répondre. Mais je ne veux pas, car je lui suis encore redevable pour sa bienveillance passée. En vérité, je suppose que l'occasion présente de cette nouvelle attaque contre moi était irrésistible; je ne puis le blâmer, connaissant ce que c'est que la nature humaine. Je ne ferai qu'une remarque;--que veut-il dire par l'expression d'_œuvre travaillée_? Tout le volume a été composé avec la plus grande rapidité, au milieu des évolutions, révolutions, persécutions et proscriptions de tous ceux qui m'intéressaient en Italie. On disait la même chose de _Lara_, qui, vous savez, fut écrite au milieu des bals et des folies, et au retour des mascarades et des _routs_[9], dans l'été des souverains. De tout ce que j'ai jamais écrit, ces derniers ouvrages sont peut-être les plus négligemment composés; et les fautes, quelles qu'elles soient, sont dues à l'incurie, et non au travail. Je ne prétends pas que ce soit un mérite, mais c'est un fait.

»Tout à vous à jamais et de cœur,

N. B.

»_P. S._ Vous voyez le grand avantage de ma nouvelle signature:--elle peut être prise pour _Nota bene_ ou pour Noël Byron; et, par conséquent, elle m'épargnera beaucoup de répétitions, soit dans les livres ou dans les lettres que j'écrirai. Depuis que je suis ici, j'ai été invité à bord de l'escadre américaine, et traité avec tous les honneurs et toutes les cérémonies possibles. On m'a prié de poser pour mon portrait; et, à l'instant où je m'en allais, une dame américaine me prit une rose (qui m'avait été donnée le matin même par une fort jolie dame italienne), parce que, disait-elle, «elle était résolue à envoyer ou emporter en Amérique quelque souvenir qui vînt de moi.» Toutefois, ces hommages américains ne naissent peut-être pas tant de l'admiration de ma poésie que de mon dédain pour les Anglais,--en quoi j'ai la satisfaction de cadrer avec les citoyens des États-Unis. J'aimerais mieux toutefois recevoir un coup-d'œil d'un Américain, qu'une tabatière d'un empereur.»

[Note 9: Mot anglais (qu'on prononce _raout_) adopté maintenant dans la société française, pour désigner les réunions extrêmement nombreuses. (_Note du Trad._)]

LETTRE CCCCXCVIII.

A M. ELLICE.

Montenero, Leghorn, 12 juin 1822.

MON CHER ELLICE,

«Il y a long-tems que je ne vous ai écrit, mais je n'ai pas oublié votre bonté, et je viens aujourd'hui la mettre à contribution,--non pas trop, à ce que j'espère;--mais ne vous alarmez point, ce n'est pas un prêt, mais une information que je vais solliciter. Vu l'étendue de vos relations, personne ne peut avoir de meilleures occasions pour connaître l'état réel de l'Amérique du Sud,--je veux dire du pays de Bolivar. J'ai depuis plusieurs années le projet d'un établissement transatlantique; et ce que je désirerais de vous, ce seraient quelques renseignemens sur la meilleure voie à suivre, et quelques lettres de recommandation, au cas que je m'embarquasse pour Angustura. On me dit que les terres dans ce pays se vendent à très-bon marché; mais quoique je n'aie pas de grands fonds disponibles à consacrer à de tels achats, cependant mon revenu actuel est suffisant, dans quelque pays que ce soit (hormis l'Angleterre), pour fournir à tous les besoins nécessaires de la vie, et même à un abondant superflu. La guerre est maintenant terminée là-bas; et comme je n'y vais pas pour spéculer, mais pour m'y établir sans aucune autre vue que celle de l'indépendance, et de la jouissance commune des droits civils, je présume que mon arrivée ne serait pas vue avec déplaisir.

»Tout ce que je vous demande, c'est de ne point me _dé_courager ou _en_courager, mais de me donner tous les renseignemens que vous jugerez utiles et convenables. Je ne m'adresse pas sur ce point à mes autres amis, qui ne feraient que jeter des obstacles dans ma route, et me solliciteraient de revenir en Angleterre: ce que je ne ferai jamais, à moins d'y être contraint par une cause insurmontable. J'ai une grande quantité de meubles, de livres, etc., etc., que j'embarquerais aisément à Leghorn; mais je désire «regarder avant de sauter» sur l'Atlantique. Est-il vrai que pour quelques milliers de dollars on puisse avoir une vaste étendue de terres? Je parle de l'Amérique du Sud, songez bien. J'ai lu quelques ouvrages publiés sur ce sujet, mais ils m'ont paru entachés de violence et d'esprit de parti. Ayez la bonté de m'adresser ici votre réponse, et croyez-moi toujours et sincèrement votre, etc,[10].»

[Note 10: La réponse de M. Ellice dissuada vivement Lord Byron de son dessein. L'entière désorganisation du pays et de ses institutions, qui ne permettra peut-être pas à la Colombie de recouvrer, même avant plusieurs siècles, le degré d'industrie et de prospérité dont elle jouissait sous les Espagnols, rendait ce pays, dans l'opinion de M. Ellice, l'un des derniers où un homme désireux de la paix et du repos, ou même de sa sécurité personnelle et de la sûreté de ses propriétés, dût aller chercher un asile. Tant que Bolivar vivrait et maintiendrait son autorité, on pouvait, disait M. Ellice, mettre toute confiance dans son intégrité et sa fermeté; mais, à sa mort, s'ouvrirait une ère nouvelle de combats et de désordres. (_Note de Moore_.)]

A cette époque, Lord Byron posa pour faire faire son portrait par M. West, artiste américain, qui a lui-même donné, dans un de nos ouvrages périodiques, les détails suivans sur le noble poète:--

«Au jour convenu, j'arrivai à deux heures, et commençai son portrait. Je le trouvai un modèle incommode. Il parla tout le tems, et me fit une multitude de questions sur l'Amérique;--me demanda jusqu'à quel point j'aimais l'Italie, quelle opinion j'avais des Italiens, etc. Quand il devint silencieux, il fut alors un modèle plus commode qu'auparavant, car il prit une contenance qui ne lui était point propre, comme s'il eût songé toutefois à un frontispice pour _Childe Harold_. Au bout d'environ une heure, notre première séance fut terminée, et je retournai à Leghorn, pouvant à peine me persuader que ce fût là ce hautain misantrope dont le caractère avait toujours paru si enveloppé de ténèbres et de mystère, car je ne me rappelle pas avoir jamais vu de manières plus douces et plus attrayantes.

»Je revins le lendemain, et j'eus une autre séance d'une heure, durant laquelle il sembla inquiet de savoir ce que deviendrait mon œuvre. Tandis que je peignais, la fenêtre d'où la lumière me venait s'obscurcit soudain, et j'entendis une voix s'écrier: _È troppo bello_! Je me retournai, et je vis une belle femme qui se baissait pour regarder, le sol extérieur étant de niveau avec le bas de la fenêtre. Ses longs cheveux d'or tombaient sur son visage et ses épaules; son teint était superbe, et son sourire complétait la tête la plus romantique que j'eusse jamais vue, rehaussée surtout comme elle l'était par l'éclat du soleil qui brillait par derrière. Lord Byron invita cette dame à entrer, et me la présenta en me disant que c'était la comtesse Guiccioli. Il semblait passionnément amoureux d'elle, et je fus charmé de la présence de la comtesse, car l'air de plaisir que Lord Byron prit alors auprès d'elle le rendait un meilleur modèle.

»Le lendemain, je fus content de voir que le progrès que j'avais fait dans la ressemblance avait fait plaisir: car, lorsque nous fûmes seuls, il me dit qu'il avait une faveur particulière à me demander,--la lui accorderais-je? Je dis que je serais heureux de l'obliger, et il m'engagea à la tâche flatteuse de peindre pour lui le portrait de la comtesse Guiccioli. Je commençai ce second portrait, le matin suivant; et, depuis, ils posèrent alternativement. Il me raconta toute l'histoire de sa liaison avec la comtesse, et me dit qu'il espérait que ce serait pour la vie; qu'en tout cas, ce ne serait pas sa faute s'il en était autrement. Ses autres attachemens s'étaient brisés sans faute de sa part.

»J'étais alors devenu assez familier avec lui pour répondre à la question qu'il m'adressa sur l'opinion que j'avais de lui avant de l'avoir vu. Il rit beaucoup de l'idée que je m'étais formée de lui, et dit: «Eh bien! vous me trouvez comme tout le monde, n'est-ce pas?» Il me répéta souvent depuis: «Ainsi, vous m'aviez cru un tout autre homme, n'est-ce pas?» Je me souviens de lui avoir dit un jour que nonobstant sa vivacité, je croyais exacte au moins une de mes conjectures sur lui, car je pensais toujours qu'il n'était pas un homme heureux. Il eût hâte de savoir quelle raison j'avais pour penser ainsi, et je lui demandai s'il n'avait jamais observé que les petits enfans, après un accès de chagrin, avaient par intervalles une espèce de manière convulsive et tremblante de tirer une longue aspiration. Toutes les fois que j'avais observé ce phénomène chez une personne, quel que fût son âge, j'avais toujours trouvé que la cause en était le chagrin. Il me dit que l'idée était nouvelle pour lui, et qu'il en profiterait.

»Lord Byron, avec toute sa société, quitta Villa Rossa (nom de sa maison) au bout de quelques jours, pour emballer ses affaires dans sa maison de Pise. Il me dit qu'il resterait quelques jours dans cette ville, et me pria, si j'avais encore quelque chose à faire aux portraits, d'y venir, et d'y rester avec lui. Il semblait embarrassé de savoir où il irait, et se préparait, je crois, à s'embarquer pour l'Amérique. Je restai avec lui à Pise pendant peu de jours, car il était si tracassé par la police, et le tems était si chaud, que je doutai de pouvoir donner un dernier coup aux portraits; et partant un matin avant qu'il ne fût levé, je lui écrivis de Leghorn un mot d'excuse. Somme toute, je le quittai avec l'intime conviction qu'il possédait un excellent cœur, qu'on avait méconnu partout à cause d'une légèreté de mœurs qu'il s'était complu, par une vanité bizarre, à opposer à celles des autres.»

LETTRE CCCCXCIX.

A M. MURRAY.

Pise, 6 juillet 1822.

«Je vous renvoie la seconde épreuve. J'ai adouci le passage que Gifford avait blâmé, et changé le nom de Michel en celui de Raphaël, ange de plus douces inclinations. A propos, n'oubliez pas de changer Michel en Raphaël dans toute la scène, car je n'ai eu le tems de faire ce changement que dans la liste des _dramatis personœ_; et raturez tous ces passages crayonnés, pour éviter d'intriguer les imprimeurs. J'ai donné la _Vision de Quevedo Redivivus_ à John Hunt, ce qui vous tirera d'embarras. Il la publiera à ses risques et périls, vu que c'est à son vif désir. Donnez-lui la copie corrigée que M. Kinnaird avait, attendu qu'elle est mitigée en partie, et la préface aussi.»

LETTRE D.

A M. MURRAY.

Pise, 8 juillet 1822.

«Je vous ai renvoyé la semaine dernière le paquet des épreuves. Vous ferez bien peut-être de ne pas publier dans le même volume les _Vers sur le Pô_, et la traduction de l'épisode de _Françoise de Rimini_.

»J'ai cédé à M. John Hunt _la Vision du Jugement_, que vous voudrez bien lui remettre; plus le chant de Pulci, texte et traduction, et tous mes morceaux de prose: car M. Leigh Hunt est arrivé ici, et songe à commencer un ouvrage périodique, auquel je contribuerai. Je ne vous propose pas d'en être l'éditeur, parce que je sais que vous n'êtes pas bons amis; mais tout ce que vous avez, excepté le volume actuellement sous presse et le manuscrit acheté à M. Moore, peut être donné dans ce but.

»Quant à ce que vous dites de votre «manque de mémoire,» je ne puis que remarquer que vous avez inséré la note de _Marino Faliero_ malgré ma révocation positive, et que vous avez omis la _Dédicace de Sardanapale_ à Goëthe (placez-la à la tète du volume sous presse); ce sont deux fautes qui ne m'ont point été agréables, et je ne voudrais pas que de pareilles négligences se renouvelassent à l'avenir, attendu qu'on peut les éviter avec un peu de soin, ou un simple _memorandum_ dans votre portefeuille.

»Il n'est pas impossible que j'aie trois ou quatre chants de _Don Juan_ prêts pour l'automne, ou un peu plus tard, vu que j'ai obtenu de ma souveraine la permission de continuer le poème,--pourvu toutefois qu'il soit plus décent et plus sentimental dans la continuation que dans le début. Vous verrez bientôt comment ces conditions ont été remplies. Répondez-moi quand il vous plaira.

»Tout à vous, etc.»

LETTRE DI.

A M. MOORE.

Pise, 12 juillet 1822.

«Je vous ai écrit dernièrement, mais non en réponse à votre dernière lettre d'il y a environ quinze jours. Je désire savoir (et je vous prie de me répondre sur ce point) ce que sont devenues les stances à Wellington (destinées à ouvrir un chant de _Don Juan_), que je vous ai envoyées il y a plusieurs mois. Si elles sont tombées dans les mains de Murray, lui et les torys les supprimeront, attendu que ces vers apprécient ce héros à sa juste valeur. Expliquez-vous, je vous prie, sur ce point, vu que je n'ai point de copie, et que je vous ai envoyé le manuscrit original; et si vous avez encore ces vers, renvoyez-les moi, ou du moins donnez m'en une copie correcte........................... .....................................................................

»J'ai souscrit à Leghorn pour deux cents couronnes toscanes, en faveur de votre comité irlandais; c'est environ mille francs: je ne sais si c'est plus ou moins. Comme sir C. S***, qui reçoit par an treize mille livres sterling du trésor public, n'a pu prélever que mille livres tournois sur son énorme salaire, on attribuerait à ostentation à un simple particulier de prétendre le surpasser; et par conséquent, je ne vous ai envoyé que la somme susdite, comme vous verrez par le reçu ci-inclus[11].

[Note 11: «Reçu de M. Henri Dunn la somme de deux cents couronnes toscanes (pour le compte du très-honorable Lord Noël Byron), à l'effet d'assister les pauvres irlandais.

THOMAS HALL.

Leghorn, 9 juillet 1822. Couronnes toscanes, 200.»]

»Leigh Hunt est ici après un voyage de huit mois, durant lesquels il a, je présume, accompli le périple du Carthaginois Hannon, et avec autant de célérité. Il est en train de fonder un journal, auquel j'ai promis de contribuer; et dans le premier numéro, _la Vision du jugement, par Quevedo Redivivus_, paraîtra probablement avec d'autres articles.

»Pouvez-vous nous donner quelque chose? Hunt semble enthousiasmé de l'entreprise, mais (entre nous) je ne le suis pas. Je ne veux pas néanmoins le décourager en lui disant mon sentiment, car il est bilieux et mal portant: Répondez, je vous prie, sur-le-champ à cette lettre-ci.

»Envoyez à Hunt, pour lui donner une bonne excitation, tout ce qu'il vous plaira de votre prose,--ou de vos productions lyriques.

»Votre comité de mangeurs de pommes de terre n'a-t-il pas fait une bévue! Votre avertissement dit que M. L. Callaghan (drôle de nom pour un banquier) a disposé des fonds en Irlande «sans l'autorité du comité.» Je suppose que cela finira par un cartel de Callaghan au comité, dont le président, sans doute, porte des pistolets dans sa poche.

»Quand vous aurez un instant où vous n'ayez pas à chanter, à coqueter ou riboter avec vos Hiberniens[12] de l'un et l'autre sexe, écrivez-moi une ligne. Je doute que Paris soit un bon endroit pour la composition de votre nouvelle poésie.»

[Note 12: Irlandais.--L'Irlande se nommait autrefois Hibernie. (_Note du Trad._)]

LETTRE DII.

A M. MOORE.

Pise, 8 août 1822.

«Vous aurez maintenant appris que Shelley et un autre gentleman (le capitaine Williams) se sont noyés, il y a environ un mois (il y a eu un mois hier), par un coup de vent, à la hauteur du golfe de Spezia. Ainsi, voilà encore un homme trépassé, que la malveillance, l'ignorance et la brutalité du monde avaient méconnu. On lui rendra peut-être justice, aujourd'hui qu'il n'en sera pas plus heureux.

»Je n'ai pas vu l'ouvrage que vous mentionnez[13], n'en ai entendu parler que par hasard, et n'ai nulle envie de le voir. Le prix en est, comme je l'ai vu dans des prospectus, de quatorze schelings, ce qui serait beaucoup trop payer pour un libelle sur soi-même. Quelqu'un me dit dans une lettre que c'est l'ouvrage d'un docteur Watkins, qui fait dans la biographie et le libelle. ................................................

[Note 13: Livre qui venait de paraître sous le titre de _Mémoires du très-honorable Lord Byron_. (_Note de Moore_.)]

»Si vous pensez que j'aie quelque chose à faire à propos du livre de Watkins, je ne répugnerais pas beaucoup à publier aujourd'hui mes _Mémoires_, en cas que cette publication fût nécessaire pour contrecarrer le faussaire. Mais en ce cas, j'aimerais à surveiller moi-même l'impression. Faites-moi savoir ce que vous pensez, ou dites-moi s'il ne vaut pas mieux ne pas publier ces _Mémoires_,--du moins la seconde partie qui touche de près des intérêts encore vivans.

»J'ai écrit trois nouveaux chants de _Don Juan_, et je suis sur le point d'en commencer un autre (le neuvième). La raison pour laquelle je réclame les stances que je vous avais envoyées, est que ces chants contenant une description détaillée (comme celle de la tempête dans le chant second) du siége et de l'assaut d'Ismaïl, avec force sarcasmes sur ces bouchers en gros, et sur votre soldatesque mercenaire, c'est une bonne occasion d'orner le poème de.....[14] Avec de telles choses et de tels hommes, il est nécessaire, dans la lutte actuelle de la philosophie et de la tyrannie, de jeter au loin le fourreau. Je sais que c'est une redoutable querelle; mais le combat doit être engagé, et il sera peut-être, utile au genre humain, quel qu'en puisse être le résultat pour l'individu qui se risque........................................ .....................................................

»Tout à vous, etc.»

[Note 14: Suppression de Moore.]

LETTRE DIII.

A M. MOORE.

Pise, 27 août 1822.

«Je vous fatigue, en vous occupant «d'une si frivole bagatelle;» mais il faut avouer que je serais charmé de m'informer par votre intermède si ma souscription irlandaise est parvenue de Leghorn au comité de Paris. Mes raisons, comme celles de Vellum, «sont au nombre de trois.» Premièrement, je révoque en doute l'exactitude de tous les quêteurs, ou correspondans d'une caisse de bienfaisance; secondement, je soupçonne que ledit comité, composé de torys, a été capable de ne pas admettre dans sa liste le nom d'un adversaire politique; et troisièmement, j'ai le pressentiment que je serai un jour plaisanté par les scribes du gouvernement pour avoir professé l'amour de l'Irlande, et ne m'être pas joint aux autres pour la secourir dans sa détresse.

»Ce n'est pas, comme vous pourriez le penser, que je sois ambitieux de voir mon nom dans les journaux, vu que je puis avoir cette satisfaction gratis, tel jour de la semaine que ce soit. Tout ce que je désire, c'est de savoir si le révérend Thomas Hall a remis ou non ma souscription (200 _scudi_ de Toscane, ou environ mille francs) au comité de Paris.

»L'autre jour, à Viareggio, je jugeai à propos de nager jusqu'à mon schooner (_le Bolivar_) qui tenait le large, puis de renager de là au rivage,--environ trois milles ou plus en tout. Comme c'était à midi, sous un soleil brûlant, il en est résulté que j'ai eu un accès de fièvre, et que toute ma peau s'en est allée, après avoir présenté l'effet d'un vaste vésicatoire, soulevé par l'action combinée du soleil et de la mer. J'ai souffert beaucoup, ne pouvant me coucher ni sur le dos ni sur le côté, car mes épaules et mes bras avaient été également saint-barthélemisés. Mais c'est fini;--j'ai recouvré une nouvelle peau, et je suis aussi brillant qu'un serpent dans sa nouvelle robe.

»Nous avons brûlé les corps de Shelley et de Williams sur le bord de la mer, pour les mettre à même d'être transportés et régulièrement enterrés. Vous ne pourrez vous figurer quel effet étrange produit cette combustion funéraire, sur un rivage isolé, avec les montagnes par derrière et la mer par devant, et la singulière apparence que le sel et l'encens donnaient à la flamme. Tout le corps de Shelley a été consumé, excepté son cœur, qui est maintenant conservé dans l'esprit-de-vin.

»Votre vieille connaissance Londonderry est paisiblement mort à North Cray! et le vertueux de Witt fut mis en pièces par la populace! Quel heureux coquin l'Irlandais a été dans sa vie et à sa fin[15].

[Note 15: Il est évident que les détails de l'événement n'étaient pas encore parvenus à Lord Byron. (_Note de Moore_.)]

»Leigh Hunt est en train de suer des articles pour son nouveau journal; lui et moi, nous vous trouvons tant soit peu gredin de ne pas y contribuer. Voulez-vous devenir un des co-propriétaires? Je vous prie de réfléchir deux fois avant de répondre négativement ................... ................... ..................................................

»Tout à vous, etc.

»Ce *** Galignani a environ dix mensonges dans un paragraphe. Ce n'est pas une Bible qu'on a trouvée dans la poche de Shelley, mais les poésies de John Keats. Toutefois, ce n'eût pas été chose étrange, car il était grand admirateur de l'Écriture comme composition littéraire. Je n'ai pas envoyé mon buste à l'académie de New-Yorck; mais j'ai posé pour me faire peindre par le jeune West, artiste américain, que quelques membres de cette académie avaient prié de faire mon portrait,--pour l'académie, je crois.

»J'ai pensé, et je pense encore à l'Amérique du Sud, mais j'hésite entre elle et la Grèce. Je serais allé, depuis long-tems, dans l'une ou l'autre de ces contrées, sans ma liaison avec la comtesse Guiccioli; car l'amour, dans ce tems, est peu compatible avec la gloire. Elle aurait été charmée de me suivre; mais je ne veux pas l'exposer à un long voyage, et à une résidence dans un pays non encore assis, où je prendrai probablement un parti quelconque.»

Peu de tems après avoir écrit les lettres ci-dessus, Lord Byron se retira à Gênes, où il avait pris une maison, nommée la Villa Saluzzo, à Albaro, l'un des faubourgs de cette ville. Depuis l'époque de sa malheureuse querelle avec le sergent-major, sa tranquillité, à Pise, avait été considérablement détruite, tant par les enquêtes judiciaires qui suivirent cet événement, que par les sinistres rumeurs et les nombreux soupçons qui en naquirent. Quoique le blessé se fût rétabli; tous ses amis jurèrent de se venger avec le poignard; et la sensation qui résulta de l'affaire et de ses diverses conséquences fut douloureuse et alarmante,--surtout pour Mme Guiccioli, d'après la situation où se trouvait sa famille par suite des événemens politiques. De plus, tandis que l'impression de cette affaire était encore récente, il survint une autre circonstance, qui, comparativement peu importante, eut cependant le funeste effet d'attirer encore l'attention des Toscans sur leurs nouveaux visiteurs. Durant la courte visite de Lord Byron à Leghorn, un domestique suisse de sa maison s'étant querellé, je ne sais à quelle occasion, avec le frère de Mme Guiccioli, tira son couteau contre le jeune comte, et le blessa légèrement à la joue. Cette querelle, survenue si tôt après l'autre, excita aussi tant de curiosité et de bavardage, que le gouvernement toscan, dans son horreur extrême pour la moindre apparence de bruit, se crut appelé à intervenir; et conséquemment, ordre fut donné que, dans quatre jours, les deux comtes Gamba, père et fils, partiraient de la Toscane. Cette décision fut extrêmement désagréable et irritante pour Lord Byron; une des conditions du divorce de la Guiccioli étant que cette dame habiterait dorénavant sous le même toit que son père. Après avoir balancé entre divers projets,--pensant tantôt à Genève, tantôt, comme nous l'avons vu, à l'Amérique du Sud,--il se décida enfin, pour le moment, à transférer sa résidence à Gênes.

Son genre de vie, durant son séjour à Pise, n'avait différé que fort peu--(sauf la nouvelle espèce de société où l'avaient engagé ses relations avec les amis de Shelley)--de la routine habituelle et monotone, suivant laquelle, chose si singulière pour un homme d'un caractère si remuant, le cours quotidien de son existence coulait depuis plusieurs années. Il déjeunait ordinairement à deux heures; et à trois, ou même à quatre, lorsque les jours devinrent plus longs, les personnes qui avaient l'habitude de l'accompagner dans ses promenades équestres, venaient le voir. Ce n'était quelquefois qu'après une partie de billard qu'il sortait,--d'abord en carrosse, afin d'éviter les spectateurs,--jusqu'aux portes de la ville, où ses chevaux l'attendaient. La route qu'il choisit d'abord pour ces promenades fut dans la direction de la forêt de pins qui regarde la mer; mais ayant trouvé un endroit plus convenable pour le tir du pistolet, sur le chemin qui mène de la Porta alla Spiaggia à l'est de la ville, il prit tous les jours cette direction durant le reste de son séjour. Une fois arrivés à une ferme, dans le jardin de laquelle ils avaient la permission d'élever leur but, ses amis et lui descendaient de cheval; et après avoir consacré environ une demi-heure à essayer leur adresse au pistolet, ils s'en retournaient à la ville, un peu avant le coucher du soleil.

«Lord Byron, dit un ami qui était quelquefois présent à cet exercice, était le meilleur tireur. Shelley, Williams et Trelawney tiraient souvent d'aussi bons coups que lui,--mais ils n'étaient pas aussi sûrs. Lui, quoique sa main tremblât violemment, ne manquait jamais, car il calculait l'effet de cette oscillation, et ne comptait que sur son coup-d'œil. Une fois, après avoir démoli son but, il dressa une canne mince, dont la couleur, à-peu-près la même que celle du gravier où elle était plantée, aurait fort bien pu le tromper, et il la partagea à vingt pas avec sa balle. Grande était sa joie après un bon coup, grande sa vexation après un échec;--et quand nous le revoyions à son retour, sa froide salutation ou son joyeux rire nous racontaient le succès de la journée.»

Pour la première fois, depuis son arrivée en Italie, il se trouva tenté de donner de grands dîners. Ses hôtes étaient, outre le comte Gamba et Shelley, M. Williams, le capitaine Medwin, M. Taafé et M. Trelawney;--et «jamais, comme son ami Shelley le disait, Byron ne se montra mieux à son avantage que dans ces occasions. A-la-fois poli et cordial, plein d'une gaîté liante et d'une bonne humeur parfaite, il ne se laissait jamais entraîner à une hilarité disgracieuse, et cependant conservait son animation durant toute la soirée.» Aux environs de minuit, ses convives le quittaient généralement, à l'exception du capitaine Medwin, qui avait coutume de rester, à ce que je vois, à parler et à boire avec son noble hôte jusqu'au matin; et c'est aux confidences insouciantes et à demi trompeuses de ces séances nocturnes, confidences négligemment écoutées et confusément retracées au souvenir, que nous devons le volume dont le capitaine Medwin a favorisé le monde, peu de tems après la mort du noble poète.

Au sujet de cette liaison et de toutes celles formées par Lord Byron, non-seulement à l'époque dont nous parlons, mais durant sa vie entière, il serait difficile d'avancer rien de plus judicieux, rien qui prouve mieux une véritable connaissance du caractère de Byron, que les remarques suivantes d'une femme qui l'a étudié de tout son cœur,--qui a appris à le regarder avec les yeux de la raison comme avec ceux de l'affection, et dont le solide amour était fondé sur la base la plus sûre pour lui et pour elle,--sur le talent de le comprendre[16].

«[17]A Pise, nous continuâmes encore avec plus de rigueur à vivre loin de la société. Mais comme il y avait à Pise beaucoup d'Anglais, Byron ne put s'excuser de faire connaissance avec divers amis de Shelley, et entre autres avec M. Medwin. Ils le suivaient dans ses courses à cheval, dînaient avec lui, et certes s'estimaient heureux de l'intimité apparente que leur accordait un homme si supérieur. Mais aucun d'eux ne fut admis dans son amitié qu'il n'accordait pas aisément. Il avait de l'affection pour Shelley, et beaucoup d'estime pour son caractère et pour son talent, mais il n'était pas son ami dans toute l'étendue du sens qu'on doit donner au mot amitié. Quelquefois il parlait de ses amis et de l'amitié, comme de l'amour et de tout autre noble sentiment de l'ame, de manière à faire naître des doutes sur ses véritables sentimens et sur la bonté de son cœur. L'impression du moment dictait ses discours; et d'ailleurs il aimait à paraître un personnage bizarre;--et quelquefois même pis que cela,--surtout à ceux à qui il supposait l'intention d'étudier et de découvrir son caractère. Mais la ruse ne pouvait tromper qu'un esprit inférieur et un observateur superficiel. Il fallait examiner ses actions pour sentir toute la contradiction qu'il mettait entre elles et ses discours; il fallait le voir dans certains momens où, par une émotion imprévue et plus forte que sa volonté, son ame s'abandonnait entièrement à elle-même;--il fallait le voir alors pour découvrir les trésors de sensibilité et de bonté qui étaient dans cette ame magnanime.

[Note 16: «Mon pauvre Zimmermann, qui te comprendra maintenant?» Telles furent les touchantes paroles adressées à Zimmermann par sa femme mourante, et ce peu de mots renferme tout ce qu'un homme d'une sensibilité maladive doit attendre de la tendresse et de l'abnégation tolérante de la femme avec laquelle il est uni. (_Note de Moore_.)]

[Note 17: In Pisa abbiamo continuato anche più rigorosamente a vivere lontano dalla società. Essendosi però in Pisa molti Inglesi, egli non potè scusarsi dal fare la conoscenza di varii amici di Shelley, fra i quali uno fu M. Medwin. Essi lo seguitavano al passaggio, pranzavano con lui, e certamente si tenevano felici della apparente intimità che loro accordavà un uomo così superiore. Ma nessuno di loro fu ammesso mai a porta della sua amicizia, che egli non era facile a accordare. Per Shelley, egli aveva dell' affezione, e molta stima pel suo carattere e pel suo talento, ma non era suo amico nell' estensione del senso che si deve dare alla parola amicizia. Talvolta parlando egli de' suoi amici, e dell' amicizia, come pure dell' amore, e di ogni altro nobile sentimento dell' anima, potevano i suoi discorsi far nascere dei dubbii sui veri suoi sentimenti, e sulla bontà del suo cuore. Una impressione momentanea regolava i suoi discorsi; e di più egli amava anche a rappresentare un personnaggio bizarro, e qualche volta anche peggio,--specialmente con quelli che egli pensava volessero studiare e fare delle scoperte sul suo carattere. Ma nell'inganno non poteva cadere che una piccola mente, e un osservatore superficiale. Bisognava esaminare le sue azioni per sentire tutta la contradizzione che era fra di esse e i suoi discorsi; bisognava vederlo in certi momenti in cui per una emozione improvvisa e più forte della sua volontà, la sua anima si abbandonava interamente a se stessa, bisognava vederlo allora per scoprire i tesori di sensibilità e di bontà che erano in quella nobile anima.

Fra le tante volte che io l'ho veduto in simili circostanze, ne ricorderò una che risguarda i suoi sentimenti di amicizia. Pochi giorni prima di lasciare Pisa, eravamo verso sera insieme seduti nel giardino del palazzo Lanfranchi. Una dolce malinconia era sparsa sul suo viso. Egli riandava col pensiero gli avvenimenti della sua vita, e faceva il confronto colla attuale sua situazione, e quella che avrebbe potuta essere se la sua affezione per me non lo avesse fatto restare in Italia; e diceva cose che avrebbero resa per me la terra un paradiso, si già sino d'allora il pressentimento di perdere tanta felicità non mi avesse tormentata. In questo mentre, un domestico annonciò M. Hobhouse. La leggiera tinta di malinconia sparsa sul viso di Byron fece luogo subitamente alla più viva gioja; ma essa fu così forte che gli tolse quasi le forze. Un pallore commovente ricoperse il suo volto, et nell'abbracciare il suo amico, i suoi occhi erano pieni di lacrime di contento. E l'emozione fu così forte, che egli fu obligato di sedersi, sentendosi mancare le forze.

La venuta pure di lord Clare fu per lui un'epoca di grande felicità. Egli amava sommamente lord Clare;--egli era così felice in quel breve tempo che passò presso di lui a Livorno, e il giorno in cui si separarono fu un giorno di grande tristezza per Lord Byron. «Io ho il pressentimento che non lo vedrò più,» diceva egli; e i suoi occhi si riempironò di lacrime; e in questo stato l'ho veduto per vari settimane dopo la partenza di lord Clare, ogni qual volta il discorso cadeva sopra di codesto amico.]

«Parmi les circonstances nombreuses où je l'ai vu ainsi à découvert, j'en rappellerai une qui regarde ses sentimens d'amitié. Peu de jours avant de quitter Pise, nous étions assis un soir dans le jardin du palais Lanfranchi. Une douce mélancolie était peinte sur son visage. Il repassait dans son esprit les événemens de sa vie, et les comparait avec sa situation actuelle, et avec celle où il aurait pu être, si son affection pour moi ne l'eût pas fait rester en Italie; il me disait des choses qui auraient fait de la terre un paradis pour moi, si je n'eusse pas dès-lors été tourmentée par le pressentiment de perdre une si grande félicité. En ce moment, un domestique annonça M. Hobhouse. La légère teinte de mélancolie répandue sur le visage de Byron, fit soudain place à la plus vive joie; mais cette joie fut telle qu'elle lui ôta presque ses forces. Une pâleur effrayante couvrit son visage, et, en embrassant son ami, il eut les yeux remplis de larmes de plaisir. L'émotion fut si violente, qu'il fut obligé de s'asseoir, sentant ses forces défaillir.

«La venue de lord Clare fut aussi pour lui une époque de grande félicité. Il aimait extrêmement lord Clare;--combien il fut heureux durant le court espace de tems qu'il passa près de lui à Livourne! et le jour où ils se séparèrent fut un jour de grande tristesse pour Lord Byron. «J'ai, disait-il, le pressentiment que je ne le verrai plus;» et ses yeux se remplirent de larmes; et je l'ai vu dans cet état, pendant plusieurs semaines, après le départ de lord Clare, toutes les fois que la conversation tombait sur cet ami».

La même dame rend compte des sentimens de Byron, à la mort de sa fille Allégra, dans les termes suivans: «--A l'occasion de la mort de sa fille naturelle, j'ai vu dans sa douleur tout ce qu'il y a de plus profond dans la tendresse paternelle. Sa conduite envers cet enfant avait toujours été celle du père le plus aimant; mais, d'après ses paroles, on n'aurait pas jugé qu'il eût tant d'affection pour sa fille. A la première nouvelle de la maladie d'Allégra, il fut extrêmement agité; puis arriva la nouvelle de la mort, et je dus remplir le triste devoir de la communiquer à Lord Byron. Ce terrible moment restera toujours gravé dans ma mémoire. Depuis plusieurs jours, il ne sortait plus le soir; je me rendis donc auprès de lui. La première demande qu'il me fit fut relative au courrier qu'il avait expédié pour avoir des nouvelles de sa fille, et dont le retard l'inquiétait. Après un court moment de silence, avec tout l'art que put me suggérer ma propre douleur, je lui ôtai tout espoir de guérison pour sa fille. «J'ai compris, dit-il,--c'est assez, n'en dites pas davantage,»--et une pâleur mortelle s'empara de son visage; ses forces l'abandonnèrent, et il tomba sur un siége. Son regard devint fixe, et me fit trembler pour sa raison. Lord Byron resta une heure dans cet état; et aucune des paroles de consolation que je pus lui adresser, ne paraissait pas plus pénétrer dans ses oreilles que dans son cœur. Mais en voilà assez sur ce triste épisode, sur lequel je ne puis m'arrêter après tant d'années, sans réveiller de nouveau dans mon ame les terribles souffrances de ce jour. Le lendemain matin je trouvai Lord Byron tranquille, et avec une expression de résignation religieuse sur le visage. «Elle est plus heureuse que nous, dit-il,--d'ailleurs sa situation dans le monde ne lui aurait peut-être pas donné le bonheur. Dieu l'a voulu ainsi;--n'en parlons plus». Et, depuis ce jour, il n'a plus voulu prononcer le nom de cette petite fille. Mais il devint plus inquiet sur le compte d'Ada, au point de se tourmenter quand il y avait quelque retard dans l'arrivée des notes qu'on lui envoyait régulièrement sur elle[18].»

[Note 18: Nel occasione pure de morte della sua figlia naturale, io ho veduto nel suo dolore tuttociò che vi è di più profondo nella tenerezza paterna. La sua condotta verso di codesta fanciulla era stata sempre quella del padre il più amoroso; ma dalle di lui parole non si sarebbe giudicato che avesse tanta affezione per lei. Alla prima notizia della di lei malattia, egli fu sommamente agitato; giunse poi la notizia della morte, ed io dovetti esercitare il tristo uficio di participarla a Lord Byron. Quel sensibile momento sarà indelebile nella mia memoria. Egli non usciva da varii giorni la sera: io andai dunque da lui. La prima domanda che egli mi fece fu relativa al corriere che egli aveva spedito per avere notizie della sua figlia, e di cui il ritardo lo inquietava. Dopo qualche momento di sospenzione, con tutta l'arte che sapeva suggerirmi il mio proprio dolore, gli tolsi ogni speranza della guarigione della fanciulla. «Ho inteso, disse egli,--basta così;--non dite di più,»--e un pallore mortale si sparse sul suo volto; le forze gli mancarono, e cadde sopra una sedia d'appoggio. Il suo sguardo era fisso, e tale che mi fece temere per la sua ragione. Egli rimase in quello stato d'immobilità un'ora; e nessuna parola di consolazione che io potessi indirizzargli pareva penetrare le sue orecchie non che il suo cuore. Ma basta così di questa trista detenzione, nella quale non posso fermarmi dopo tanti anni senza risvegliare di nuovo nel mio animo le terribili sofferenze di quel giorno. La mattina lo trovai tranquillo, e con una espressione di religiosa rassegnazione nel suo volto. «Ella è più felice di noi, diss'egli,--d'altronde la sua situazione nel mondo non le avrebbe data forse felicità. Dio ha voluto così,--non ne parliamo più.» E da quel giorno in poi non ha più voluto proferire il nome di quella fanciulla. Ma è divenuto più pensieroso parlando di Ada, al punto di tormentarsi quando gli ritardavano di qualche ordinario le di lei notizie.]

La triste mort du pauvre Shelley, survenue, comme nous l'avons vu, à cette même époque, semble avoir inspiré à Lord Byron moins de chagrin pour la perte présente de son ami, que d'indignation contre ceux qui, durant sa vie, l'avaient si grossièrement méconnu; et certes il n'y eut jamais de cas où l'absence présumée de toute religion chez un individu pût être si vivement alléguée comme une excuse pour l'absence complète de vérité et de charité dans le jugement des hommes sur lui. Quoique je n'aie jamais connu personnellement M. Shelley, je me joins volontiers à ceux qui l'aimèrent le plus, pour admirer les qualités variées de son cœur et de son génie, et déplorer la trop prompte destinée qui nous a ravi les fruits de la maturité de l'un et de l'autre. Sa courte vie a été, comme sa poésie, une sorte de rêve brillant et trompeur, fausse dans les principes généraux d'après lesquels elle se réglait, quoique belle et intéressante dans la plupart de ses détails. S'il eût vécu assez long-tems pour que l'éclat surabondant de son imagination eût été tempéré par le jugement, qui, chez lui, était encore en réserve, le monde entier eût appris à lui rendre ce haut tribut d'hommages, qui ne peut lui être accordé aujourd'hui que par ceux qui ont vu de quoi il était capable.

Ce fut vers cette époque que M. Cowell, rendant une visite à Lord Byron, à Gênes, apprit de lui que quelques amis de M. Shelley, étant assis ensemble un soir, avaient vu distinctement, à ce qu'il leur semblait, ce gentleman entrer dans un petit bois à Lerici, quand, au même moment, comme ils le surent ensuite, il était fort loin de là, dans une direction tout-à-fait différente. «Ceci, ajouta Lord Byron, à voix basse et d'un ton solennel, arriva dix jours avant la mort du pauvre Shelley.»

LETTRE DIV.

A M. MURRAY.

Gênes, 9 octobre 1822.

...................................................

«J'ai été fort malade,--condamné au lit durant quatre jours, dans «la pire des chambres de la pire des auberges» à Lerici, avec un rhume violent, un mouvement bilieux, de la constipation, et je ne sais quoi diable encore; point d'autre médecin qu'un jeune gars, qui, toutefois, était doux et prudent, et c'est assez.

«Enfin je saisis le livre des _Prescriptions_ de Thompson (c'est un de vos cadeaux), et je me médicamentai avec la première dose que j'y trouvai; après avoir supporté les ravages de toutes sortes de décoctions, je sautai au bas de mon lit le cinquième jour pour traverser le golfe jusqu'à Sestri. La mer me ranima sur-le-champ; je mangeai le poisson du marin, bus un gallon[19] de vin du pays, et me rendis à Gênes le soir même de mon arrivée à Sestri: je me suis toujours depuis bien porté, si ce n'est que je suis plus maigre, et que j'ai quelques quintes de toux vers le soir.

«Je crains que le Journal ne soit une mauvaise affaire, et ne réussisse pas; mais en ceci je me sacrifie à autrui,--je n'y puis avoir aucun avantage. Je crois les frères Hunt honnêtes-gens; je suis sûr qu'ils sont pauvres; ils n'ont ni sou ni maille. Ils me pressèrent de m'engager dans cette entreprise, et dans une mauvaise heure j'y consentis. Mais je ne m'en repentirai pas, si je puis leur rendre le moindre service. J'ai fait tout ce que j'ai pu pour Leigh Hunt depuis qu'il est ici; mais c'est presque inutile:--sa femme est malade, ses six enfans intraitables, et, dans les affaires de ce bas monde, lui-même est un enfant. La mort de Shelley les a totalement laissés à sec; et je n'ai pu les voir dans un tel état, sans obéir aux sentimens ordinaires d'humanité, et sans faire tout mon possible pour les remettre à flot. ......................................................

[Note 19: Mesure équivalente à environ quatre pintes. (_Note du Trad._)]

»Tout à vous, etc.

»_P. S._ Me direz-vous une fois--si vous publiez _Werner_ et le _Mystère_? Vous n'en parlez jamais.

»Ce maudit prospectus de M. J. Hunt passe les bornes. Je ne lui ai pas prêté mon nom pour le faire ainsi colporter.

»Cependant je crois,--du moins, j'espère,--qu'après tout vous êtes au fond un bon homme, et c'est d'après cette présomption que je vous écris maintenant au sujet d'une pauvre femme du nom de Jossy, qui est ou fut, dit-elle, au nombre de vos auteurs, et publia en 1816 un livre sur la Suisse, sous le patronage «de la cour et du colonel Mac Mahon.» Mais il paraît que ni la cour ni le colonel ne purent faire passer le prix énorme «de trois livres sterling, treize schelings et six pence,» qui alarma le trop susceptible public; bref, «le livre mourut,» et ce qui est pire, le mari de la pauvre créature mourut aussi, et elle m'écrit avec le cadavre du défunt devant les yeux; mais au lieu de s'adresser à l'évêque ou à M. Wilberforce[20], elle a recours à moi, athée proscrit, condamnable et brûlable. C'est assez étrange, mais la canaille anglaise, qui me calomnie sur tous les points, réclame mon assistance dans la détresse. J'ai reçu des milliers de lettres pareilles, et, autant que j'ai pu, j'ai cherché à rendre le bien pour le mal, et à acheter pour un scheling de salut tant que ma poche ne fut pas vide.

[Note 20: Célèbre philantrope, qui a surtout contribué à la proscription légale de la traite des noirs. (_Note du Trad._)]

»Or, je suis disposé à faire ce que je puis pour cette malheureuse personne; mais sa situation et ses désirs (déraisonnables, toutefois) réclament plus que ne peut avancer un individu comme moi; car j'ai à présent à satisfaire plusieurs réclamations du même genre, et des restes de dettes à payer en Angleterre,--Dieu sait combien je paie ces dernières à contre-cœur! Le Fonds Littéraire ne peut-il rien faire pour elle? Par votre influence, qui est grande parmi les personnes pieuses, j'ose dire qu'on peut faire une petite collecte. Pouvez-vous faire publier un des livres de la dame? Prenez-la comme auteur à ma place, aujourd'hui vacante parmi vos salariés; c'est une personne pieuse et morale, elle fera honneur à vos tablettes. Mais, sérieusement, faites ce que vous pourrez pour elle.»

LETTRE DV.

A M. MURRAY.

Gênes, 23 octobre 1822.

.............................

«Je vous renvoie la _Quarterly_, sans l'avoir coupée ni ouverte, non par mépris ou dédain, ou brouillerie, mais c'est un genre de lecture que j'ai abandonné depuis quelque tems, parce que je crois que les ouvrages périodiques nuisent à l'esprit, en lui présentant la superficie de trop d'objets à la fois. Je ne sache pas que ce numéro contienne quelque article désagréable pour moi;--cela peut être; je ne vous le renvoie point parce qu'il y a peut-être un article auquel vous faisiez allusion dans une de vos dernières lettres, mais parce que j'ai cessé de lire cette sorte d'ouvrages, et que je vous eusse également renvoyé tout autre numéro.

...........................

»Tout à vous, etc.

»J'espère que vous avez un hiver plus doux que le nôtre. Nous avons eu des inondations dignes du Pô, et le paratonnerre de ma maison a été frappé (ou présumé l'avoir été) par un coup de tonnerre. J'étais si près de la fenêtre, que j'ai été ébloui, et que mes yeux ont souffert plusieurs minutes, et tout le monde dans la maison a senti une secousse électrique au même moment. Mme Guiccioli a été effrayée, comme bien vous pensez.

»J'ai depuis pensé que vos bigots m'auraient «bâté d'un jugement» (comme Thwackum en bâta Square quand celui-ci mordit sa langue en parlant métaphysique), s'il me fût survenu quelque accident. Ces gens-là oublient toujours le Christ dans leur christianisme, et ce qu'il dit quand «la tour de Siloam tomba.»

»C'est aujourd'hui le 9, et le 10 est l'anniversaire de la naissance de ma fille Ada. J'ai commandé, comme régal, la côtelette de mouton et une bouteille d'ale. Ma fille a, je crois, sept ans. Vous ai-je jamais conté que le jour de mon anniversaire je dîne avec des œufs, du lard, et une bouteille d'ale. Car, une fois par hasard, c'est là mon repas et ma boisson de prédilection, mais comme ce régime m'est contraire, je n'en use que dans les grands jubilés,--une fois en quatre ou cinq ans.

»Je vois qu'on représente les Hunt et Mrs. Shelley comme vivant dans ma maison: c'est un mensonge. Ils demeurent à quelque distance, et je ne les vois pas deux fois par mois. Je n'ai pas vu M. Hunt douze fois depuis mon arrivée à Gênes ou aux environs.»

LETTRE DVI.

A M. MURRAY.

Gênes, 25 octobre 1822.

«Je vous ai renvoyé la _Quarterly_ sans la lire, résolu que je suis à ne plus lire les articles, bons, mauvais ou indifférens, des ouvrages périodiques: mais «qui peut gouverner la destinée?» Galignani, auquel mes études anglaises sont bornées, a inséré au moins la moitié de l'article dans l'infatigable compilation qui grippe nos sous chaque semaine; et comme l'article «semblable à une mort honorable, est survenu à l'improviste», je l'ai parcouru. Je dois dire, qu'au total (c'est-à-dire, au total de la moitié que j'ai lue, car l'autre moitié doit faire partie du _Galignani_ de la semaine prochaine), il est extrêmement favorable. Comme je prends le bien en bonne part, je ne dois ni ne veux chercher noise pour le mal. Ce que l'auteur dit de _Don Juan_ est dur, mais inévitable. Il est obligé de suivre ou du moins de ne pas contrecarrer directement l'opinion d'un parti, qui domine sans être néanmoins entièrement affermi. Une Revue peut diriger et détourner les courans de l'opinion, mais non s'y opposer directement. _Don Juan_ sera bientôt reconnu pour ce que j'ai voulu en faire,--pour une satire sur les abus des sociétés de ce siècle, et non pour un éloge du vice. Il peut être par fois voluptueux:--je n'en puis mais. Arioste est pire; Smollett (voir lord Strutwell, dans le deuxième volume de _Roderick Random_) dix fois pire, et Fielding ne vaut pas mieux. La jeune fille ne se pervertira pas en lisant _Don Juan_: non, encore une fois, non; elle recourra pour cela aux poèmes de Little et aux romans de Rousseau, ou même à l'immaculée Mme de Staël. Voilà les auteurs qui l'exciteront, et non pas _Don Juan_, qui rit de cela, et--et--de bien d'autres choses. Ne vous inquiétez pas;--ça ira! ....................................................

»Or, voyez-vous ce que vous et vos amis avez fait par votre imprudente brutalité?--Vous avez cimenté une sorte de liaison que vous vous efforciez de prévenir, et qui, si les Hunt eussent prospéré, n'aurait pas probablement continué. Maintenant je ne les quitterai pas dans leur adversité, dussé-je sacrifier mon caractère, ma renommée, mon argent, etc., etc.

»Je vous ai déjà expliqué mes premiers motifs (dans la lettre que vous avez jugé à propos de montrer); ce sont les véritables, et j'y persiste; je vous le dis, et l'ai dit à Leigh Hunt, quand il me questionna au sujet de cette lettre. Il a été vivement choqué, et ne me pardonnera jamais au fond; mais je n'en puis mais. Je n'eus jamais intention de faire parade de mes sentimens; mais puisqu'il s'est décidé à me questionner, je n'ai pu que répondre la pure vérité, et je déclare n'avoir vu dans la lettre rien qui pût le choquer, à moins que je n'aie dit qu'il était _une charge importune_, ce que je ne me rappelle pas. Si leur journal avait réussi, et que j'en eusse aidé le succès, après avoir été le pilote qui les eût mis en mer loin d'un bord dangereux, je les aurais ensuite laissé continuer eux-mêmes une navigation prospère. Maintenant je ne puis ni ne veux les abandonner parmi les écueils.

»Quant à une communauté de sentimens, de pensées ou d'opinions, entre Leigh Hunt et moi, il n'y en a que peu ou même pas du tout. Nous nous voyons rarement, presque jamais; mais je le crois un homme de bons principes et de capacité. Je ne sais dans quel monde il a vécu: j'ai vécu dans trois ou quatre; mais dans aucun qui ressemblât à ses John Keats et à sa _terra incognita_, des kanguroos. Hélas! le pauvre Shelley, comme il aurait ri s'il avait vécu! Comme nous avions coutume de rire parfois de diverses choses qui sont sérieuses dans les faubourgs!

»Vous vous êtes tous mépris sur le compte de Shelley. Vous ne savez pas combien il était doux, tolérant, sociable, et que, dans un salon, il avait aussi bon ton que qui que ce fût, quand il voulait et où il voulait.

»J'ai idée de faire une course jusqu'à Naples (_solus_, ou tout au plus _cum sola_) le printems prochain, et d'écrire, quand j'aurai étudié le pays, un cinquième et un sixième chants de _Childe Harold_; mais ce n'est qu'une idée pour le moment, et j'ai d'autres excursions et voyages en tête.

»Tout à vous, etc.»

N. B.

«_P. S._ La famille Gamba, le père, la mère et la fille, habitent avec moi, d'après la recommandation de M. Hill (le ministre), comme dans un asile plus sûr que toute autre résidence contre les persécutions politiques; mais ils occupent un corps-de-logis d'une vaste maison, et moi l'autre, et nos demeures sont tout-à-fait séparées.

»Depuis que j'ai lu la _Quarterly_, je dois biffer, dans les six ou sept derniers chants de _Don Juan_, deux ou trois passages où j'avais légèrement frappé sur deux ou trois de vos auteurs; je ne veux pas rendre le mal pour le bien. Ce que j'ai lu de l'article m'a beaucoup plu.

»M. J. Hunt sera très-probablement l'éditeur des nouveaux chants: avec quelle perspective de succès? je n'en sais rien, et peu m'importe en tant que j'y suis intéressé: mais j'espère qu'il en tirera quelque profit; car c'est un homme raide, brusque et consciencieux, et je l'aime; il est tel que Prynne ou Pym ont pu être. Je ne vous en veux pas d'avoir refusé les nouveaux chants.

»Avez-vous secouru Mme de Jossy, comme je vous en priais? Je lui ai envoyé trois cents francs. Recommandez-la, voulez-vous, au Fonds Littéraire ou dans vos cercles.»

LETTRE DVII.

A LADY ***.

Albaro, 10 novembre 1822.

...............................................

»Le chevalier a persisté à se déclarer un homme indignement maltraité, et à vous peindre comme une Calypso au cœur froid, qui égare les gens d'amoureuse disposition sans leur donner aucune sorte de compensation. Pour ma part, je pense que vous avez tout-à-fait raison; et je vous assure qu'une femme (dans la constitution actuelle de la société en Angleterre), en accordant des avantages à un homme, peut espérer un amant, mais trouve tôt ou tard un tyran; et ce n'est peut-être pas la faute de l'homme, mais le résultat nécessaire et naturel des circonstances sociales, qui, dans le fait, exercent également leur tyrannie sur l'homme comme sur la femme, c'est-à-dire si l'un ou l'autre a quelque sentiment et quelque honneur.

»Vous pouvez m'écrire à votre gré et suivant votre loisir. J'ai toujours eu pour maxime, et j'ai vérifié par expérience, qu'un homme et une femme contractent une amitié bien plus étroite qu'il n'en peut exister entre deux personnes du même sexe; mais à la condition qu'ils ne se soient jamais fait, ni ne se fassent jamais l'amour. Les amans peuvent être, et, en vérité, sont ordinairement ennemis; mais ils ne peuvent jamais être amis, parce qu'il y a toujours un levain de jalousie et un peu d'égoïsme dans toutes leurs spéculations.

»En vérité, je regarde l'amour comme une sorte de transaction hostile, nécessaire pour favoriser ou rompre des mariages, et pour faire aller le monde; mais non comme une sinécure pour les parties intéressées. ....................................................

»Croyez-moi, etc.»

LETTRE DVIII.

A M. MOORE.

Gênes, 20 février 1823.

MON CHER TOM,

»Quant à Hunt, je le vois peu,--une fois par mois à-peu-près, et toujours pour ses affaires. Vous pouvez facilement présumer que je connais trop peu Hampstead et ses satellites pour avoir beaucoup de communication ou de communauté d'idées avec lui. Toutes mes relations actuelles avec lui sont nées du désastre inattendu de Shelley. Vous ne voudriez pas que je l'eusse laissé dans la rue avec sa famille, dites-moi? Et quant à l'autre plan que vous mentionnez, vous oubliez combien Hunt eût été humilié par la supposition que ses écrits dussent périr morts-nés[21]. Réfléchissez un moment: c'est peut-être l'homme le plus vain du monde; du moins ses amis le disent à haute voix; et s'il était dans une autre situation, je serais peut-être tenté de lui donner un croc-en-jambe; mais non pas à présent,--car ce serait cruel. C'est une maudite affaire; mais ni le motif, ni le moyen ne pèsent sur ma conscience, et il se trouve que lui et son frère ont tiré une grande utilité de la publication sous un point de vue pécuniaire. Son frère est un homme ferme et hardi, tel que Prynne, par exemple, et plein de courage moral, et même, dit-on, de courage physique. ..................................................

[Note 21: Je donnerai le passage de ma lettre, auquel Byron fait allusion. (_Note de Moore_.)]

»Tout à vous à jamais.»

N. B.

Lord Byron, depuis quelque tems, avait, comme on peut le remarquer dans ses lettres, commencé à s'imaginer que sa réputation en Angleterre était sur son déclin. La même soif de la gloire, et la même sensibilité à tout changement passager de la faveur populaire, qui jadis portèrent le Tasse à finir par se regarder comme le plus dédaigné des écrivains[22], avaient plus d'une fois disposé Lord Byron, au milieu de tous ses triomphes, sinon à douter de leur réalité, du moins à ne pas croire à leur continuation, et quelquefois même à voir, avec cette douloureuse habileté que la sensibilité fait naître, un présage de chute à venir, ou un symptôme de déclin dans les plus brillans hommages de succès. Cependant, de nouveaux succès vinrent encore dissiper ces défiances, et ce ne fut qu'après avoir formé cette malheureuse coalition avec M. Hunt dans le _Libéral_, que Byron eut quelques motifs réels de soupçonner qu'il avait décliné dans la faveur publique.

[Note 22: Ce poète dit dans une de ses lettres:--«Non posso negare che io mi doglio oltramisura di esser tanto disprezzato dal mondo quanto non è altro scrittore di questo secolo.»--Dans une autre lettre, cependant, après s'être plaint d'être «perseguitato da molti più che non era convenevole,» il ajoute, avec une orgueilleuse préscience de sa renommée future: «La onde stimo di potermene ragionevolmente richiamare alla posterità» (_Note de Moore_.)]

Les principales causes qui engagèrent Lord Byron dans cette indigne alliance, furent d'abord le désir de seconder les vues bienveillantes de son ami Shelley, en invitant M. Hunt à le joindre en Italie; puis, en second lieu, le désir de profiter du secours d'un homme si expérimenté, comme journaliste, dans le projet favori qu'il avait depuis si long-tems entretenu, c'est-à-dire dans la publication d'un ouvrage périodique, où les diverses productions de son génie seraient recueillies aussitôt qu'elles auraient reçu le jour. Toutefois, avec les opinions qu'il avait eues si long-tems sur le caractère et le talent de M. Hunt[23], on doit reconnaître que la facilité avec laquelle il l'admit,--non certes au moindre degré de confiance ou d'intimité, mais à une alliance avouée de réputation et d'intérêt aux yeux du monde, est une inconséquence difficilement explicable, qui décelait, dans tous les cas, une ferme confiance dans le pouvoir de son nom pour résister comme un antidote au ridicule d'une telle association.

Tant que vécut Shelley, la considération que Lord Byron avait pour lui exerça une grande influence sur les relations du noble poète et de M. Hunt. Le bon ton et le savoir-vivre de Shelley prévenaient, par une douce médiation, ces collisions désagréables qui eurent lieu depuis, et durent, comme on peut le concevoir aisément d'après le caractère connu des deux hommes, mettre également à l'épreuve la patience du protecteur et la vanité du protégé. Cependant, du vivant même de leur ami commun, il y avait déjà eu quelques-unes de ces mésintelligences que l'argent fait naître,--humiliantes pour les deux individus entre lesquelles elles s'élèvent, comme si elles participaient à la nature même de leur impure source. La lettre suivante de Shelley en fait foi.

[Note 23: _Voir_ la lettre 317. (_Note de Moore_.)]

A LORD BYRON.

15 février 1822.

MON CHER LORD BYRON,

«Je vous envoie ci-joint une lettre de Hunt, laquelle me fait de la peine sous plus d'un rapport. Vous en remarquerez le _post-scriptum_, et vous me connaissez assez pour sentir quelle pénible tâche c'est pour moi que de le commenter. Hunt m'avait pressé plus d'une fois de vous prier de lui prêter de l'argent. Ma réponse consista à lui envoyer toutes mes épargnes, ce que j'ai littéralement fait. La bonté que vous avez eue de disposer d'une partie de votre maison pour lui, m'a vivement touché, et j'ai de grand cœur accepté de vous ce service en son nom; mais, croyez-moi, sans la moindre intention d'imposer, ou de laisser imposer, tant que je pourrais l'empêcher, une taxe plus lourde sur votre bourse. Comme les choses en sont venues là en dépit de mes efforts, je ne vous cacherai pas la basse situation de mes affaires pécuniaires dans le moment présent,--par conséquent, mon incapacité absolue d'assister encore Hunt.

»Je ne pense pas que la promesse par laquelle le pauvre Hunt s'engage à payer dans un tems donné, ait une grande valeur; mais la mienne est moins exposée au doute, et je serais heureux de me rendre caution de ses engagemens. Je suis si ennuyé de cette affaire que je sais à peine ce qu'il faut vous écrire, et encore moins ce qu'il faudrait vous dire, et j'ai besoin de toute votre indulgence en faveur de mes sentimens et de mes expressions.

»Je vous verrai bientôt. Croyez-moi votre très-fidèle et sincère ami,»

P. B. SHELLEY.

Quant au livre où M. Hunt a jugé convenable de se venger, sur Byron mort, du pénible fardeau des services qu'il avait, à l'heure du besoin, acceptés de Byron vivant, je puis par bonheur m'épargner le dégoût d'en parler longuement, vu l'oubli complet et bien mérité où le volume est tombé. Jamais, en vérité, le monde n'a plus honorablement manifesté ses sentimens de justice sur de telles matières que dans l'accueil universellement fait à ce livre ingrat:--ceux mêmes qui étaient le moins disposés à juger favorablement de Lord Byron, ayant repoussé avec indignation les preuves apportées à l'appui de leur opinion par un homme qui ne rougissait pas d'être redevable de son autorité, comme accusateur, aux facilités qu'il avait eues pour observer en étant abrité et nourri sous le toit de celui qu'il décriait.

Par rapport aux sentimens hostiles manifestés contre moi dans l'ouvrage de M. Hunt, la seule vengeance que je prendrai sera de mettre sous les yeux de mes lecteurs le passage d'une de mes lettres qui provoqua cette hostilité, et qui peut du moins réclamer le mérite de n'être pas une attaque couverte, vu que dans tout le cours de mes remontrances à Lord Byron au sujet de ses nouveaux alliés littéraires, je n'écrivis jamais sur le compte de M. Shelley ou de M. Hunt une seule ligne que je ne prévisse leur devoir être communiquée sur-le-champ par mon correspondant, dont je connaissais depuis long-tems le caractère. Ce manque de discrétion était un défaut dans mon noble ami, je ne veux pas le nier; mais, comme il n'était point déguisé, on pouvait facilement s'en garantir, et par conséquent il était peu dangereux. D'ailleurs, telle est la peine généralement imposée à la franchise; et ceux qui se seraient flattés qu'un homme aussi communicatif que Lord Byron sur ses propres affaires pût être plus discret en faveur des confidences d'autrui, n'auraient eu à blâmer que leur propre imprudence pour tout le tort que leur confiance en sa discrétion aurait pu leur faire.

Voici le passage que Lord Byron, comme je m'y attendais, montra à M. Hunt, et auquel une de ses lettres (celle du 20 février) fait allusion:

«Je désirerais apprendre que vous voulez vous retirer du _Libéral_. Je suis fâché de vous exhorter à une mesure si contraire à l'intérêt de Hunt; mais je n'hésiterais pas à lui tenir le même langage, si j'étais près de lui. Je voudrais, si j'étais que de vous, le servir par tous les moyens possibles, excepté cette coalition;--je lui donnerais (s'il en acceptait l'offre) les profits des mêmes ouvrages, publiés séparément,--mais je ne me mêlerais pas de cette manière avec autrui. Je ne voudrais pas devenir partie intéressée dans cette espèce de pot au feu mélangé, où la mauvaise saveur d'un ingrédient se communique à tout le reste. Je voudrais, si j'étais que de vous, être seul, réduit à mes propres forces, et, comme tel, invincible.»

Puisque nous en sommes sur M. Hunt, je profiterai de cette occasion pour insérer quelques passages d'une lettre que Lord Byron adressa à une amie de cet homme de lettres, en réponse à un appel fait à ses sentimens concernant son «amitié» avouée pour M. Hunt. Les aveux qu'il y fait sont, je l'avoue, un peu étonnans, et doivent être accueillis avec une indulgence plus qu'ordinaire, eu égard non-seulement à la disposition particulière d'humeur ou d'esprit durant laquelle la lettre fut écrite, mais encore à l'influence des légères brouilleries, des ressentimens accidentels dont le passager souvenir offusquait peut-être alors l'esprit de Byron, et l'indisposait, pour le moment, contre ceux de ses amis que, dans une plus brillante humeur, il aurait proclamé comme les plus chers à son cœur.

LETTRE DIX.

A MRS. ***.

.............................................

«Je présume que vous, du moins, me connaissez assez pour être sûre que je n'ai pu avoir l'intention d'insulter à la pauvreté de Hunt; au contraire, je l'honore pour cette pauvreté même; car je connais ce que c'est, j'ai été aussi embarrassé qu'il le fut jamais, sans m'être aperçu que, dans ce cas, un homme honorable perdît le moins du monde dans sa propre estime. Voulez-vous dire que s'il eût été riche, je me fusse joint à lui pour ce journal? Je réponds par la négative..... Je me suis engagé dans le journal par bienveillance pour lui, et par respect pour son caractère comme littérateur et comme homme; non moins par égard à son courage politique que par compassion pour sa situation présente. J'ai fait cela dans l'espérance qu'avec l'aide d'amis littéraires, apportant chacun leur quote-part littéraire de contributions (ce qui est indispensable pour tout journal d'une nature mixte), il pourrait se rendre indépendant.

»Je l'ai toujours traité, dans nos relations personnelles, avec une si scrupuleuse délicatesse, que je me suis abstenu de donner des avis que je pensais pouvoir être désagréables, de peur qu'il ne les imputât à ce qu'on appelle «l'importance d'un homme qui tire avantage de sa situation.»

»Quant à l'amitié, c'est un penchant pour lequel mon génie est très-borné. Je ne connais point d'être humain mâle (excepté lord Clare, l'ami de mon enfance), pour qui j'éprouve un sentiment digne d'être ainsi qualifié. Toutes mes autres amitiés sont des amitiés selon le monde. Je n'ai même jamais éprouvé une véritable amitié pour Shelley, quelque grandes qu'aient été mon admiration et mon estime pour lui; ainsi, vous voyez que la vanité même n'a pu me séduire sous ce rapport; car, de tous les hommes, Shelley fut celui qui eut la plus haute opinion de mes talens,--et peut-être de mon caractère.

»Je ferai mon devoir envers mes intimes, d'après le principe qu'il faut traiter autrui comme on voudrait soi-même être traité. Je crois avoir ainsi agi envers eux dans la plupart des cas. Je puis trouver du plaisir dans leur conversation,--me réjouir de leurs succès,--être charmé de leur rendre service, ou de recevoir en retour leurs conseils et leurs secours. Mais, s'il s'agit d'amis et d'amitiés, j'ai déjà nommé le seul homme encore vivant pour qui j'éprouve quelque sentiment de ce genre, excepté peut-être Thomas Moore. J'ai eu, et puis encore avoir un millier d'amis, comme on les nomme dans la vie; ils sont, dans la walse de ce monde, ce que sont nos danseuses au bal, oubliées, ou peu s'en faut, après la fête, quoique fort agréables la danse durant. L'habitude, les affaires, la communauté de plaisirs ou de peines, sont des liens de ce genre, et la même foi politique en est une autre.»

LETTRE DX.

A LADY ***.

Gênes, 28 mars 1823.

«M. Hill est ici; je dînai avec lui le samedi de la semaine avant-dernière; et au sortir de sa maison à S.-P. d'Arena, ma voiture se cassa. J'allai à pied jusque chez moi,--l'espace est d'environ trois milles,--ce n'est pas là une prouesse de piéton; mais soit que le passage brusque d'appartemens chauds à un vent froid m'eût glacé, soit que la montée de la colline d'Albaro m'eût échauffé, ou que toute autre cause m'eût indisposé, le lendemain j'eus à la figure une inflammation à laquelle j'ai été sujet cet hiver pour la première fois, et je souffris beaucoup, mais sans courir aucun danger. Ma santé va aujourd'hui comme d'ordinaire. M. Hill est, je crois, occupé de sa diplomatie. Je lui donnerai votre message quand je le reverrai.

»Je ne m'oppose point à faire connaissance avec le marquis Palavicini, s'il a ce désir. Depuis ces derniers tems j'ai peu hanté la société, soit anglaise, soit étrangère; car j'avais vu tout ce qui méritait d'être vu dans la première avant que je partisse d'Angleterre, et à l'époque de la vie où j'étais plus disposé à m'y plaire; et j'ai fait une suffisante expérience de la seconde dans les premières années de ma résidence en Suisse, principalement chez Mme de Staël, où j'allais quelquefois, jusqu'à ce que je fusse devenu las de _conversazioni_ et de carnavals, avec leurs accessoires: ce qu'il y a de fatigant, c'est que si vous allez une fois dans le monde, on compte sur votre présence quotidiennement, ou plutôt nuitamment. J'ai fait le tour des plus célèbres soirées à Venise, et partout où j'ai séjourné quelque tems, chez les Benzona, les Albrizzi, les Michelli, etc., etc., et chez les cardinaux et les divers potentats de la légation en Romagne (c'est-à-dire, à Ravenne), et je ne me suis retiré en Toscane que dans l'intérêt de mon repos. D'ailleurs, si je vais en société, je tombe à la longue dans des embarras d'un genre ou d'un autre, qui ne surviennent pas dans ma solitude. Cependant, comme le marquis est un de vos amis, je suis prêt de grand cœur à faire connaissance avec lui. Il est peut-être lié à ma famille par une circonstance que je me rappelle; un Palavicini--de Bologne, je crois,--se maria il y a un demi-siècle à une de mes parentes éloignées. Je me trouve savoir le fait, parce que lui et son épouse avaient une rente viagère de cinq cents livres sterling constituée sur la propriété de mon oncle, rente qui cessa à la mort dudit oncle, quoique je me rappelle avoir entendu dire que le couple renté essayât, bien naturellement il est vrai, de faire survivre la pension. Si je puis faire quelque chose pour vous ici ou ailleurs, ordonnez, je vous prie, et vous serez obéie.»

LETTRE DXI.

A M. MOORE.

Gênes, 2 avril 1823.

«Je viens de voir quelques-uns de vos amis, qui me firent hier une visite, que, par considération pour eux et pour vous, je leur ai rendue aujourd'hui;--vu que je réserve ma peau d'ours, mes dents et mes griffes pour nos ennemis.

»J'ai vu aussi Henri F***, fils de lord H***, pour la première fois depuis que je l'avais laissé, enfant doux et de santé délicate, sans cravatte et en jaquette, il y a sept ans, à l'époque de mon éclipse,--de ma troisième éclipse, je crois, attendu que j'en ai généralement une tous les deux ou trois ans. Je pense que ce jeune homme à la plus douce et la plus aimable expression de physionomie que j'aie jamais vue, et des manières correspondantes. Si à ces avantages il joint les talens héréditaires, il maintiendra, j'espère, le nom de F*** dans toute sa fraîcheur durant un demi-siècle encore. Je parle d'après un rapide coup-d'œil, mais j'aime toujours à céder à de telles impressions; car j'ai toujours trouvé que ceux que j'aimai le mieux et le plus long-tems me plurent à la première vue; et j'aimai toujours ce garçon,--en partie, peut-être, à cause d'une ressemblance dans le cas le moins heureux de nos destinées,--je veux dire, pour éviter les méprises, qu'il boite comme moi. Mais il y a cette différence que, lui, il paraît être un ange qui s'est foulé le pied contre une étoile, tandis que, moi, je suis «le diable boiteux.» Sobriquet qu'à mon grand étonnement, parmi tant de _nominis umbrœ_[24], les orthodoxes ne m'ont pas encore appliqué.

»Vos autres alliés, que j'ai trouvés être de fort agréables personnages, sont _milor_ B*** et son _épouse_, voyageant avec un fort beau compagnon, qui «sous la forme d'un comte français» (pour me servir de la phrase de Farquhar dans le _Stratagême des Petits-Maîtres_), a tout l'air d'un Cupidon déchaîné, et se trouve être un des rares spécimens que j'aie vus de notre type idéal d'un Français d'avant la révolution. Milady semble consommée en littérature,--et c'est à cela, ainsi qu'à la liaison de la famille avec votre Honneur, que j'attribue le plaisir d'avoir vu ces voyageurs. Elle est, de plus, fort jolie, même le matin,--genre de beauté que le soleil d'Italie n'éclaire pas si souvent que le chandelier. Certainement les femmes anglaises durent plus long-tems que leurs voisines du continent............................. ........................................................

[Note 24: Ombres de nom. (_Note du Trad._)]

»Vos amis me donnent de bonnes nouvelles de vous et de vos «anges emprisonnés,» ou peu s'en faut. Mais pourquoi avez-vous changé votre titre?--Vous vous en repentirez un jour. Les bigots ne vous pardonneront jamais,--et d'ailleurs, leur pardon en vaut-il la peine? Je présume que je suis un chrétien plus orthodoxe que vous n'êtes; et, toutes les fois que je vois un homme véritablement chrétien, soit en pratique, soit en théorie (car je n'ai jamais encore trouvé un individu qui, mis à l'épreuve, se montrât tel sous l'un et l'autre rapport), je suis son disciple. Mais, jusqu'à présent, je ne puis me soumettre à nos marchands de dîmes,--et je ne puis m'imaginer pourquoi vous avez circoncis des séraphins.

»J'ai été bien plus persécuté que vous, comme vous en pouvez juger par ma présente décadence,--car je suis aussi bas en popularité et en librairie que quelque auteur que ce soit. Au moins, mes amis m'en assurent;--grand merci de leur bonté! Ils en accusent Hunt, mais ils ont tort:--ce doit être, en partie du moins, ma faute propre,--ainsi soit-il! Quant à Hunt, je m'applaudis de ne pas l'avoir laissé mourir de faim dans la rue, préférablement à tout honneur personnel qui aurait pu provenir d'une si naïve philantropie. J'agis réellement par principe en cette affaire, car nous n'avons rien de commun; et je ne puis vous décrire la désespérante sensation que j'éprouve à faire quelque chose pour un homme qui semble ne pouvoir ni ne vouloir plus rien faire pour lui: c'est comme si on retirait de la rivière un homme qui va droit s'y jeter de nouveau. Pendant ces trois ou quatre dernières années, Shelley l'a assisté, et tiré une fois d'embarras. Depuis la mort de Shelley,--et même auparavant,--j'ai fait ce que j'ai pu; mais il n'est pas en mon pouvoir de prolonger une telle assistance. Je voudrais que Hunt retournât en Angleterre, je lui donnerais les moyens de s'y placer dans une situation confortable. Somme toute, sa position n'y est plus aussi mauvaise, puisque une portion de ses dettes est payée, etc., etc. Il serait sur les lieux pour continuer son journal avec son frère, qui semble un homme sensé, franc, fort et patient.....»

BYRON.

La nouvelle amitié dont Byron annonce ici le commencement, et dans laquelle je fus bien aise, comme ami commun des deux parties, de le voir s'engager, fut pour lui une grande source de plaisir durant le séjour des nobles voyageurs à Gênes. En effet, il s'était si long-tems persuadé que tous ses compatriotes hors d'Angleterre ne le regardaient que comme un proscrit ou une curiosité, que chaque fois qu'il recevait d'eux un accueil amical, il en éprouvait autant de surprise que de plaisir; et son esprit, en renouant les liaisons et les habitudes anglaises, goûtait une sensation de bien-être pareil au plaisir de respirer l'air natal.

Dans la vue d'engager ses amis à prolonger leur séjour à Gênes, il leur suggéra l'idée de prendre une jolie _villa_, nommée _il Paradiso_, dans le voisinage de la sienne, et les accompagna pour la visiter avec eux. Ce fut à cette occasion qu'en entendant lady B*** exprimer l'intention de fixer sa résidence dans ce lieu, il composa l'impromptu suivant:

Sous les yeux de ***, Le paradis convoité Devrait être aussi pur de mal que le paradis primitif; Mais, si la nouvelle Ève Soupirait après une pomme, Quel mortel ne jouerait volontiers le rôle du diable!

Je n'omettrai pas non plus une pièce de vers adressée à la même dame, dont la beauté et le talent auraient eu droit d'attendre, de la plume de Lord Byron, un tribut d'hommages plus ardens. Cette pièce est fort intéressante, en ce qu'elle peint ce sentiment de la vieillesse qui se glissait si prématurément dans l'ame du noble poète.

A LA COMTESSE DE B*****.

I.

Vous m'avez demandé des vers:--simple demande, Qu'un rimeur ne saurait refuser sans paraître bizarre. Mais mon Hippocrène était dans mon cœur, Et mes sentimens, source de ma verve, sont taris.

II.

Si j'étais ce que je fus, j'aurais chanté Ce que Lawrence a si bien peint; Mais aujourd'hui le son expirerait sur mes lèvres, Le sujet est trop doux pour mon luth.

III.

Mon feu d'autrefois n'est plus qu'une cendre; Le barde est mort dans mon sein; Au lieu d'aimer, je ne fais plus qu'admirer, Et mon cœur est aussi chenu que ma tête.

IV.

Ma vie ne se date point par les années,-- Il y eut de courts instans qui, comme une charrue, Tracèrent leurs sillons en rides profondes Dans mon ame comme sur mon front.

V.

Que la brillante jeunesse aspire A chanter ce que je contemple en vain; Le chagrin a ravi à ma lyre La corde digne de ce chant. B.

Les lettres suivantes, écrites durant le séjour de ces nobles voyageurs à Gênes, intéresseront la curiosité du lecteur.

LETTRE DXII.

AU COMTE DE B***.

5 avril 1823.

MON CHER LORD,

«Comment va votre goutte? ou plutôt comment allez-vous? Je vous renvoie le journal du comte ***, production fort extraordinaire, et d'une triste vérité en tout ce qui concerne la haute société d'Angleterre. Je connais ou connus personnellement la plupart des personnages et des sociétés qu'il décrit; et depuis que j'ai lu ses observations, mes souvenirs me semblent des souvenirs d'hier. Je plaiderais toutefois en faveur d'un petit nombre d'exceptions, que je mentionnerai bientôt. Ce qu'il y a de plus singulier, c'est que ce jeune homme ait pénétré, non le fait, mais le mystère de l'ennui anglais à vingt-deux ans. J'avais environ le même âge quand je fis la même découverte, à-peu-près dans les mêmes cercles--(car, parmi les personnes citées, à peine y en a-t-il une que je n'aie vue alors journellement ou nuitamment, et j'étais lié plus ou moins intimement avec la plupart d'entre elles);--mais je n'aurais jamais pu faire une si bonne description. Il faut être Français pour faire cela.

»Mais il doit aussi avoir été à la campagne durant la saison de la chasse, avec «une compagnie choisie d'hôtes distingués,» comme disent les journaux. Il doit avoir vu les _gentlemen_ après dîner (les jours de chasse), et durant la soirée qui vient ensuite, où les femmes ont l'air d'avoir chassé, ou plutôt d'avoir été chassées. J'aurais désiré qu'il eût été à un dîner en ville chez lord C***, peu nombreux, mais choisi, et composé des gens les plus amusans. Le dessert fut à peine sur table, que, de douze convives, j'en comptai cinq endormis; et parmi ces cinq étaient Tierney, lord *** et lord ***; j'ai oublié les deux autres; mais c'étaient des hommes d'esprit ou des orateurs,--peut-être des poètes.

»Mon séjour en Orient et en Italie m'a rendu un peu indulgent pour la sieste,--mais on la fait régulièrement dans les pays chauds: on s'y livre dans la solitude, ou tout au plus en tête-à-tête avec une compagne, et on se retire paisiblement dans ses appartemens, pour éviter le soleil pendant une heure ou deux.

»Certes, le journal de votre ami est une production formidable. Hélas! nos chers compatriotes ne sont connus que pour être ennuyés, et non pour ennuyeux; et je présume que la révélation désagréable de cette dernière vérité ne sera pas mieux reçue que les vérités ne le sont ordinairement. J'ai lu le tout avec une grande attention, et j'y ai trouvé de l'instruction; je suis trop bon patriote pour dire _du plaisir_,--du moins je ne le dirais pas, quoique je pusse le penser. J'ai montré le journal (ce n'est pas un manque de discrétion, j'espère) à une jeune dame italienne de haut rang, très-instruite, et qui passe ou passa pour être une des trois plus célèbres beautés du district de l'Italie, où sa famille et sa parenté résidaient dans des tems moins orageux sous le rapport de la politique (et ce n'est pas à Gênes, par parenthèse); cette dame en a été fort contente, et elle dit qu'elle y a puisé une meilleure notion de la société anglaise que dans toutes les discussions métaphysiques de Mme de Staël sur le même sujet, dans son ouvrage sur la révolution. Je vous prie de remercier le jeune philosophe, et de faire mes complimens à lady B*** et à sa sœur.

»Croyez-moi votre très-obligé et fidèle ami.»

N. B.

«_P. S._ Les lettres particulières parlent de trouble ou de complot dans l'armée française des Pyrénées,--de généraux soupçonnés ou congédiés,--d'un voyage du ministre de la guerre pour voir l'affaire sur les lieux.

»Dites au comte *** qu'il ne rapporte pas toujours les noms d'une façon intelligible, surtout ceux des clubs; il parle du Watts-Club,--peut-être a-t-il raison; mais, de mon tems, c'était le Watter's-Club qui était le club des dandys; j'en étais membre (sans être dandy toutefois) au tems de sa plus grande gloire, lorsque Brummel, Mildmay, Alvanley et Pierrepoint donnaient les bals de dandys; c'est nous qui fîmes, c'est-à-dire le club fit la fameuse mascarade à Burlington-House pour Wellington. Il ne parle pas de l'Alfred, qui était le plus recherché et le plus ennuyeux de tous, comme je le sais pour en avoir aussi été membre.»

LETTRE DXIV[25].

AU COMTE DE B***.

14 avril 1823.

«Je suis vraiment fâché de ne pouvoir vous accompagner dans votre promenade équestre ce matin, attendu que je me suis fait un très-grand mal au visage, en y appliquant un caustique sur une verrue, d'après l'avis du médecin. Je ne sais si j'ai employé une trop forte dose, mais toujours est-il que non-seulement j'ai souffert une vive douleur, mais encore la partie malade et ses environs immédiats sont devenus tout noirs. Comme je ne veux effrayer ni vos chevaux, ni leurs cavaliers, j'aime mieux attendre, pour vous voir, jusqu'à six heures; j'espère qu'alors j'aurai repris un air plus chrétien, et que je serai redevenu semblable aux créatures humaines: Mon mal s'est étendu en partie à mes doigts; car, en essayant de retirer le noir au moins de ma lèvre supérieure, je n'ai fait qu'en teindre ma main droite, et ni le jus de citron, ni l'eau de Cologne, ni aucune autre eau, n'ont pu la délivrer de ces taches par trop semblables à l'encre..... En tout cas, je vous verrai à six heures, à la faveur du crépuscule.

»Pour toujours et de cœur, etc.

[Note 25: La lettre 513 a été supprimée.]

11 heures.

»_P. S._ J'écrivais le billet ci-dessus à trois heures du matin. Je regrette de vous dire que toute la peau, dans l'espace d'environ un pouce carré au-dessus de ma lèvre supérieure, s'est détachée, en sorte que je ne puis ni me raser, ni mâcher, et que je suis également incapable de paraître à votre table, et d'en partager l'hospitalier repas................ .................................................

LETTRE DXV.

AU COMTE ***[26].

«Mon cher comte *** (si vous me permettez de m'adresser à vous si familièrement), vous devriez vous contenter d'écrire dans votre langue, comme Grammont, et de réussir à Londres comme personne n'a réussi depuis les jours de Charles II et les Mémoires d'Antonio Hamilton, sans vous jeter dans notre barbare idiome,--que, d'ailleurs, vous comprenez et écrivez mieux qu'il n'en est digne.

Mon «approbation», comme il vous plaît de dire, a été sincère, mais peut-être elle n'a pas été impartiale; car, bien que j'aime ma patrie, je n'aime pas mes compatriotes,--du moins, tels qu'ils sont à présent. Et, outre la séduction du talent et de l'esprit qui brillent dans votre ouvrage, je crains d'avoir éprouvé aussi l'attrait de la vengeance. J'ai vu et senti presque tout ce que vous avez si bien dépeint. J'ai connu ces personnes et ces réunions si bien décrites (c'est-à-dire la plupart d'entre elles),--et les portraits sont si ressemblans, que je ne puis qu'admirer le peintre non moins que son ouvrage.

[Note 26: La lettre est adressée au jeune comte français, dont le nom est supprimé dans le texte anglais. (_Note du Trad_.)]

»Mais j'en suis fâché pour vous; car si vous connaissez si bien la vie à votre âge, que deviendrez-vous quand l'illusion sera encore plus dissipée? Mais, n'y songez pas:--en avant!--vivez tant que vous pourrez; et puissiez-vous jouir pleinement des nombreux avantages que vous possédez en jeunesse, en talens et en beauté! c'est le vœu d'un--Anglais,--mais ce n'est pas être traître à mon pays; car ma mère était écossaise, mon nom et ma famille sont normands; et, pour moi, je ne suis d'aucun pays. Quant à mes «œuvres» qu'il vous plaît de citer, qu'elles aillent au diable, d'où (si vous en croyez maintes personnes) elles sont venues.

»J'ai l'honneur d'être votre obligé, etc.»

A cette époque, survint une circonstance qui montre, à l'honneur des tendances désormais meilleures de son caractère, combien étaient diminués et adoucis ses ressentimens, auparavant si vifs, au sujet de ses différends conjugaux. On a vu que sa fille Ada,--surtout depuis la perte du seul être dont il espérait devoir l'attachement au lien du sang,--était devenue l'objet constant et chéri de ses pensées; et il était bien naturel que, avec un cœur aimant comme le sien, en se livrant ainsi à sa tendresse pour sa fille, il se trouvât insensiblement disposé à des sentimens plus doux envers la mère. Un Anglais, dont la sœur était connue pour être l'amie et la confidente de lady Byron, étant alors à Gênes, et visitant habituellement les nouveaux amis du poète, Lord Byron, un jour, en conversant avec lady ***, prit occasion de dire qu'elle lui rendrait un service essentiel si, par la médiation de ce monsieur et de sa sœur, elle pouvait obtenir pour lui de lady Byron, ce qu'il avait depuis long-tems désiré avoir entre les mains, une copie de son portrait. Comme on lui représentait, dans le cours de cette même conversation et d'une autre, que lady Byron, au dire de ses amis, était dans une alarme continuelle qu'il ne vînt en Angleterre réclamer sa fille, ou l'inquiéter de quelque façon, il déclara qu'il était prêt à donner toutes les assurances nécessaires pour calmer une telle appréhension; et bientôt après il écrivit la lettre suivante, relativement à ces deux points.

LETTRE DXVI.

A LA COMTESSE DE B***.

3 mai 1823.

CHÈRE LADY ***,

«Ma lettre a pour but d'obtenir une copie de cette miniature de lady Byron, qui appartenait à feue lady Noël, attendu que je n'ai aucun portrait, ni même aucun souvenir de lady Byron, toutes les lettres qu'elle m'avait écrites étant entre ses mains lorsque je quittai l'Angleterre, et toute correspondance épistolaire ayant depuis cessé entre nous,--du moins de sa part.

»Mon message, par rapport à l'enfant, est, à l'effet de déclarer--qu'en cas d'accident survenu à la mère, si je lui survivais, mon désir serait d'exécuter ses plans à la lettre, soit pour l'éducation de notre fille, soit par rapport à la personne ou aux personnes à qui lady Byron pourrait souhaiter de confier cette éducation. Je n'ai aucune intention d'intervenir en ce point, tant qu'elle vivra; et je présume que ce serait une consolation pour elle (si elle est malade, comme j'en ai reçu l'avis) de savoir qu'en aucun cas on ne ferait rien, en tant qu'il dépendrait de moi, qui ne fût strictement conforme aux désirs et aux intentions de lady Byron,--de quelque façon qu'elle jugeât à propos de me les transmettre.

»Croyez-moi, chère lady B***, votre obligé, etc.»

Cette négociation, dont je ne connais point les résultats--(et je ne sais même pas si elle a jamais été menée à fin)--jeta naturellement et fréquemment la conversation sur le sujet du mariage de Lord Byron,--sujet que mon noble ami était toujours le premier à soulever,--et le récit qu'il donna alors, tant des circonstances de la séparation que de sa complète ignorance des causes qui la provoquèrent, fut, à ce que je vois, exactement semblable aux déclarations faites par lui, dans toutes les occasions où la question se présenta, avec un air de sincérité auquel il était impossible de ne pas ajouter foi.--«Quant aux causes réelles de la séparation--(dit-il dans le cours d'une de ses conversations), je vous déclare que, même aujourd'hui, je les ignore totalement, vu que lady Byron n'a jamais voulu préciser ses motifs, et a refusé de répondre à mes lettres. Je lui ai écrit plusieurs fois, et je suis encore dans l'usage de le faire; mais je ne lui ai pas toujours envoyé mes lettres, après les avoir écrites, simplement parce que je désespérais qu'elles produisissent le moindre bien. Vous pourrez, si vous voulez, en voir quelques-unes;--elles serviront à jeter quelque lumière sur mes sentimens.»

Par conséquent, un jour ou deux après, Lord Byron envoya à lady *** une de ces lettres qu'il avait gardées par devers lui, incluse dans la suivante.

LETTRE DXVII.

A LA COMTESSE DE ***.

Albaro, 6 mai 1823.

MA CHÈRE LADY ***.

«Je vous envoie la lettre que j'avais oubliée, et le livre[27] dont j'aurais dû me souvenir. Il contient de sombres vérités, quoique, à mon avis, ce soit un ouvrage trop triste pour avoir jamais été populaire. La première fois que je le lus (non dans l'édition que je vous envoie:--je me la suis procurée depuis), ce fut d'après le désir de Mme de Staël, que le monde, dans sa bienveillance, supposait être l'héroïne de ce roman,--supposition fausse, dont cette célèbre dame était furieuse. Ce fut en Suisse, dans l'été de 1816. ...................................................

»La lettre ci-jointe ne fut pas envoyée à sa destination, parce que je désespérais qu'elle produisît le moindre bien. J'étais extrêmement sincère quand je l'écrivis, et je le suis encore....................... ......................................................

»Votre très-sincère, etc.»

* * * * *

Je vais maintenant produire la lettre incluse dans la précédente, et peu de mes lecteurs, je crois, disconviendront que si l'auteur de la lettre suivante n'a pas eu le bon droit de son côté, il n'ait eu au moins la plupart des bons sentimens qui en sont en général l'ordinaire apanage.

[Note 27: _Adolphe_, par M. Benjamin-Constant. (_Note de Moore_.)]

LETTRE DXVIII.

A LADY BYRON.

(A l'adresse de l'honorable Mrs. Leigh, à Londres.)

Pise, 17 novembre 1821.

«Je dois accuser réception des cheveux d'Ada, qui sont fort doux et fort jolis, et déjà presque aussi noirs que les miens l'étaient à l'âge de douze ans, si j'en juge d'après le souvenir de ceux qu'on me prit à cet âge, et qui sont entre les mains d'Augusta; mais ils ne frisent pas,--peut-être parce qu'on les laisse grandir.

»Je vous remercie aussi pour l'inscription de la date et du nom, et je vais vous dire pourquoi.--Je crois n'avoir en ma possession, que ces deux ou trois mots de votre écriture, car je vous ai rendu vos lettres; et, hormis le mot _ménage_, écrit deux fois dans un vieux livre de comptes, je n'avais rien de votre main. Je brûlai votre dernière note pour deux raisons:--premièrement, elle était écrite dans un style peu agréable; et, secondement, je désirais recevoir votre écriture sans ces documens, qui sont la ressource vulgaire des gens soupçonneux.

»Je présume que ce billet vous parviendra vers l'anniversaire de la naissance d'Ada:--c'est le 10 décembre, je crois. Elle aura alors six ans,--en sorte que dans douze, j'aurai quelque chance de la voir;--peut-être sera-ce plus tôt, si je suis obligé d'aller en Angleterre pour affaires ou pour tout autre motif. Rappelez-vous toutefois une chose, soit que nous nous trouvions loin ou près l'un de l'autre;--chaque jour qui passe sur notre séparation, doit, ce me semble, après un si long intervalle, adoucir nos sentimens réciproques, qui auront toujours un point de ralliement tant que notre enfant existera, existence dont, je présume, nous souhaitons tous deux le prolongement au delà de la nôtre.

»Le tems qui s'est écoulé depuis notre séparation a été plus considérable que la totalité de la courte durée de notre union, et la période presque aussi courte de nos relations antérieures. Nous fîmes tous deux une méprise amère; mais aujourd'hui la chose est faite et irrévocable. Car, à l'âge de trente-trois ans qui est le mien, et au vôtre qui n'en diffère que de peu d'années de moins, quoiqu'on n'ait pas encore parcouru une très-longue période de la vie, pourtant on est à l'époque où les habitudes et les opinions sont généralement trop formées pour admettre des modifications; et comme nous ne pûmes pas nous convenir quand nous étions plus jeunes, aujourd'hui nous ne le pourrions pas sans difficulté.

»Je dis tout cela, parce que je vous avoue que nonobstant tous nos différends, je considérai notre réunion comme possible plus d'une année encore après la séparation;--mais ensuite j'en abandonnai l'espoir entièrement et pour jamais. Mais cette impossibilité même d'une réunion me semble, à moi du moins, une raison pour que, dans toutes les discussions, d'ailleurs peu nombreuses, qui peuvent s'élever entre nous, nous observions les formes ordinaires de la politesse, et cette courtoisie que des gens destinés à ne jamais conférer ensemble peuvent observer plus aisément que dans le cas de relations plus immédiates. Pour ma part, je suis violent, mais non méchant; car il n'y a que les provocations récentes qui excitent mes ressentimens. Quant à vous, qui êtes plus froide et plus concentrée, je voudrais vous faire songer que vous pouvez quelquefois prendre pour dignité la profonde ténacité d'une froide colère, et pour devoir un plus mauvais sentiment. Je vous assure que je n'ai plus contre vous aucune espèce de ressentiment. Songez que si vous m'avez offensé, ce pardon est quelque chose; et que, si c'est moi qui suis l'offenseur, c'est quelque chose de plus, s'il est vrai, comme le disent les moralistes, que le plus coupable soit le moins disposé à pardonner.

»Le tort n'est-il venu que de moi? A-t-il été réciproque? ou de votre côté principalement? Voilà à quoi je ne réfléchis plus. Je ne songe qu'à deux points,--savoir: que vous êtes la mère de mon enfant, et que nous ne nous reverrons jamais. Je pense que si vous me considérez aussi sous ces deux points de vue correspondans, il n'en sera que mieux pour nous trois.

»Tout à vous à jamais,

NOEL BYRON.

* * * * *

Ç'a été mon plan, comme on doit l'avoir remarqué, de laisser, partout où mes matériaux m'en ont fourni le moyen, le héros de ces _Mémoires_ raconter lui-même son histoire; et j'ai pu, à un petit nombre d'interruptions près, atteindre ce but pour les deux ou trois années que nous venons de parcourir, vu les riches ressources que j'avais entre les mains. Mais aujourd'hui que nous sommes parvenus à cette époque où Byron, sollicité par sa vague inquiétude, allait prendre un nouvel élan, et entrer dans une carrière aussi glorieuse que courte et fatale,--permettons-nous un moment de pause pour jeter un regard en arrière sur les dernières années, et pour contempler un instant le spectacle, à-la-fois sublime et douloureux, que notre poète donna durant ce période du plus libre exercice de ses facultés.

Dans un état d'excitation perpétuelle, tant pour le cœur que pour la tête,--en guerre éternelle avec la volonté du monde, et pourtant dans le cours d'une vie suspendue au souffle du monde,--avec un génie revêtant toutes les formes, depuis Jupiter jusqu'à Scapin, et avec un caractère également propre à toutes les habitudes morales,--l'ancienne conception de l'existence de deux ames dans un seul corps ne semblerait même pas encore adéquate aux variétés de talent et d'humeur, que Byron déploya dans sa conduite et dans ses écrits durant ces courtes années de fièvre. Sans remonter jusqu'au quatrième chant de _Childe Harold_, qu'un des plus amers et des plus habiles adversaires de mon noble ami a déclaré «sous le rapport de l'exécution, la plus sublime œuvre poétique d'une plume mortelle,» nous avons, dans le même genre de force et de splendeur, la _Prophétie de Dante_, _Caïn_, le mystère de _Ciel et Terre_, _Sardanapale_,--tous ouvrages produits durant ce merveilleux période de génie. Il faut encore y joindre quatre autres drames, qui, bien qu'inférieurs aux autres compositions, rencontrent toutefois, comme poèmes, peu de pièces rivales dans notre littérature; tandis qu'ils démontrent, d'une manière plus spéciale, cette remarquable versatilité de goûts et de talens qui portait Lord Byron à travailler dans un genre sévère et classique, le plus antipathique de tous à ses habitudes et à son humeur, et le plus éloigné de cette licence hardie et vagabonde qu'il eût la grande mission de porter dans l'empire entier de l'intelligence.

En opposition à ces nobles accords, nous voyons naître, durant ce fertile période, le _Don Juan_--qui renferme le résumé de tous les merveilleux contrastes du caractère de Byron,--la _Vision du Jugement_, la traduction de Pulci, les pamphlets sur Pope, sur la _British-Review_, sur le _Blackwood Magazine_,--avec un essaim de bagatelles légères et plaisantes, négligemment échappées à cet esprit qui, presque au même moment, représentait, avec un éclat digne de son rôle, le puissant génie de Dante, ou suivait avec Caïn les sombres sentiers du scepticisme sur les ruines des mondes passés.

Pendant que Lord Byron se livrait ainsi à ces créations idéales, les circonstances qui dans la vie réelle réclamaient ses sympathies étaient presque suffisantes pour absorber les pensées et les sentimens de tout autre esprit que le sien. Un amour, non pas frivole, passager, et «cheminant sous fardeau,» mais, au contraire, assez enraciné pour durer jusqu'à l'heure de la mort, occupa vivement de ses premières espérances et de ses premières craintes une portion de ce période, et en inquiéta le reste d'embarras politiques et domestiques. Puis, à peine cette orageuse passion eut-elle commencé à se calmer, qu'une nouvelle source d'excitation s'offrit dans cette conspiration, où Lord Byron se précipita sans aucune crainte, et qui n'aboutit qu'à multiplier les objets de sa sympathie et de sa protection, et à l'obliger à un nouveau changement de demeure et de scène.

Quand nous considérons toutes les distractions qui l'environnèrent, et qu'en sus nous mettons en ligne de compte le fréquent dérangement de sa santé, les pertes de tems et d'esprit dans la minutieuse surveillance des dépenses du ménage, nous ne voyons qu'avec un étonnement presque incrédule les chefs-d'œuvre qu'il fut capable de produire dans de telles circonstances,--la variété et la prodigalité de talent avec lesquelles, au milieu de tant d'interruptions et de tant d'obstacles, son «ame brillante se déborda de toutes parts,» et non-seulement continua son cours en toute liberté à travers ces difficultés, mais encore tira des combats et des ennemis qu'elle rencontra un nouveau surcroît à sa force, un nouvel aliment à sa flamme. Tandis que l'incomparable souplesse de son génie se déployait beaucoup plus évidemment qu'à toute autre époque de sa vie, son caractère, susceptible, comme le caméléon, des plus rapides changemens, présenta en même tems les plus frappans et les plus contrastans exemples de cette versatilité. Aux yeux du monde, et surtout de l'Angleterre,--scène de ses gloires et de ses torts,--il ne s'offrit que sous l'aspect d'un sombre et fier misantrope qui se bannit lui-même de la compagnie des hommes, et surtout des Anglais. Sous ce point de vue, les plus naïves et les plus belles inspirations de sa muse ne furent regardées que comme des intervalles lucides entre les paroxysmes d'une malignité inhérente à sa nature; et les joyeuses effusions de son esprit et de sa bonne humeur ne parurent même tendre qu'à atteindre le but que Swift se vantait de poursuivre dans tous ses travaux,--«à vexer le monde plutôt qu'à le divertir.»

Mais ce n'était pas là le Byron des heures de société: ceux qui ont vécu dans son intimité diront tout le contraire. L'espèce de réputation sauvage qu'il s'était acquise en pays étranger empêcha, sans doute, bon nombre de ses compatriotes qu'il aurait cordialement accueillis, de rechercher sa connaissance. Mais les Anglais qui l'approchèrent avec les formes ordinaires d'introduction, furent tous surpris et charmés de la courtoisie et de l'aisance de ses manières, de la simplicité modeste de sa conversation, et, dans le cas d'une plus intime relation, de la franche plaisanterie à laquelle il se livrait avec un tel abandon, que ceux qui le connaissaient le mieux auraient pu se méprendre au point de croire que la gaîté, après tout, était le véritable penchant de son caractère.

Aux contrastes qu'il présentait dans sa conduite publique et dans sa vie privée, on doit encore ajouter que, tout en bravant si fièrement l'anathême du monde, et en revendiquant le droit naturel de penser par soi-même avec une liberté, je dirai même, une audace incomparable, la timidité primitive de son caractère ne cessait de le dominer; et tandis que de loin il était regardé comme une espèce de despote intellectuel, révélant partout une confiance inébranlable et ses immenses moyens, une observation faite de plus près permit, à Venise, à une noble dame[28], son amie et la mienne, de découvrir, sous cette apparence, les traces de la défiance et de la timidité qui le caractérisèrent dans son enfance, et qu'il ne dépouilla jamais entièrement dans le cours de sa carrière.

Mais voici une contradiction encore plus singulière entre l'homme public et l'homme privé,--contradiction fréquente, et dans quelques cas plus apparente que réelle;--ce Byron qui, en certains momens, se retranchait opiniâtrement dans sa volonté absolue, se montrait, un instant après, au plus haut point docile et persuadable. Aujourd'hui, ébranlant, comme misantrope et comme satirique, le monde social sur ses solides bases;--demain, apprenant, comme _cavaliere servente_, avec une obéissance passive, à plier un schall,--le même homme, qui avait si obstinément refusé de sacrifier aux remontrances amicales ou à la voix publique un seul vers de _Don Juan_, consentit à cesser entièrement le poème, à la simple prière d'une aimable _donna_, et ne reprit cette œuvre, enfant chéri de sa muse, qu'après en avoir, non sans difficulté, obtenu la permission de la même autorité. Eût-on pu, d'ailleurs, sans être préalablement averti de ces transformations, reconnaître le grossier libertin de Venise dans cet amant romanesque et passionné qui, peu de mois après, pleurait devant la fontaine du jardin de Bologne? ou eût-on espéré trouver dans le sec calculateur de sequins et de _baiocchi_, ce généreux champion qui ne regarda sa fortune entière et sa vie même que comme de faibles sacrifices pour avancer, ne fût-ce que d'un seul jour, la cause de la liberté?

[Note 28: La comtesse Albrizzi,--qui a donné une _Esquisse_ du caractère de Lord Byron. (_Note de Moore_.)]

Ici notre attention se fixe naturellement sur un trait de caractère, plus intimement lié à la brillante époque que nous avons sous les yeux. Malgré les manifestes préjugés de Byron en faveur du rang et de la naissance, nous avons vu avec quelle ardeur,--non-seulement en imagination et en théorie, mais en pratique, comme dans le cas des carbonari italiens,--il accorda sans réserve ses sympathies à tout mouvement populaire vers la liberté. Quoique la sincérité d'un zèle auquel la mort a mis un noble et dernier sceau, ne puisse être révoquée en doute, cependant on peut fort bien se demander si ce besoin général d'excitation qui,--(quelle qu'en fût d'ailleurs la source)--détermina toujours la conduite de Lord Byron, ne fut pas même en cette circonstance son motif prédominant, et s'il n'est pas probable, en outre, que, comme Alfieri et d'autres aristocratiques amans de la liberté, il n'eût pas reculé devant les dernières conséquences de ses doctrines de nivellement, et si, tout ardent qu'il était pour abaisser ses supérieurs, il n'eût pas repoussé la tâche d'élever ses inférieurs................... .....................................................

Après la chute des espérances qu'il avait si ardemment nourries sur l'issue des dernières luttes de l'Italie contre les maîtres qui la régissent, on conçoit aisément quelle consolation il eut à tourner ses regards sur la Grèce, où naissait alors un esprit de liberté qu'il avait peint dans ses rêves de poésie, mais qu'il n'avait guère pu espérer voir se réaliser avant sa mort. Les voyages de sa jeunesse dans cette contrée avaient laissé dans son esprit une impression durable; et, comme je l'ai déjà remarqué, toutes les fois que la fantaisie d'une vie errante le reprenait, c'était vers les régions qui entourent «l'Olympe bleu», qu'il reportait avec plaisir son regard. Depuis qu'il avait adopté l'Italie pour résidence, ce penchant avait grandement diminué. Outre l'influence sédative de son nouveau lien domestique, il était survenu en lui, à cette époque, une nonchalance, ou répugnance à changer de demeure, que, lors de son départ de Ravenne, il ne surmonta pas sans difficulté.

La vie incertaine et mal assise où il fut dès-lors jeté par la précaire destinée de ceux avec lesquels il s'était lié, contribua avec une ou deux autres causes à ressusciter en lui son ancienne passion du changement et des aventures; et l'on ne s'étonnera pas qu'alors que la Grèce lui offrait sous la forme la plus attrayante cette double perspective, il ait vivement tourné ses yeux sur elle, et se soit laissé embraser du désir d'assister et peut-être même de prendre part aux triomphes contemporains de la liberté sur ces champs de bataille où il avait déjà recueilli pour l'immortalité les glorieux souvenirs des anciens jours.

Parmi les causes qui concoururent avec ce sentiment à le déterminer à l'entreprise qu'il méditait alors, une des plus puissantes, sans doute, fut qu'il supposait que sa haute popularité comme poète avait baissé depuis quelque tems. Le complet insuccès du _Libéral_,--qu'il enrichit de quelques morceaux éclatans, mais où sa plume en inséra d'autres à peine distincts des scories environnantes,--le confirma pleinement dans l'idée qu'il était enfin arrivé à ennuyer le monde; et, comme la voix de la renommée lui était devenue presque aussi nécessaire que l'air qu'il respirait, ce fut avec une orgueilleuse conscience de facultés encore vierges en lui, qu'il reconnut que s'il était parvenu à l'extrémité d'une des routes de la renommée, il lui en restait d'autres à tenter, encore plus glorieuses.

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Son zèle pour l'Italie, dont l'histoire et la littérature semblaient réclamer à grands cris la fin du vasselage et de l'oppression qui pèsent sur elle, l'aurait sans doute entraîné au même dévoûment chevaleresque, qu'il déploya depuis pour le service de la Grèce. Mais l'issue désespérante de cette courte lutte n'est que trop bien connue; et ce soudain échec d'une cause si riche en promesses affligea Lord Byron d'autant plus profondément qu'il connaissait maints cœurs braves et sincères qui l'avaient épousée. Le dégoût que cet effort abortif lui inspira, joint à l'opinion qu'il s'était formée dans sa jeunesse des «serfs héréditaires» de la Grèce, le firent quelque tems douter que les Grecs pussent jamais accomplir leur affranchissement; et ce ne fut qu'au printems de cette année que, plutôt d'après la durée que d'après le succès présent de la lutte, il commença à croire un peu à l'avenir de la cause à laquelle il avait presque résolu déjà de se dévouer. La seule difficulté qui retardait ou entravait encore cette résolution, était la nécessité de se séparer temporairement de Mme Guiccioli, qui désirait elle-même partager les périls de son amant, mais qu'il ne pouvait consentir à exposer aux chances d'une vie si rude même pour les hommes.

Au commencement du mois d'avril, il reçut la visite de M. Blaquière, qui se rendait alors en Grèce avec la mission spéciale de procurer au comité, récemment formé à Londres, d'exactes informations sur l'état et sur les chances de ce pays. Entre autres instructions, M. Blaquière devait s'arrêter à Gênes et s'aboucher avec Lord Byron. La note suivante montrera combien le noble poète était disposé à entrer dans toutes les vues du comité.

LETTRE DXIX.

A M. BLAQUIÈRE.

Albaro, 5 avril 1823.

MON CHER MONSIEUR,

«Je serai charmé de vous voir, vous et votre ami grec, et le plus tôt sera le mieux. Je vous ai attendu quelque tems,--vous me trouverez chez moi. Je ne puis vous dire combien je m'intéresse à la cause grecque; et, si je n'eusse nourri l'espérance de voir un jour la délivrance de l'Italie, rien ne m'eût empêché de retourner dans cette contrée qu'il est même honorable d'avoir visitée, pour m'y rendre aussi utile que peut l'être un faible individu.

Tout à vous pour toujours et de cœur.»

NOEL BYRON.

* * * * *

Bientôt après cette entrevue avec l'agent du comité, une communication plus directe s'ouvrit sur ce sujet entre sa seigneurie et le comité lui-même.

LETTRE DXX.

A M. BOWRING.

Gênes, 12 mai 1823.

MONSIEUR,

«J'ai grand plaisir à reconnaître la réception de votre lettre, et l'honneur que le comité m'a fait;--je tâcherai de mériter par tous les moyens en mon pouvoir la confiance qu'il m'accorde. Mon premier désir est d'aller en personne dans le Levant, où je pourrais être à même d'avancer le succès, sinon de la cause elle-même, du moins des informations que le comité désire rassembler avant d'agir; mon ancien séjour dans le pays, mon habitude de la langue italienne (qui y est parlée universellement, ou du moins dans le même degré d'extension que le français dans les contrées plus civilisées du continent), et ma légère connaissance du romaïque[29] me donneraient quelques avantages. La seule objection que souffre ce projet est d'une nature domestique, et je tâcherai de la résoudre;--si j'échoue, je ferai ce que je pourrai faire où je suis; mais ce sera toujours pour moi une source de regrets, que de penser que j'aurais pu faire plus pour le service de la cause sur le lieu même.

»Nos dernières nouvelles du capitaine Blaquière sont d'Ancône, où il s'est embarqué pour Corfou par un bon vent, le 15 du mois dernier; il est probablement à sa destination maintenant. La dernière lettre que j'ai reçue de lui était datée de Rome; on lui avait refusé un passeport pour le royaume de Naples, et il s'en retournait par la Romagne à Ancône;--mais ce retard ne paraît lui avoir fait perdre que peu de tems.

[Note 29: Le grec moderne. C'est l'expression employée par les Grecs eux-mêmes. (_Note du Trad._)]

»Les principaux articles dont les Grecs semblent avoir besoin, sont d'abord un parc d'artillerie--légère, et propre à un pays de montagnes; secondement, de la poudre à canon; troisièmement, des fournitures nécessaires au service des hôpitaux ou ambulances. Le mode le plus facile de transmission est, dit-on, par Idra, à l'adresse de M. Negri, le ministre. Je voulais envoyer une certaine quantité des deux derniers articles,--non pas énormément,--mais suffisamment pour montrer les souhaits sincères d'un individu,--mais j'attends; car, au cas que je parte moi-même, je prendrai ce bagage avec moi. Je suis en correspondance avec signor Nicolas Karrellas (connu de M. Hobhouse) qui maintenant est à Pise; mais son dernier avis portait simplement que les Grecs sont à présent occupés à organiser leur gouvernement, et les détails de leur administration intérieure; ceci semblerait indiquer de la sécurité, mais la guerre est pourtant loin d'être terminée.

»Les Turcs sont une race obstinée, comme ils l'ont montré dans toutes les guerres précédentes, et ils reviendront à la charge pendant plusieurs années, même s'ils sont battus, comme il faut l'espérer. Mais, dans aucun cas, les travaux du comité ne seront accusés d'inutilité; car, dans le cas même de la soumission et de la dispersion des Grecs, les fonds qui seraient employés à secourir et à rassembler les survivans pour alléger en partie leur détresse, et pour les mettre à même de trouver ou de se faire une patrie (comme tant d'émigrés d'autres nations y ont été obligés), ne manqueraient pas de bénir la main qui donna et celle qui reçut» comme un don de justice et de merci.

»Quant à la formation d'une brigade (dont M. Hobhouse émet l'idée dans sa briève lettre, contenant celle à laquelle j'ai l'honneur de répondre), je me permettrai d'exprimer une opinion qui résulte plutôt, à la vérité, de la triste expérience des brigades embarquées pour le service de la Colombie, que d'essais pratiqués en Grèce,--c'est que le comité devrait plutôt consacrer son attention à la recherche d'officiers expérimentés qu'à l'enrôlement de recrues anglaises, difficilement disciplinables, et peu propres au service dans une guerre irrégulière à côté d'étrangers. Un petit corps de bons officiers, surtout dans l'arme de l'artillerie; un ingénieur avec les munitions indiquées par le capitaine Blaquière comme les plus nécessaires (en quantité déterminée par la sagesse du comité); voilà, ce me semble, des secours d'une haute utilité. De plus, les officiers qui auraient déjà servi dans la Méditerranée devraient être pris de préférence, attendu que la connaissance de l'italien est presque indispensable.

»Il faudrait aussi avertir qu'on ne va pas en Grèce «pour dévorer le beefsteak et s'enivrer de porter»,--mais que la Grèce,--qui, depuis ces dernières années, n'a point été richement fournie en comestibles,--est à présent par excellence un pays de privations. Cette remarque peut sembler superflue; mais j'ai dû la faire, en observant que plusieurs officiers étrangers, italiens, français et allemands (ces derniers sont les moins nombreux) sont revenus tout dégoûtés, parce qu'ils s'étaient imaginé qu'ils allaient faire une partie de plaisir, ou chercher une haute paie, une promotion rapide, et peu de besogne. Ils se plaignent aussi d'avoir été mal accueillis par le gouvernement ou par les habitans; mais bon nombre de ces gens-là étaient de purs aventuriers, attirés par le désir du commandement et du butin, et désappointés dans cette double espérance. J'ai vu les Grecs repousser vivement l'accusation du défaut d'hospitalité, et déclarer qu'ils partageaient leur ration jusqu'à la dernière miette avec les volontaires étrangers.

»Je n'ai pas besoin de représenter au comité le grand avantage que doit procurer le succès des Grecs à la Grande-Bretagne, et les probabilités des nouvelles relations commerciales qui s'ouvriraient en conséquence avec l'Angleterre; parce que je suis persuadé que le principal but du comité est l'émancipation de cette nation, sans aucune vue d'intérêt. Mais la considération précédente peut avoir quelque poids auprès du peuple anglais, passionné comme il l'est maintenant pour toute espèce de spéculation;--ceux qui se résolvent à émigrer n'auront plus besoin de traverser les mers d'Amérique; les îles grecques seules leur fourniront des ressources incomparables; le bon marché non-seulement des objets de première nécessité, mais même des objets de luxe (c'est-à-dire, de luxe fourni par la nature), laisse bien loin derrière lui le cap de Bonne-Espérance, la terre de Van-Diemen, et les autres lieux de refuge que la population anglaise va chercher à travers les flots.

».....................................................

»J'écrirai à M. Karrellas. J'attends une lettre du capitaine Blaquière, qui m'a promis de m'écrire bientôt des nouvelles du chef-lieu du gouvernement des Sept-Iles. Je lui ai donné une lettre d'introduction pour lord Sydney Osborne, à Corfou; mais comme lord Sydney est au service du gouvernement, il ne lui accordera qu'une réception _circonspecte_.»

LETTRE DXXI.

A M. BOWRING.

Gênes, 21 mai 1823.

MONSIEUR,

«Je reçus hier la lettre du comité, datée du 14 mars. Je ne sais quelle est la cause du retard. La lettre m'a été envoyée de Paris par M. Galignani, qui me marquait qu'il ne l'avait eue entre les mains que quatre jours, et qu'elle lui avait été remise par un M. Grattan. J'ai à peine besoin de vous dire que j'accède avec joie à la proposition du comité, et que je tiens à grand honneur d'avoir été jugé digne d'être admis au nombre de ses membres. J'ai aussi des grâce à rendre, surtout à vous, monsieur, pour la lettre extrêmement flatteuse qui accompagne la proposition.

»Depuis que je vous ai écrit par l'intermédiaire de M. Hobhouse, j'ai reçu une lettre du capitaine Blaquière, datée de Corfou; je vous l'ai fait passer, parce qu'elle montrera comment il va. Hier, je rencontrai deux jeunes Allemands, qui ont survécu à la bande du général Normann. Ils étaient arrivés à Gênes dans l'état le plus déplorable,--sans nourriture,--sans un sou,--sans chaussure. Ils avaient été expulsés du territoire autrichien dès leur débarquement à Trieste; ils avaient été forcés de rétrograder jusqu'à Florence, et avaient fait la traversée de Leghorn jusqu'ici, avec quatre livres toscanes (environ trois francs) dans leurs poches. Je leur ai donné vingt écus gênois (environ cent trente-trois livres, monnaie française), et des souliers neufs, ce qui les mettra à même de se rendre en Suisse, où ils disent avoir des amis. Tout ce qu'ils ont pu, d'ailleurs, ramasser à Gênes, ne s'est pas élevé à trente sous. Ils ne se plaignent pas des Grecs, mais ils disent avoir souffert davantage depuis leur débarquement en Italie.

»J'ai constaté leur véracité, premièrement par leurs passeports et leurs papiers; secondement par des questions variées de topographie sur Arta, Argos, Athènes, Missolonghi, Corinthe, etc; et troisièmement, en leur parlant en romaïque, langue que l'un des deux possédait même beaucoup mieux que moi. Tous deux appartiennent à de bonnes familles: l'un est un beau jeune homme de vingt-trois ans,--il est Wurtembergeois, et a un faux air de _Sandt_[30]; l'autre est un Bavarois, plus âgé, à physionomie moins expressive et moins idéale, mais c'est un grand et robuste soldat. Le Wurtembergeois a été présent au combat d'Arta, où les Philhellènes furent taillés en pièces après avoir tué six cents Turcs, quoiqu'ils ne fussent que cent-cinquante contre six ou sept mille; il n'y en a que huit qui aient échappé au massacre, et, sur ces huit, trois seulement ont survécu.

»Ces deux-ci quittèrent la Grèce par le conseil des Grecs. Quand Churschid pacha envahit la Morée, les Grecs paraissent s'être fort bien comportés en désirant sauver leurs alliés, dès qu'ils pensèrent que c'en était fait pour eux. Ce fut en septembre dernier (1822); ils errèrent d'île en île, et allèrent de Milo à Smyrne, où le consul français leur donna un passeport, et un charitable capitaine le passage à Ancône, d'où ils allèrent à Trieste, pour être renvoyés de là par les Autrichiens. Ils disent que les Grecs se battent bien à leur façon, mais furent d'abord effrayés du feu de leurs propres canons,--puis s'y accoutumèrent.

[Note 30: Célèbre assassin de Kotzbue. (_Note du Trad._)]

»Adolphe (le plus jeune) a commandé à Navarin pendant quelque tems; l'autre personnage plus matériel, «ce hardi Bavarois à l'heure fatale,» semble principalement déplorer un jeûne de trois jours à Argos, et la perte de vingt-cinq paras par jour de paie arriérée, et quelques bagages laissés à Tripolitza; mais il prend ses blessures, ses marches et ses batailles en bonne part. Tous deux sont simples, pleins de naïveté, et tout-à-fait sans prétention; ils disent que les étrangers se querellaient souvent entre eux, particulièrement les Français avec les Allemands, d'où résultaient de fréquens duels.

»Les Grecs acceptent les mousquets, mais rejettent les bayonnettes, et ils ne seront jamais disciplinés. Quand mes deux gars virent hier deux régimens piémontais, ils s'écrièrent: «Ah! si nous avions eu seulement ces deux régimens, nous aurions nettoyé la Morée.» (Il aurait fallu, toutefois, que les Piémontais se comportassent mieux que contre les Autrichiens.) Ils semblent attacher une grande importance à un petit nombre de troupes régulières;--ils disent que les Grecs ont des armes et de la poudre en abondance, mais manquent de vivres, de fournitures d'hôpital, de charpie et de linge, etc., et surtout d'argent. Certes, il serait difficile de montrer plus de philosophie pratique que ce débris de nos «pauvres montagnards[31];» ils ne semblent pas abattus du tout, et leur façon de se présenter fut aussi simple et naturelle que possible. Ils me dirent qu'ils avaient appris ici d'un Danois qu'un Anglais, ami de la cause grecque, était ici, et qu'étant réduits à mendier de quoi retourner dans leur pays, ils avaient cru bien faire en commençant par moi. J'écris en hâte pour ne pas manquer le départ de la poste,

»Votre obligé, etc.

»_P. S._ J'ai encore revu mes hommes: le comte P. Gamba les a invités à déjeûner. L'un d'eux a l'intention de publier le journal de sa campagne. Le Bavarois s'étonne un peu que les Grecs ne soient pas tout-à-fait semblables aux contemporains de Thémistocle (ceux-ci n'étaient pas déjà si traitables), et soient si difficiles à discipliner; mais c'est un bonhomme, un tacticien qui ressemble un peu à Dugald Dalgetty:--l'autre semble ne s'étonner de rien.»

[Note 31: Mis entre parenthèse par Lord Byron, parce que c'est une phrase écossaise: _Puir hill folk_. (_Note du Trad._)]

LETTRE DXXII.

A LADY ***.

17 mai 1823.

..................................................

«Quant au défunt (lord Londonderry), qu'on vous a dit avoir été attaqué par moi, je me contenterai de répondre que la mémoire d'un mauvais ministre est un objet d'investigation comme sa conduite de son vivant:--car ses mesures ne meurent pas avec lui comme les actions d'un simple particulier. Il est dans le domaine de l'histoire; et partout où je trouverai un tyran ou un scélérat, je le flétrirai. Je n'ai pas attaqué Londonderry avec plus de violence que je n'avais coutume de faire. Pour le _Libéral_,--c'était une publication entreprise pour l'avantage d'un auteur persécuté et d'un très-digne homme. Mais je fis une folie en m'y engageant, aussi l'affaire a-t-elle mal tourné:--car je me suis nui sans faire grand bien à ceux que je voulais servir.

»Ne me défendez pas:--cela ne réussira jamais;--vous ne ferez que vous attirer à vous-même des ennemis.

»Les miens ne diminueront ni ne s'adouciront jamais, mais ils seront peut-être renversés; il peut survenir des événemens, moins improbables que ceux déjà survenus en notre tems, qui changeront peut-être l'état actuel des choses:--nous verrons.

..................................................

»Je vous envoie ce commérage pour vous faire rire; il n'est bon qu'à cela, si toutefois il est bon à quelque chose. Je serai charmé de vous revoir; mais ce sera fort triste, si nous ne nous revoyons que pour un moment.

»Tout à vous à jamais,»

N. B.

* * * * *

Lord Byron, une fois décidé à partir pour la Grèce, pressa tous les préparatifs nécessaires pour son départ. Un de ses premiers soins fut d'écrire à M. Trelawney, qui était alors à Rome, pour le prier d'être son compagnon de voyage. «Vous devez avoir appris, dit-il, que je vais en Grèce:--pourquoi ne venez-vous pas près de moi? Je ne puis rien faire sans vous, et je suis extrêmement désireux de vous voir. Venez, je vous en prie, car je me suis enfin déterminé à aller en Grèce:--c'est le seul endroit où j'aie été satisfait de me trouver. Je parle sérieusement; je ne vous ai pas écrit plus tôt, parce que j'aurais pu vous faire faire un voyage pour rien. Tout le monde dit que je puis être utile à la Grèce: je ne sais pas comment,--ni ceux qui le disent ne le savent pas non plus; mais c'est égal, partons.»

Considérant un médecin, instruit en chirurgie, comme une partie essentielle de sa suite, il pria le docteur Alexandre, son médecin ordinaire à Gênes, de lui procurer une telle personne; et, à la recommandation de ce docteur, il prit avec lui le docteur Bruno, jeune homme qui venait de quitter l'université avec une réputation considérable. Entre autres préparatifs pour son expédition, il commanda trois superbes casques,--ornés de son cimier de prédilection,--pour lui et les deux amis qui devaient l'accompagner. Dans cette petite circonstance, qui excita quelques moqueries en Angleterre, où le ridicule est beaucoup mieux compris que l'héroïque, nous avons un de ces exemples qui surviennent si souvent dans la vie de Lord Byron pour confirmer l'observation, si vraie par rapport à lui, que «l'enfant est le père de l'homme mûr:»--les traits caractéristiques de l'un et l'autre âge ayant subi chez lui une transposition si anomale, que les passions et les vues de l'homme mûr se développèrent dans son enfance, et que les fantaisies et les vanités de l'enfant percèrent toujours dans les momens les plus sérieux de sa virilité. Le même écolier que nous avons vu, au commencement du premier volume, se targuer du dessein de lever, un jour à venir, une troupe de cavaliers, en armures noires, nommés les _Noirs_ de Byron, essayait alors avec délices son casque au beau cimier, et jouissait par avance des exploits qu'il devait accomplir sous ce panache.

A la fin de mai, il reçut une lettre de M. Blaquière, qui lui communiquait d'heureuses nouvelles, et le priait de hâter le plus possible son départ, vu que sa présence était impatiemment désirée, et qu'elle rendrait les plus grands services.....

Pour connaître le véritable état de l'esprit de Byron à cette époque de crise, les observations d'une personne qui veillait sur lui avec des yeux animés par l'inquiétude, paraîtront peut-être fournir le plus clair et le plus certain document. «Ce fut alors, dit Mme Guiccioli, que Lord Byron tourna ses pensées sur la Grèce; et stimulé de toutes parts par mille circonstances combinées, il se trouva, presque sans l'avoir décidé et sans le savoir, obligé de partir pour la Grèce. Mais, malgré son affection pour cette contrée,--malgré la conscience de ses forces morales, sous l'inspiration de laquelle il disait toujours qu'un homme est obligé à faire pour la société quelque chose de plus que des vers,--malgré l'attrait que devait avoir pour son ame noble l'objet de ce voyage,--et malgré la détermination de revenir en Italie au bout de quelques mois,--cependant, toutes les personnes qui l'approchèrent à cette époque peuvent dire quels combats son cœur se livrait (quoiqu'il cherchât à les dissimuler) à mesure que s'approchait l'époque du départ[32].»

Il pensait en outre par une sorte de pressentiment funeste,--naturel peut-être à un homme de son caractère sous l'influence de telles circonstances,--qu'il ne faisait qu'accomplir sa destinée dans cette expédition, et qu'il mourrait en Grèce. La veille du départ de lord et lady B***, il alla leur faire le soir une visite d'adieu, et se mit à converser quelque tems. Il était évidemment dans un moment d'humeur sombre, et après avoir exprimé combien il regrettait que ses amis partissent de Gênes avant l'époque de son embarquement, il continua à parler de son voyage projeté dans un ton plein de découragement: «Ici, dit-il, nous voilà tous ensemble aujourd'hui,--mais quand et où nous rencontrerons-nous? J'ai une sorte de pressentiment que nous nous voyons pour la dernière fois; et un je ne sais quoi me dit que je ne reviendrai jamais de Grèce.» Ayant continué quelque tems encore sur ce ton mélancolique, il appuya sa tête sur le bras d'un sofa où il causait avec lady B***, et, laissant échapper un torrent de larmes, il pleura durant quelques minutes par un instinct irrésistible. Quoiqu'il n'eût parlé qu'avec lady B***, tous ceux qui étaient dans le salon observèrent son émotion, et en furent touchés; lui, au contraire, apparemment honteux de sa faiblesse, tâcha d'en détourner l'attention par une remarque ironique, énoncée avec une sorte de rire hystérique, sur les effets de la susceptibilité nerveuse.

[Note 32: «Fu allora che Lord Byron rivolse i suoi pensieri alla Grecia; e stimolato poi da ogni parte per mille combinazioni, egli si trovò quasi senza averlo deciso, e senza saperlo, obbligato di partire per la Grecia. Ma, nonostante il suo affetto per quelle contrade,--nonostante il sentimento delle sue forze morali che gli faceva dire sempre «che un uomo è obligato a fare per la società qualche cosa di più che dei versi,»--non ostante le attrattive che doveva avere pel nobile suo animo l' oggetto di quel viaggio,--e nonostante che egli fosse determinato di ritornare in Italia fra non molti mesi,--pure in quale combattimento si trovasse il suo cuore mentre si avvanzava l' epoca della sua partenza (sebbene cercasse occultarlo) ognuno che lo ha avvicinato allora può dirlo.»]

Il avait, avant cette conversation, présenté un petit présent d'adieu à chaque personne de la société voyageuse, un livre à l'un, à l'autre une gravure de son buste de Bartolini, et à lady B*** un exemplaire de sa _Grammaire Arménienne_, sur les pages de laquelle il y avait quelques remarques écrites de sa main. En quittant cette noble dame, il lui demanda comme souvenir quelque bagatelle qu'elle eût portée; elle lui donna une de ses bagues; en retour, il détacha de son sein une épingle, ornée d'un petit camée de Napoléon, qu'il dit avoir long-tems conservée sur lui, et qu'il présenta à l'honorable lady.

Le lendemain, lady B*** reçut de lui le billet suivant:

A LA COMTESSE DE B***.

Albaro, 2 juin 1823.

MA CHÈRE LADY B***,

«Je suis superstitieux, et je me suis rappelé que les souvenirs qui ont une pointe ne sont pas d'heureux augure; je vous prierai donc d'accepter, en place de l'épingle, la chaîne ci-jointe, qui a trop peu de valeur pour que vous hésitiez le moins du monde. Comme vous désiriez un objet que j'eusse porté, je ne puis que dire que celui-ci a été plus souvent et plus long-tems porté que l'autre. La chaîne est de fabrique vénitienne; et la seule particularité qu'il y ait à en dire, c'est qu'on n'en peut avoir une pareille qu'à Venise, ou du moins en la faisant venir de cette ville. A Gênes on n'en a point du même genre. Je vous envoie aussi une bague, que je désirerais laisser à Alfred; elle est trop grande pour être portée, mais elle est faite de lave, et par conséquent en harmonie avec le feu de l'âge et du caractère de notre jeune ami. Vous aurez peut-être la bonté d'accuser réception de ce billet, et de me renvoyer (crainte de malheur) cette épingle, qui me sera d'une plus grande valeur pour avoir été une nuit entre vos mains.

»A jamais et de cœur votre très-obligé, etc.

»_P. S._ J'espère que vos nerfs sont bien aujourd'hui, et qu'ils continueront à rester dans un état florissant.»

* * * * *

En même tems les préparatifs de la romanesque expédition s'avançaient. Avec l'aide de son banquier et sincère ami, M. Barry, de Gênes, Lord Byron parvint à rassembler les grandes sommes d'argent nécessaires pour ses dépenses;--10,000 couronnes en espèces, et 40,000 couronnes en lettres-de-change; une portion de cet argent fut prélevée sur ses meubles et sur ses livres, sur lesquels M. Barry avança une somme bien supérieure à leur réelle valeur. Un brick anglais, _l'Hercule_, fut frété pour le transport de Byron et de sa suite, qui se composait du comte Gamba, de M. Trelawney, du docteur Bruno et de huit domestiques. Il y avait aussi à bord cinq chevaux, quantité suffisante d'armes et de munitions pour le service de la petite troupe, deux _one-pounder_[33] appartenant à son schooner, _le Bolivar_, qu'il avait laissé à Gênes, et assez de drogues pour suffire à mille personnes pendant un an.

La lettre suivante au secrétaire du comité grec annonce l'approche du départ.

[Note 33: Petits canons pour des biscaïens d'une livre. (_Note du Trad._)]

LETTRE DXXIII.

A M. BOWRING.

7 juillet 1823.

«Nous mettons à la voile le 12 pour la Grèce:--J'ai reçu une lettre de M. Blaquière, trop longue pour être transcrite ici, mais très-satisfaisante. Le gouvernement grec m'attend sans délai.

»Conformément aux désirs de M. Blaquière et d'autres correspondans, je dois dire, avec toute la déférence due au comité, qu'une avance de «dix mille livres sterling seulement» (c'est l'expression de M. Blaquière) rendrait à présent le plus grand service au gouvernement grec. Je dois aussi recommander vivement l'entreprise d'un emprunt, pour lequel une suffisante garantie sera offerte par les députés actuellement en route pour l'Angleterre. En même tems, j'espère que le comité sera mis à même de faire quelque-chose d'efficace.

»Pour ma part, j'ai intention d'emporter, en espèces ou en lettres de crédit, près de neuf mille livres sterling, ce que je puis faire en raison des fonds que j'ai en Italie, et de mes crédits en Angleterre. Je dois nécessairement réserver une portion de cette somme pour mes dépenses et celles de ma suite; je dépenserai le reste de la façon qui me semblera la meilleure pour le service de la cause,--bien entendu, avec garantie ou assurance que cet argent ne sera pas détourné au profit de quelque spéculation individuelle.

»Si je reste en Grèce, ce qui dépendra entièrement de l'utilité présumée de ma présence, et de l'opinion des Grecs eux-mêmes sur son à-propos,--bref, si je suis le bienvenu, je continuerai, durant ma résidence au moins, à consacrer au triomphe de la cause une partie de mes revenus, présens et futurs, c'est-à-dire, ce que je pourrai épargner pour ce but. Je puis, ou du moins je pus autrefois, supporter les privations;--je suis accoutumé à l'abstinence;--et, quant à la fatigue, je fus jadis un passable voyageur. Je ne puis dire de quoi je suis capable aujourd'hui,--mais j'essaierai.

»J'attends les ordres du comité.--Adressez les lettres à Gênes;--elles me seront envoyées, en quelque lieu que je sois, par mes banquiers, MM. Webb et Barry. Il m'eût été agréable d'avoir des instructions plus précises avant de partir, mais cela doit rester au choix du comité.

»J'ai l'honneur d'être votre obéissant, etc.

»_P. S._ On exprime un grand désir d'avoir une presse et des caractères, etc. Je n'ai pas le tems de m'en procurer, mais je recommande cela à l'attention du comité. Je présume qu'il faut que les caractères soient grecs, du moins en partie. On désire avoir des papiers publics, et peut-être un journal, probablement en romaïque, avec des traductions italiennes.»

* * * * *

Tout était prêt; et le 13 juillet Byron et ses compagnons dormirent à bord de _l'Hercule_. Le lendemain matin, au lever du soleil, on réussit à sortir du port; mais il y avait peu de vent, et le brick resta en vue de Gênes toute la journée. La nuit il y eut un brillant clair de lune, mais le vent était devenu orageux et contraire, et l'on fut quelque tems dans un danger sérieux. Lord Byron, qui resta sur le pont durant la tempête, s'occupa vivement, avec l'aide de ceux de ses compagnons que le mal de mer n'empêchait pas de lui prêter main-forte, à contenir les chevaux, qui, ayant été mal attachés, s'étaient lâchés et se blessaient les uns les autres. Après avoir tenu tête au vent pendant trois ou quatre heures, le capitaine fut enfin obligé de revenir à Gênes, et rentra dans le port à six heures du matin. En abordant à terre, après ce malencontreux début du voyage, «Lord Byron (dit le comte Gamba) parut pensif, et remarqua qu'il considérait un mauvais commencement comme un favorable augure.»

Je crois avoir déjà mentionné qu'entre autres superstitions, la supposition que le vendredi est un jour de malheur pour le commencement d'une entreprise quelconque, ne manquait presque jamais d'influencer Lord Byron. Quelque tems après son arrivée à Pise, une dame de sa connaissance l'ayant rencontré sur la route de sa maison comme elle y retournait, et supposant qu'il y avait été lui faire une visite, le pria d'y retourner avec elle. «Je n'ai pas été chez vous, répondit-il; car, au moment de frapper à la porte, je me suis souvenu que c'est aujourd'hui vendredi, et, comme je n'aime pas à faire ma première visite un vendredi, je m'en suis retourné.» On rapporte même qu'il renvoya une fois un tailleur gênois qui lui apportait un habit neuf en ce jour de sinistre présage.

Malgré cela, chose étrange à dire, il mit à la voile pour la Grèce un vendredi;--et quoique pour ceux qui ont quelque propension à cette idée superstitieuse, le résultat ne puisse paraître que trop malheureusement confirmatif du mauvais présage, il est évident que l'influence de la superstition sur l'esprit de Byron était peu considérable, ou qu'elle fut effacée par l'excitation du dévoûment. En vérité, malgré cette encourageante remarque adressée au comte Gamba, le pressentiment d'une fin prochaine semble avoir été trop profond et trop sérieux chez le noble poète pour avoir besoin de l'aide d'un pareil accessoire. Ayant exprimé, en redescendant à terre, le désir de visiter son palais, qu'il avait laissé à la garde de M. Barry, et d'où Mme Guiccioli était partie le matin même de très-bonne heure, il y alla seul, avec le comte Gamba. «Sa conversation, dit celui-ci, fut un peu sombre durant notre route à Albaro; il parla beaucoup de sa vie passée, et de l'incertitude de l'avenir: Où serons-nous dans un an? s'écria-t-il.--Cette dernière phrase (ajoute son ami) a l'air d'avoir été un sombre présage; car, au même jour du même mois de l'année suivante, il fut porté dans la tombe de ses ancêtres.»

Il fallut presque la journée entière pour réparer les dommages du navire; et la plus grande partie de ce tems fut passée par Lord Byron en compagnie avec M. Barry, dans des jardins près de la ville. Là sa conversation, suivant M. Barry, prit le même ton de mélancolie. Il semblait vivement regretter de ne s'être pas déterminé de préférence à aller en Angleterre; et les idées qu'il exprima sur l'entreprise où il s'engageait étaient si désespérantes, qu'il n'y persista, sans doute, que par un profond sentiment de devoir et d'honneur.

Le soir, on mit à la voile.--Alors Byron, pleinement lancé dans l'entreprise, et dégagé, pour ainsi dire, de sa première existence, déploya soudain la force naturelle de son ame pour secouer l'affliction venue, soit du dedans, soit du dehors. Suivant le rapport d'un de ses compagnons de voyage, il n'eût pas plus tôt commencé à voguer de nouveau sur les ondes, que son humeur sombre se dissipa, et fit place à sa brillante vivacité. Dans la brise qui le portait vers sa Grèce chérie, la voix de sa jeunesse sembla parler de nouveau. Devant les noms de héros et de bienfaiteur, auxquels il aspirait, celui de poète, si prééminent qu'il soit, s'évanouit dans le néant. Sa passion pour la liberté, sa générosité, sa soif des impressions nouvelles et des aventures:--tout se réveilla; et même les sombres présages qui grondaient encore au fond de son cœur ne firent que lui rendre plus précieuse la carrière ouverte devant lui, par la conscience de la brièveté du tems qui lui restait, et par la haute et noble résolution d'employer glorieusement ce reste de ses jours.

Après une traversée de cinq jours, on arriva en vue de Leghorn, où l'on jugea à propos d'aborder, afin de prendre un surplus d'approvisionnemens de poudre, et quelques marchandises anglaises qu'on n'aurait pu se procurer ailleurs.

»................................................ ......[34] A Leghorn, Lord Byron reçut une précieuse marque d'hommage de la part de l'un des deux hommes[35] du siècle, qui seuls pouvaient lutter avec lui en universalité de gloire littéraire.

Nous avons déjà vu qu'un échange de courtoisies, fondées sur une mutuelle admiration, avait eu lieu entre Lord Byron et le grand poète de l'Allemagne, Goëthe. Le vénérable auteur de _Faust_ en a donné une relation, dont je vais insérer ici la fidèle traduction, comme un préliminaire nécessaire à la lettre que je vais donner.

[Note 34: Nous nous permettons, soit dit une fois pour toutes, de retrancher quelquefois les verbeuses réflexions de Moore. (_Note du Trad._)]

[Note 35: De ces deux hommes, mentionnés par Moore, l'un est évidemment Goëthe, l'autre est probablement Walter-Scott. (_Note du Trad._)]

GOETHE SUR BYRON.

«Le poète allemand qui, jusqu'au dernier période de sa longue vie, s'est toujours empressé de reconnaître les mérites de ses prédécesseurs et contemporains littéraires, parce qu'il a toujours considéré cela comme le plus sûr moyen de cultiver ses propres facultés, n'a pas pu ne pas fixer son attention sur le grand talent que le noble Lord a déployé presque dès son apparition, et a incessamment observé les progrès de son génie dans toutes les œuvres qu'il produisait sans relâche. L'appréciation publique des mérites du poète ne demeura pas en arrière de cette succession rapide de poèmes. La sympathie eût été parfaite, si le poète n'eût, par une vie marquée au sceau du mécontentement intérieur, et par le libre cours de passions violentes, troublé les jouissances que son immense génie procurait. Mais son admirateur allemand n'en fut pas moins attentif à suivre ses œuvres et sa vie dans toute leur excentricité. Il en était d'autant plus étonné, qu'il ne trouvait dans l'expérience des âges passés aucun élément pour le calcul d'une orbite si excentrique.

»Cet intérêt du littérateur allemand ne resta pas inconnu au poète anglais, comme ses œuvres en contiennent des preuves évidentes; et le noble Lord profita des occasions offertes par divers voyageurs, pour envoyer quelque salutation amicale à son obscur admirateur. Enfin, il lui envoya une dédicace manuscrite de _Sardanapale_, dans les termes les plus flatteurs, en s'enquérant obligeamment si elle pourrait être placée en tête de la tragédie. L'auteur allemand qui, à son âge avancé, avait la conscience de ses facultés et de leurs effets, ne pouvait que considérer avec reconnaissance et avec modestie cette dédicace, comme l'expression d'une inépuisable intelligence, sentant profondément et créant son objet. Il ne fut nullement mécontent quand, après un long délai, _Sardanapale_ parut sans la dédicace, et il fut heureux d'en posséder un fac-similé lithographié qu'il considéra comme un souvenir précieux.

»Cependant, le noble Lord n'abandonna pas son projet de déclarer au monde son affection pour son confrère allemand, et en donna un précieux témoignage en tête de la tragédie de _Werner_. On croira aisément que le poète allemand, en recevant un honneur si inespéré,--honneur rarement obtenu dans la vie, et de la part d'un homme si distingué,--fut naturellement porté à exprimer l'estime et la sympathie que son incomparable contemporain lui avaient inspirées. La tâche n'était point aisée; et plus elle était méditée, plus elle paraissait difficile:--car que dire d'un homme dont les talens infinis sont au-dessus des paroles? Mais quand un jeune homme, M. Sterling, d'un physique agréable et d'un excellent caractère, eut, au printems de 1823, dans un voyage de Gênes à Weimar, apporté comme lettre d'introduction quelques lignes de la main du grand homme; et quand le bruit se fut bientôt après répandu que le noble pair était sur le point d'appliquer sa grande ame et ses talens variés à de sublimes exploits par-delà l'Océan, alors il n'y eut plus de tems à perdre, et les vers suivans furent composés à la hâte:

Ein freundlich Wort kommt eines nach dem andern, Von Süden her und bringt uns frohe Stunden; Es ruft uns auf zum Edelsten zu wandern, Nicht ist der Geist, doch ist der Fuss gebunden.

Wie soll ich dem; den ich so lang begleitet, Nun etwas Traulich's in die Ferne sagen? Ihm der sich selbst im Innersten bestreitet, Stark angewohnt das tiefste Weh zu tragen.

Wohl-sey ihm doch, wenn er sich selbst empfindet, Er wage selbst sich hoch beglückt zu nennen, Wenn Musenkraft die Schmerzen überwindet, Und wie ich ihn erhannt mog'er sich kennen[36].

[Note 36: J'insère les vers dans la langue originale, parce qu'une traduction anglaise ne donne qu'une idée très-imparfaite de leur sens. (_Note de Moore_.)]

»Les vers arrivèrent à Gênes; mais l'excellent ami, à qui ils étaient adressés, était déjà parti, et à une distance qui paraissait inaccessible. Cependant, retenu par les gros tems, il prit terre à Leghorn, où ces vers lui parvinrent au moment où il allait s'embarquer, le 24 juillet 1823. Il eut à peine le tems de répondre par une page bien remplie, que le possesseur a gardée parmi ses plus précieux papiers comme la plus honorable preuve de la liaison établie. Ce document, déjà touchant et précieux par lui-même, comme justifiant les plus vives espérances, a maintenant acquis la plus grande, quoique la plus douloureuse valeur, par la mort prématurée du sublime écrivain, car il ajoute une particularité à la douleur généralement excitée par cette perte dans le monde moral et poétique: nous étions assurés dans l'espérance qu'après l'accomplissement d'exploits glorieux nous pourrions saluer en personne le génie supérieur, l'ami si heureusement acquis, et le plus humain des conquérans. A présent, nous ne pouvons que nous consoler par la conviction que son pays reviendra enfin de cette violence d'invectives et de reproches qui a si long-tems régné contre lui, et comprendra que les scories de l'âge et de l'individu, d'où les meilleures ames ont à se débarrasser, sont périssables et transitoires, tandis que la gloire merveilleuse à laquelle il a élevé son pays dans le siècle présent et pour tous les siècles à venir, sera aussi infinie en splendeur que les conséquences en sont incalculables. Et l'on ne peut douter que la nation, qui peut s'enorgueillir de tant de grands noms, le classera au premier rang de ceux par qui elle a acquis une telle gloire.»

Voici la réponse de Byron à la communication sus-mentionnée de Goëthe.

LETTRE DXXIV.

A GOETHE.

Leghorn, 24 juillet 1823.

ILLUSTRE POÈTE,

«Je ne puis vous remercier comme vous devriez être remercié par les vers que mon jeune ami, M. Sterling, m'a envoyés de votre part; et il me messiérait de prétendre échanger des vers avec celui qui, pendant cinquante ans, a été le souverain incontesté de la littérature européenne. Vous accepterez donc mes très-sincères remerciemens en prose,--et en prose écrite à la hâte: car je suis à présent en route pour mon second voyage en Grèce, et je suis entouré d'un bruit et d'un tumulte qui laissent à peine un moment à la gratitude et à l'admiration pour s'exprimer.

»Je m'embarquai de Gênes, il y a quelques jours, et je fus repoussé par un coup de vent; depuis, j'ai remis de nouveau à la voile, et suis abordé ici (à Leghorn) ce matin, pour prendre à bord quelques passagers grecs pour leur combattante patrie.

»C'est ici que j'ai trouvé vos vers et une lettre de M. Sterling; et je n'ai pu avoir un plus favorable présage, une plus agréable surprise qu'un mot de Goëthe écrit de sa propre main.

»Je retourne en Grèce pour voir si j'y puis être de quelque utilité. Si jamais je reviens, je ferai une visite à Weimar, pour y apporter le sincère hommage d'un de ces admirateurs que vous avez par millions. J'ai l'honneur d'être, à toujours et au plus haut degré,

»Votre obligé,»

NOEL BYRON.

Le 24 juillet, Lord Byron mit à la voile de Leghorn, où M. Browne l'avait rejoint; et après environ dix jours de navigation par le tems le plus favorable, il jeta l'ancre à Argostoli, principal port de Céphalonie.

On avait jugé à propos que Lord Byron, afin de prendre d'exactes informations sur la Grèce, se rendît d'abord à l'une des îles ioniennes, d'où il pourrait observer et constater la vraie situation des affaires avant d'aborder au continent. Dans ce but, on lui avait recommandé Zante ou Céphalonie, et il se détermina pour la dernière île, parce qu'il connaissait les talens et les sentimens libéraux du colonel Napier, résident. Sachant néanmoins que dans l'aspect encore incertain de la politique anglaise extérieure, son arrivée pour une expédition si ostensiblement consacrée à l'aide de l'insurrection aurait l'effet d'embarrasser les autorités existantes, il résolut d'adopter une ligne de conduite qui les compromît ou les offensât le moins possible. C'est dans cette vue qu'il jugea prudent de ne point débarquer à Argostoli, mais d'attendre à bord de son navire les informations du gouvernement grec, pour être à même de déterminer ses mouvemens ultérieurs.

L'arrivée d'un homme si célèbre excita naturellement à Argostoli une vive sensation tant parmi les Grecs que parmi les Anglais; et les premières entrevues qui eurent lieu entre ces derniers et leur noble visiteur furent soudain suivies, d'une et d'autre part, de cette sorte d'agréable surprise, qui devait résulter de préventions réciproques. Ses compatriotes, qui, d'après les contes exagérés qu'ils avaient entendu si souvent débiter sur sa misantropie et sur son horreur spéciale pour les Anglais, s'attendaient à le voir accueillir leurs politesses avec une froideur hautaine, sinon insultante, trouvèrent au contraire dans toutes ses manières une franche et joyeuse affabilité, qui, propre à les charmer en toutes circonstances, fut, dans une attente si opposée, particulièrement enivrante pour eux;--tandis que lui, de son côté, encore plus préparé par les préventions qu'il avait long-tems nourries, à être reçu froidement et avec répugnance par ses compatriotes, rencontra un accueil tout à-la-fois si cordial et si respectueux, qu'il en fut non-seulement surpris et flatté, mais encore évidemment ému. Entre autres politesses qu'il accepta, il y eut un dîner avec les officiers de la garnison; là, lorsqu'on eut bu à sa santé, il remercia, dit-on, ses hôtes en disant que, «il était douteux qu'il pût convenablement exprimer sa gratitude, parce qu'il avait si long-tems parlé une langue étrangère que c'était avec difficulté qu'il faisait passer dans la sienne toute la force de son sentiment.»

Ayant dépêché des messagers à Corfou et à Missolonghi pour obtenir des informations, il résolut, en attendant leur retour, d'employer son tems en un voyage à Ithaque, île qui n'est séparée de Céphalonie que par un détroit fort resserré. En allant à Vathi, capitale de l'île, sur l'invitation du capitaine Knox, résident, qui lui procura toutes les facilités possibles pour le voyage, il fit une visite à la caverne où, suivant la tradition, Ulysse déposa les présens des Phéaciens. «Lord Byron (dit le comte Gamba) monta jusqu'à la grotte, mais l'escarpement et la hauteur de la montagne l'empêchèrent de parvenir aux ruines du château. J'éprouvai moi-même beaucoup de difficulté pour y atteindre. Lord Byron s'assit et se mit à lire dans la grotte, mais il s'endormit. Je l'éveillai à mon retour, et il me dit que j'avais interrompu les rêves les plus délicieux qu'il eût eus dans sa vie.»

Quoiqu'il n'eût pas cessé, depuis son premier voyage dans ces régions, de préférer les charmes sauvages de la nature à toutes les associations classiques de l'art et de l'histoire, cependant il se joignit avec intérêt à tous les pélerinages faits aux lieux que la tradition avait sanctifiés. A la fontaine d'Aréthuse, un des endroits de ce genre qu'il visita, il trouva pour lui et pour sa compagnie un repas que le résident avait fait préparer; et à l'École d'Homère,--nom donné à quelques ruines au-delà de Chioni,--il rencontra un vieil évêque réfugié, qu'il avait connu en Livadie treize ans auparavant, et avec qui il conversa de cette époque avec une rapidité et une fraîcheur de souvenir que la mémoire du vieil évêque ne pouvait suivre qu'avec peine. Les soi-disant bains de Pénélope n'échappèrent pas non plus à ses recherches, et «quelque sceptique qu'il fût (dit une dame qui, bientôt après, suivit ses traces) par rapport à ces localités supposées, il n'offensait jamais les indigènes par la moindre objection à la réalité de leurs croyances. Au contraire, sa politesse et sa bienveillance gagnèrent le respect et l'admiration de tous les Grecs qui le virent; et l'on ne me parlait de lui qu'avec enthousiasme.»

Ces vues bienfaisantes, qui plus peut-être que l'ambition de la renommée le guidaient dans son entreprise actuelle, eurent l'occasion de se déployer durant son court séjour à Ithaque. En apprenant que bon nombre de pauvres familles s'y étaient réfugiée de Scio, de Patras et d'autres parties de la Grèce, non-seulement il présenta au commandant trois mille piastres pour les secourir en général, mais par ses bienfaits particuliers envers une famille qui avait autrefois vécu à Patras dans un état d'opulence, il la mit à même de réparer sa fortune et de recouvrer l'aisance. «La fille aînée (dit la dame que j'ai déjà citée) devint ensuite maîtresse de l'école formée à Ithaque; elle, sa sœur, et sa mère, ne parlèrent jamais de Lord Byron sans le plus profond sentiment de reconnaissance et de regret pour sa mort trop prématurée.»

Après avoir employé environ huit jours dans cette excursion, il était revenu à bord de _l'Hercule_, quand l'un des messagers qu'il avait dépêchés, revint avec une lettre du brave Marco Botzari, qui se préparait dans les montagnes d'Agrafa à cette attaque où il succomba si glorieusement. Voici les termes dans lesquels cet héroïque chef écrivit à Lord Byron.

«Votre lettre et celle du vénérable Ignazio m'ont rempli de joie. Votre excellence est exactement la personne qu'il nous faut. Que rien ne vous empêche de venir dans cette partie de la Grèce. L'ennemi nous menace avec des forces nombreuses; mais, avec l'aide de Dieu et de votre excellence, nous lui opposerons une bonne résistance. J'aurai quelque chose à faire ce soir contre un corps de six à sept mille Albanais, campés près d'ici. Après-demain je partirai, avec quelques compagnons choisis, pour rencontrer votre excellence. Ne perdez pas de tems. Je vous remercie de la bonne opinion que vous avez de mes concitoyens; Dieu veuille que vous ne la trouviez pas mal fondée! et je vous remercie encore davantage pour le soin que vous avez pris d'eux.....

»Croyez moi, etc.»

Dans l'espoir que Lord Byron se rendrait à Missolonghi, ç'avait été l'intention de Botzari, comme la lettre ci-dessus l'annonce, de laisser l'armée, et d'aller à la hâte, avec un petit nombre de ses frères d'armes, recevoir leur noble allié à son débarquement, d'une manière digne de sa généreuse mission. Mais la lettre ne précéda que de peu d'heures la mort de Botzari. Celui-ci pénétra, le soir, avec une poignée de braves, au milieu du camp des ennemis, dont les forces montaient à huit mille hommes; et, après avoir conduit son héroïque bande sur des monceaux de morts, il tomba enfin, lui-même, près de la tente du pacha. Ce que ce brave Souliote dit du soin de Lord Byron pour ses concitoyens a trait à une action populaire récemment faite par le noble poète à Céphalonie en prenant à sa solde, pour sa garde, quarante hommes de cette tribu sans asyle. Mais comme faute d'occupation ils devenaient turbulens, Byron les renvoya bientôt après, armés et approvisionnés, se joindre aux défenseurs de Missolonghi, qui était alors assiégée d'un côté par une armée considérable, et bloqués de l'autre par une escadre turque. Déjà, dans le dessein de secourir cette place, il avait fait au gouvernement une offre généreuse, qu'il mentionne ainsi dans une de ses lettres. «J'ai offert d'avance mille dollars par mois pour le secours de Missolonghi et pour les Souliotes de Botzari (tué depuis), mais le gouvernement m'a répondu qu'il désire conférer préalablement avec moi, ce qui est dire qu'il désire que je dépense mon argent dans un autre but. Je veillerai à ce que la dépense soit faite pour l'intérêt public, autrement je n'avancerai pas un para[37]. L'opposition dit qu'on veut me cajoler; et le parti qui est au pouvoir dit que les autres veulent me séduire: ainsi j'ai un rôle difficile à jouer entre les deux factions; mais, je n'ai rien à faire pour les partis, sinon de les réconcilier si c'est possible.»

.....................................................[38]

Sachant que pour juger mûrement de l'état des partis, il faut se tenir hors de leur tourbillon; et prévoyant d'après l'impatience même des différens chefs qui le courtisaient à l'envi pour l'attirer chacun à soi, quel risque il courrait en se liant avec l'un plutôt qu'avec l'autre, il résolut de stationner encore quelque tems à Céphalonie, et d'y mettre à profit les facilités données par la position pour recueillir des informations sur l'état réel des affaires, et pour constater de quel côté sa présence et son argent seraient le plus profitables. Durant les six semaines qui s'étaient écoulées depuis son arrivée à Céphalonie, il avait vécu de la façon la moins confortable, avec du porc et de la volaille, à bord de son navire. Mais, dès qu'il eut pris la résolution de prolonger son séjour, il se décida à prendre une demeure à terre; et, par amour de la retraite, il s'établit dans un petit village, appelé Metaxata, à environ sept milles d'Argostoli, et continua à y résider durant le reste de son séjour dans l'île.

[Note 37: Petite pièce de monnaie turque. (_Note du Trad._)]

[Note 38: Nous passons une longue dissertation de Moore sur l'état de la Grèce. (_Note du Trad._)]

Avant ce changement de résidence, il avait député M. Hamilton Browne et M. Trelawney au gouvernement existant de Grèce, avec une lettre où il exposait ses vues et celles du comité qu'il représentait; et il n'y avait pas un mois qu'il s'était retiré à Metaxata, quand il reçut des nouvelles de ces messieurs. Le tableau qu'ils lui envoyèrent de l'état du pays ne fit que confirmer les idées qu'il avait déjà;--incapacité et égoïsme à la tête des affaires, désorganisation dans tout l'ensemble du corps politique, mais, en même tems, force vivace au cœur de la nation, et moyens puissans de résistance. Il ne put manquer d'être frappé de cette étroite ressemblance de famille avec l'ancienne population du pays:--ce grand peuple, au milieu même de ses interminables dissentions intérieures, ayant toujours été prêt à faire face de concert contre l'ennemi.

Les agens de sa seigneurie avaient été bien et dûment accueillis par le gouvernement, qui désirait beaucoup que Lord Byron se rendît en Morée sans délai; et des lettres pressantes, écrites dans ce but tant par le pouvoir législatif que par le pouvoir exécutif, accompagnèrent celles de MM. Browne et Trelawney. Mais Byron était résolu à ne bouger qu'en tems opportun; car plus il avait pénétré dans la connaissance des intrigues grecques, plus il avait eu à s'applaudir de sa prudence à ne pas s'engager dans le labyrinthe sans être auparavant prémuni contre la déception par les renseignemens qu'il était en train de recueillir.

Pour donner aussi brièvement que possible une idée de ce conflit d'appels, qui, des divers théâtres de l'insurrection, parvinrent à Byron dans sa retraite, il suffira de dire que, d'une part, Metaxa, gouverneur de Missolonghi, le suppliait vivement d'accourir au secours de cette place, que les Turcs bloquaient alors par terre et par mer; que d'autre part, le premier des chefs militaires, Colocotroni, ne le pressait pas moins instamment de se présenter au prochain congrès de Salamine, où les affaires du pays devaient être réglées sous la dictée de ces sauvages guerriers;--et qu'enfin, en même tems, d'un autre côté, le grand adversaire de ces chefs militaires, Mavrocordato, tâchait, avec plus d'instances et d'habileté que personne, de lui inspirer ses propres vues, et le suppliait de venir à Hydra, où il venait d'être obligé de se retirer.

La simple nouvelle de l'arrivée d'un noble anglais, qui, n'ayant contracté d'engagemans avec aucun parti, laissait à tous l'espoir de son alliance, et que la rumeur publique munissait d'autant d'argent que l'imagination de la pauvreté se plaisait à lui en attribuer, suffisait par elle-même, sans compter les droits plus puissans du nom de Byron, pour attirer toutes les pensées. «Il est plus aisé, dit le comte Gamba, de concevoir que de raconter les divers moyens employés pour l'engager dans une faction ou dans l'autre; lettres, messagers, intrigues, récriminations,--oui, les agens de chaque parti déployaient tout leur art pour rabaisser le parti opposé.» Le comte ajoute une circonstance qui jette une vive lumière sur un trait particulier du caractère du noble poète.--«Il s'occupait à découvrir la vérité, toute cachée qu'elle était sous ces intrigues, et s'amusait à confronter les agens des différentes factions.» Durant toutes ces occupations, il continua son train de vie simple et uniforme,--se levant, toutefois, de bonne heure, pour la dépêche des affaires, ce qui montra combien il était capable de vaincre même une longue habitude en cas de besoin. Quoique très-occupé, il était, à toute heure, accessible aux visiteurs; et la facilité avec laquelle il se laissait importuner par les gens les plus stupides, ne peut être mise en doute, puisque, m'a-t-on dit, un des officiers de la garnison, homme incapable de comprendre autre chose en Byron que sa bonté, avait coutume de dire, quand son tems lui pesait:--«Je crois que je sortirai à cheval et que j'aurai une petite causerie avec Lord Byron.»

Mais l'homme dont les visites parurent faire le plus de plaisir à Byron, tant pour l'intérêt du sujet principal de la conversation que pour les occasions de plaisanteries fournies par les singularités du visiteur, fut un médecin, nommé Kennedy, qui, par un profond sentiment de la valeur de la religion pour lui-même, s'était chargé de la bienveillante tâche de communiquer sa lumière aux autres. Voici quelle fut l'origine de leurs premières relations. Le docteur Kennedy avait entrepris de convertir à une ferme croyance dans le christianisme quelques amis un peu sceptiques, alors à Argostoli. Ayant entendu parler de la réunion qui devait avoir lieu dans ce but, Lord Byron demanda à y être admis, en disant à la personne par qui il faisait faire cette demande: «Vous savez que je suis regardé comme une bête noire,--et pourtant, après tout, je ne suis pas si noir que le monde pense.» Il avait promis de convaincre le docteur Kennedy, que «quoiqu'il manquât peut-être de foi, il avait au moins de la patience.» Mais entendre une leçon de plusieurs heures,--de douze au moins,--sans interruption (telle était la stipulation), fut une épreuve au-dessus de ses forces: et, peu après le commencement de l'homélie, il commença, comme le docteur nous en informe, à donner des signes évidens du désir d'échanger le rôle d'auditeur pour celui d'orateur. Néanmoins, il y eut dans toute sa conduite, comme auditeur et comme causeur, tant de courtoisie, de candeur, et de docilité sincère à l'instruction, qu'il inspira au bon docteur le désir, sinon l'espoir de son salut; et quoiqu'il ne reparût plus à ces réunions théologiques, cependant ses conférences, sur le même sujet, avec le docteur Kennedy seul, furent assez fréquentes durant le reste de son séjour à Céphalonie.

.................................................

Je vais maintenant insérer, avec les remarques nécessaires, quelques-unes des lettres, soit officielles, soit particulières, que sa seigneurie écrivit durant son séjour à Céphalonie, et d'où le lecteur puisera, d'une manière plus intéressante que par l'intermède d'une narration, la connaissance des événemens qui se passaient alors en Grèce, et celle des vues et des sentimens que ces événemens inspiraient à Lord Byron.

Il écrivit souvent à madame Guiccioli, mais brièvement, et pour la première fois, en anglais; ajoutant toujours quelques lignes pour elle dans les lettres de son frère Piétro. Voici, par exemple:

7 octobre.

«Piétro vous a dit toutes les nouvelles de l'île,--nos tremblemens de terre, notre politique et notre séjour actuel dans un joli village. Comme ses opinions sur les Grecs sont presque semblables aux miennes, je n'ai besoin de rien vous dire à ce sujet. J'ai fait une folie de venir ici; mais, puisque m'y voilà, je dois voir ce qu'il faut faire.»

--Octobre.

«Nous sommes encore à Céphalonie; nous attendons des nouvelles plus exactes et plus précises; car tout est contradiction et discussion dans les rapports que nous recueillons sur l'état des Grecs. Je remplirai le but de la mission que j'ai reçue du comité, puis je reviendrai en Italie. Car il ne me paraît pas probable que, comme individu, je puisse être utile aux Grecs;--du moins aucun étranger ne l'a encore été, et probablement ne le sera pas non plus à présent.»

29 octobre.

«Soyez sûre que le moment où je vous rejoindrai me sera aussi agréable qu'aucune autre époque de nos souvenirs. Il n'y a rien ici d'assez attrayant pour partager mon attention; mais je dois servir la cause grecque, et par honneur et par inclination. MM. Browne et Trelawney sont en Morée, où ils ont été très-bien reçus; et tous les deux m'écrivent avec les plus belles espérances. Je suis désireux de savoir comment l'affaire espagnole sera terminée, parce que je pense qu'elle peut avoir de l'influence sur la lutte grecque. Je désire que l'une et l'autre affaire s'arrangent favorablement, afin que je puisse retourner en Italie, et vous conter nos aventures, ou plutôt celles de Piétro, dont quelques-unes sont assez amusantes, ainsi que les incidens de nos voyages et traversées. J'en réserve le récit, dans l'espérance que nous en pourrons rire ensemble sous peu.»

LETTRE DXXV.

A M. BOWRING.

29 novembre 1823.

«Cette lettre vous sera présentée par M. Hamilton Browne, qui précède ou accompagne les députés grecs. Il est tout à-la-fois capable et désireux de rendre service à la cause, et de donner des informations au comité. Il a déjà été fort utile sous ce double rapport, du moins à ma connaissance. Lord Archibald Hamilton, dont il est parent, ajoutera une recommandation plus puissante que la mienne.

»Corinthe est prise, et l'on dit qu'une escadre turque a été battue dans l'Archipel. Le progrès extérieur des Grecs est considérable, mais leurs dissentions intérieures continuent toujours. A mon arrivée au siége du gouvernement, je m'efforcerai d'apaiser ou d'éteindre ces querelles domestiques;--mais ce n'est pas une tâche facile. Je suis resté ici jusqu'à présent, en partie dans l'attente de l'escadre destinée à secourir Missolonghi, et du détachement de M. Parry, et en partie pour recevoir de Malte ou de Zante la somme de quatre mille livres sterling que j'ai avancée pour le paiement de l'escadre attendue. Les billets se négocient, et seront bientôt soldés, comme ils l'eussent été immédiatement sur toute autre place; mais les misérables négocians ioniens ont peu d'argent, et pas trop de crédit, et montrent d'ailleurs une réserve politique à cette occasion: car, quoique j'eusse des lettres de M. Webb (une des plus fortes maisons de la Méditerranée) et de M. Ransom, il n'y a moyen de traiter à des conditions raisonnables qu'avec les négocians anglais. Ceux-ci se sont montrés tout à-la-fois capables et zélés,--et intègres comme d'ordinaire[39].

Le colonel Stanhope est arrivé, et partira immédiatement. Il peut être assuré de ma coopération dans tous ses efforts; mais d'après tout ce que je sais, la formation d'une brigade sera à présent extrêmement difficile, pour ne pas même dire plus. Quant à la réception des étrangers,--ou du moins des officiers étrangers,--je vous renvoie à un passage de la dernière lettre du prince Mavrocordato, dont copie est jointe au paquet que j'ai envoyé aux députés. C'est mon intention d'aller par mer à Napoli de Romanie aussitôt que j'aurai arrangé cette affaire pour les Grecs:--je me dispose à faire l'avance de deux cent mille piastres pour leur flotte.

[Note 39: Les négocians anglais, dont parle Lord Byron, sont MM. Barff et Hancock de Zante, dont la conduite, non-seulement envers Lord Byron, mais durant toute la lutte grecque, a été continuellement pleine de zèle et de désintéressement. (_Note de Moore_.)]

»Mon tems ici n'a pas été entièrement perdu,--vu qu'il était douteux, comme vous vous en apercevrez par mes premiers documens, que mon arrivée immédiate en Morée eût été avantageuse. Nous avons enfin mis en mouvement les députés, et j'ai adressé sur les divisions intestines une forte remontrance au prince Mavrocordato, laquelle remontrance, à ce que j'apprends, a été envoyée au prince par le pouvoir législatif. Avec un emprunt on peut faire beaucoup, ce qui est, en égard à des raisons particulières, tout ce que je puis dire à ce sujet.

»J'apprends avec regret du colonel Stanhope que le comité a épuisé ses fonds. Suppose-t-on qu'une brigade pourra se former sans frais? ou que trois mille livres sterling suffiront? Il est vrai que l'argent fera plus en Grèce que dans la plupart des autres pays; mais les forces régulières doivent devenir un objet d'intérêt national, et être payées sur un fonds national: ni individus, ni comités, du moins avec les moyens ordinaires de tous ceux qui existent aujourd'hui, ne trouveront l'expérience praticable.

»Je vous recommande encore une fois mon ami, M. Hamilton Browne, à qui j'ai moi-même de personnelles obligations pour ses services dans la cause commune, et j'ai l'honneur d'être,

»Tout à vous sincèrement.»

La remontrance au prince Mavrocordato fut accompagnée d'une autre, adressée au gouvernement existant; et le colonel Stanhope, qui était sur le point de se rendre à Napoli et à Argos, fut chargé de l'une et de l'autre. Le ton sage et noble qui règne dans ces deux lettres sera, sans l'aide d'un plus long commentaire, apprécié par tous les lecteurs[40].

[Note 40: Les pièces originales sont en italien[A]. (_Note de Moore_.)]

[Note A: Moore ne donne pas le texte original. (_Note du Trad._)]

LETTRE DXXVI.

AU GOUVERNEMENT GÉNÉRAL DE LA GRÈCE.

Céphalonie, 30 novembre 1823.

«L'affaire de l'emprunt, l'attente si longue et si vainement nourrie de l'arrivée de la flotte grecque, et le danger auquel Missolonghi est toujours exposé, voilà les motifs qui m'ont retenu ici, et qui me retiendront encore tant qu'aucun d'eux ne sera levé. Mais, l'argent une fois avancé pour la flotte, je partirai pour la Morée, sans savoir pourtant à quoi ma présence peut être bonne dans l'état actuel des choses. Nous avons entendu parler de nouvelles dissentions,--même de l'existence d'une guerre civile. Je désire de tout mon cœur que ces bruits soient faux ou exagérés: car je ne saurais imaginer un malheur plus sérieux; et je dois avouer franchement que jusqu'à l'établissement d'une union et d'un ordre parfait, toute espérance d'emprunt sera vaine. Toute l'assistance que les Grecs peuvent attendre du dehors,--assistance qui n'est ni peu considérable ni méprisable,--sera suspendue, ou réduite à néant; et ce qui est pis, les grandes puissances d'Europe, dont aucune ne s'est déclarée ennemie de la Grèce, mais qui n'ont pas paru non plus favoriser le rétablissement de son indépendance, se persuaderont que les Grecs sont incapables de se gouverner, et se chargeront peut-être de mettre fin à vos troubles de manière à ruiner vos espérances et celles de vos amis.

»Permettez-moi d'ajouter, une fois pour toutes,--que je désire le bien-être de la Grèce, et rien autre chose; que je ferai tout mon possible pour atteindre ce but: mais je ne consens point, et ne consentirai jamais à laisser tromper le public anglais, ou même les particuliers anglais, sur l'état réel des affaires grecques. Le reste, messieurs, dépend de vous. Vous avez combattu glorieusement:--agissez honorablement envers vos concitoyens et envers le monde. Alors on ne dira plus, comme on l'a répété depuis deux mille ans avec les historiens romains, que Philopémen fut le dernier des Grecs. Ne souffrez pas que la calomnie (j'avoue d'ailleurs qu'il est difficile de se garder d'elle dans une lutte si ardue) compare le patriote grec, qui se repose de ses travaux, au pacha turc, que ses victoires ont exterminé.

»Tels sont les sentimens que je vous prie d'accueillir comme une preuve sincère de mon attachement à vos réels intérêts, et veuillez croire que je suis et serai toujours,

»Votre, etc.»

LETTRE DXXVII.

AU PRINCE MAVROCORDATO.

Céphalonie, 2 décembre 1823.

PRINCE,

«La présente vous sera remise par le colonel Stanhope, fils du major-général comte d'Harrington, etc., etc. Il est venu de Londres en cinquante jours, après avoir visité tous les comités de l'Allemagne. Il est chargé par notre comité d'agir de concert avec moi pour la délivrance de la Grèce. Je pense que son nom et sa mission seront une suffisante recommandation, sans celle d'un étranger, qui, à la vérité, respecte et admire, avec toute l'Europe, les talens et surtout la probité du prince Mavrocordato.

»Je suis très-peiné d'apprendre que les dissentions de la Grèce continuent toujours, à une époque où elle pourrait triompher de tous les obstacles, comme elle a déjà triomphé de quelques-uns. La Grèce est, à présent, placée entre trois partis, savoir: reconquérir sa liberté, tomber dans la dépendance des souverains d'Europe, ou redevenir province turque. Elle n'a que le choix de ces trois alternatives. La guerre civile est un chemin qui mène aux deux derniers résultats. La Grèce envie-t-elle le sort de la Valachie et de la Crimée? Elle peut en jouir demain. Le sort de l'Italie? Après-demain. Veut-elle devenir vraiment Grèce libre et indépendante? Il faut qu'elle se décide aujourd'hui, ou elle n'en retrouvera pas l'occasion.

»Je suis, avec le plus profond respect, de votre altesse, le très-obéissant serviteur,

N. B.

»_P. S._ Votre altesse aura su que j'ai cherché à remplir les souhaits du gouvernement grec, autant qu'il a été en mon pouvoir; mais je désirerais que la flotte si long-tems et si vainement attendue fût arrivée, ou du moins fût en route, et surtout que votre altesse s'approchât de ces régions, soit à bord de la flotte avec une mission publique, soit de toute autre façon.»

LETTRE DXXVIII.

A M. BOWRING.

7 décembre 1823.

«Je confirme la lettre ci-jointe[41]. C'est certainement mon opinion que M. Millingen a droit au même salaire que M. Tindall, et son service est probablement plus pénible.

[Note 41: Il est question d'une lettre de M. Millingen, qui allait, en qualité de médecin, joindre les Souliotes près de Patras, et demandait au comité une augmentation de paie. Cette lettre était jointe à celle de Byron. (_Note de Moore_.)]

»Je vous ai écrit (ainsi qu'à M. Hobhouse, qui a dû vous faire lire mes lettres) par diverses occasions. La plupart du tems, j'ai chargé de mes communications de simples particuliers: j'en ai aussi chargé les députés, et M. Hamilton Browne.

»Le succès des Grecs a été considérable:--Corinthe prise, Missolonghi presque sauvée, et des vaisseaux pris aux Turcs dans l'Archipel. Mais, d'après les derniers rapports, non-seulement la dissention, mais la guerre civile[42] règne en Morée: nous ne savons pas jusqu'à quel point, mais nous espérons que ce ne sera rien.

»Pendant six semaines j'ai attendu la flotte, qui n'est pas arrivée, quoique j'aie, à la demande du gouvernement grec, avancé de mon argent,--c'est-à-dire préparé, et eu en mains, deux cent mille piastres (déduction faite de la commission et du courtage des banquiers) pour servir ses projets. Les Souliotes, maintenant en Acarnanie, désirent vivement que je les prenne sous mon commandement, et que j'aille avec eux rétablir l'ordre en Morée, ce qui, sans une armée, semble impraticable; et en vérité, quoique je répugne (comme mes lettres vous l'auront montré) à prendre une telle mesure, il ne paraît pas qu'il y ait de remède plus doux. Mais je ne ferai rien précipitamment; je ne suis resté si long-tems ici que dans l'espérance de voir les partis se réconcilier, et j'ai fait tout mon possible dans ce but. Si j'étais arrivé plus tôt en Morée, on m'aurait forcé d'entrer dans un parti ou dans un autre, et je suis à présent dans le même doute; mais nous ferons de notre mieux.

»Votre, etc.»

[Note 42: Les corps législatif et exécutif ayant été quelque tems en querelle, le dernier avait eu enfin recours à la violence, et quelques escarmouches avaient déjà eu lieu entre les factions.]

LETTRE DXXIX.

A M. BOWRING.

10 octobre 1823.

«Le colonel Napier vous présentera cette lettre. Il serait superflu de parler de son caractère militaire; quant à son caractère personnel, je puis dire, d'après ma propre expérience et d'après l'opinion publique, que le colonel n'est pas moins excellent sous ce rapport que sous le rapport militaire; bref, on ne trouverait pas facilement un meilleur ou un plus brave homme. C'est notre homme pour conduire une armée régulière, ou pour organiser une armée nationale en Grèce. Demandez l'armée,--demandez-en une quelle qu'elle soit. Le colonel Napier est en outre un ami particulier du prince Mavrocordato, du colonel Stanhope, et le mien, et il s'accorde si bien avec nous trois que nous irions parfaitement ensemble,--point aussi indispensable que rare, surtout en Grèce à présent.

»Pour l'organisation convenable d'une force régulière, il sera nécessaire que les prêteurs mettent à part au moins 50,000 livres sterling dans ce but,--peut-être plus;--mais par-là ils garantiront leurs capitaux, «et rendront leur assurance double.» Ils pourront nommer des commissaires pour surveiller l'emploi de cette partie des fonds,--et je recommande une précaution semblable pour le tout.

»J'espère que les députés sont arrivés, ainsi que quelques-unes de mes diverses dépêches pour le comité (principalement adressées à M. Hobhouse). Le colonel Napier vous dira la dernière intervention des dieux en faveur des Grecs,--qui semblent n'avoir d'autre ennemi à craindre dans le ciel et sur la terre que leur tendance aux discordes intestines. Mais celles-ci, il faut l'espérer, seront apaisées; alors nous pourrons prendre l'offensive, au lieu d'être réduits à cette petite guerre qui se passe à défendre les mêmes forteresses chaque année, à prendre quelques vaisseaux, à affamer un château, et à faire plus de fracas là-dessus qu'Alexandre dans le vin, ou Bonaparte dans un bulletin. Nos amis ont fait quelque chose dans le genre des Spartiates,--(quoiqu'il y en ait dix fois moins qu'on n'en dit),--mais ils n'ont pas encore hérité de leur style.

»Croyez-moi votre, etc.»

LETTRE DXXX.

A M. BOWRING.

13 octobre 1823.

«Depuis que je vous ai écrit la lettre du 10 courant, l'escadre si long-tems désirée est arrivée dans les eaux de Missolonghi et a intercepté deux corvettes turques,--autant de navires de transport;--tout a été tué ou pris sur les quatre vaisseaux, sauf quelques hommes qui ont pu se réfugier à terre dans l'île d'Ithaque. Les Grecs avaient quatorze voiles, les Turcs quatre;--mais n'importe, l'avantage, la victoire jettera de la poudre aux yeux, et sera d'ailleurs de quelque avantage. J'attends à chaque moment avis du prince Mavrocordato, qui est à bord, et a (je crois) des dépêches du pouvoir législatif pour moi; en conséquence desquelles, après avoir payé l'escadre (dont j'ai préparé et prépare encore le paiement), je le rejoindrai probablement à bord ou à terre. ....................................................

»Le bagage mathématique, médical et musical du comité est arrivé en bon état, déduction faite de quelques dommages causés par l'humidité.......... Tout est excellent; mais tant que nous n'aurons ni ingénieur ni trompette (nous avons déjà des chirurgiens), ce sont de vraies «perles pour les cochons», comme les Grecs sont tout-à-fait ignorans en mathématiques, et n'ont pas d'oreille pour notre musique. ...................................................

»Croyez-moi, mon cher monsieur, etc.

»_P. S._--Pour affaires particulières.--J'ai écrit à notre ami Douglas Kinnaird, parce que je veux qu'il m'envoie tous les crédits dont je puis disposer;--j'ai, à ce qu'il me dit, le revenu d'un an, et la vente d'un fief par-devant moi;--car, jusqu'à ce que les Grecs aient fait leur emprunt, il est probable que je serai leur payeur-général,--c'est-à-dire, jusqu'à concurrence de la somme pour laquelle je suis bon. Je vous prie de répéter cela de vive voix à Douglas, et de lui dire que je dois dans l'intérim tirer d'une manière formidable sur la maison Ransom. A dire le vrai, je ne regrette pas l'argent; les gaillards se sont mis de nouveau à se battre,--et je les aimerai encore davantage s'ils continuent. Mais ils ont eu ou auront en un seul coup environ quatre mille livres sterling de mon argent (outre maintes charités particulières pour veuves, orphelins, réfugiés et malheureux de toute espèce): et il est à croire qu'il en faudra encore au moins autant. Mais comment puis-je refuser s'ils se battent?--et surtout si je suis en leur compagnie? Je vous prie donc d'avertir mon digne et fidèle banquier, l'honorable Douglas Kinnaird, qu'il prépare tout mon argent, y compris le prix du fief Rochdale et mon revenu de l'an prochain, 1824, pour répondre à tous mes billets à ordre ou lettres-de-change pour la bonne cause, en bonne et légitime monnaie de Grande-Bretagne, etc, etc. Puissiez-vous vivre mille ans! ce qui est 999 fois de plus que la constitution des cortès espagnoles.»

LETTRE DXXXI.

A L'HONORABLE M. DOUGLAS KINNAIRD.

Céphalonie, 23 décembre 1823.

«J'épargnerai ma bourse et ma personne autant que vous me le recommandez, mais vous savez qu'il est bien d'être prêt à sacrifier l'une ou l'autre, en cas de besoin.

»Je présume qu'un arrangement a été conclu avec M. Murray pour _Werner_. Bien que le droit d'auteur ne doive guère aller au-delà de deux ou trois cents livres sterling, je vous dirai ce qu'on peut faire avec cette somme. Pour trois cents livres sterling je pourrai entretenir en Grèce, à une paie plus haute que la haute paie du gouvernement provisoire, y compris les rations, une centaine d'hommes armés pendant trois mois. Vous en jugerez quand vous saurez que les quatre mille livres sterling avancées par moi aux Grecs mettront une flotte et une armée en mouvement pendant plusieurs mois.

»Un vaisseau grec, détaché de l'escadre, est arrivé pour me transporter à Missolonghi, où Mavrocordato est maintenant, et a pris le commandement. Je vais donc m'embarquer sur-le-champ. Mais adressez toujours vos lettres à Céphalonie, par MM. Welch et Barry de Gênes, comme de coutume; et amassez tous les fonds et tout le crédit que je puis avoir, pour faire face aux frais d'établissement de la guerre.

»J'ai travaillé à réconcilier les partis, et il y a maintenant quelque espoir de réussir. Les affaires publiques vont bien. Les Turcs se sont retirés de l'Acarnanie sans bataille, après quelques tentatives inutiles contre Anatoliko. Corinthe est prise, et les Grecs ont gagné une bataille dans l'Archipel. L'escadre d'ici a pris aussi une corvette turque, avec quelque argent et toute la cargaison. Bref, si l'on peut obtenir un emprunt, je pense que les choses prendront et conserveront un aspect favorable pour l'indépendance grecque.

»En attendant, je suis payeur-général; il est fort heureux que vu la nature de la guerre et du pays, les ressources d'un seul individu puissent rendre des services partiels et temporaires.

»Le colonel Stanhope est à Missolonghi. Les Souliotes, qui sont mes amis, semblent désirer de m'avoir avec eux, et Mavrocordato a le même désir. Si je puis réussir à réconcilier les deux partis (et j'ai remué ciel et terre pour cela), ce sera quelque chose; sinon, nous traverserons la Morée avec les Grecs occidentaux--qui sont les plus braves et à présent les plus forts, ayant fait battre en retraite les Turcs,--et nous essaierons l'effet d'un petit avertissement _physique_, si l'on persiste à se refuser à la persuasion _morale_.

»Je vous recommande encore une fois de renforcer mon coffre-fort et mon crédit par toutes les sources et ressources légitimes jusqu'au degré praticable,--car, après tout, il vaut mieux jouer son argent pour les nations qu'au club d'Almack ou à Newmarket,--et je vous prie de m'écrire aussi souvent que vous pourrez.

»Je suis toujours, etc.»

* * * * *

L'escadre si long-tems attendue ayant enfin paru dans les eaux de Missolonghi, et Mavrocordato, de tous les chefs de l'insurrection le seul digne du nom d'homme-d'état, ayant été envoyé, avec de pleins pouvoirs, pour organiser la Grèce occidentale, le moment convenable pour la présence de Lord Byron sur le théâtre de l'action sembla être arrivé. L'impatience avec laquelle il était attendu à Missolonghi était extrême, et l'on peut en juger par le langage pressant des lettres qu'on lui écrivait pour hâter son arrivée. «Je n'ai pas besoin de vous dire, milord, dit Mavrocordato, combien je soupire après votre présence, jusqu'à quel point tout le monde la désire, et quelle direction prospère elle donnera à toutes nos affaires.» Le colonel Stanhope, avec de non moins vives instances, lui écrit de Missolonghi. «Le vaisseau grec envoyé pour votre seigneurie est de retour; on comptait sur votre arrivée, et le désappointement a été fort grand, en vérité. Le prince est dans l'anxiété, l'amiral a un air sombre, et les marins murmurent à haute voix.» Il ajoute à la fin de la lettre: «Je me suis promené ce soir dans les rues, et le peuple me demandait Lord Byron!!!» Dans une lettre de la même date au comité de Londres, le colonel Stanhope dit: «Tous soupirent après l'arrivée de Lord Byron, comme on soupirerait après la venue d'un Messie.»

Ce vif désir doit, sans aucun doute, être attribué en grande partie aux vœux impatiens des Grecs pour le prêt que Byron leur avait promis, et sur lequel ils comptaient pour le paiement de la flotte. «Le prince Mavrocordato et l'amiral (dit le même correspondant) sont dans un état de perplexité extrême; ils comptaient, à ce qu'il paraît, sur votre prêt pour le paiement de la flotte: ce prêt manquant, les marins veulent partir sur-le-champ. Ce serait une circonstance fatale, parce qu'elle placerait Missolonghi dans un état de blocus, et empêcherait les troupes grecques d'agir contre les forteresses de Nepacto et de Patras.»

Cependant Lord Byron se préparait activement au départ, dont le dernier retard avait été dû, en grande partie, à cette répugnance pour tout changement de place qui s'était depuis peu emparée de lui, et que ni l'amour, comme nous avons vu, ni l'ambition ne pouvaient entièrement vaincre. De plus, quelques-uns de ses amis, à Argostoli, s'étaient efforcés de le dissuader de fixer sa résidence dans un endroit aussi malsain que Missolonghi; et M. Muir, très-habile officier de santé, dont les talens lui inspiraient la plus grande confiance, insista très-vivement pour prévenir une démarche si imprudente. Mais Lord Byron avait l'esprit monté,--la proximité de ce port le tentait:--après avoir loué, pour lui et sa suite, un navire léger et bon voilier, nommé un _mistico_, avec une barque pour une partie de son bagage, et un plus grand navire pour le reste, pour les chevaux, etc, il fut, le 26 décembre, prêt à mettre à la voile. Mais le vent étant contraire, il fut retenu deux jours de plus, et dans cet intervalle il écrivit les lettres suivantes.

LETTRE DXXXII.

A M. BOWRING.

26 décembre 1823.

«Je n'ai besoin d'ajouter que peu de choses à la lettre ci-incluse, qui est arrivée aujourd'hui, sinon que je m'embarque demain pour Missolonghi. Les opérations projetées sont détaillées dans les documens annexés. Je n'ai qu'une demande à faire: c'est que le comité use de tous ses moyens d'influence et de crédit pour servir l'accomplissement de nos vues.

»J'ai aussi à vous demander personnellement de ma part de presser mon ami et homme d'affaires, Douglas Kinnaird (de qui je n'ai pas reçu de nouvelles depuis près de quatre mois) de me procurer toutes les ressources dont je puis disposer pour l'année prochaine, puisque ce n'est pas le moment de ménager sa bourse ni peut-être sa personne. J'ai avancé, et j'avance tout ce que j'ai en main, mais je demanderai tout ce qui pourra être amassé;--et (si Douglas a terminé la vente de Rochdale, le prix de cette vente et mon revenu entier de l'année prochaine devront former une bonne et ronde somme)--comme vous pouvez voir que les caisses des Grecs ne seront pas bien fournies (à moins qu'ils n'obtiennent l'emprunt), il est d'autant plus nécessaire que leurs amis qui ont de l'argent le risquent.

»Les envois du comité sont, en partie, utiles, et tous excellens dans leur genre; mais à peine utilisables, dans l'état présent de la Grèce. Par exemple, les instrumens de mathématiques sont jetés au diable:--nous devons conquérir d'abord, puis lever des plans. L'utilité des trompettes peut aussi être révoquée en doute, à moins que Constantinople ne soit comme Jéricho.

»Nous ferons ici de notre mieux,--et je vous prie de stimuler là-bas vos cœurs anglais à un effort plus général. Pour ma part, je tiendrai ferme, tant qu'il restera une planche où l'on puisse se cramponner honorablement. Si j'abandonne la partie, ce sera la faute des Grecs, et non pas de la sainte-alliance ou des Musulmans plus saints encore;--mais livrons-nous à une meilleure espérance.

»Tout à vous à jamais,

N. B.

»_P. S._--Je suis heureux de dire que le colonel Leicester Stanhope et moi agissons d'un commun et parfait accord;--il est propre à rendre de grands services à la cause grecque et au comité, et il est tant sous le rapport public que sous le rapport personnel une acquisition de haut prix pour nous. Il est arrivé (comme tous ceux qui n'avaient pas encore vu le pays) avec de hautes et transcendantes idées puisées dans la sixième classe d'Harrow ou d'Eton, etc.; mais le colonel Napier et moi nous l'avons mis à la raison là-dessus, ce qui est absolument nécessaire pour prévenir le dégoût et peut-être le retour. Mais maintenant nous pouvons mettre l'épaule à la roue, sans nous fâcher contre la boue qui pourra quelquefois en entraver le cours.

»Je puis vous assurer que le colonel Napier et moi sommes aussi résolus pour la cause grecque que quelque étudiant allemand que ce soit; mais en hommes qui ont vu le pays, et la vie humaine, là et ailleurs, nous pouvons nous permettre de voir l'affaire sous ses véritables couleurs, avec ses défauts comme avec ses beautés,--d'autant plus que le succès fera disparaître les premiers graduellement.

N. B.

»_P. S._ Vous communiquerez au comité tout ce qu'il vous plaira de cette lettre; le reste peut être entre nous.»

LETTRE DXXXIII.

A M. MOORE.

Céphalonie, 27 décembre 1823.

«J'ai reçu une lettre de vous il y a quelque tems. J'ai été trop occupé dans ces derniers tems pour vous écrire autant que je l'eusse souhaité, et même aujourd'hui je vous écris à la hâte.

»Je m'embarque dans vingt-quatre heures pour Missolonghi où je vais joindre Mavrocordato. L'état des partis (mais ce serait une trop longue histoire) m'a retenu ici jusqu'à présent; mais maintenant que Mavrocordato (leur Washington, ou leur Kosciusko) est employé de nouveau, je puis agir en sûreté de conscience. Je porte de l'argent pour payer l'escadre, etc., et j'ai de l'influence sur les Souliotes, supposés suffisans pour tenir en paix quelques-uns des dissidens;--car il y a une quantité de différends; mais ce n'est rien.

»On suppose que nous attaquerons Patras, ou les forteresses du détroit; et il paraît, d'après la plupart des rapports, que les Grecs,--ou du moins les Souliotes qui sont liés avec moi par «le pain et le sel», attendent que je marche avec eux;--ainsi soit-il! Si quelque chose comme la fièvre, la fatigue, la famine, etc., enlève au milieu de la carrière des ans votre confrère en chansons,--comme Garcilasso de la Véga, Kleist, Korner, Kutoffski (rossignol russe,--voyez _l'Anthologie de Bowring_), ou Thersandre,--ou--ou quelque autre,--je vous prie de m'accorder un souvenir au milieu «des sourires et du vin.»

»J'ai l'espérance que la cause triomphera; mais, triomphe ou non, toujours est-il que «l'honneur doit être observé comme la diète lactée.» Je compte suivre l'une et l'autre partie du précepte.

»Pour toujours, etc.»

* * * * *

Il est à peine nécessaire d'appeler l'attention du lecteur sur le triste, mais trop véritable, pressentiment exprimé dans cette lettre,--l'avant-dernière que je reçus de mon ami. Avant d'accompagner Byron sur la scène finale de ses travaux, je donnerai ici, aussi brièvement que possible, quelques anecdotes choisies parmi les nombreux traits de caractère qu'il présenta, dit-on, durant son séjour à Céphalonie; où il était (pour me servir des termes mêmes du colonel Stanhope, dans une lettre adressée de cette île au comité grec) «aimé des Céphaloniens, des Anglais et des Grecs», et où, familièrement approché par des personnes de toute classe et de tout pays, il n'a pas donné lieu de citer ni une action ni une parole qui ne portât un honorable témoignage à la bienveillance et à la solidité de ses vues, à sa générosité toujours prompte, mais pleine de discernement, et à la netteté de ses idées, à-la-fois détaillées et étendues, sur le caractère et les besoins du peuple et de la cause qu'il était venu servir. «De tous ceux qui vinrent à l'aide des Grecs,» dit le colonel Napier (l'homme le plus propre à en juger, tant par sa longue expérience locale que par la finesse et la rectitude de son esprit), «je n'en vis pas un, excepté Lord Byron et M. Gordon, qui semblât justement apprécier le caractère de ce peuple; tous vinrent en s'imaginant trouver le Péloponèse rempli d'hommes de Plutarque, et tous s'en retournèrent en croyant les Grecs moins moraux que les habitans de Newgate. Lord Byron les jugea bien; il savait que les hommes à demi civilisés sont pleins de vices, et qu'on doit avoir une grande indulgence pour des esclaves émancipés. Il s'avança donc, la bride en main, non dans l'idée que les Grecs étaient bons, mais dans l'espoir de les rendre meilleurs.»

En parlant de la ridicule accusation d'avarice intentée à Lord Byron par quelques hommes qui se sont ainsi vengés de n'avoir pu en imposer à sa générosité, le colonel Napier dit: «Je n'en vis jamais un seul trait, tant que Byron fut ici. Je reconnus seulement une générosité judicieuse dans tout ce qu'il faisait. Il ne se serait pas laissé _voler_, mais il donnait avec profusion partout où il croyait faire du bien. Ce fut, en vérité, parce qu'il ne se laissait pas _plumer_, qu'il fut nommé mesquin par ceux qui sont toujours prêts à répandre l'argent de toute autre bourse que la leur. Mais le fait est que Lord Byron donna une grande quantité d'argent aux Grecs en différentes façons.»

Parmi les objets de sa bienfaisance furent beaucoup de pauvres réfugiés grecs du continent et des îles. Non-seulement il secourut leurs misères présentes, mais encore accorda une certaine somme par mois aux plus dépourvus. «Une liste de ces pauvres pensionnaires, dit le docteur Kennedy, m'a été donnée par le neveu du professeur Bambas.»

Un de ses traits d'humanité, à Céphalonie, montrera combien vite il répondait à l'appel de ce sentiment, et combien même, quelquefois, les personnes en étaient indignes. Une compagnie d'ouvriers employés à la confection d'une de ces belles routes projetées par le colonel Napier, ayant imprudemment poussé une excavation, la terre s'éboula et ensevelit environ une douzaine de personnes; la nouvelle de cet accident étant arrivée sur l'heure à Metaxata, Lord Byron envoya aussitôt son médecin Bruno sur les lieux, et le suivit avec le comte Gamba, aussitôt que les chevaux eurent été sellés. Il y avait une foule de femmes et d'enfans qui se lamentaient autour des ruines; tandis que les ouvriers, qui venaient de déterrer trois ou quatre de leurs compagnons estropiés, restaient là tranquilles comme s'ils n'avaient eu rien de plus à faire. Lord Byron leur demanda s'il n'y avait pas d'autres personnes sous terre, ils répondirent froidement que «ils n'en savaient rien, mais qu'ils le croyaient.» Furieux de cette indifférence brutale, il sauta à bas de son cheval, et saisissant lui-même une bêche il se mit à creuser de toutes ces forces; mais aucun des paysans ne suivit son exemple qu'après la menace des coups de cravache. «Je n'étais pas présent à cette scène, dit le colonel Napier, dans les Notices dont il m'a favorisé, mais on m'a dit que l'attention de Lord Byron semblait entièrement absorbée dans l'étude des physionomies et des gesticulations de ceux qui ne retrouvaient pas leurs amis. Le chagrin des Grecs est en apparence, frénétique; ils crient et hurlent comme en Irlande.»

C'est par allusion à l'incident mentionné ci-dessus que le noble poète est dit avoir déclaré qu'il était venu dans les Iles avec des préventions contre le système de gouvernement de sir T. Maitland à l'égard des Grecs: «Mais, ajoutait-il, j'ai maintenant changé d'opinion. Ce sont de tels barbares que si j'avais à les gouverner, je paverais de leurs corps ces routes mêmes.»

Durant sa résidence à Metaxata, il reçut la nouvelle de la maladie de sa fille Ada, ce qui «le rendit inquiet et mélancolique (dit le comte Gamba) pendant plusieurs jours.» Il avait vu que l'indisposition de sa fille avait été causée par une congestion de sang à la tête; et en faisant remarquer au docteur Kennedy, comme rapprochement curieux, que c'était un accident auquel il était lui-même sujet, le médecin répondit qu'il avait été porté à inférer cette disposition non-seulement de ses habitudes de travail intense et irrégulier, mais de l'état actuel de ses yeux,--l'œil droit paraissant être enflammé. J'ai mentionné cette dernière circonstance comme propre peut-être à justifier la conjecture qu'il y avait en ce moment dans l'état de santé de Lord Byron une prédisposition à la maladie dont il mourut quelque tems après. Il parlait souvent de sa femme et de sa fille au docteur Kennedy, en exprimant la plus vive affection pour l'une et un grand respect pour l'autre; et tout en déclarant, comme de coutume, qu'il ignorait complètement les motifs de la séparation, il se montrait pleinement disposé à accueillir toute perspective de réconciliation.

Il donna aussi de fréquentes preuves de l'empressement avec lequel, à toutes les époques de sa vie, mais surtout à celle-ci, il cherchait à repousser l'idée qu'à l'exception des instans où il composait sous le feu de l'inspiration, il fût d'ailleurs influencé le moins du monde par de poétiques associations d'idées. «Vous devez (lui disait quelqu'un) avoir été vivement charmé des restes et des souvenirs classiques que vous avez rencontrés dans votre visite à Ithaque.»--«Vous ne me connaissez pas du tout, répondit Lord Byron,--je ne me laisse point étourdir de bourdonnemens poétiques; je suis trop vieux pour cela. Les idées de ce genre, je les confine dans des vers.»

Durant les deux jours qu'il fut retenu par les vents contraires, il demeura chez M. Hancock, son banquier, et il passa la plus grande partie de son tems en société avec les autorités anglaises de l'île. Enfin, le vent devenant favorable, il se prépara à s'embarquer. «J'allai lui faire mes adieux, dit le docteur Kennedy, et le trouvai seul et occupé à lire _Quentin Durward_. Il était, comme de coutume, en assez bonne humeur.» Peu d'heures après on mit à la voile,--Lord Byron à bord du _mistico_, et le comte Gamba, avec les chevaux et le lourd bagage, dans un navire plus grand, nommé _bombarda_. Après avoir touché à Zante pour quelques arrangemens pécuniaires avec M. Barff, et avoir pris à bord une somme considérable en espèces, on navigua, le 29 au soir, vers Missolonghi. Les dernières nouvelles reçues de cette place ayant représenté la flotte turque comme séjournant encore dans le golfe de Lépante, il n'y avait pas le plus léger motif pour appréhender la moindre interruption dans la traversée. D'ailleurs, sachant que l'escadre grecque était maintenant à l'ancre près de l'entrée du golfe, nos passagers ne doutaient guère qu'ils ne rencontrassent bientôt un navire ami qui les cherchât ou les attendît.

«Nous voguâmes ensemble,» dit le comte Gamba, dans une narration très-pittoresque et très-intéressante, «jusqu'à dix heures du soir. Le vent était favorable,--le ciel clair, l'air frais sans être froid. Nos matelots chantaient alternativement des chansons patriotiques, assez monotones en vérité, mais extrêmement intéressantes pour des personnes dans notre situation, et nous y prenions part. Nous étions tous, mais surtout Lord Byron, en excellente humeur. Le _mistico_ filait le plus vite. Quand les flots nous séparèrent, et que nos voix ne purent plus se répondre, nous fîmes des signaux en tirant des coups de pistolet et de carabine. «A demain à Missolonghi,--à demain!» Ainsi nous voguions, pleins de confiance et de joie. A minuit, nous nous perdîmes de vue.»

En attendant l'autre navire, la voile ayant été plus d'une fois diminuée dans ce but, le _mistico_ fut sur le point de tomber dans une surprise qui aurait, en un moment, changé les destinées futures de Lord Byron. Deux ou trois heures avant le point du jour, en gouvernant sur Missolonghi, on se trouva sous la poupe d'un grand navire, qu'on prit d'abord pour un navire grec, mais qui, à portée de pistolet, fut reconnu pour être une frégate turque. Par bonheur, le _mistico_ fut pris pour un brûlot grec par les Turcs, qui par conséquent craignirent de faire feu sur lui, mais qui le hêlèrent à grands cris. Cependant Lord Byron et son équipage gardèrent le plus profond silence; et les chiens eux-mêmes (comme je l'ai su du valet de chambre de sa seigneurie), quoiqu'ils n'eussent cessé d'aboyer durant toute la nuit, ne poussèrent pas un cri tant qu'on fut à la portée de la frégate turque,--incident non moins heureux que surprenant, vu que, d'après les informations détaillées que les Turcs avaient reçues sur le départ de sa seigneurie de Zante, l'aboiement des chiens eût en ce moment nécessairement trahi Lord Byron. A la faveur de ce silence et des ténèbres, le _mistico_ put continuer sa navigation sans être inquiété, et s'abrita parmi les Scrofes, groupe de rochers à quelques heures de Missolonghi. De là, la lettre suivante, remarquable, vu la situation de Lord Byron en ce moment, par le ton de légèreté et d'insouciance qui y règne, fut envoyée au colonel Stanhope.

LETTRE DXXXIV.

A L'HONORABLE COLONEL STANHOPE.

Scrofes (ou quelque autre nom pareil), à bord d'un mistico céphaloniote, 31 décembre 1823.

MON CHER STANHOPE,

«Nous venons d'arriver ici, c'est-à-dire une partie de ma suite et moi, avec certaines choses, etc., et qu'il vaut mieux peut-être ne pas spécifier dans une lettre (qui court risque d'être interceptée);--mais Gamba, mes chevaux, mon nègre, mon maître-d'hôtel, la presse et toutes les fournitures du comité, plus environ huit mille dollars à moi appartenans (mais n'y songez pas, il nous en reste davantage, comprenez-vous?), sont tombées au pouvoir des frégates turques. Mon équipage et moi, dans une autre embarcation, nous l'avons échappé belle la nuit dernière, ou plutôt ce matin, nous étant trouvés juste sous leur poupe, et ayant été hêlés; mais nous ne répondîmes pas, et gagnâmes le large. Nous sommes ici au soleil, et à la clarté du jour, dans un assez joli petit port. Mais nos amis les Turcs ne nous enverront-ils pas leurs chaloupes pour s'emparer de nous (car nous n'avons pas d'armes, sauf deux carabines et quelques pistolets, et nous ne sommes pas, je présume, plus de quatre combattans à bord)? c'est une autre question, surtout si nous restons long-tems ici, l'entrée directe de Missolonghi nous étant fermée.

«Vous ferez bien de m'envoyer mon ami Georges Drake et un corps de Souliotes pour nous escorter par terre ou par les canaux, et cela avec toute la célérité convenable. Gamba et notre bombarde sont emmenés à Patras, à ce que je suppose, et nous devrions tâcher de les reprendre aux Turcs; mais où diable la flotte est-elle allée?--la flotte grecque, veux-je dire, nous laissant nous aventurer sans nous avertir que les Musulmans étaient en mer.

«Présentez mes respects à Mavrocordato, et dites-lui que je suis ici à sa disposition. Je ne suis pas ici fort à l'aise; non pas tant pour moi-même que pour un enfant grec qui est avec moi, car vous savez quel serait son sort, et je le couperais en morceaux, lui d'abord, puis moi ensuite, plutôt que de le laisser prendre par ces barbares. Nous sommes tous bien portans.

N. B.

«La bombarde était à douze milles lorsqu'elle a été prise, du moins à ce qu'il nous a paru (si toutefois elle est prise, car ce n'est pas certain), et nous avons eu à échapper à un autre navire qui était juste entre nous et le port.»

* * * * *

Trouvant que sa position parmi les rochers des Scrofes ne serait pas tenable en cas d'attaque par des chaloupes armées, il jugea à propos de se remettre en mer, et, faisant force de voiles, il arriva sans malencontre à Dragomestri, petit port de mer en Acarnanie: c'est de là qu'il écrivit les lettres suivantes à deux de ses plus honorables amis céphaloniens.

LETTRE DXXXV.

A M. MUIR.

Dragomestri, 2 janvier 1824.

MON CHER MUIR,

«Je vous souhaite des recettes nombreuses, et du bonheur par-dessus le marché. Gamba et la bombarde (il y a du moins de fortes raisons pour le penser) sont emmenés à Patras par une frégate turque, que nous vîmes leur donner la chasse au point du jour, le 31 décembre. Nous nous étions approchés la nuit même jusque sous la poupe, parce que nous ne reconnûmes qu'à portée de pistolet que ce n'était pas un navire grec; et nous n'avons échappé que par un miracle dû à l'intervention de tous les saints (au dire de notre capitaine), et vraiment je suis de son opinion, car nous n'aurions jamais pu par nous-mêmes nous tirer d'affaire. Les Turcs firent des signaux avec force lumières; ils illuminèrent le navire entre les ponts, poussèrent de grands cris;--mais pourquoi ne firent-ils pas feu? Peut-être ils nous prirent pour un brûlot grec, et craignirent de nous mettre en flammes:--ils n'avaient point hissé de pavillon au point du jour ni plus tard.

«Au point du jour mon navire était sur la côte, mais le vent n'était pas favorable à notre entrée dans le port;--un grand vaisseau, avec le vent en sa faveur, stationnait entre nous et le golfe, et un autre faisait la chasse à la bombarde à environ douze milles de distance. Bientôt après, la bombarde et la frégate parurent voguer vers Patras, et une chaloupe zantiote nous avertit, par des signaux donnés du rivage, de nous éloigner. Nous nous éloignâmes vent en poupe, et nous retirâmes dans une anse, appelée, je crois, Scrofes, où je débarquai Luc[43] et un autre (comme la vie de Luc courait le plus grand danger), avec un peu d'argent pour eux, et une lettre pour Stanhope; je les envoyai par terre à Missolonghi, où ils seraient en sûreté, parce que le lieu où nous étions pouvait être attaqué d'un moment à l'autre par des chaloupes armées, et que Gamba avait toutes nos armes, excepté deux carabines, un fusil de chasse et quelques pistolets.

[Note 43: Jeune Grec qu'il avait emmené de l'île de Céphalonie. (_Note de Moore_.)]

»En moins d'une heure le vaisseau en croisière approcha, nous nous remîmes à fuir, et tournant notre poupe à la frégate nous entrâmes avant la nuit dans le port de Dragomestri, où nous sommes maintenant. Mais où est la flotte grecque? Je n'en sais rien,--le savez-vous? Je dis à notre pilote que je penchais à croire que les deux grands navires (il n'y en avait pas d'autre en vue), étaient Grecs. Mais il répondit: «Ils sont trop grands,--pourquoi ne montrent-ils pas leurs couleurs.» Et à tort ou à raison, plusieurs chaloupes que nous rencontrâmes ou dépassâmes, le confirmèrent dans l'idée qu'avec le vent qui soufflait nous ne pourrions entrer dans le port sans un long combat; et comme nous avions à bord beaucoup d'argent, et quelques vies à risquer (surtout celle du jeune garçon), sans aucun moyen de défense, il fallait laisser faire nos mariniers.

»J'envoyai hier un autre message à Missolonghi pour demander une escorte, mais nous n'avons pas encore de réponse. Voilà le cinquième jour que nous passons (je parle de moi et de l'équipage de ma chaloupe), sans changer de vêtemens, et à dormir sur le pont en plein air, mais nous sommes tous en bonne santé et en belle humeur. Il est supposable que le gouvernement, dans son propre intérêt, nous enverra une escorte, puisque j'ai 16,000 dollars à bord, en grande partie pour son service. J'avais (outre mes effets personnels montant à environ 5,000 dollars), 8,000 dollars en espèces, sans compter les fournitures du comité, en sorte que les Turcs auront fait un bon coup, si la prise est jugée bonne.

»Je regrette que Gamba ait été pris, etc., mais nous pourrons réparer les autres pertes; ainsi dites à Hancock de réaliser mes billets le plus tôt possible, et à Corgialegno de se préparer à convertir en argent le restant de mon crédit sur la maison Webb. Je resterai ici, sauf le cas d'un incident extraordinaire, jusqu'à ce que Mavrocordato m'envoie chercher; puis j'agirai selon les circonstances. Mes respects aux deux colonels, et mes souvenirs à tous mes amis. Dites à l'_ultima analise_[44] que son ami Raidi n'a pas paru avec le brick, quoiqu'il eût bien fait, à mon avis, de nous avertir, à Zante ou de Zante, de ce que nous avions à craindre.

»Votre très-affectionné,

N. B.

»_P. S._ Excusez mon griffonnage en raison de ma plume et du froid glacial du matin. J'écris à la hâte, ma barque partant pour Kalamo: Je ne sais si la saisie de la bombarde (si toutefois elle a été capturée, car je ne pourrais en jurer, et je n'en juge que sur l'apparence, et sur le dire de tout le monde), sera une affaire de gouvernement, de neutralité, etc.,--mais le navire a été arrêté au moins à douze milles de distance du port, et il avait tous ses papiers en règle, ainsi que nous, pour la traversée de Zante à Kalamo. Je ne suis point descendu à terre à Zante, parce que je voulais perdre le moins de tems possible, mais sir F. S. *** est venu m'inviter, etc., et tout le monde m'a témoigné autant de bienveillance qu'à Céphalonie même.»

[Note 44: Le comte Delladecima, à qui Byron donne ce nom, parce que ce gentilhomme avait coutume d'employer très-souvent en conversation la phrase _in ultima analise_. (_Note de Moore_.)]

LETTRE DXXXVI.

A M.C. HANCOCK.

Dragomestri, 2 janvier 1824.

MON CHER MONSIEUR HANCOCK,

«Rappelez-moi au souvenir du docteur Muir et de tout le monde. J'ai encore avec moi les 16,000 dollars, le reste était à bord de la bombarde, qui a été prise, ou qui du moins nous manque, avec toutes les fournitures du comité, mon ami Gamba, mes chevaux, mon nègre, mon bulldog, mon maître d'hôtel et mes domestiques, avec tous nos instrumens de paix et de guerre, plus 8,000 dollars: mais la prise sera-t-elle légitime ou non? c'est ce que doit décider le gouverneur des Sept-Iles. J'ai écrit tous les détails au docteur Muir, par la voie de Kalamo. Nous sommes en bon état; et, malgré le vent et la saison, malgré la chasse des Turcs, malgré le court sommeil que nous prenons sur le pont de la chaloupe, etc., etc., nous sommes dans une situation tolérable vu le pays et les circonstances. Mais je prévois que nous aurons besoin de tout l'argent que je puis réaliser à Zante et ailleurs. Mr Barff nous a donné huit mille et quelques dollars; ainsi, il y a encore une balance en ma faveur. Nous ne sommes pas certains que les vaisseaux qui nous ont donné la chasse fussent turcs, mais il y a une forte présomption pour le croire, et point de nouvelles qui contredisent cette idée. A Zante tout le monde, à commencer par le résident, m'a témoigné la plus grande bienveillance possible, et surtout votre digne et honnête associé.

»Dites à nos amis de ne pas se décourager:--nous pouvons encore réussir. J'ai débarqué, je crois, près d'Anatoliko, le jeune garçon et un autre Grec, qui étaient dans les plus terribles alarmes;--je les ai mis ainsi en sûreté: quant à moi et aux miens, il fallait que nous gardassions notre bien.

»J'espère que la captivité de Gamba ne sera que temporaire. Quant à nos effets et à nos dollars, si nous les avons,--tant mieux; sinon, patience. Je vous souhaite un heureux nouvel an, ainsi qu'à tous nos amis,

»Votre, etc.»

Durant ces aventures de lord Byron, le comte Gamba, pris par la frégate turque, avait été emmené, avec sa précieuse cargaison, à Patras, où le commandant de la flotte turque s'était établi. Là, après une entrevue avec le pacha, par qui il fut traité fort poliment durant sa détention, il eut le bonheur d'obtenir qu'on relâchât son navire et sa cargaison, et il arriva le 4 janvier à Missolonghi. Mais, à son grand étonnement, il apprit que lord Byron n'était pas encore arrivé. En effet,--comme si tous les incidens de cette courte traversée avaient été destinés à rembrunir les sombres pressentimens que Byron avait déjà conçus,--à son départ de Dragomestri, un violent coup de vent était survenu; la chaloupe fut deux fois poussée sur les rochers dans le passage des Scrofes, et, vu la force du vent et le peu de connaissance que le capitaine avait de ces bas-fonds, le danger fut considéré comme très-sérieux par tous les hommes à bord. «La seconde fois que le navire échoua, dit le comte Gamba, les matelots, perdant entièrement l'espérance de le sauver, commencèrent à songer à leur propre salut. Mais Lord Byron leur persuada de rester; par sa fermeté, et à l'aide de ses connaissances nautiques, il les mit hors de danger, et sauva ainsi la chaloupe, plusieurs vies, et 25,000 dollars, dont la plus grande partie en espèces.»

Le vent étant toujours contraire, on jeta l'ancre entre deux des nombreux îlots dont cette partie de la côte est bordée; et là Lord Byron, tant pour se rafraîchir que pour se laver, fut porté à commettre une imprudence qui a très-probablement contribué à produire sa fatale maladie. S'étant rendu dans une petite barque sur un petit rocher assez éloigné, il envoya chercher les caleçons de nankin qu'il avait coutume de mettre en se baignant, et quoique la mer fût houleuse, et la nuit froide (c'était le 3 janvier), il regagna la chaloupe à la nage. «Je suis complétement convaincu, dit son valet de chambre en rapportant cette imprudente prouesse, que la santé de milord en fut ébranlée. Certainement sa seigneurie n'en fut point malade sur l'heure, mais au bout de deux ou trois jours elle se plaignit d'une douleur générale dans les os, qui dura, à un degré plus ou moins fort, jusqu'au moment de sa mort.»

Lord Byron mit à la voile le lendemain matin avec l'espoir d'arriver à Missolonghi avant le coucher du soleil, mais il fut encore repoussé par les vents contraires, n'entra que fort tard dans le port, et ne descendit à terre que le 5 au matin.

On concevra aisément l'inquiétude qui, durant ce tems, avait tourmenté tout le monde à Missolonghi, où l'on savait que la flotte turque était sortie du golfe, et que Lord Byron était en route; elle est vivement dépeinte dans une lettre écrite, pendant ces momens d'attente, par un témoin oculaire. «La flotte turque, dit le colonel Stanhope, s'est mise en mer et bloque en ce moment le port. Plus loin on voit les vaisseaux grecs, et entre autres celui qu'on a envoyé à lord Byron. Nous ne savons si sa seigneurie est à bord ou non. Certes, nous sommes dans un jour de crise.» A la fin de la lettre, il ajoute: «Les domestiques de Lord Byron viennent d'arriver; il sera lui-même ici demain. S'il n'était pas venu, nous n'aurions pas eu besoin d'implorer le beau tems; car la flotte et l'armée sont affamées et inactives. Parry n'a point paru. S'il arrive aussi demain, toute la ville sera folle de plaisir.»

L'accueil que les Grecs firent à leur noble visiteur fut tel qu'on pouvait l'inférer de l'ardente sollicitude avec laquelle sa seigneurie avait été attendue. La population entière de la ville se porta en foule sur le rivage: les vaisseaux à l'ancre sous la forteresse tirèrent le canon pour saluer Lord Byron lorsqu'il passa devant eux; toutes les troupes et toutes les autorités civiles et militaires de la place, avec le prince Mavrocordato à leur tête, le reçurent à son débarquement, et l'accompagnèrent au milieu du bruit confus des cris de joie, d'une musique sauvage, et des décharges d'artillerie, jusqu'à la maison qui avait été préparée pour lui. «Je ne puis aisément décrire, dit le comte Gamba, les émotions qu'une telle scène excitait. Je saurais à peine retenir mes larmes.»

Après huit jours de fatigues pareilles, Lord Byron aurait pu fort bien désirer un court intervalle de délassement; mais le théâtre où il venait d'entrer éloignait toute pensée de repos: celui sur qui les regards et les espérances de tous étaient concentrés, ne pouvait guère songer à ménager sa personne. Il y avait d'ailleurs, à ce moment même, dans l'enceinte de Missolonghi, plus de causes réunies de trouble et de désordre qu'il n'y en eut jamais dans un si étroit espace. Dans tous les lieux publics ou particuliers, la désorganisation et le mécontentement se manifestaient. Des quatorze bricks de guerre qui étaient venus au secours de la place, et qui l'avaient quelque tems efficacement protégée contre une flotte turque double en nombre, neuf, faute de solde, s'en étaient déjà retournés à Hydra, tandis que les matelots des cinq autres, pour la même cause de plainte, avaient quitté leurs navires, et murmuraient sans rien faire sur le rivage. Les habitans se voyant ainsi abandonnés, ou mis à contribution par leurs défenseurs, avec la crainte d'une disette imminente, et la flotte turque devant leurs yeux, n'étaient pas moins disposés à l'émeute et à la révolte; tandis qu'au même moment, pour compléter la confusion, une assemblée générale était sur le point d'avoir lieu dans la ville, afin d'organiser les forces de la Grèce occidentale, et que tous les chefs montagnards de la province se rendaient en foule à cette réunion avec leurs sauvages partisans. Mavrocordato lui-même, président du futur congrès, avait amené à sa suite au moins cinq mille hommes armés, qui étaient en ce moment dans la ville. Mal soldé et mal fourni de vivres par le gouvernement, cet immense amas de militaires n'était pas moins mécontent et moins dépourvu que les matelots; bref, sous tous les rapports, la population entière de la ville semble avoir présenté en fermentation un vaste levain d'insubordination et de discorde, plus propre à produire la guerre civile qu'à menacer l'ennemi.

Tel était l'état des affaires quand Lord Byron arriva à Missolonghi,--tels les maux qu'il rencontrait avec la redoutable conviction qu'en lui, et en lui seul, tout le monde plaçait l'espoir de leur fin.

Ses actes durant les premières semaines qui suivirent son arrivée seront suffisamment connus par les lettres suivantes, qu'il écrivit à M. Hancock (qui a eu l'extrême bonté de me les communiquer), et auxquelles je n'aurai besoin d'ajouter que quelques notes explicatives.

LETTRE DXXXVII.

A M. CHARLES HANCOCK.

Missolonghi, 13 janvier 1824.

MON CHER MONSIEUR,

«Mille remercîmens pour votre lettre du 5; _item_ à Muir pour la sienne. Vous aurez appris que Gamba et mon navire sont sortis sains et saufs d'entre les mains des Turcs; on ne sait comment ni pourquoi, car il y a un mystère dans cette histoire quelque peu mélodramatique. J'attribue entièrement la chose à Saint-Denis de Zante, et à la madone du Roc près de Céphalonie.

»Les aventures de ma navigation isolée ne se terminèrent pas à Dragomestri; nous fûmes accompagnés hors du port par quelques chaloupes canonnières grecques, et nous trouvâmes le brick de guerre _le Léonidas_ en mer pour veiller sur nous. Mais il survint un fort coup de vent, et nous fûmes jetés sur les rochers deux fois dans le passage des Scrophes, et les dollars eurent encore à s'échapper d'un pressant danger. Les deux tiers de l'équipage descendirent sur un îlot par le mât de beaupré; les rochers étaient assez rudes, mais l'eau était profonde près du bord, en sorte qu'après beaucoup de juremens et quelques efforts, la chaloupe fut remise à flot, et nous nous en allâmes avec un tiers de notre équipage, en laissant les autres matelots sur cet îlot désert où ils seraient encore, s'ils n'avaient été recueillis par une des chaloupes canonnières, car nous n'étions pas en état de les reprendre.

»Dites à Muir que le docteur Bruno n'a pas déployé un grand courage dans cette circonstance; car, sans compter qu'il déchirait sa veste de flanelle et qu'il courait comme un rat en péril; comme je parlais à un jeune garçon (frère de ces jeunes Grecques d'Argostoli), que je lui disais qu'il n'y avait point de danger pour les passagers, quelque grand que fût le péril pour le navire, et que je lui assurais que je pourrais le sauver avec moi sans difficulté[45] (quoiqu'il ne sût pas nager), attendu que l'eau, si profonde qu'elle fût, n'était pas houleuse,--le vent ne soufflant pas droit contre le rivage,--le docteur s'écria: «Le sauver! S... Dieu, sauvez-moi plutôt,--je serai le premier sauvé si je puis!»--Trait d'égoïsme qu'il lâcha avec une simplicité emphatique qui fit rire tous ceux qui eurent le loisir de l'entendre; et, une minute après, la chaloupe se remit à flot après avoir touché deux fois. Elle fit une petite voie-d'eau, mais il ne survint plus d'autre accident, sinon que le capitaine ne cessa plus dès-lors d'avoir les nerfs agités.

»Bref, nous avons continuellement eu mauvais tems; nous avons dormi sur le pont presque toujours à l'humidité pendant sept ou huit nuits, mais je ne me suis jamais si bien porté,--et même je me suis baigné un quart-d'heure dans la mer dans la soirée du 4 courant (pour tuer les puces et autres etc.), sans m'en trouver plus mal.

»Nous avons été reçus à Missolonghi avec toutes sortes d'hommages et d'honneurs; l'aspect de la flotte qui nous saluait, etc., la foule, et les costumes variés formaient un spectacle vraiment pittoresque. Nous songeons à entreprendre bientôt une expédition, et j'attends de recevoir l'ordre de rejoindre l'armée avec les Souliotes.

[Note 45: Il avait l'idée de prendre le jeune garçon sur ses épaules, et de nager avec cette charge jusqu'au rivage. Cette action n'eût été qu'une répétition des jeux de son enfance à Harrow, où il avait souvent coutume de monter sur ses épaules un enfant plus petit, et, à la grande alarme du bambin, de plonger avec lui dans l'eau. (_Note de Moore_.)]

»Tout va bien maintenant. Nous avons trouvé Gamba déjà arrivé, et tout en bon état. Rappelez-moi au souvenir de tous les amis.

»Tout à vous à jamais,

N. B.

»_P. S._ Vous ferez, j'espère, tous vos efforts pour réaliser les fonds suffisans. Car, outre ce que j'ai déjà avancé, je me suis chargé d'entretenir, pendant un an, les Souliotes (que j'accompagnerai ou comme chef ou en telle qualité qu'il plaira au gouvernement), et divers autres Grecs par-dessus le marché....................................... Il faut que M. Barff m'envoie bientôt des dollars, car je suis à présent accablé de dépenses.

14 janvier 1824.

»_P. S._ Voudrez-vous dire au saint juif Geronimo Corgialegno que je tirerai pour la solde de mes crédits sur MM. Webb et Ce. Je tirerai jusqu'à concurrence de deux mille dollars (ce qui est environ le montant de mon crédit); mais pour faciliter l'affaire, je rendrai le billet payable chez MM. Ransom et Ce, Pall-Mall East, à Londres. Je crois vous avoir déjà montré mes lettres (mais dans le cas contraire je puis les exhiber); elles établissent qu'outre les crédits à solder à présent, je ne suis point renfermé dans une certaine limite de crédit avec mes banquiers. L'honorable Douglas Kinnaird, mon ami et homme d'affaires, est un des principaux associés de cette maison de banque; ayant la direction de mes intérêts, il sait jusqu'à quel point mes ressources actuelles peuvent aller, et les lettres en question étaient de lui. Je puis seulement dire, que c'est sur mon revenu de 1823 que j'ai pris l'argent déjà avancé au gouvernement grec, et que je solderai les crédits que vous et votre associé M. Barff m'avez ouverts; mais que je n'ai rien encore prélevé sur mon revenu de l'année courante 1824. J'aurai à ma disposition cent mille dollars (y compris mon revenu et le prix d'un fief récemment vendu), et peut-être davantage, sans anticiper sur mon revenu de 1825, et sans compter ce qui reste de celui de 1823.

»Tout à vous à jamais, etc.»

N. B.

LETTRE DXXXVIII.

A M. CHARLES HANCOCK.

Missolonghi, 17 janvier 1824.

«J'ai répondu assez longuement à votre obligeante lettre, et j'espère que vous aurez reçu ma réponse par l'intermède de M. Tindal. Je vous prierai encore de rappeler à M. Tindal que je le prie de vous donner, en décharge sur mon compte, un bon sur le comité pour cent dollars, que je lui ai avancés, par l'entremise de signor Corgialegno, à son arrivée à Zante en octobre dernier, vu qu'il n'est que trop juste que le susdit comité paie les dépenses de ses agens. Un bon sera suffisant, parce qu'il serait gênant pour M. Tindal de débourser de l'argent à présent.

»J'ai aussi avancé à M. Blackett la somme de cinquante dollars, que je prierai M. Stevens de vous payer, en décharge sur mon compte, avec l'argent de M. Blackett, maintenant dans ses mains. J'ai la reconnaissance écrite de M. Blackett.

»Comme les besoins de l'État sont ici toujours pressans, et qu'il paraît n'y avoir que peu d'espèces sonnantes, excepté les miennes, je suis toujours payeur-général; et il faut que je vous prie encore, vous et M. Barff, de m'envoyer par un canal sûr (si c'est possible) tous les dollars que vous pourrez rassembler avec les billets maintenant à négocier. J'ai écrit aussi à Corgialegno pour deux mille dollars, ce qui est environ le montant de ma lettre de crédit sur MM. Webb et Cie; mes billets sont aussi payables chez Ransom de Londres.

»Les affaires vont mieux, sinon bien; il y a de l'ordre et l'on fait des préparatifs considérables. Je compte accompagner bientôt les troupes dans une expédition, ce qui me fait particulièrement désirer le prompt envoi des sommes restantes, vu que «l'argent est le nerf de la guerre» et de la paix aussi, autant que je puis voir, car je suis sûr qu'il n'y aurait point de paix ici sans lui. Mais il en faut peu pour faire beaucoup, ce qui est une consolation. Le gouvernement de la Morée et de Candie m'écrit pour que j'avance encore sur mes propres fonds 20 ou 30,000 dollars, ce que j'hésite à faire à présent (m'étant chargé de la paie des Souliotes comme d'un don gratuit, sans compter maintes autres charges, outre le prêt que j'ai déjà avancé); j'attends pour me déterminer des lettres d'Angleterre.

»Quand les lettres de crédit que j'attends seront arrivées, j'espère que vous voudrez bien vous charger de les réaliser en numéraire; autrement il me faudra avoir recours à Malte, ce qui m'occasionera une perte de tems et un surcroît de peine; mais je ne veux pas néanmoins que vous fassiez plus qu'il ne vous conviendra parfaitement, à vous et à M. Barff, de faire pour moi. Je suis fort bien, et je n'ai aucune raison d'être mécontent de ma situation personnelle; ou de l'état des affaires publiques;--que les autres parlent pour leur compte.

»Tout à vous à jamais et de cœur, etc.

»_P. S._ Mes respects aux colonels Wright et Duffie, et aux officiers civils et militaires; ainsi qu'à mes amis Muir et Stevens, et à Delladecima.»

LETTRE DXXXIX.

A M. CHARLES HANCOCK.

Missolonghi, 19 janvier 1824.

«Depuis que je vous ai écrit, le 17 courant, j'ai reçu de M. Stevens une lettre renfermant un mémoire de Corfou, si exagéré dans le prix et dans la quantité des articles, que je ne saurais dire ce que j'admire le plus, de la folie de Gamba, ou de la friponnerie du marchand. Tout ce que je chargeai Gamba de commander, ce fut un peu de drap rouge et du taffetas gommé pour caleçons, etc.--Le dernier article n'a même pas été envoyé;--le tout n'aurait pas monté à 50 dollars. Le mémoire va à 645!!! Certes, je garantirai M. Stevens contre toute perte, mais je ne suis pas disposé à prendre les articles (que je n'ai jamais commandés), ni à en solder le montant. J'en prendrai pour la valeur de 100 dollars; le reste peut être remporté, et je ferai au marchand une concession de tant pour cent; ou, si cela ne peut avoir lieu, vous vendrez le tout à l'encan à quelque prix que ce soit, car j'aimerais mieux donner en pure perte une partie de ces objets que d'être encombré d'une quantité de choses qui me sont à présent inutiles et superflues. Grand Dieu! j'aurais entretenu pour la somme 300 hommes pendant un mois dans la Grèce occidentale!

»Quand les chiens, les dollars, le nègre et les chevaux tombèrent entre les mains des Turcs, je m'y résignai avec patience, comme vous avez pu voir, parce que c'était un effet de la guerre ou de la Providence; mais ceci est un résultat de la friponnerie ou de la folie humaine, ou de l'une et l'autre à-la-fois, et je ne puis ni ne veux m'y soumettre[46]. J'ai besoin de tous les dollars que je puis rassembler, pour maintenir les Grecs en bonne harmonie, et je ne plains aucune dépense pour la sainte cause. Mais jeter par la fenêtre une somme avec laquelle on équiperait ou du moins on entretiendrait un corps d'excellens hommes d'armes! Et pourquoi? pour fournir à Gamba et au docteur du drap fin, des bottes, des cravaches, etc.!!! c'est ce qui surpasse ma patience, quoique je sois très-pacifique, au su de tout le monde ou du moins de mes connaissances. Je vous prie de m'aider à me tirer de cette damnable spéculation commerciale de Gamba, car c'est un de ces traits d'imprudence ou de folie que je ne lui pardonnerai jamais........... .............................................................

[Note 46: Nous avons ici l'exemple le plus frappant de ce trait de caractère qu'un esprit étroit ou méchant pourrait prendre pour avarice, mais qui en réalité n'était que le résultat d'un profond sentiment de justice et de loyauté, et d'une vive indignation contre la duperie et la fraude. Le colonel Stanhope, en rapportant cette circonstance, a mis la colère de Lord Byron sous son véritable jour.

«Il attaquait sans cesse le comte Gamba, quelquefois, à la vérité, par forme de plaisanterie, mais plus souvent avec la plus amère ironie, pour avoir acheté 500 dollars de fournitures pour son usage et celui de ses gens. Il avait coutume de citer ce fait comme un exemple de l'imprudence et de l'extravagance du compte. Lord Byron me dit un jour, avec un ton fort grave, que ces 500 dollars auraient été très-utiles pour pousser le siége de Lepante; et que jusqu'à sa dernière heure il ne pardonnerait jamais à Gamba d'avoir gaspillé son argent pour l'achat de tant de drap. On ne supposera pas que Byron pût alors parler serieusement; car il avait la plus haute opinion du comte, qui, tant par ses talens que par son dévoûment à son ami, méritait l'estime de sa seigneurie. Quant à la générosité de Lord Byron, le monde en a la preuve. Il promit de consacrer son immense revenu à la cause de la Grèce, et il tint sa promesse.

(_Note de Moore_.)]

»Je vous réitère ma demande d'espèces sonnantes, et vous prie de m'en envoyer le plutôt possible, autrement les affaires publiques seront enrayées ici. Je me suis chargé de la solde des Souliotes pendant un an, d'avancer en outre 3,000 dollars, en mars, au gouvernement pour l'arriéré dû aux troupes, et de mille autres frais pour les Allemands, pour la presse, etc., etc., etc.; de sorte qu'avec les dépenses de ma suite, qui, sans être extravagantes, sont assez coûteuses, vu l'absurdité de ce diable de Gamba, j'aurai besoin de tout l'argent que je pourrai ramasser; j'ai en outre des crédits pour faire face à toutes les entreprises si elles se réalisent, et j'en attends encore davantage dans peu de tems.

»Croyez-moi toujours et véritablement, votre, etc.»

* * * * *

Dans la matinée du 22 janvier, jour de sa naissance, dernier anniversaire que mon pauvre ami était destiné à voir,--il vint de sa chambre à coucher dans l'appartement où le colonel Stanhope se trouvait avec quelques autres personnes, et dit avec un sourire: «Vous vous plaigniez l'autre jour que je ne fisse plus de vers. C'est aujourd'hui l'anniversaire de ma naissance, et je viens de finir une pièce qui, je crois, est meilleure que je n'ai coutume de faire.» Il leur montra ces belles stances qui, bien qu'elles soient déjà connues de la plupart des lecteurs, sont néanmoins trop étroitement liées à cette scène finale de sa vie pour ne pas en parer l'histoire. Si l'on a égard à tous les sentimens qui respirent dans ces vers,--aux derniers soupirs d'une ame tendre, à la noble expression de ce dévoûment absolu pour une noble cause, et à ce sombre et profond pressentiment d'une fin prochaine,--il n'y a peut-être, dans l'ordre des compositions purement humaines, pas de production sur laquelle les circonstances et les sentimens qui l'ont inspirée jettent un si touchant intérêt.

22 janvier[47].

Aujourd'hui, j'ai trente-six ans accomplis.

I.

Il est tems que ce cœur devienne insensible, Puisqu'il a cessé d'émouvoir d'autres cœurs. Cependant, quoique je ne puisse plus être aimé, Il faut que j'aime encore.

II.

Mes jours sont dans la feuille desséchée; Les fleurs et les fruits de l'amour sont passés: Le ver de terre, le remords rongeur et les regrets Sont mon seul partage.

[Note 47: Nous faisons comme Moore: nous répétons cette pièce, qui se trouve déjà à la page 432 du tome V de notre édition. (_Note du Trad._)]

III.

Le feu qui brûle dans mon sein Est solitaire comme une île volcanique; Aucune torche n'étincèle comme sa flamme: --C'est un bûcher funéraire.

IV.

L'espérance, la crainte, les soins jaloux, La portion exaltée de la douleur, Et le pouvoir de l'amour,--je ne puis les partager, Mais j'en porte encore la chaîne.

V.

Mais ce n'est pas _ainsi_,--ce n'est pas ici-- Que de telles pensées pourront ébranler mon ame,--ni maintenant,-- Quand la gloire décore le cercueil du héros, Ou fait pencher son front vers la terre.

VI.

Le glaive, la bannière et le champ de bataille, La gloire et la Grèce m'environnent! Le Spartiate, porté sur son bouclier, N'était pas plus libre.

VII.

Réveille-toi! (non la Grèce,--elle est réveillée!) Réveille-toi, mon génie! Pense d'où te vient L'étincelle divine, le sang ardent qui bout dans tes veines, Et sois digne de ta haute origine!

VIII.

Je foule aux pieds les passions renaissantes Indignes de l'âge viril.--Pour toi, Indifférens soient le sourire ou le dédain De la beauté.

IX.

Si tu regrettes ta jeunesse,--pourquoi vivre!-- La contrée des trépas honorables Est ouverte devant toi.--Vole aux combats, Et laisses-y ton souffle de vie.

X.

Cherche la tombe d'un héros,--beaucoup la trouvent qui ne la cherchent pas. C'est ce qu'il y a de mieux pour toi. Alors regarde à l'entour;--choisis ton coin de terre, Et repose en paix.

* * * * *

«Nous vîmes, dit le comte Gamba, par ces vers comme par ses conversations journalières, que son ambition et ses espérances étaient irrévocablement fixées sur les glorieux objets de son expédition en Grèce, et qu'il avait résolu de «revenir vainqueur, ou de ne revenir plus.» Il me disait souvent: «Les autres peuvent faire ce qu'il leur plaira:--ils peuvent s'en aller;--mais, moi, je reste ici, cela est certain.» La même détermination était exprimée dans les lettres que Lord Byron écrivait à ses amis; et cette résolution ne cessait pas d'être accompagnée du pressentiment très-naturel qu'il laisserait sa vie en Grèce. Un jour, il demanda à son fidèle serviteur Tita s'il songeait à retourner en Italie: «Oui, dit Tita, si votre seigneurie y va, j'irai.» Lord Byron sourit et dit: «Non, Tita, je ne reviendrai jamais de Grèce;--ou les Turcs, ou les Grecs, ou le climat m'en empêcheront.»

LETTRE DXL.

A M. CHARLES HANCOCK.

Missolonghi, 5 février 1824.

«La lettre du docteur Muir et la vôtre du 23 me sont parvenues il y a quelques jours. Dites à Muir que je suis content de sa promotion, et dans son intérêt, et dans le nôtre, puisqu'il reste près de nous! Mais je ne puis que regretter le départ du docteur Kennedy, départ qui explique les tremblemens de terre antérieurs, et le véritable tems anglais qui règne actuellement dans ce climat..................... ................................................

»A propos, je me suis trouvé avec l'archevêque grec à Anatoliko (où j'allai il y a quelques jours, sur l'invitation des primats, et où je fus reçu avec une plus terrible canonnade que les Turcs ne l'eussent été probablement): c'était pour la seconde fois que je voyais ledit archevêque (je l'avais vu ici auparavant). Lui, le prince Mavrocordato, les chefs militaires, les primats et moi, nous dinâmes tous ensemble, et je trouvai le métropolitain le plus gai de la compagnie, et de plus très-bon chrétien. Mais Gamba (car nous fûmes mouillés jusqu'aux os à notre retour) a été pris de fièvre et de coliques; Luc aussi, et d'autres personnes ont été dérangées. Pour moi, j'ai été très-bien,--sauf un rhume que je gagnai hier en demeurant trop long-tems à la pluie à jurer contre les Grecs, qui ne voulaient pas donner un coup de main pour aider à débarquer les fournitures du comité; mais je vins en personne, et fis un tel vacarme que je les mis en mouvement. Je les chargeai tous d'imprécations, depuis le gouvernement jusqu'au dernier d'entre eux, jusqu'à ce qu'ils se fussent mis à faire une partie de ce qu'ils auraient dû faire en totalité depuis plusieurs jours, et cela est regardé avec raison comme un miracle.

»Dites à Muir que, nonobstant ses remontrances que je reçois avec reconnaissance, il vaut peut-être mieux que je m'avance avec les troupes; car si nous ne faisons pas quelque chose bientôt, nous n'aurons qu'une troisième année d'opérations défensives, un autre siége, etc. Nous apprenons que les Turcs viennent en force, et plus tôt que de coutume; et comme ces lurons de Grecs songent un peu à moi, c'est l'opinion générale que je dois marcher,--premièrement, parce qu'ils écouteront plutôt un étranger qu'un de leurs compatriotes, vu leurs rivalités domestiques; secondement, parce que les Turcs traiteront ou capituleront (s'il y a lieu) plutôt avec un Franc qu'avec un Grec; et troisièmement, parce que nul autre ne semble disposé à assumer la responsabilité,--Mavrocordato étant fort occupé ici, les militaires étrangers étant trop jeunes, ou n'ayant pas assez d'influence pour être écoutés par les Grecs, et les chefs (comme je l'ai dit plus haut) étant disposés à obéir au premier venu plutôt qu'à un des leurs. Quant à moi, je suis disposé à faire ce qu'on me dit, et à suivre mes instructions. Je ne recherche ni ne fuis cette distinction, ni quelque entreprise que ce soit; et quant à ma sûreté personnelle, sans compter que ce ne doit pas être là une considération, je garantis que, somme toute, un homme est en sûreté aussi bien dans un endroit que dans un autre: et, après tout, il vaut mieux finir avec un boulet qu'avec force quinquina dans le corps. Si nous ne sommes pas atteints par l'épée, nous sommes exposés à être emportés par les fièvres dans ce panier de boue; et pour conclure par une très-mauvaise pointe, faite pour l'oreille plutôt que pour l'œil, mieux vaut finir _martialement_ que _marécageusement_[48].--La situation de Missolonghi ne vous est pas inconnue. Le sol de la Hollande, quand les digues sont rompues, est, en fait de sécheresse, un désert d'Arabie, en comparaison de ce pays-ci.

»Mais passons au nerf de la guerre. Je vous remercie, vous et M. Barff, pour vos promptes réponses, qui sont la plus agréable chose du monde,--après l'argent comptant, bien entendu[49]. Outre le compte-courant de Corgialegno, je demanderai, à partir du Ier mars prochain, environ cinq mille dollars tous les deux mois, c'est-à-dire environ vingt-cinq mille dans le courant de cette année, à des intervalles réguliers, indépendamment des sommes qui sont en train de se négocier à présent. Je puis vous montrer les documens qui prouvent que ces demandes sont loin d'excéder mes ressources pour l'année. Mais je n'aimerais pas à dire exactement aux Grecs ce que je pourrais ou voudrais avancer dans l'occasion, parce que dans ce cas ils doubleraient et tripleraient même leurs demandes (disposition qu'ils ont déjà montrée suffisamment); et quoique je sois prêt à faire tout ce que je pourrai en cas de nécessité, pourtant je ne vois pas pourquoi ils ne nous aideraient pas un peu, car ils ne sont pas tout-à-fait si nus qu'ils le prétendent.

[Note 48: _Martially_ than _marshally_, ces deux adverbes ont à peu près la même prononciation. On pourrait peut-être rendre le jeu de mots de la façon suivante. Mieux vaut périr par _Mars_ que par _mares_. (_Note du Trad._)]

[Note 49: Il y a un jeu de mots dans le texte: _Ready_ answers,--_ready_ money. _Ready_ veut dire _prompt, prêt_; mais cet adjectif, joint à _money_, équivaut à notre locution _argent comptant_ (mot à mot, _argent prêt_). (_Note du Trad._)]

7 février 1824.

»J'ai été interrompu par l'arrivée de Parry, et puis par le retour d'Hesketh, qui ne m'a pas apporté de réponse à mes lettres, ce qui me surprend un peu. Vous m'écrirez bientôt, je présume. Parry semble être un bon luron, mais il sera à peine prêt pour le champ de bataille avant trois semaines. Lui et moi (je pense) nous pourrons aller ensemble: --du moins, je ne veux en aucune façon le troubler ou le contrarier dans son département. Il se plaint vivement de la partie mercantile et enthousiaste du comité, mais il loue beaucoup Gordon et Hume. Gordon voulait donner trois ou quatre mille livres sterling et venir lui-même, mais Kennedy ou quelque autre l'a dégoûté; ainsi l'on a ruiné une partie de la souscription, et entravé les opérations du comité. Parry déplore amèrement les frais d'impression et de civilisation, et souhaite qu'il n'y ait point d'école ici à présent, excepté toutefois une école d'artillerie.

»Il s'est plaint aussi du froid, ce qui m'a un peu surpris; premièrement, parce qu'ici, vu le manque de cheminées, je me suis accoutumé à vivre sans autres ressources que la chaleur animale et un manteau; et secondement, parce que je me serais plutôt attendu à entendre un volcan éternuer, qu'un chef de travaux pyrotechniques (qui doit brûler une flotte entière) déclamer contre l'atmosphère. J'étais pleinement convaincu qu'à son approche il aurait rôti la ville, à l'égal des miroirs ardens d'Archimède.

»Hé bien! il paraît que je dois être commandant en chef, et le poste n'est nullement une sinécure, car nous ne sommes pas ce que le major Sturgeon appelle «une réunion d'officiers en bonne amitié.» Aurons-nous «une partie de coups de poing entre le capitaine Sheers et le colonel?» C'est ce que je ne puis dire; mais, chefs souliotes, barons allemands, volontaires anglais, et aventuriers de toutes nations, nous sommes bons à former la meilleure armée alliée qui se querellât jamais sous la même bannière.

8 février 1824.

»Interrompue hier une seconde fois pour cause d'affaires,--cette lettre doit enfin être close. J'ai tiré, il y a quelque tems, sur M. Barff pour la valeur de mille dollars, afin de compléter une somme dont le gouvernement avait besoin: Le susdit gouvernement a fait ici même de l'argent avec ma lettre-de-change; mais le même individu qui la leur avait escomptée, après m'avoir proposé de me donner des espèces pour d'autres lettres-de-change sur Barff, jusqu'à concurrence de treize cents dollars, n'a pas pu le faire, ou a songé à quelque chose de mieux. J'avais écrit à Barff pour l'avertir, mais j'ai dû lui écrire ensuite pour lui dire que l'individu n'était pas revenu. Il faut réellement que vous m'envoyiez bientôt le solde de mon compte: J'ai les artilleurs et mes Souliotes à payer, et Dieu sait quoi encore; et comme tout dépend de la ponctualité, toutes nos opérations seront arrêtées si vous n'usez de célérité. Je vous enverrai, à vous ou à M. Barff, de nouvelles lettres-de-change à tirer sur l'Angleterre, pour trois mille livres sterling, et je vous prierai de les négocier le plus tôt que vous pourrez. J'ai déjà énoncé ici et ailleurs les sommes que je puis commander en Angleterre dans le courant de l'année,--sans compter mes crédits, ou les billets déjà négociés et à négocier,--et les lettres de mes amis (venues par le vaisseau de M. Parry) confirment ce que j'ai déjà énoncé. Combien demanderai-je dans le cours de l'année? Je ne puis le dire, mais je me garderai d'excéder mes ressources.

»Tout à vous à jamais,

N. B.

»_P. S._ J'ai dû, sur le désir d'un M. _Jerostati_, tirer sur Démétrius Delladecima (est-ce notre ami _in ultima analise?_) pour payer les dépenses du comité. Je ne comprends réellement pas ce que veut le comité par quelques-unes de ses libertés. Parry et moi, nous allons très-bien ensemble jusqu'à présent. Cela durera-t-il long-tems? Dieu le sait, mais je l'espère, car le service de la cause grecque en dépend en bonne partie. Mais Parry a déjà eu quelques querelles avec le colonel Stanhope, et je fais tout ce que je puis pour maintenir la paix entre eux. Quoi qu'il en soit, Parry est un bon luron, extrêmement actif, et doué de talens supérieurs, solides et pratiques. Je vous envoie ci-inclus des billets pour trois mille livres sterling, tirés dans le mode désiré (c'est-à-dire partagés en billets plus petits). Je profite d'une bonne occasion qui permet d'envoyer des lettres à Céphalonie. Rappelez-moi au souvenir de Stevens et de tous les amis. Mes complimens et mille choses aimables aux colonels et aux officiers.

9 février 1824.

»_P. S._ 2e _ou_ 3e. J'ai quelque raison de croire qu'une personne envoyée d'Angleterre pour me faire signer des papiers d'affaires, arrivera bientôt dans les îles ioniennes. Si elle arrive, voudrez-vous me l'envoyer ici par une voie sûre? attendu que les papiers ont trait à une transaction relative à l'arrangement d'un procès, et à une somme de plusieurs mille livres sterling, que nos banquiers et fondés de pouvoir pourront avoir à toucher en mon nom (en Angleterre). Je ne puis déterminer l'époque probable de l'arrivée de cette personne, mais mes lettres sont datées du 2 novembre, et je présume qu'elle doit arriver bientôt.»

* * * * *

Lord Byron fit alors concevoir les plus fortes espérances à ceux même qui observèrent de près toute sa conduite depuis son arrivée à Missolonghi: c'est ce qu'on verra par le passage suivant d'une des lettres du colonel Stanhope au comité grec.

«Lord Byron possède tous les moyens de jouer un grand rôle dans la glorieuse révolution de Grèce. Il a du talent; il professe des principes libéraux; il a de l'argent, et il est animé de sentimens ardens et chevaleresques. Il a commencé sa carrière par deux bonnes mesures; _primo_, en recommandant l'union, et en déclarant qu'il ne voulait être d'aucun parti; et _secundo_, en prenant cinq cents Souliotes à sa solde, et en agissant en la qualité de leur chef. Ces actes ne peuvent manquer de donner à sa seigneurie une popularité universelle et une puissance proportionnelle. Dans des circonstances si avantageuses, sa seigneurie aura l'occasion de réaliser toutes ses déclarations.»

Toutefois, celui qui inspirait ces espérances était loin de les partager. C'est un fait qui ressort manifestement de tout ce que Byron dit et écrivit sur le sujet, et qui ne fait qu'accroître douloureusement l'intérêt que sa position excite en ce moment. En vérité, il comprenait et sentait trop bien les difficultés où il était engagé, pour se laisser séduire à de si flatteuses illusions. Il n'avait encore pu satisfaire qu'une de ses espérances,--celle d'imprimer, par son exemple, un caractère plus humain au système de guerre des deux nations belligérantes. Quelques jours après son arrivée, il avait eu l'occasion de tirer un malheureux Turc d'entre les mains de quelques matelots grecs; et, vers la fin du mois, ayant appris qu'il y avait quelques prisonniers turcs à Missolonghi, il pria le gouvernement de les mettre à sa disposition, pour les renvoyer à Yussuf[50] Pacha. En accomplissant ce trait d'humanité politique, il envoya avec les prisonniers libérés la lettre suivante.

[Note 50: Joseph. (_Note du Trad._)]

LETTRE DXLI.

A SON ALTESSE YUSSUF PACHA.

Missolonghi, 23 janvier 1824.

ALTESSE,

«Un vaisseau, où un de mes amis et quelques-uns de mes gens étaient embarqués, fut pris il y a quelques jours, et relâché par ordre de votre altesse. Je dois maintenant vous remercier, non d'avoir libéré le vaisseau qui, portant un pavillon neutre, et étant sous la protection britannique, ne pouvait être légitimement retenu, mais d'avoir traité mes amis avec une si grande bienveillance, tant qu'ils sont restés entre vos mains.

»C'est pourquoi, dans l'espérance d'être agréable à votre altesse, j'ai prié le gouverneur de cette place de relâcher quatre prisonniers turcs, et il y a humainement consenti. Je me hâte donc de vous les renvoyer, afin de payer de retour le plus tôt possible votre courtoisie dans la dernière occasion. Ces prisonniers sont libérés sans condition; mais, si cette circonstance trouve place dans votre souvenir, j'oserai demander que votre altesse traite avec humanité tous les Grecs qui pourront désormais tomber entre ses mains, vu que les horreurs de la guerre sont assez grandes par elles-mêmes, sans avoir besoin d'être aggravées par de gratuites cruautés des deux parts.»

NOEL BYRON.

Une autre idée favorite, et qui parut quelque tems praticable, fut le projet d'attaque contre Lépante[51], ville fortifiée qui, maîtresse de la navigation du golfe de Corinthe, est une position de la première importance. «Lord Byron, dit le colonel Stanhope, dans une lettre datée du 14 janvier, est embrasé d'une ardeur militaire et chevaleresque, et il accompagnera l'expédition contre Lépante.» Le retard de l'ingénieur Parry, qu'on avait impatiemment attendu pendant quelques mois, avec les ressources nécessaires pour la formation d'une brigade d'artillerie, avait jusqu'alors paralysé les préparatifs de cette importante entreprise. Cependant, le peu qui avait pu être fait sans son aide avait été déjà accompli; une brigade de Souliotes avait été destinée à agir sous les ordres de Lord Byron, et sa seigneurie et le colonel Stanhope avaient, à frais communs, formé un petit corps d'artillerie.

Ce fut vers la fin de janvier, comme nous l'avons vu, que Lord Byron reçut du gouvernement sa commission régulière comme commandant en chef de l'expédition. En lui conférant de pleins pouvoirs, tant dans l'ordre civil que dans l'ordre militaire, on nomma en même tems pour l'accompagner, un conseil de guerre, composé des chefs les plus expérimentés de l'armée, et présidé par Nota Botzari; oncle du fameux guerrier.

[Note 51: L'ancienne _Naupacte_, appelée _Epacto_ par les Grecs modernes, et _Lepanto_ par les Italiens. (_Note de Moore_.)]

On avait espéré que, parmi les munitions envoyées avec Parry, il y aurait une provision de fusées à la Congrève,--instrument de guerre dont on avait conté tant de merveilles aux Grecs, que leurs imaginations s'étaient remplies des idées les plus absurdes concernant ses effets. Leur désappointement fut donc excessif, quand ils virent que l'ingénieur était venu sans être pourvu de ces projectiles. Une autre espérance,--celle de compléter un corps d'artillerie par l'incorporation des Allemands qui avaient été envoyés en Morée,--se trouva presque également déçue; cette troupe s'étant presque réduite à néant par la mort ou par la retraite de ceux qui la composaient originairement, et le peu d'officiers qui offrirent alors leurs services, étant, par leurs chimériques préjugés de rang et d'étiquette, beaucoup plus incommodes qu'utiles. Par surcroît de circonstances décourageantes, les cinq vaisseaux de guerre speziotes qui avaient quelque tems formé la seule protection de Missolonghi, s'en étaient retournés dans leur pays, et avaient laissé prendre leur position à l'escadre ennemie.

Quelque embarrassantes que fussent toutes ces difficultés pour l'accomplissement de l'expédition, un embarras encore plus formidable se présentait dans les dispositions turbulentes et presque mutines de ces troupes souliotes sur lesquelles Byron comptait pour le succès de son entreprise. Fondant leurs prétentions, tant sur sa richesse et sur sa générosité que sur leur propre importance militaire, ces guerriers indisciplinés n'avaient jamais cessé de porter de plus en plus haut l'extravagance de leurs demandes;--l'état de leurs familles, entièrement dénuées de ressources et d'asile, leur fournissait un prétexte trop bien fondé pour leurs exactions et leur mécontentement. Les chefs n'étaient pas d'ailleurs plus accommodans que les soldats eux-mêmes. «Il y avait parmi eux, dit le comte Gamba, six chefs de famille, qui tous avaient d'égales prétentions, soit par leur naissance soit par leurs exploits; et aucun d'eux ne voulait obéir à l'un de ses compagnons d'armes.»

Une émeute sérieuse à laquelle, vers le milieu de janvier, ces Souliotes avaient donné naissance, et dans laquelle quelques personnes perdirent la vie, avait été une source de vive irritation et d'anxiété pour Lord Byron, tant à cause de la mésintelligence qui devait s'en suivre entre ses troupes et les citoyens, que par le peu de confiance qu'il se trouvait encouragé à placer dans une matière si intraitable. Malgré cela, ni son ardeur ni ses efforts pour l'accomplissement de cet unique objet de son ambition personnelle ne se relâchèrent un seul instant. Quelque faible gloire qu'il dût gagner par l'attaque de Lépante, il la regardait comme sa seule récompense pour tous les sacrifices qu'il faisait. Dans ses conversations avec le comte Gamba sur ce sujet, «quoiqu'il plaisantât beaucoup, dit celui-ci, sur sa place d'_archistrategos_ ou de général en chef, il était évident que le romanesque et le péril de l'entreprise étaient de grands attraits pour lui.» En vérité, quand nous comparons sa détermination à soutenir la cause grecque à travers tous les hasards, avec les faibles espérances que sa sagacité lui laissait concevoir sur son aptitude à la servir, je suis persuadé que la tombe guerrière qu'il se prédisait dans ses beaux vers ne fut pas qu'un vain rêve de poésie, mais qu'au contraire son désir enfanta sa pensée, et qu'il considérait une mort honorable, trouvée dans une entreprise pareille à l'assaut de Lépante, non-seulement comme le seul moyen de tenir dignement la grande promesse qu'il avait donnée, mais comme le service le plus signalé et le plus durable qu'un nom tel que le sien,--répété d'âge en âge parmi les mots d'ordre de la liberté,--pût rendre à cette cause sacrée.

Au milieu de ces soins il eut le vif plaisir de recevoir une lettre d'un de ses vieux amis, André Londo, avec qui il avait fait connaissance dans son premier voyage, en 1809, et qui était à cette époque, sous la domination des Turcs, un riche propriétaire de Morée;[52] ce patriote grec avait été un des premiers à lever l'étendard de la croix, et se trouvait alors au nombre des principaux appuis du corps législatif et du nouveau gouvernement national. Voici la traduction de la réponse de Lord Byron.

[Note 52: Ce brave Moréote, quand Lord Byron le vit pour la première fois, avait une mine et des manières enfantines, mais nourrissait néanmoins, sous cet extérieur, un esprit de patriotisme qui éclatait par momens. Le noble poète racontait qu'un jour, tandis qu'ils jouaient aux dames ensemble, Londo, en entendant prononcer le nom de Riga, se leva en sursaut, et, en frappant violemment des mains, il se mit à chanter le fameux chant de cet infortuné patriote:

Fils des Grecs, levez-vous! L'heure de gloire est arrivée.

(_Note de Moore_.)]

LETTRE DXLII.

A LONDO.

CHER AMI,

«La vue de votre écriture m'a causé le plus grand plaisir. La Grèce a toujours été pour moi, comme elle doit l'être pour tous les hommes bien élevés, la terre promise de la valeur, des arts et de la liberté; et le tems que je passai dans ma jeunesse à voyager parmi ses ruines n'a point du tout refroidi mon affection pour la patrie des héros. De plus, je vous suis attaché par les liens de l'amitié et de la reconnaissance pour l'hospitalité que je reçus de vous durant mon séjour dans ce pays, dont vous êtes aujourd'hui devenu un des principaux défenseurs et ornemens. Servir, à vos côtés et sous vos yeux, la cause de la Grèce, sera pour moi un des plus heureux événemens de ma vie. En attendant, je suis, dans l'espérance de me trouver encore une fois avec vous,

«Votre, etc.».

Parmi les embarras moins sérieux de la situation de Lord Byron à cette époque, on peut mentionner la lutte soutenue contre lui par son collègue le colonel Stanhope,--avec une consciencieuse persévérance qu'il ne pouvait, tout en étant contrarié, s'empêcher de respecter,--sur le sujet d'une presse libre, que le colonel désirait ardemment établir sur le champ dans toutes les parties de la Grèce. Sur ce point important, leurs opinions différaient considérablement; et la relation suivante, donnée par le colonel Stanhope, d'une de leurs nombreuses conversations à ce sujet, peut être prise comme un tableau exact et concis de leurs vues respectives.

«Lord Byron dit qu'il était un ami ardent de la publicité et de la presse; mais qu'il craignait que cette liberté ne fût pas applicable à cette société dans son état de fermentation. Je répondis que je la croyais applicable à tous pays, et surtout essentielle ici, à l'effet de mettre fin à l'état d'anarchie qui régnait actuellement. Lord Byron craignait les libelles et la licence. Je dis que l'objet d'une presse libre était de réprimer la licence publique, et d'exposer les libellistes à la haine. Lord Byron avait cité sa conversation avec Mavrocordato[53] pour montrer que le prince n'était pas hostile à la presse.

[Note 53: Lord Byron avait, à ce qu'il paraît, avoué que le soir précédent il avait dit au prince Mavrocordato, que «s'il était à sa place, il aurait soumis la presse à la censure,» à quoi le prince avait répondu: «Non; la liberté de la presse est garantie par la constitution.» (_Note de Moore_.)]

Je déclarai que je le savais ennemi de la presse, quoiqu'il n'osât pas l'avouer ouvertement. Sa seigneurie dit alors que ses idées n'étaient point arrêtées relativement à la liberté de la presse en Grèce, mais qu'à son avis, l'expérience valait la peine d'être faite.»

Cette différence d'opinion entre deux hommes, également zélés pour le service d'une cause commune, n'est qu'un résultat naturel des variétés du jugement humain, et ne préjuge rien contre le zèle ou la sincérité de l'un ou de l'autre. Mais ceux qui ne se laissent pas exclusivement guider par une théorie, accorderont, ce me semble, que les scrupules professés par Lord Byron relativement à l'opportunité ou au danger de l'introduction de ce qu'on nomme une presse libre, dans un pays aussi peu civilisé que la Grèce, étaient fondés sur une idée juste de la nature humaine et sur un bon sens pratique. S'efforcer d'imposer à un état de société, si peu préparé, les institutions d'une civilisation avancée, songer à greffer sur une nation ignorante les fruits d'une longue expérience et d'une longue culture,--à importer chez elle, de toutes pièces, ces avantages et ces biens que nul peuple n'obtint jamais que par ses propres efforts, et qu'après une lutte pénible;--rêver même le succès d'une telle expérience: c'est faire preuve d'un enthousiasme presque incroyable, qui, dans le cas présent, bien qu'il animât l'économiste et le soldat, outrepassait la sphère du poète.

La confiance absolue, et, sous plusieurs rapports, très-bien fondée, avec laquelle le colonel Stanhope en appelait à l'autorité de M. Bentham sur la plupart des points en discussion entre lui et Lord Byron, ne rencontrait que fort peu de sympathie chez ce dernier, vu l'antipathie naturelle qui existe entre les économistes et les poètes;--ces appels étant toujours accueillis avec ces saillies de ridicule, qui étaient pour Lord Byron le meilleur moyen d'exhaler son impatience contre l'argumentation, et auxquelles, malgré le nom vénérable et les services de M. Bentham lui-même, la charlatanerie de beaucoup d'opinions professées par les disciples de ce philosophe présentaient, il faut l'avouer, une ample matière. Quelque romanesque que fût, en effet, le sacrifice de Lord Byron à la cause grecque, il n'y avait pas dans ses vues sur les moyens de la servir la moindre teinte d'idéal ou de spéculation. La tâche grande, mais toute pratique, de délivrer la Grèce de ses tyrans était le principal objet de Lord Byron. Il savait que l'esclavage était le grand obstacle aux lumières, et devait être brisé avant qu'elles pussent se répandre; que l'œuvre de l'épée devait donc précéder celle de la plume; et les camps être les premières écoles de la liberté.

Avec des vues si solides et si mûres sur les véritables exigences de la crise, il n'est pas étonnant qu'il vît avec impatience, et, peut-être, avec un peu de mépris, tout cet appareil prématuré de presses, de pédagogues, etc., dont les Philhellènes du comité de Londres, dans leur rage de politique _utilitaire_[54], étaient en train de l'encombrer. Et quelques-uns des correspondans du comité n'étaient pas plus solides dans leurs spéculations; l'un d'eux, homme éclairé, ayant conseillé comme un moyen de rendre un service signalé à la cause, une altération de l'alphabet grec.

Tout en sentant, aussi vivement peut-être que Lord Byron, le but important de leur principale mission,--celle de ranimer, et, ce qui était beaucoup plus difficile, de réunir contre l'ennemi commun les forces du pays,--le colonel Stanhope était aussi un de ceux qui pensaient que les lumières de leur grand maître Bentham, et les opérations d'une presse absolument libre, étaient des ressources non moins essentielles pour le triomphe de la cause, et en ce point, comme nous l'avons vu, le poète était en différend avec le militaire. Mais c'était un différend tel qu'il peut s'en élever entre des hommes francs et loyaux, sans reproches mutuels, sans danger pour la cause commune;--une lutte d'opinions, qui, bien que soutenue avec chaleur, peut être rappelée sans amertume, qui n'empêcha pas Byron, à la fin d'une de ses plus vives altercations avec le colonel, de lui dire généreusement: «Donnez-moi cette honnête main droite»; ni le colonel de prononcer, sur la tombe de son collègue, un éloge qui, pour être tempéré par une censure éclairée, n'en était pas moins cordial, ni n'était pas moins honorable à l'illustre mort pour être le tribut d'un homme qui avait courageusement différé d'opinion avec lui.

[Note 54: _Utilitarian, utilitarianism_. Dénominations adoptées par les disciples de Bentham, qui regarde avec raison l'utilité comme la base et de la morale et de la politique. (_Note du Trad._)]

Vers le milieu de février, l'infatigable activité de M. Parry ayant mis la brigade d'artillerie presque en état d'être prête pour le service, une inspection du corps des Souliotes eut lieu, comme mesure préparatoire à l'expédition; et après beaucoup de déception et d'indiscipline de leur part comme à l'ordinaire, tout obstacle parut enfin surmonté. Il fut convenu qu'ils recevraient un mois de paie d'avance;--le comte Gamba, avec 300 de leur corps, devait partir le lendemain en avant-garde et prendre position sous Lépante, et Lord Byron devait le suivre sans retard avec le reste du corps et avec l'artillerie.

Mais de nouvelles difficultés furent bientôt suscitées par ces intraitables mercenaires; et, comme on le découvrit depuis, à l'instigation du grand rival de Mavrocordato, Colocotroni, qui avait envoyé des émissaires à Missolonghi afin de les séduire, ils donnèrent alors une nouvelle forme à leurs exigences, en demandant au gouvernement de nommer parmi eux deux généraux, deux colonels, deux capitaines, et un nombre proportionnel de sous-officiers:--«En un mot,» dit le comte Gamba, «que sur l'effectif de trois ou quatre cents Souliotes, il y en eût environ cent cinquante gradés.» L'audacieuse déloyauté de cette demande,--outre-passant même ce que Lord Byron pouvait attendre de la part des Grecs,--excita toute sa colère, et il signifia à tout le corps, par l'intermédiaire du comte Gamba, qu'il rompait toute négociation avec eux; qu'il ne pouvait plus avoir de confiance en des hommes si peu fidèles à leurs engagemens; et que, tout en continuant les secours qu'il avait donnés à leurs familles, il mettait à néant toutes ses conventions avec eux comme corps.

Ce fut le 14 février que cette rupture avec les Souliotes eut lieu; et quoique, le jour suivant, en conséquence de la pleine soumission de leurs chefs, ils fussent rentrés au service de Lord Byron, cette affaire, combinée avec les diverses autres difficultés qui l'entouraient, agita considérablement son esprit. Il vit avec douleur qu'il ne pourrait que compromettre la cause de la Grèce et son propre caractère, en comptant entièrement, dans une telle entreprise, sur des troupes que le premier intrigant pourrait ainsi détourner de leur devoir, et que jusqu'à l'organisation d'une armée plus régulière, il fallait suspendre l'expédition contre Lépante.

Tandis que ces événemens contrarians se passaient, l'interruption de son exercice ordinaire par les pluies ne fit qu'accroître l'irritabilité que de tels délais étaient propres à exciter; et le tout ensemble, sans aucun doute, concourut avec quelque prédisposition, déjà formée dans sa constitution, à produire cet accès convulsif,--avant-coureur de sa mort, qui le saisit le 15 février soir. Il était assis, vers les huit heures, seul avec M. Parry et M. Hesketh, dans l'appartement du colonel Stanhope,--et parlait en plaisantant sur un de ses sujets favoris, c'est-à-dire, sur ses différends d'opinion avec ce dernier, et il disait que «il croyait, après tout, que la brigade de l'auteur serait prête avant la presse du militaire.» Soudain sa figure devint extraordinairement rouge; et, d'après les changemens rapides de son air, il fut manifeste qu'il était en proie à une agitation nerveuse. Il se plaignit d'avoir soif, fit venir du cidre et en but; après quoi, ses traits s'étant encore plus altérés, il se leva de son siége, mais il fut incapable de marcher; et, après avoir fait un pas ou deux en chancelant, il tomba dans les bras de M. Parry. Une autre minute après, ses dents se serrèrent, sa voix et ses sens s'évanouirent, et il fut pris de fortes convulsions. Ses efforts étaient si violens qu'il fallut toute la force de M. Parry et de son domestique Tita pour le contenir durant l'accès. Sa figure éprouva une grande contorsion, et, comme il le dit ensuite au comte Gamba: «Les souffrances furent si intenses durant la convulsion, que si elle eût duré une minute de plus, il croyait qu'il serait mort.» Mais l'accès fut aussi court que violent; en quelques minutes Lord Byron recouvra sa voix et ses sens; ses traits, quoique encore pâles et hagards, reprirent leur forme naturelle, et le seul effet que l'attaque laissa après elle, fut une faiblesse excessive. «Aussitôt qu'il put parler, dit le comte Gamba; il se montra parfaitement libre de toute alarme; mais il demanda très-froidement si son attaque pouvait lui devenir fatale. «Dites-le moi, dit-il; ne croyez pas que j'aie peur de mourir,--je n'en ai pas peur du tout.»

Il s'était à peine écoulé une demi-heure depuis ce douloureux accident, lorsqu'on vint annoncer que les Souliotes étaient en armes et sur le point d'attaquer le sérail pour s'emparer des magasins. Sur-le-champ les amis de Lord Byron coururent à l'arsenal; les artilleurs furent commandés, les sentinelles doublées, et le canon chargé et pointé sur les avenues des portes. Quoique ce fût une fausse alerte, la probabilité seule d'une telle attaque montre suffisamment combien l'état de Missolonghi était précaire en ce moment, et sur quelle scène de péril, de confusion et de découragement les jours presque accomplis du poète de l'Angleterre allaient se terminer.

Le lendemain matin Lord Byron se trouva mieux, mais toujours pâle et faible, et il se plaignit beaucoup d'une sensation de pesanteur dans la tête. En conséquence, les docteurs jugèrent à propos de lui appliquer des sangsues aux tempes; mais il fut difficile, après leur chute, d'arrêter le sang, qui continua à couler si abondamment, que Byron s'évanouit par épuisement. C'est en ce jour, sans doute, que se passa la scène ainsi décrite par le colonel Stanhope:--

«Bientôt après son terrible paroxysme, lorsqu'affaibli par un trop grand écoulement de sang, il était couché sur son lit, avec un ébranlement complet de tout le système nerveux, les Souliotes rebelles, couverts de boue et d'un splendide attirail, firent irruption dans son appartement, en brandissant leurs armes somptueuses, et en réclamant leurs droits avec des cris sauvages. Lord Byron, électrisé par cette circonstance inattendue, sembla délivré de son mal; et plus les Souliotes se livrèrent à leur fureur, plus son courage calme triompha. La scène fut vraiment sublime.»

Un autre témoin oculaire, le comte Gamba, rend un pareil hommage à la présence d'esprit avec laquelle Byron affronta ce danger et plusieurs autres. «Il est impossible, dit-il, de rendre justice au sang-froid et à la magnanimité qu'il déploya dans toutes les occasions importantes. Pour des motifs frivoles il était sans doute fort irritable, mais l'aspect du danger le calmait en un instant, et le rétablissait dans le libre exercice de toutes les facultés de sa noble nature. Jamais homme ne fut plus intrépide à l'heure du péril.»

Les lettres qu'il écrivit durant le court espace des semaines suivantes forment, comme de coutume, la meilleure histoire de ses actes; et, outre le triste intérêt qu'elles offrent comme étant les dernières œuvres de sa main, elles sont de plus très-précieuses, en ce qu'elles fournissent la preuve que ni la maladie ni le désappointement,--oui, que ni l'affaiblissement de sa constitution ni même le découragement de son esprit, ne le firent songer un moment à délaisser la grande cause qu'il avait épousée, et que jusqu'à la dernière heure il conserva la gaîté originale de son esprit, sa courageuse résignation à tous les maux qui n'atteignaient que lui, et sa perpétuelle vigilance pour les besoins d'autrui.

LETTRE DXLIII.

A M. BARFF.

21 février.

«Je suis beaucoup mieux, tout faible que je suis encore; les sangsues ont tiré trop de sang de mes tempes, et on n'a arrêté l'écoulement qu'avec beaucoup de difficulté; mais depuis je me suis levé tous les jours, et je suis sorti en barque ou à cheval. Aujourd'hui j'ai pris un bain tiède; je vis aussi sobrement que possible, sans autre boisson que l'eau, et sans nourriture animale.

»Outre les quatre Turcs envoyés à Patras, j'ai obtenu la délivrance de vingt-quatre femmes et enfans, et les ai envoyés à mes frais à Prevesa, afin que le consul-général anglais puisse les rendre à leurs familles. Je l'ai fait d'après leur propre désir. Les affaires s'embrouillent un peu ici avec les Souliotes et les étrangers, etc.; mais j'espère encore que ça ira mieux, et je resterai attaché à la cause grecque tant que ma santé et les circonstances me permettront de me supposer utile.

»Je suis obligé de soutenir ici le gouvernement pour le moment présent.»

* * * * *

Les prisonniers mentionnés dans cette lettre comme ayant été délivrés par lui et envoyés à Prevesa, avaient été tenus en captivité à Missolonghi depuis le commencement de la révolution. Voici la lettre qu'il envoya avec eux au consul anglais à Prevesa.

LETTRE DXLIV.

A M. MAYER.

MONSIEUR,

«En venant en Grèce, un de mes principaux buts fut d'alléger autant que possible les misères attachées à une guerre aussi cruelle que la guerre actuelle. Quand il s'agit d'humanité, je ne connais point de différence entre les Turcs et les Grecs. Il suffit que ceux qui ont besoin d'assistance soient hommes pour avoir droit à la pitié et à la protection de qui se pique de sentimens humains. J'ai trouvé ici vingt-quatre femmes et enfans turcs, qui ont long-tems gémi dans la misère, loin de toute espèce de secours et de consolation. Le gouvernement me les a accordés; je vous les envoie à Prevesa, conformément à leur désir. J'espère que vous vous chargerez sans difficulté de mettre ces malheureux en lieu sûr, et de faire accepter mon présent au gouverneur de votre ville. La meilleure récompense que je puisse espérer, est d'inspirer aux chefs ottomans les mêmes sentimens envers les malheureux Grecs qui pourront dorénavant tomber dans leurs mains.

»Je vous prie de me croire, etc.»

LETTRE DXLV.

A L'HONORABLE DOUGLAS KINNAIRD.

Missolonghi, 21 février 1824.

«J'ai reçu la vôtre du 2 novembre. Il est essentiel que l'argent soit compté, puisque j'ai tiré jusqu'à concurrence de la valeur entière, et peut-être davantage, afin d'aider les Grecs. Parry est ici, et lui et moi nous nous entendons fort bien; la marche actuelle des affaires donne à espérer, eu égard aux circonstances.

»Nous aurons de la besogne cette année, car les Turcs viennent en force; et, quant à moi, je dois tenir ferme pour la cause grecque. Je marcherai bientôt (d'après les ordres du gouvernement) contre Lépante, avec deux mille hommes. Je suis resté ici quelque tems, après avoir manqué de tomber entre les mains des Turcs, et après avoir échappé au naufrage. Nous avons touché deux fois sur les rochers, mais vous aurez reçu, par d'autres sources, de véridiques ou fausses nouvelles sur ce point, et je ne veux pas vous importuner d'une longue histoire.

»J'ai réussi à soutenir le gouvernement de la Grèce occidentale, qui autrement se serait dissous. Si vous avez reçu les onze mille livres sterling et plus, cette somme, jointe à ce que j'ai entre mes mains, et à mon revenu de l'année courante, pour ne point parler des ressources éventuelles, me mettra à même de maintenir les «nerfs de la guerre» dans une tension convenable. Si les députés sont honnêtes gens et obtiennent l'emprunt, ils me rendront les 4,000 livres sterling, comme il a été convenu; mais alors même il ne me restera que peu, ou en vérité moins que peu, puisque j'entretiens presque toute la machine--dans cette place, du moins,--à mes propres frais. Mais que les Grecs réussissent, et je ne songe plus à mon intérêt.

»J'ai été sérieusement malade, mais je vais mieux, et je puis reprendre mes promenades équestres; ainsi, je vous en prie, tranquillisez nos amis sur ce point.

»Il n'est pas vrai que j'aie jamais écrit ou veuille écrire une satire contre Gifford ou contre un seul cheveu de sa tête; je ne puis ni ne veux ni ne dois le faire. J'ai toujours considéré Gifford comme mon père littéraire, et moi comme son «enfant prodigue.» ....................................... ...........................................[55]

»Tout à vous, etc.»

[Note 55: Nous supprimons un jeu de mots intraduisible. (_Note du Trad._)]

LETTRE DXLVI.

A M. BARFF.

23 février.

»Ma santé semble s'améliorer, surtout par la promenade à cheval et par le bain tiède. Six Anglais[56] seront bientôt en quarantaine à Zante; ce sont des ouvriers qui ont eu assez de la Grèce en quatorze jours. Si vous pouviez les recommander pour un passage en Angleterre, je vous serais obligé; ce sont d'assez braves gens, mais ils ne comprennent pas bien les petites dissentions de ces contrées, et ils ne sont pas habitués à voir tirer des coups de feu et donner des coups de sabre (comme ici) dans le calme de la vie domestique, et pour ainsi dire dans l'intérieur du ménage.

»S'ils ont besoin de quelque chose durant leur quarantaine, vous ne leur avancerez pas plus d'un dollar par jour (entre eux tous) pendant ce tems, afin qu'ils achètent quelques petits _extra_ (puisqu'ils sont tout-à-fait hors de leur élément). Je ne puis leur donner davantage à présent.»

[Note 56: Ouvriers qui étaient venus avec Parry, et qui, alarmés par la scène de confusion et de danger qu'ils rencontrèrent à Missolonghi, avaient résolu de retourner en Angleterre. (_Note de Moore_.)]

Je me réjouis d'avoir à produire la lettre suivante, adressée à Murray, comme dernier chaînon d'une longue et amicale correspondance qui n'avait été interrompue que peu de tems et par la faute d'autrui;--elle contient un sommaire des principaux événemens qui se passaient alors autour de Lord Byron, et, avec l'aide de quelques notes elle rendra inutile tout récit plus circonstancié.

LETTRE DXLVII.

A M. MURRAY.

Missolonghi, 25 février 1824.

«J'ai appris de M. Douglas Kinnaird que vous annoncez «qu'il est arrivé d'Italie une satire contre M. Gifford, composée, dit-on, par moi! mais que vous ne le croyez pas.» J'ose dire que vous ne le croyez certainement pas, ni personne autre non plus. Quiconque avance que je suis l'auteur ou le fauteur d'une pareille attaque contre Gifford, a menti par la gorge. Si un tel ouvrage existe, il n'est point sorti de ma plume. Vous même savez aussi bien que personne, contre quels hommes j'ai ou n'ai pas écrit; et vous savez aussi très-bien s'ils n'en sont ou n'en furent pas dignes. Mais en voilà assez sur ce point.

«Vous serez peut-être curieux de recevoir des nouvelles sur cette partie de la Grèce (laquelle partie est la plus exposée à une invasion); mais vous en recevrez assez par les papiers publics et par les correspondances particulières. Je vous donnerai toutefois les événemens d'une semaine, en mêlant mes affaires personnelles avec les affaires publiques, car les unes et les autres se trouvent ici un peu confondues pour le moment.

»Dimanche,--15 courant, je crois,--j'eus une forte et soudaine attaque de convulsions, qui me priva de la parole, sans m'ôter toutefois le mouvement,--car des hommes forts ne purent me tenir; mais est-ce épilepsie, catalepsie, cachexie, ou apoplexie, ou toute autre _exie_ ou _epsie_? c'est ce que les docteurs n'ont pas décidé. Est-ce spasmodique ou nerveux etc.? ils n'en savent rien non plus. Toujours est-il que cette attaque convulsive fut très-désagréable, et peu s'en est fallu qu'elle ne m'emportât. Le lundi, on m'appliqua des sangsues aux tempes, ce qui ne fut pas chose difficile, mais le sang ne put pas être arrêté avant onze heures du soir (les sangsues avaient mordu trop près de l'artère temporale pour mon salut temporel), les styptiques et les caustiques ne cautérisèrent l'orifice des piqûres qu'après cent tentatives infructueuses.

»Mardi, un brick de guerre turc échoua sur la côte. Le mercredi, on fit de grands préparatifs pour l'attaquer,[57] mais les Turcs le brulèrent et se retirèrent à Patras. Le jeudi, il y eut une querelle entre les Souliotes et la garde franque à l'arsenal: un officier suédois fut tué, et un Souliote grièvement blessé; on attendait un combat général qu'on n'a prévenu qu'avec difficulté. Le vendredi, l'officier fut enterré: les ouvriers anglais du capitaine Parry se mutinèrent, sous prétexte que leurs vies étaient en danger; ils quitteront peut-être le pays.

[Note 57: «De très-bonne heure, nous nous préparâmes pour attaquer le brick. Lord Byron, malgré sa faiblesse, et malgré une ophthalmie imminente, désirait beaucoup d'être des nôtres; mais le médecin ne le laissa point aller.» (_Comte Gamba_.)

Sa seigneurie avait promis une récompense pour chaque Turc qu'on prendrait vivant dans l'attaque projetée de ce navire. (_Note de Moore_.)]

»Le samedi, nous ressentîmes le plus rude tremblement de terre dont je me souvienne (et j'en ai ressenti trente, faibles ou violens, à différentes époques; ils sont fréquens dans la Méditerranée). Toute l'armée fit une décharge générale de mousqueterie, par la même raison que les sauvages battent du tambour ou hurlent durant une éclipse de lune:--ce fut un spectacle vraiment extraordinaire.--Si vous aviez vu les cockneys anglais, qui n'étaient pas encore sortis des ateliers de John-Bull!--Et dimanche dernier, nous apprîmes que le visir était arrivé à Larisse, avec plus de cent mille hommes.

»En revenant ici, j'échappai à deux dangers; d'abord aux Turcs (l'un de mes navires fut pris, mais ensuite relâché), puis au naufrage. Nous touchâmes deux fois contre les rochers des Scrophes (îles près de la côte).

»J'ai obtenu des Grecs la mise en liberté de vingt-huit prisonniers turcs,--hommes, femmes et enfans,--que j'ai envoyés à Patras et à Prevesa à mes frais. Quant à une petite fille âgée de neuf ans, qui préfère rester avec moi, je l'enverrai probablement (si je vis) en Italie ou en Angleterre avec sa mère. Elle se nomme Hato ou Hatagée: c'est une jolie et vive petite fille. Tous ses frères furent tués par les Grecs; elle et sa mère furent épargnées par une faveur spéciale, et vu son extrême jeunesse: elle n'avait alors que cinq ou six ans.

»Ma santé va mieux maintenant, et je remonte à cheval. Je n'ai point ici une sinécure, tant il y a de partis et de difficultés de toute espèce! mais je ferai ce que je pourrai. Le prince Mavrocordato est un homme excellent, et fait tout ce qu'il peut, mais sa situation est extrêmement embarrassante. Toutefois, nous avons grand espoir de réussir. Mais vous recevrez plus de nouvelles sur les affaires politiques par mille et mille sources, car je n'ai pas le tems d'écrire beaucoup.

»Croyez-moi votre, etc.»

N. B.

* * * * *

La sauvage indiscipline des Souliotes était alors parvenue à un tel point d'audace, qu'il devint nécessaire à la sûreté de la population européenne de se débarrasser de ces hôtes incommodes; et, par quelques sacrifices de la part de Lord Byron, cet objet fut enfin rempli. Ces farouches guerriers ne se décidèrent à partir de la ville qu'en recevant de Lord Byron un mois de paie d'avance, et du gouvernement le solde de leur arriéré (lequel d'ailleurs fut payé avec l'argent prêté dans ce but par le même payeur-général). Leur départ fit donc évanouir toutes les espérances de l'expédition contre Lépante.

LETTRE DXLVIII.

A M. MOORE.

Missolonghi, Grèce occidentale, 4 mars 1824.

MON CHER MOORE,

«Votre reproche n'est pas fondé;--j'ai reçu deux lettres de vous, et j'ai répondu à l'une et à l'autre avant de quitter Céphalonie. J'ai été, non pas «en repos» dans une île ionienne, mais fort occupé d'affaires,--comme les députés grecs (s'ils sont arrivés) pourront vous le dire. Je n'ai continué ni _Don Juan_ ni tout autre poème. Vous parlez, comme d'ordinaire, je présume, d'après le dire de quelque journal, ou d'après quelque autorité pareille.

»Lorsque l'instant d'être un peu utile fut arrivé, je vins ici; et l'on me dit que mon arrivée (avec quelques autres circonstances) a été avantageuse, du moins temporairement, à la cause grecque. J'eus grande peine à échapper, d'abord aux Turcs puis au naufrage, pendant ma traversée. Le 15 (ou 16) février, j'eus une attaque d'apoplexie, ou épilepsie,--les médecins ne se sont pas encore précisément décidés pour l'une ou pour l'autre, mais l'alternative est agréable. Ma constitution reste donc suspendue entre les deux opinions, comme le sarcophage de Mahomet entre les aimans. Tout ce que je puis dire, c'est qu'on m'a saigné jusqu'à me mettre à deux doigts de la mort, en plaçant les sangsues trop près de l'artère temporale, en sorte que le sang ne put être que très-difficilement arrêté,--même avec la pierre infernale. On suppose que je vais de mieux en mieux,--lentement toutefois. Mais mes homélies, je présume, seront à l'avenir comme celles de l'archevêque de Grenade;--en ce cas, «je vous donne un bon de cent ducats sur mon trésorier, et vous souhaite un peu plus de goût.»

»Pour les affaires publiques, je vous renvoie aux rapports du colonel Stanhope et du capitaine Parry,--et à tous les autres rapports. Il y a de quoi en faire:--guerre au-dehors, tumulte au-dedans:--on tue un homme par semaine. Les ouvriers de Parry sont partis tout alarmés, à cause d'une dispute qui s'est élevée entre des nationaux et des étrangers, et dans laquelle un Suédois a été tué et un Souliote blessé. Au milieu de leur épouvante, il y eut une forte secousse de tremblement de terre; aussi, entre cet accident de la nature et l'épée des hommes, ils détalèrent en hâte, malgré toute l'éloquence déployée pour les dissuader. Un brick turc a échoué sur la côte, etc., etc., etc.[58].

»Vous êtes, je présume, en train de donner ou de méditer quelque nouvelle publication. Donnez-moi de vos nouvelles, et croyez-moi, quoi qu'il advienne,

»Tout à vous, à jamais et de cœur,

N. B.

»_P. S._ Dites à M. Murray que je lui écrivis l'autre jour, et que j'espère qu'il aura déjà reçu ou recevra bientôt ma lettre.»

[Note 58: Ce que j'ai omis ici n'est qu'une répétition des divers détails déjà donnés dans les lettres précédentes. (_Note de Moore_.)]

LETTRE DXLIX.

AU DOCTEUR KENNEDY.

Missolonghi, 4 mars 1824.

MON CHER DOCTEUR,

«J'ai à vous remercier pour vos deux obligeantes lettres, reçues toutes deux en même tems, et l'une long-tems après sa date. Je n'ignore pas l'état précaire de ma santé, et je n'ai encore rien décidé sous ce rapport. Mais il est convenable que je reste en Grèce; et mieux vaudrait mourir à faire quelque chose qu'à ne rien faire. Ma présence a été jugée très-utile ici pour empêcher la confusion de devenir pire, au moins pour le moment présent. Si je deviens inutile, ou que je sois jugé tel, je suis prêt à me retirer; mais dans l'intérim, je ne dois pas considérer mes chances personnelles: le reste est dans les mains de la Providence,--comme y sont en effet tous les événemens. Je suivrai toutefois vos instructions; et, en vérité, en ce qui regarde l'abstinence, je les ai suivies depuis quelque tems.

»Outre les _Traités_, etc., que vous m'avez envoyés à distribuer, un des ouvriers anglais (un ferblantier nommé Brownbill) m'a laissé en dépôt une quantité de _Testamens_ grecs, que je tâcherai de distribuer convenablement. Les Grecs prétendent que la traduction n'est pas correcte, qu'elle n'est pas en bon romaïque: Bambas peut décider ce point. Je suis en train d'essayer de rendre le clergé favorable à la distribution; car (si l'on n'avait égard à ce corps) il pourrait s'opposer à la distribution, ou en neutraliser l'effet, vu son pouvoir sur le peuple. M. Brownbill est parti pour les îles ioniennes; il a craint pour sa vie (non pas, toutefois, de la part des prêtres), et apparemment il a mieux aimé être saint que martyr, quoique ses appréhensions fussent probablement très-peu fondées. Tous les ouvriers anglais l'ont accompagné, se croyant en danger à cause de quelques troubles qui ont éclaté ici, et qui se sont apaisés en apparence.

J'ai été interrompu par la visite de P. Mavrocordato et d'autres personnes, pendant que j'écrivais cette lettre, et je suis obligé de la clorre à la hâte, car on m'annonce que le paquebot est prêt à mettre à la voile. Votre future convertie, Hato ou Hatagée, me paraît vive et intelligente; elle promet, et a un air tout-à-fait intéressant. Quant à ses dispositions, je ne puis en dire que peu de chose; mais Millingen, qui a chez lui la mère (femme d'un âge mûr et d'un excellent caractère), en qualité de domestique (quoique la famille ait été dans une bonne position sociale avant la révolution), parle fort bien de cette femme et de sa fille, et l'on peut compter sur son dire. Pour moi, je n'ai vu l'enfant que peu de fois avec sa mère, et ce que j'en ai vu est favorable; sinon, je n'eusse pas conçu tant d'intérêt pour elle. Si elle tourne à bien, j'ai idée de l'envoyer à ma fille en Angleterre (ou en Italie, auprès de personnes respectables), et de la mettre à même de vivre en bonne réputation, soit dans le célibat, soit mariée, si elle arrive à la maturité. Je réglerai les arrangemens relatifs à ses dépenses par l'intermède de MM. Barff et Hancock, et je laisse le reste à votre discrétion et à celle de Mrs. Kennedy, avec une profonde reconnaissance de l'obligeance avec laquelle vous vous chargez de la surveillance temporaire de cette jeune fille.

»Relativement aux affaires publiques, j'ai peu de chose à ajouter à ce que vous aurez déjà appris. Nous allons aussi bien que possible, avec l'espérance et la ferme volonté de mieux faire. Croyez-moi,

»Pour toujours et sincèrement, etc.»

LETTRE DL.

A M. BARFF.

5 mars 1824.

«Si Sisseni[59] est sincère, on traitera avec lui, et sur des bases avantageuses; s'il ne l'est pas, tombent sur lui le péché et la honte. C'est un important objet que de guérir pour l'avenir ces dissentions intérieures, sans exiger un trop rigoureux compte du passé. Le prince Mavrocordato est de cette opinion; et quiconque est disposé à agir loyalement, rencontrera la même loyauté. J'ai entendu _beaucoup_ parler de Sisseni, mais non pas en bien, _beaucoup_ s'en faut; mais je ne juge jamais sur ouï-dire, surtout dans une révolution. Personnellement, je lui dois quelque reconnaissance; car il a été très-hospitalier envers tous ceux de mes amis qui ont passé par son district. Vous pouvez donc lui assurer que toute ouverture pour l'avantage et pour la pacification intérieure de la Grèce, sera ici promptement et sincèrement accueillie. J'ai peine à croire qu'il eût hasardé de me faire une proposition trompeuse par votre intermède. En tout cas, la fin de ces dissentions est un point si important, qu'il faut bien risquer quelque chose pour les guérir.»

[Note 59: Ce Sisseni, qui était le _capitano_ du riche district de Gastouni, et qui avait quelque tems méconnu l'autorité du gouvernement grec, faisait alors des ouvertures de conciliation, par l'intermède de M. Barff. Lord Byron demandait que Sisseni, pour preuve de sa sincérité, remît entre les mains du gouvernement la forteresse de Chiarenza. (_Note de Moore_.)]

LETTRE DLI.

A M. BARFF.

10 mars 1824.

«Je vous envoie ci-joint une réponse à la lettre de M. Parruca, et j'espère que vous lui assurerez de ma part que j'ai fait et fais encore tout ce que je puis pour réunir les Grecs avec les Grecs.

»Je vous suis extrêmement obligé pour l'offre bienveillante de votre maison de campagne (comme pour toutes vos autres bontés), au cas que ma santé me force de partir; mais je ne peux quitter la Grèce, tant qu'il me reste une chance d'être utile (même par pure supposition):--il y a un enjeu qui vaut des millions d'hommes tels que moi; et tant que je pourrai tenir ferme, je tiendrai ferme pour la grande cause. En disant cela, je n'ignore pas les difficultés qui résultent des dissentions et des défauts des Grecs eux-mêmes, mais les gens raisonnables doivent avoir de l'indulgence pour eux.

»La presque totalité, au moins les neuf dixièmes, de mes dépenses ont ici consisté en avances faites aux Grecs, ou dans leur intérêt[60], et pour objets relatifs à leur indépendance.»

[Note 60: «A cette époque (14 février), dit M. Parry, qui tenait les comptes de sa seigneurie, «les dépenses de Lord Byron pour la cause grecque montèrent au moins à deux mille dollars par semaine, en rations seulement.» Il dit ailleurs: «Les Grecs semblaient croire qu'il était une mine dont ils pourraient tirer l'or à plaisir. Une personne représenta qu'un secours de 20,000 dollars empêcherait l'île de Candie de tomber entre les mains du pacha d'Égypte; et n'ayant pas cette somme disponible, Lord Byron donna à cette personne l'autorisation de se la procurer, s'il était possible, dans les îles ioniennes, en garantissant lui-même le remboursement. Je crois que cette personne ne put réussir.» (_Note de Moore_.)]

La lettre de Parruca, dont il est question dans la précédente, pressait instamment Lord Byron de se présenter dans le Péloponèse, où, disait-on, son influence amènerait à coup sûr l'union de tous les partis. En vérité, la confiance, inspirée par ce noble allié, était si générale, que tous les chefs de parti semblent l'avoir regardé comme le seul point de ralliement autour duquel il y eût la plus légère chance de concentrer leurs divers intérêts. Une invitation encore plus flatteuse et plus authentique lui parvint bientôt après, par un message exprès, de la part de Colocotroni, qui proposait une assemblée nationale, où sa seigneurie agirait en qualité de médiateur, et qui s'engageait, lui et ses partisans, à se conformer au résultat. Lord Byron y fit une réponse semblable à celle qu'il adressa à Parruca, et qui était conçue dans les termes suivans:

LETTRE DLII.

AU SIEUR PARRUCA.

10 mars 1824.

MONSIEUR,

«J'ai l'honneur de répondre à votre lettre. Mon premier désir a toujours été d'amener les Grecs à s'entendre entre eux. Je viens ici sur l'invitation du gouvernement grec, et je ne pense pas que je doive abandonner la Romélie pour le Péloponèse sans la volonté du gouvernement; d'autant plus que cette contrée est plus exposée aux attaques de l'ennemi. Néanmoins, si ma présence peut réellement être de quelque secours pour unir deux partis ou même plus, je suis prêt à me rendre où l'on voudra, soit comme médiateur, soit même, s'il est nécessaire, comme ôtage. En cette affaire, je n'ai aucune vue personnelle, ni aucune répugnance personnelle pour qui que ce soit, mais j'ai le sincère désir de mériter le nom d'ami de votre patrie et de ses enfans.

»J'ai l'honneur etc.»

LETTRE DLIII.

A M. CHARLES HANCOCK.

Missolonghi, 10 mars 1824.

MONSIEUR,

«J'envoyai par M. J. M. Hodge une lettre-de-change tirée sur signor C. Jerostatti pour la valeur de trois cent quatre-vingt-six livres sterling, au compte de l'honorable comité grec, pour le service de cette place. Mais le comte Delladecima ne voulant pas envoyer plus de deux cents dollars avant d'avoir reçu les instructions de C. Jerostatti, je suis donc obligé d'avancer cette somme pour prévenir la suspension du service du laboratoire dans cette place.

»Je vous prie de communiquer cette affaire au comte Delladecima, qui a la lettre-de-change et tous les comptes. Tâchez, de concert avec M. Barff, d'arranger cette affaire d'argent; et, sitôt que vous aurez reçu la somme, veuillez la faire passer à Missolonghi.

»Je suis, monsieur, tout à vous sincèrement.

»Ce qui précède a été écrit par le capitaine Parry; mais je vois que je dois continuer moi-même la lettre. Je ne comprends que peu ou même pas du tout l'affaire, sinon que, comme la plupart des affaires d'ici, elle s'arrêtera si l'on n'avance pas d'argent, et il y en a fort peu de disponible ici. Ainsi, je dois courir la chance, comme à l'ordinaire.

»Vous verrez ce qu'on pourra obtenir de Delladecima et de Jerostatti, et me ferez passer la somme, afin que nous puissions avoir quelque repos; car le comité a tant soit peu embrouillé ses affaires, ou choisi des correspondans grecs plus grecs que les Grecs eux-mêmes n'ont coutume de l'être.

»Tout à vous à jamais,

N. BYRON.

»_P. S._ Mille remercîmens à Muir pour son chou-fleur, le plus beau que j'aie jamais vu ou goûté, et le plus gros, je crois, qui soit sorti du paradis ou d'Écosse. J'ai écrit au docteur Kennedy, pour le tranquilliser au sujet du journal (dans lequel je ne suis point engagé comme rédacteur, veuillez le lui dire). J'ai dit aux sots qui conduisent l'entreprise, que leur devise leur jouerait un tour du diable; mais, à l'instar de tous les charlatans, ils y ont persisté. Gamba, qui n'est rien moins qu'heureux, s'est mis là-dedans; et, comme d'ordinaire, dès ce moment, les choses ont mal tourné[61]. Ça ira peut-être mieux, avec le tems. Mais j'écris à la hâte, et je n'ai que le tems de dire, avant que le paquebot mette à la voile, que je suis toujours

»Tout à vous,

N. B.

»_P. S._ M. Findlay est ici, et a reçu son argent.»

[Note 61: Il avait l'idée que le comte Gamba était destiné à être malheureux;--qu'il était un de ces hommes qui, nés sous une mauvaise étoile, gâtent toutes les affaires où ils se mêlent. En parlant de ce journal à Parry, il dit: «J'y ai souscrit pour me délivrer des importunités, et peut-être pour préserver Gamba d'un malheur. En tout cas, c'est la chose la moins importante qu'il puisse gâter.» (_Note de Moore_.)]

LETTRE DLIV.

AU DOCTEUR KENNEDY.

Missolonghi, 10 mars 1824.

CHER DOCTEUR,

«Vous ne pourriez désapprouver la devise du _Télégraphe_ plus que je ne fais moi-même; mais c'est ici la terre de liberté, où la plupart des gens font ce qu'il leur plaît, et non ce qu'ils devraient faire.

»Je n'ai rien écrit, et n'ai aucune disposition à écrire, pour ce journal ou pour tout autre; mais j'ai conseillé, à plusieurs reprises, de changer la devise et le style. Toutefois, je ne pense pas que le journal prenne une couleur d'irréligion ou de nivellement universel, et les rédacteurs promettent d'avoir le respect convenable pour les églises et pour les choses établies.

»Si Bambas voulait écrire pour la _Chronique grecque_, il serait payé pour ses articles.

»Il y a un léger retard pour le départ de Hato, sa mère désirant aller avec elle, ce qui est fort naturel, et ce que je n'ai pas le cœur de lui refuser; car Mahomet lui-même établit en loi que, dans le partage des captifs, l'enfant ne serait jamais séparé de la mère. Mais ceci peut faire une différence dans l'arrangement, quoique la pauvre femme, qui a perdu la moitié de sa famille dans la guerre, soit, comme je l'ai déjà dit, d'un caractère excellent et d'un âge mûr, qui la met à l'abri de tout soupçon. Elle a, ce semble, appris que son mari n'est plus à Prevesa. J'ai confié vos _Bibles_ au docteur Meyer, et j'espère que ledit docteur justifiera votre confiance; néanmoins, j'aurai l'œil sur lui. Vous pouvez compter que j'agirai comme M. Wilberforce lui-même agirait, et toute autre commission pour le bien de la Grèce rencontrera même attention de ma part.

»J'essaie maintenant, avec quelque espérance de succès, de réunir les Grecs, attendu que les Turcs vont arriver en force, et bientôt. Nous les rencontrerons où faire se pourra, et nous nous battrons comme nous pourrons.

»Je suis heureux de savoir que votre école prospère, et je vous assure que vos bons souhaits rencontrent de ma part une juste réciproque. Le tems est si besu, que je ne me fais pas faute d'un exercice modéré à cheval ou sur mer, et je veux bien croire que ma santé n'est pas pire que lorsque vous m'écrivîtes votre obligeante lettre. Le docteur Bruno peut vous dire que je suis votre régime, et même un régime plus sévère; car je m'abstiens de toute espèce de viande, même de poisson.

»Croyez-moi toujours, etc.

»_P. S._ Les ouvriers (au nombre de six) sont tous dans la même intention. Peut-être sont-ils moins blâmables qu'on ne l'imagine, puisque le colonel Stanhope leur a dit «qu'il ne pouvait positivement affirmer que leurs vies fussent en sûreté.» Je voudrais savoir où notre vie est en sûreté. Il est vrai de dire qu'on ne peut trouver en Grèce un lieu où l'on jouit d'une sûreté aussi hermétiquement scellée que ces gens-là ont paru le désirer; mais Missolonghi était le lieu où l'on supposait qu'ils pussent être utiles, et leur danger n'était pas plus grand que celui de tant d'autres.»

LETTRE DLV.

AU COLONEL STANHOPE.

Missolonghi, 19 mars 1824.

MON CHER STANHOPE,

«Le prince Mavrocordato et moi, nous irons à Salona pour nous aboucher avec Ulysse, et vous pouvez être sûr que le prince acceptera toute proposition avantageuse à la Grèce. C'est à Parry à répondre pour ses articles[62]. Si j'intervenais dans son affaire, ce serait arrêter tous ses travaux; il fait réellement tout ce qu'on peut faire sans recevoir plus d'aide du gouvernement.

»Ce qui pourra être épargné sera envoyé; mais je vous renvoie au rapport du capitaine Humphries et à la lettre du comte Gamba, pour les détails en toute matière.

»Dans l'espérance de vous voir bientôt, je diffère de vous dire beaucoup de choses jusqu'à ce moment, et je vous prie de me croire toujours, etc.

»_P. S._ Les deux lettres que vous m'avez écrites sont envoyées à M. Barff, comme vous désirez. Rappelez-moi particulièrement, je vous prie, à Trelawney, que je serai charmé de revoir.»

[Note 62: Le colonel Stanhope, sur les instances d'Odyssée (ou Ulysse), avait écrit pour demander que quelques munitions du laboratoire de Missolonghi fussent envoyées à Athènes. Mais ni le prince Mavrocordato, ni Lord Byron ne jugèrent qu'il fût prudent d'affaiblir leurs moyens de défendre Missolonghi, et ils n'envoyèrent que quelques barils de poudre. (_Note de Moore_.)]

LETTRE DLVI.

A M. BARFF.

19 mars.

«Comme le comte Mercati craint de recevoir une réponse directe et personnelle sur les affaires de la Grèce, c'est à vous que je réponds (comme vous m'y avez autorisé), et vous aurez la bonté de lui communiquer la pièce ci-jointe. C'est la réponse du prince Mavrocordato et la mienne aux propositions de signor Georgio Sisseni. Vous pourrez lui dire en sus, à lui ainsi qu'à Parruca, que je désire, avec une parfaite sincérité, la plus amicale terminaison des dissentions intestines, et que je crois le prince Mavrocordato animé du même sentiment: sinon, je n'agirais point de concert avec lui, pas plus qu'avec tout autre, soit grec, soit étranger.

»Si lord Guilford est à Zante, ou s'il n'y est pas, et que le signor Tricupi y soit, vous m'obligerez beaucoup en présentant mes respects à tous deux, ou à l'un des deux seulement, et en leur disant que dès l'abord j'ai prédit au colonel Stanhope et au prince Mavrocordato qu'un journal grec (ou tout autre journal), dans l'état actuel de la Grèce, produirait probablement beaucoup de mal et de désaccord, à moins qu'on n'imposât quelques restrictions. Je ne me suis jamais mêlé de la rédaction, et n'ai pris part à l'entreprise que par une contribution pécuniaire que je n'ai pu refuser aux instantes prières des fondateurs. Le colonel Stanhope et moi, trous eûmes de grands différends à ce sujet; et (ce qui paraîtra assez ridicule) il m'accusa de principes despotiques, et moi je l'accusai d'ultra-radicalisme.

»Le docteur ***, éditeur du journal, avec sa liberté illimitée de la presse, a la liberté d'exercer un pouvoir discrétionnaire sans bornes,--il ne laisse point paraître d'autres articles que les siens et ceux qui leur ressemblent;--et tout en déclamant contre les restrictions, il coupe, taille et restreint (dit-on) suivant son bon plaisir. Il est l'auteur d'un article contre la monarchie;--mais les rédacteurs se mettront dans l'embarras, s'ils n'y prennent garde.

»De tous les petits tyrans, il est un des plus petits que j'aie jamais connus, comme sont la plupart des démagogues. Il est Suisse de naissance, et Grec par adoption, s'étant marié en Grèce et ayant changé de religion.

»Je verrai avec grande joie et je désire impatiemment le succès des dernières ouvertures pacifiques des partis du Péloponèse.»

LETTRE DLVII.

A M. BARFF.

22 mars.

«Si les députés grecs (comme cela semble probable) ont obtenu l'emprunt, les sommes que j'ai avancées me seront peut-être rendues; mais il n'y aurait pas grande différence, puisque je dépenserais toujours cet argent pour la cause grecque; et d'une manière plus profitable;--j'espère que ce serait pour quelque chose de mieux que de payer les arrérages des flottes qui fuient à toutes voiles, et des Souliotes qui ne veulent pas marcher; à quoi, dit-on, tout ce que j'ai avancé jusqu'à présent, a été employé. Mais ce n'est pas mon affaire, mais celle des hommes qui avaient le gouvernement des affaires publiques, et je ne pouvais décemment leur dire: «Vous ferez ceci et cela parce que, etc., etc.»

»Dans quelques jours le prince Mavrocordato et moi, nous avons l'intention de nous rendre, avec une escorte considérable, à Salona, à la prière d'Ulysse et des chefs de la Grèce orientale, afin de combiner des mesures offensives et défensives pour la campagne prochaine. Mavrocordato est _presque_ rappelé par le _nouveau_ gouvernement en Morée (pour prendre le timon, je pense), et on m'a écrit pour me proposer, ou d'aller en Morée avec lui, ou de prendre la direction générale des affaires dans cette contrée-ci,--avec le général Londo et tous ceux que je choisirai pour former un conseil. A. Londo est mon vieil ami depuis que nous fûmes ensemble en Grèce dans notre jeune âge. Il serait difficile de faire une réponse positive avant l'entrevue de Salona[63], mais je suis disposé à servir les Grecs en telle qualité qu'il leur plaira, comme commandant ou commandé;--cela m'est tout un, tant que je serai présumé être de quelque utilité.

[Note 63: A cette offre que le gouvernement lui fit de le nommer gouverneur-général de la Grèce (c'est-à-dire de la partie affranchie du continent, à l'exception de la Morée et des îles), il répondit que: «il allait d'abord à Salona, et qu'ensuite il serait aux ordres du gouvernement; qu'il ne ferait pas difficulté d'accepter quelque fonction que ce fût, pourvu qu'il fût convaincu qu'il en dût résulter quelque bien.» (_Note de Moore_.)]

»Excusez-moi si je me hâte; il est tard, et j'ai été plusieurs heures à cheval dans un pays si bourbeux après les pluies, que de cinquante en cinquante toises vous rencontrez un fossé, dont la profondeur, la largeur, la couleur et le contenu ont laissé maintes traces sur mes chevaux et leurs cavaliers.»

LETTRE DLVIII.

A M. BARFF.

26 mars.

«Depuis votre avis relatif à l'emprunt grec, le prince Mavrocordato m'a montré un extrait de sa correspondance particulière, d'où il paraîtrait que trois commissaires doivent être nommés pour veiller à ce que la somme soit placée en mains convenables pour le service du pays, et que je suis désigné dans ce nombre. Mais ce n'est encore qu'une nouvelle.

»Cette commission est apparemment nommée par le comité ou par les parties contractantes en Angleterre. Je suis d'avis qu'une telle commission sera nécessaire, mais l'office sera délicat et difficile. Le tems, qui dernièrement a été équinoxial, a inondé le pays, et notre voyage à Salona sera probablement retardé de quelques jours, jusqu'à ce que la route devienne soit plus praticable.

»Vous étiez déjà averti que le prince Mavrocordato et moi avions été invités à une conférence par Ulysse et par les chefs de la Grèce orientale. J'apprends (et je suis même consulté là-dessus) qu'en cas que la première partie de l'emprunt n'arrive pas immédiatement, le gouvernement grec veut essayer de lever intérimairement dans les îles quelques milliers de dollars, qui seront payés à l'arrivée des premiers fonds. Avec quelle perspective de succès? et à quelles conditions? vous pouvez en parler plus savamment que moi. Faites-nous connaître votre opinion. Il y a une nécessité impérieuse d'avoir un trésor national, et cela promptement; autrement, que peut-on faire? Le corps auxiliaire d'environ deux cents hommes à ma solde, est, je crois, le seul qui soit régulièrement payé par semaine pour les soldats, et par mois pour les officiers. Il est vrai que le gouvernement grec donne les rations de vivres, mais nous avons eu trois révoltes, dues à la mauvaise qualité du pain, que ni Grecs, ni étrangers (pas même les chiens), ne pouvaient manger, et il y a encore une grande difficulté à obtenir les provisions.

»Il y a dissention parmi les Allemands, concernant la conduite des agens de leur comité, et ils ont établi un examen entre eux. On ne peut prévoir le résultat, si ce n'est que l'affaire se terminera sans doute par une émeute, comme d'ordinaire.

»Les Anglais vivent très-amicalement; nous ne cadrons pas mal non plus avec les Grecs, en leur accordant toujours l'indulgence due à leur situation; et nous n'avons point de querelles avec les étrangers.»

* * * * *

Durant le mois de mars, il n'y eut, outre ce qui est mentionné dans les lettres précédentes, que peu d'événemens dignes d'être exposés longuement et en détail. Après que le projet d'attaque contre Lépante eut échoué, les deux grands objets des pensées journalières de Lord Byron furent la réparation des fortifications de Missolonghi[64], et la formation d'une brigade;--d'abord, en vue des mesures défensives qui paraissaient probablement devoir être les seules à prendre durant la présente campagne; puis, en préparation de ces entreprises plus actives qu'il se flattait de conduire durant la prochaine. «Il attendait (dit M. Parry), pour le rétablissement de sa santé, le retour de la belle saison et le commencement de la campagne, lorsqu'il proposa de tenir la campagne à la tête de sa brigade, et des troupes que le gouvernement de la Grèce devait mettre sous ses ordres.»

[Note 64: Le zèle généreux avec lequel il s'appliqua à cet important objet sera révélé par le document suivant: «Lorsque je rapportai à Lord Byron ce que je croyais possible de faire, il m'ordonna de dresser un plan pour la réparation complète des fortifications, et de l'accompagner d'un devis. Il fut convenu que je ne porterais dans le devis qu'un tiers de la dépense réelle; et si ce tiers pouvait être obtenu des magistrats, Lord Byron s'engageait à payer secrètement le reste. (_Note de Moore_.)]

Avec cette ingratitude qui suit trop souvent les actions désintéressées, on a quelquefois ironiquement remarqué,--et cela dans des journaux d'où l'on aurait pu attendre un jugement plus généreux[65], qu'après tout, Lord Byron n'avait fait que peu de chose pour la Grèce;--comme si un seul individu pouvait faire beaucoup pour une cause qui, soutenue presque sans relâche par la voie des armes encore six ans après la mort de Byron, n'a demandé rien moins que l'intervention de toutes les grandes puissances d'Europe pour avoir une chance de succès, et même avec cela n'a pas encore triomphé. Je crois avoir clairement montré que Byron lui-même ne se fit aucune illusion sur l'importance de son assistance isolée,--qu'il savait que dans une semblable lutte il faut, pour un grand résultat, la même prodigalité de moyens que dans ces immenses opérations de la nature, où les individus sont comme zéro dans le cours des événemens,--et que tel était le point de vue, à la fois philosophique et triste, sous lequel il envisageait ses sacrifices. Mais dire que durant ce court période d'action, il n'accomplit pas bien et sagement tout ce qu'un homme pouvait faire dans le tems et avec les circonstances données, c'est énoncer une assertion que les faits mentionnés dans ces mémoires réfutent pleinement et victorieusement. Il savait que dans sa situation, ses mesures, pour être sages, devaient être prévoyantes, et c'est par la nature même des semences qu'il jeta, qu'on doit juger quels fruits en seraient résultés. Réconcilier les chefs militaires avec le gouvernement et entre eux;--communiquer, par son exemple, un esprit d'humanité aux hostilités;--préparer les voies à l'emploi de l'emprunt attendu, de la façon la plus propre à développer les ressources du pays;--mettre les fortifications de Missolonghi en état de soutenir un siége,--prévenir ces violations de la neutralité, qui, si séduisantes pour les Grecs, mettaient leur gouvernement en collision avec les autorités ioniennes[66], et restreindre cette licence de la presse, qui pourrait indisposer les cours européennes:--voilà les importans objets qu'il s'était proposé de remplir, et pour l'accomplissement desquels, dans un si court intervalle, et au milieu de tant de dissentions et d'obstacles, il avait déjà fait de considérables progrès. Mais il serait injuste de clorre même ici le brillant catalogue de ses services. Après tout, ce n'est pas dans le cercle de la vie mortelle que se borne le bien accompli par un nom immortel. Le charme opère sur l'avenir;--c'est un auxiliaire pour tous les tems, et l'exemple entraînant de Byron, comme martyr de la liberté, est pour jamais embaumé dans sa gloire de poète.

[Note 65: Voir les articles du _Times_, de la _Foreign Quarterly Review_. (_Note de Moore_.)]

[Note 66: Dans une lettre qu'il adressa à lord Sidney Osborne, et qui en contenait une du prince Mavrocordato à sir T. Maitland, au sujet de ces infractions, il dit: «Vous devez tous savoir combien il est difficile aux Grecs, dans les circonstances actuelles, de maintenir une sévère discipline, quelle que soit leur bonne volonté. Je fais tout ce que je puis pour les convaincre de la nécessité d'observer strictement les réglemens des îles, et, j'espère, avec quelque succès.» (_Note de Moore_.)]

Depuis l'époque de son attaque du mois de février, il avait été de tems en tems indisposé; et, plus d'une fois, il s'était plaint de vertiges qu'il comparait à un état d'ivresse. Il était, de plus, fréquemment affecté de maux de nerfs, de frissons et de tremblemens, qui, bien qu'ils fussent évidemment les effets d'une excessive débilité, étaient attribués par lui à la pléthore. D'après cette idée, il s'était, depuis son arrivée en Grèce, presque entièrement abstenu de nourriture animale, et il ne mangeait guère que du biscuit, des végétaux et du fromage. Tourmenté de cette crainte de devenir gras, qui l'avait obsédé dans son jeune âge, il se mesurait presque chaque matin le tour du poignet et la ceinture, et toutes les fois qu'il croyait apercevoir un surcroît de dimension, il prenait une forte dose de médecine.

Ses amis de Céphalonie avaient, comme nous l'avons vu, tâché de lui persuader de revenir sans délai dans cette île, et de pourvoir, lorsqu'il en était encore tems, au rétablissement de sa santé. «Mais ces conseils (dit le comte Gamba) produisaient justement l'effet contraire; car plus Byron croyait sa position périlleuse, plus il était déterminé à rester où il était.» Au milieu de toutes ces circonstances, le penchant naturel de son esprit en société ne le quittait pas; et quand il trouvait l'occasion de jouer un tour d'écolier à l'un de ses compagnons, il était aussi disposé que jamais à en profiter. Son ingénieur Parry ayant été fort alarmé par le tremblement de terre qu'on avait ressenti, et continuant toujours à en appréhender le retour, Lord Byron imagina, un soir qu'il était avec lui et avec d'autres personnes, de faire rouler des barils pleins de boulets dans la pièce de l'étage supérieur, et il rit de tout son cœur, comme il l'eût fait à Harrow-on-the-Hill, de la plaisante impression que cette illusion produisit sur le pauvre ingénieur.

Cependant, chaque jour mettait à l'épreuve sa santé et sa constitution. Les pluies continuelles avaient rendu presque impraticables les marais de Missolonghi.--Le bruit de l'apparition de la peste ayant circulé vers le milieu du mois de mars, il fut prudent de se renfermer chez soi pendant quelque tems; et c'est ainsi que Lord Byron fut privé plusieurs semaines du grand air et de l'exercice........................ .....................................................

En même tems, ses services personnels et pécuniaires étaient réclamés de toutes parts, tandis que les embarras de sa position publique s'accroissaient de jour en jour. Le principal obstacle à l'accomplissement de son plan de réconciliation entre tous les partis avait été la longue rivalité de Mavrocordato et des chefs de la Grèce orientale; et cette difficulté ne fut pas peu augmentée par la conduite du colonel Stanhope et de M. Trelawney, qui, s'étant alliés avec Ulysse, le plus puissant de ces chefs, s'efforçaient activement de détacher Lord Byron de Mavrocordato, et de le faire entrer dans leurs vues. Ce schisme était,--pour ne pas dire plus,--inopportun et malheureux; car, comme le prince Mavrocordato et Lord Byron agissaient alors en complète harmonie avec le gouvernement, la coopération de tous les agens anglais dans le même sens aurait eu l'effet d'assurer la prépondérance à ce parti, qui était celui de tous les intérêts civils et commerciaux de la Grèce, et qui aurait, en fortifiant le pouvoir souverain, offert quelque espoir de vigueur et de consistance dans ses mouvemens. Mais, par cette division, les Anglais perdirent leur influence; et non-seulement ruinèrent la faible chance qu'ils avaient eu d'éteindre les dissensions des Grecs, mais donnèrent, très-mal à propos, un exemple de dissension entre eux.

La visite à Salona, où Mavrocordato, bien qu'il se méfiât du congrès militaire projeté, avait consenti à accompagner Lord Byron, fut, comme on l'a vu dans les lettres précédentes, retardée par les inondations,--la rivière Fidari s'étant accrue au point de n'être plus guéable. Cependant, des dangers, tant intérieurs qu'extérieurs, menaçaient Missolonghi. La flotte turque était de nouveau sortie du golfe, tandis que des mouvemens insurrectionnels, concertés, craignait-on, avec la reprise du blocus, et fomentés, comme on l'a su depuis, par les mécontens de la Morée, se manifestaient d'une façon formidable dans la ville et dans les environs. La première cause d'alarme fut le débarquement d'une troupe de soldats de Cariascachi, venus d'Anatolico en canots, pour demander aux habitans de Missolonghi une rétribution pour une injure faite dernièrement à un homme de leur tribu. On répandait aussi le bruit que trois cents Souliotes marchaient sur la ville; et le lendemain matin, on reçut la nouvelle qu'une bande de ces farouches guerriers s'était emparée de Basiladi, forteresse qui commande le port de Missolonghi, tandis que les soldats de Cariascachi avaient, pendant la nuit, arrêté deux primats, et les avaient emmenés à Anatolico. Cette nouvelle causa un tumulte et une indignation universelle. Toutes les boutiques se fermèrent, et les bazars furent abandonnés. «Lord Byron, dit le comte Gamba, ordonna à ses troupes de rester sous les armes, mais de garder la plus stricte neutralité, sans prendre part à aucune querelle, ni en action ni en parole.»

Durant cette crise, le tems était devenu assez favorable pour lui permettre d'accomplir le projet de visite à Salona. Mais comme en partant dans une telle conjecture, il aurait eu l'air d'abandonner Missolonghi, il résolut d'attendre que le danger fût passé. C'est à cette époque qu'il écrivit les lettres suivantes.

LETTRE DLIX.

A M. BARFF.

3 avril.

«Il y a une querelle, non encore terminée, entre les habitans et quelques hommes de Cariascachi; il y a déjà eu quelques coups d'échangés. Je fais garder à mes gens la neutralité, mais je leur ai commandé de se tenir sur leurs gardes.

»Il y a quelques jours, un soldat italien a été ici dégradé pour cause de vol. Les officiers allemands voulaient le fesser; mais je refusai tout net de permettre l'emploi du bâton ou du fouet, et je livrai le coupable à la justice. Depuis, un officier prussien ayant fait le tapageur dans son logement, je le mis aux arrêts, conformément à l'ordre. Ceci, à ce qu'il paraît, ne plut pas à ses confrères de la confédération germanique; mais je me tins à cheval sur mon texte, et je donnai à entendre que ceux qui ne sont pas résolus à se soumettre aux lois du pays et du service n'ont qu'à se retirer: mais que dans tout ce que j'ai à faire, je veux voir étrangers et nationaux y obéir.

»Je désire qu'on ait quelque nouvelle de l'arrivée d'une partie de l'emprunt, car nous manquons de tout à présent.»

LETTRE DLX.

A M. BARFF.

6 avril.

«Depuis ma dernière lettre, nous avons eu ici quelque tumulte entre les habitans et les gens de Cariascachi, et tout le monde est sous les armes. Peu s'en est fallu qu'on ne fît feu sur moi et sur cinquante de mes gars[67], par méprise, comme nous faisions notre excursion ordinaire dans la campagne. Aujourd'hui, tout est fini ou apaisé; mais il y a environ une heure, le beau-père de mon hôte (lequel est un des primats) a été arrêté pour haute trahison.

[Note 67: Corps de cinquante Souliotes qu'il avait pris pour sa garde, presque depuis son arrivée à Missolonghi. Une vaste salle en dehors de la maison où Lord Byron logeait était consacrée à cette troupe, et les carabines étaient suspendues le long des murs. «C'est dans cette salle, dit M. Parry, et parmi ces sauvages guerriers, que Lord Byron avait coutume de se promener longuement, surtout quand le tems était humide, avec son chien favori Lion.»

Quand il sortait à cheval, ces cinquante Souliotes le suivaient à pied; et quoiqu'ils fussent chargés de leurs carabines, «ils pouvaient toujours, dit le même auteur, suivre les chevaux. Le capitaine, avec un détachement, précédait sa seigneurie, qui était accompagnée d'un côté par le comte Gamba, et de l'autre par l'interprète grec. Derrière lui, et à cheval, venaient deux de ses domestiques,--généralement son groom noir et Tita,--tous deux habillés comme les chasseurs qu'on voit ordinairement derrière les carrosses des ambassadeurs; puis une autre division de sa garde fermait la cavalcade. (_Note de Moore_.)]

»...............................................

»La dernière échauffourée a eu un bon effet;--elle a mis tout le monde en alerte. Quant au beau-père de mon hôte, je ne sais ce qu'on en fera, ni même très-exactement ce qu'il a fait[68]......

«Je vous écrivis il y a quelques jours assez longuement sur les affaires. Vous recevrez ma lettre ou mes lettres avec celle-ci. Nous désirons entendre plus de nouvelles de l'emprunt; et il y a déjà quelque tems que je n'ai reçu de lettres d'Angleterre (d'un intérêt important, veux-je dire). Excepté une lettre de Bowring, du 4 février (sans importance aucune), mes dernières sont datées de novembre ou du 6 décembre, il y a juste quatre mois. J'espère que vous allez bien dans les Iles. Ici, la plupart d'entre nous, tant natifs du pays qu'étrangers, nous sommes ou avons été plus ou moins indisposés.

[Note 68: Cet homme, en venant de Joannina, avait passé par Anatolico, et tenu plusieurs conférences avec Cariascachi. Il avait été long-tems soupçonné d'être un espion, et les lettres trouvées sur lui confirmèrent le soupçon. (_Note de Moore_.)]

LETTRE DLXI.

A M. BARFF.

7 avril.

»Le gouvernement grec m'a obsédé pour avoir encore de l'argent[69]. Comme j'ai la brigade à entretenir, et que la campagne est évidemment sur le point de s'ouvrir, comme j'ai déjà dépensé dans la cause grecque 50,000 dollars en trois mois, d'une façon ou d'une autre, et surtout comme l'emprunt a réussi, j'ai refusé;--et comme on ne s'en est pas tenu au premier refus,--j'en ai fait un second en termes exprès et sincères.

[Note 69: En conséquence de l'attaque séditieuse des gens de Cariascachi, la plupart des chefs voisins accoururent au secours du gouvernement, et ils avaient déjà, dans cette vue, marché sur Anatolico, au nombre d'environ deux mille hommes. Mais, quoique ce renfort arrivât à propos, il fut cause d'un nouvel embarras, vu qu'on manquait absolument de provisions pour l'entretien journalier de ces auxiliaires. Ce fut alors que le gouverneur, les primats et les chefs eurent recours à leur fournisseur ordinaire. (_Note de Moore_.)]

»Le gouvernement désire maintenant essayer de se procurer dans les îles quelques milliers de dollars à compte sur l'emprunt. Si vous êtes à même de le servir, vous le ferez, je crois (par des informations en tous cas); ce sera pour vous une bonne affaire, mais je ne vous _conseille_ rien, sinon d'agir comme il vous plaira. C'est de l'arrivée, et de la prompte arrivée d'une portion de l'emprunt, que dépend presque entièrement le maintien de la paix parmi les Grecs. S'ils ont assez de bon sens pour la maintenir, je crois qu'ils lutteront d'égal à égal, et même avec avantage, contre toutes les forces qu'on peut à présent diriger contre eux. Nous faisons tous de notre mieux.»

* * * * *

On voit par ces lettres qu'outre les grands et principaux intérêts de la cause, suffisans par eux-mêmes pour absorber toutes ses pensées, il rencontrait, de toutes parts dans les détails de son devoir, les obstacles et les distractions les plus variées, que la rapacité, la turbulence et la trahison semaient sur ses pas. De tels tourmens, qui auraient fatigué la plus robuste santé, tombaient sur une organisation déjà destinée à la mort; et nous ne pouvons nous empêcher de dire, en contemplant cette dernière scène de la vie de Lord Byron, que, si elle offre beaucoup de circonstances admirables, étonnantes et glorieuses, il y en a aussi beaucoup qui éveillent les plus tristes et les plus noires pensées. Dans une situation qui, plus que toute autre, avait besoin de sympathie et de soins, nous le voyons jeté au milieu d'étrangers et de mercenaires, sans garde-malade et sans ami:--car le premier office réclamait le recueillement d'une femme, et nous n'en verrons pas une, et d'autre part, le second office ne pouvait point du tout être rempli par la jeunesse et par l'inexpérience du comte Gamba. La fermeté même, avec laquelle une position si isolée et si décourageante fut pourtant supportée, sert, en nous intéressant plus profondément à l'homme, à accroître notre sympathie, au point d'oublier peu s'en faut, l'admiration dans la pitié, et de regretter que le noble poète ait été grand à tel prix.

Les seules circonstances qui lui avaient dernièrement causé quelque plaisir étaient, en ce qui touchait les affaires publiques, la nouvelle de l'heureux succès de l'emprunt, et, sous le rapport de ses relations personnelles, les avis favorables qu'il avait reçus, après une longue interruption de communication, sur le compte de sa sœur et de sa fille. Il apprit que la première avait été sérieusement indisposée à l'époque où lui-même avait été pris de convulsion, mais qu'elle était tout-à-fait rétablie. Tout charmé qu'il était de cette nouvelle, il ne put s'empêcher de remarquer, avec son penchant ordinaire à ces sentimens superstitieux, combien la coïncidence était étrange et frappante.

Pour ceux qui ont suivi dans ces mémoires Lord Byron depuis son enfance, il doit être, je pense, manifeste qu'il n'était pas né pour vivre long-tems. Soit par un défaut héréditaire de son organisation,--comme il l'inférait lui-même de l'âge peu avancé où son père et sa mère étaient morts,--soit par suite de ces moyens violens qu'il employa de si bonne heure pour combattre la tendance naturelle de sa constitution, et se réduire à un état de maigreur, il était, comme nous avons vu, presque annuellement sujet à des indisposition qui, plus d'une fois, mirent sérieusement sa vie en danger. La bizarre méthode qu'il suivit toujours dans sa diète,--les longs jeûnes, les excès auxquels il se livra parfois dans la nourriture la plus malsaine, et, durant les derniers tems de sa résidence en Italie, l'abus des boissons spiritueuses:--tout cela, dis-je, ne put que nuire à sa santé et la miner peu à peu, tandis que les médecines auxquelles il avait constamment recours--journellement, il paraît, et en larges doses,--démontraient, et sans aucun doute, accroissaient le trouble de sa digestion. Quand à ces causes l'on ajoute cette immense perte d'esprits et de forces, produite par la lente corrosion de la sensibilité, par le combat des passions, et par les travaux d'une intelligence qui ne se permettait pas un septième jour de repos, on ne s'étonne plus que le principe vital se soit sitôt épuisé, et qu'à l'âge de trente-trois ans, Byron, comme il le dit lui-même énergiquement, se soit senti vieux. Toutes ses forces physiques et morales furent sacrifiées pour nourrir la flamme dévorante de son génie,--pour présenter aux yeux du monde cette sublime et ruineuse conflagration, dans laquelle,

Resplendissante, comme un palais en flammes, Sa gloire, durant son éclat même, ne fit que le ruiner[70].

Ce fut le jour même où, comme je l'ai dit, il reçut l'avis du rétablissement de sa sœur, qu'après avoir été depuis trois ou quatre jours privé d'exercice par les pluies, il résolut, quoique le tems fût encore très-incertain, de sortir à cheval. A trois milles de Missolonghi, le comte Gamba et lui, furent surpris par une violente averse, et ils arrivèrent aux portes de la ville, mouillés jusqu'aux os et dans un état de violente transpiration. C'était leur coutume ordinaire que de descendre de cheval aux portes de la ville, et de retourner au logis dans une barque. Mais, ce jour-là, le comte Gamba, représentant à Lord Byron combien il serait dangereux, dans cet état de transpiration, de rester si long-tems assis dans une barque par une pluie battante, le supplia de continuer à cheval le reste du trajet. Mais Lord Byron n'y consentit pas, et dit en souriant: «Je ferais, en vérité, un joli soldat, si je m'inquiétais d'une semblable bagatelle!» Les deux cavaliers mirent donc pied à terre et entrèrent dans la barque comme à l'ordinaire.

[Note 70:

Glittering, like a palace set on fire, His glory, while it shone, but ruin'd him! (_Beaumont and Fletcher_.)]

Environ deux heures après être rentré chez lui, Lord Byron fut saisi d'un frisson, et se plaignit de fièvre et de rhume. «A huit heures du soir, (dit le comte Gamba), j'entrai dans sa chambre. Il était couché sur un sofa, immobile et triste. Il me dit: Je souffre beaucoup. Peu m'importe de mourir, mais je ne puis supporter ces souffrances.»

Le lendemain, il se leva à son heure ordinaire,--fit des affaires, et même put faire sa promenade à cheval dans les bois d'oliviers, accompagné, comme de coutume, par sa longue escorte de Souliotes. Il se plaignit cependant de frissons continuels, et n'eut pas d'appétit. A son retour, il dit à Fletcher que sa selle, à son avis, n'était pas parfaitement sèche depuis la pluie de la veille, et qu'il s'était senti incommodé de cette humidité. Ce fut la dernière fois qu'il franchit vivant le seuil de la maison. Le soir, M. Finlay et M. Millingen vinrent le voir, «Il fut d'abord (dit ce dernier) plus gai que de coutume; mais soudain il devint mélancolique.»

Le 11 au soir, sa fièvre, qui fut déclarée fièvre de rhume, augmenta d'intensité; et le 12, il garda le lit toute la journée, sans pouvoir dormir, et sans prendre la moindre nourriture. Les deux jours suivans, quoique la fièvre eût évidemment diminué, il devint encore plus faible, et éprouva de grands maux de tête.

Ce ne fut que le 14 avril, que son médecin, le docteur Bruno, voyant l'insuccès des sudorifiques qu'on avait employés jusqu'alors, commença à insinuer à son patient que la saignée était nécessaire. Mais Lord Byron ne voulut pas en entendre parler. Évidemment il n'avait que peu de confiance en son médecin, et d'après les échantillons d'intelligence que ce jeune homme a depuis donnés au monde, il est en vérité déplorable,--qu'une vie si précieuse ait été confiée à des mains si ordinaires: «Ce fut ce jour même, je crois, dit le comte Gamba, qu'il me dit, comme j'étais assis près de lui sur son sofa: «Je craignais d'avoir perdu la mémoire, et, afin de l'éprouver, j'ai essayé de répéter quelques vers latins avec la traduction anglaise, que je n'avais point tenté de me rappeler depuis que j'étais sorti de l'école. Je me les suis tous rappelés, sauf le dernier mot d'un de ces hexamètres.»

Le fidèle Fletcher semble avoir été frappé de l'idée que la vie son maître était en danger, quelques jours avant le comte Gamba et le médecin lui-même. Suivant le rapport du jeune comte, Lord Byron soupçonnait si peu ce danger, qu'il disait même être «presque content de cette fièvre, propre peut-être à le guérir de sa disposition à l'épilepsie.» Toutefois, il paraît qu'il avait communiqué plus d'une fois à Fletcher ses doutes sur la nature de sa maladie, qu'il ne croyait pas si légère que la médecin semblait le supposer; et sur les instances réitérées de son domestique, qui le pressait de faire appeler le docteur Thomas de Zante, il ne s'opposa plus à cette démarche, quoique, par égard pour le docteur Bruno et M. Millingen, il renvoyât encore Fletcher à l'avis de ces messieurs. Quelque avantageuse qu'eût pu être cette mesure, le tems la rendait alors totalement impossible,--car un ouragan terrible empêchait qu'aucun navire ne sortît du port. La pluie tombait aussi par torrens, et entre un sol inondé et une mer soulevée par le sirocco, Missolonghi était, pour le moment, une prison pestilentielle.

Dans cette conjoncture, M. Millingen fut, pour la première fois, suivant son rapport, invité à visiter Lord Byron en sa qualité de médecin,--sa visite du 10 ayant été, dit-il, si peu médicale, qu'il n'avait même pas tâté alors le pouls de sa seigneurie. Il fut alors appelé, et plutôt, ce semble, par Fletcher que par le docteur Bruno, afin qu'il joignît ses représentations et ses remontrances aux leurs, et qu'il persuadât au patient de se laisser pratiquer une saignée,--opération alors devenue absolument nécessaire, et sur l'utilité de laquelle le docteur Bruno avait insisté vainement depuis deux jours.

Pensant que la douceur était le plus sûr moyen d'agir sur un caractère comme celui de Byron, M. Millingen, comme il nous le raconte lui-même, essaya tous les raisonnemens propres à atteindre son but. Mais ses efforts furent infructueux:--Lord Byron, qui avait alors une irritabilité maladive, répondit avec colère, mais toujours avec son esprit et sa finesse ordinaires, aux observations du médecin. De tous ses préjugés, il déclara que le plus fort était contre la saignée. Sa mère, à son lit de mort, lui avait fait promettre qu'il ne consentirait jamais à être saigné; et quelque argument qu'on pût lui offrir, son aversion, disait-il, était plus forte que la raison. «D'ailleurs, demandait-il, le docteur Reid n'avance-t-il pas, dans ses essais, que la lance est moins meurtrière que la lancette,--ce petit instrument de grands désastres!» Comme M. Millingen lui fit observer que cette remarque était relative au traitement des maladies nerveuses, et non pas des maladies inflammatoires, il répliqua, avec un ton de colère. «Qui est-ce qui est nerveux, si je ne le sais pas? Et ne doit-on pas m'appliquer cet autre passage, où le docteur Reid dit que tirer du sang à un malade nerveux, c'est relâcher les cordes d'un instrument dont les sons baissent déjà faute d'une tension suffisante. Même avant cette maladie, vous savez combien j'étais devenu faible et irritable;--et la saignée, en empirant cet état, me tuera infailliblement. Traitez-moi, d'ailleurs, comme il vous plaira, mais vous ne me saignerez pas. J'ai eu plusieurs fièvres inflammatoires dans ma vie, et à un âge où j'étais plus robuste et plus pléthorique; cependant je m'en suis tiré sans la saignée. Cette fois encore, je veux courir la chance[71].»

Après beaucoup de raisonnemens et d'instances, M. Millingen réussit enfin à obtenir de lui la promesse que s'il sentait sa fièvre redoubler le soir, il laisserait le docteur Bruno le saigner.

Durant ce jour il s'était occupé d'affaires, et avait reçu plusieurs lettres, entre autres une qui lui causa beaucoup de plaisir, de la part du gouverneur turc à qui il avait envoyé les prisonniers délivrés, et qui le remerciait de son humaine intervention, en le priant de persister dans ce système.

[Note 71: Ce fut durant cette conversation ou une autre semblable qu'il aura dit le mot rapporté par le docteur Bruno: «Si mon heure est venue, je mourrai, avec ou sans saignée.» (_Note de Moore_.)]

Le soir, il conversa long-tems avec Parry, qui resta quelques heures au chevet de son lit. «Il se mit sur son séant (dit cet officier), et fut calme et recueilli. Il me parla sur une foule de points relatifs à lui-même ou à sa famille; il me communiqua ses intentions sur la Grèce, son plan de campagne, et ce qu'il ferait définitivement pour le pays. Il me parla de mes propres aventures. Il me parla aussi de la mort avec une grande tranquillité; et quoiqu'il ne crût point sa fin si prochaine, il avait dans son air quelque chose de si sérieux et de si ferme, de si résigné et de si calme, de si différent de tout ce que j'avais jamais aperçu en lui, que mon esprit eut quelques pressentimens de la dissolution imminente du noble Lord.»

En revoyant son malade le lendemain matin de bonne heure, M. Millingen apprit de lui qu'ayant, à son sens, passé, somme toute, une meilleure nuit, il n'avait pas jugé nécessaire de prier le docteur Bruno de le saigner. Pour rendre justice à M. Millingen, je citerai les propres paroles de ce médecin: «Je pensai qu'il était de mon devoir de mettre de côté toute considération pour les sentimens de Lord Byron, et de lui déclarer solennellement combien j'étais affligé de le voir jouer ainsi sa vie, et montrer si peu de résolution. Son refus opiniâtre, lui dis-je, avait déjà fait perdre le tems le plus précieux;--mais il ne restait plus que peu d'heures d'espérance, et, à moins qu'il ne se soumît à la saignée sur-le-champ, nous ne répondions plus des conséquences. Il ne se souciait pas de la vie, il est vrai; mais pouvait-on assurer que s'il ne changeait de résolution, la maladie n'étant point du tout réprimée ne dût finir par désorganiser son économie, au point de le priver pour jamais de la raison?--J'avais enfin touché la corde sensible; et, moitié par ennui de nos importunités, moitié par persuasion, il nous lança à tous deux le plus terrible regard de colère; et, tirant son bras hors du lit, dit d'un ton courroucé: «Allons,--vous êtes, je le vois, une damnée bande de bouchers;--prenez autant de sang qu'il vous plaira, et finissons-en.»

«Nous saisîmes le moment (ajoute M. Millingen), et nous tirâmes environ vingt onces. Le sang, en se coagulant, offrit une couenne épaisse, mais nous n'obtînmes pas un soulagement qui répondît à nos espérances; et durant la nuit, la fièvre devint plus intense qu'elle n'avait été jusque-là. L'agitation s'accrut, et le patient se livra plusieurs fois à des discours incohérens.»

Le lendemain matin, le 17, la saignée fut répétée; car, bien que les symptômes de _rhume_[72] eussent complétement disparu, les signes de l'inflammation cérébrale s'accroissaient d'heure en heure. Le comte Gamba, qui, retenu dans sa chambre par une entorse du coude-pied, n'avait pas vu Lord Byron depuis deux jours, tâcha pourtant de venir le voir. «Sa physionomie, dit-il, éveilla soudain en moi les plus terribles soupçons. Il était fort calme; il me parla de mon accident avec le plus tendre intérêt, mais d'une voix creuse et sépulcrale.--«Soignez votre pied, me dit-il; je sais par expérience combien cela est douloureux.»--Je ne pus rester près de son lit; un torrent de larmes inonda mes yeux, et je fus obligé de me retirer.» En effet, ni le comte Gamba, ni Fletcher ne paraissent avoir été assez maîtres d'eux-mêmes pour faire autre chose que de pleurer durant le reste de cette scène affligeante.

[Note 72: _Rheumatic symptoms_: c'est toujours le mot employé dans le texte. Mais il n'est pas probable que Byron soit mort d'un rhume, sa maladie paraît avoir été une _pleurésie latente_, méconnue faute d'avoir percuté et ausculté la poitrine. (_Note du Trad._)]

Outre la saignée, qui fut répétée deux fois le 17, on jugea à propos d'appliquer des vésicatoires à la plante des pieds. «A l'instant où ils allaient être appliqués, dit M. Millingen, Lord Byron me demanda si, appliqués tous deux à la même jambe, ils ne pouvaient pas remplir le même but. Devinant sur-le-champ le motif de cette question, je lui dis que je les placerais au-dessus des genoux.»--Faites, répondit-il.»

Il est pénible de s'arrêter sur de tels détails,--mais nous approchons du dénoûment. Outre la plupart des diverses misères qui environnent également le lit de mort des plus grands et des plus humbles, il y eut autour de Byron mourant un degré de confusion et de dénûment qui rend doublement douloureuse la contemplation de cette scène. Comme, depuis sa maladie, personne n'avait été investi de l'autorité dans la maison, ni ordre ni repos n'étaient maintenus dans son appartement. La plupart des choses nécessaires dans une telle maladie manquaient; et ceux qui entourèrent le mourant furent, comme le docteur Bruno, démoralisés par un danger qu'ils n'avaient pas prévu, ou, comme l'affectueux Fletcher et le comte Gamba, rendus totalement inutiles par la violence de leur douleur.

«Tout le monde, dit Parry, était animé d'un zèle ardent; mais comme toutes ces personnes ne parlaient point la même langue, et partant ne se comprenaient pas, leur zèle ne faisait qu'ajouter à la confusion. Cette circonstance, et le manque des choses de première nécessité, firent de l'appartement de Lord Byron, durant les deux ou trois derniers jours de sa vie, la plus pénible scène de détresse et d'angoisse que j'aie jamais vue.»

Le 18 étant le jour de Pâques,--fête que les Grecs célèbrent par des décharges de mousqueterie et d'artillerie,--on craignit que ce bruit ne fît mal à Lord Byron; et, afin d'attirer la foule au loin, la brigade d'artillerie fut conduite à l'exercice par Parry, à quelque distance de la ville, tandis qu'en même tems des patrouilles parcouraient les rues, et, informant les habitans du danger de leur bienfaiteur, les priaient de garder le plus grand repos possible.

Environ à trois heures de l'après-midi, Lord Byron se leva, et alla dans la chambre voisine. Il put traverser la chambre, en s'appuyant sur son domestique Tita; et, quand il fut assis, il demanda un livre que le domestique lui apporta. Mais, après avoir lu quelques minutes, il se trouva faible; et, reprenant le bras de Tita, il retourna en chancelant dans sa chambre, et se remit au lit.

Alors les médecins, encore plus alarmés, exprimèrent le désir d'une consultation, et proposèrent d'appeler, sans retard, le docteur Freiber, aide de M. Millingen, et Lucca Vega, médecin de Mavrocordato. En entendant parler d'eux, Lord Byron refusa d'abord de les voir; mais étant informé que Mavrocordato était de cet avis, il dit:--«Eh bien, qu'ils viennent; mais qu'ils promettent de me regarder sans rien dire.» Cette promesse donnée, ils furent admis; mais comme l'un d'eux, en tâtant son pouls, faisait mine de vouloir parler:--«Songez à votre promesse, dit Byron, et allez-vous en.»

Ce fut après cette consultation que Lord Byron parut au comte Gamba pressentir pour la première fois que sa fin approchait. MM. Millingen, Fletcher, et Tita étaient restés debout près du lit; mais les deux premiers, incapables de retenir leurs larmes, sortirent de la chambre. Tita pleurait aussi; mais comme Byron le tenait par la main, il ne put s'en aller, mais détourna les yeux. Alors Byron, en le regardant fixement, dit avec un léger sourire: «_Oh_! _questa è una bella scena_.» Puis il sembla réfléchir un moment, et s'écria: «Appelez Parry.» Presque immédiatement après, il fut pris de délire; il se mit à crier comme s'il montait à la brêche,--moitié en anglais, moitié en italien: «En avant!--en avant!--courage!--suivez mon exemple, etc., etc.»

En revenant à la raison, il demanda à Fletcher, qui était rentré dans la chambre: «S'il avait envoyé chercher le docteur Thomas, comme il le désirait?» Et sur la réponse affirmative du fidèle serviteur, il répliqua: «Vous avez bien fait, car j'aimerais à savoir où j'en suis.» Peu de tems auparavant, avec ce ton de bienveillance qu'il gardait envers tous ses gens, et qui fut une des principales sources de leur inébranlable attachement, il avait dit à Fletcher: «Je crains que vous et Tita vous ne tombiez malades, en restant près de moi jour et nuit.» Il fut alors évident qu'il savait qu'il était mourant; et son désir de faire comprendre ses dernières volontés à son serviteur, en luttant contre la perte rapide de ses moyens d'expression, donna lieu à la plus douloureuse scène. Comme Fletcher lui demandait s'il fallait qu'il prît une plume et du papier pour écrire sous sa dictée:--«Oh! non, répondit-il;--il n'est plus tems:--la vie me fuit. Allez trouver ma sœur.--Dites-lui.--Allez trouvez lady Byron;--vous la verrez, et lui direz.--» Ici sa voix s'affaiblit, et devint de moins en moins distincte. Cependant il continua toujours à murmurer en lui-même, durant près de vingt minutes, avec beaucoup de vivacité, mais d'une voix si faible, que peu de mots purent être saisis. Ces mots furent des noms isolés:--«Augusta,--Ada,--Hobhouse,--Kinnaird.» Enfin il dit: «Maintenant, je vous ai tout dit.»--«Milord, répliqua Fletcher, je n'ai pas compris un mot de ce que votre seigneurie a dit.»--«Vous ne m'avez pas compris?» s'écria Lord Byron, avec l'air de la plus vive tristesse. «Quel malheur!--Il est trop tard, tout est fini.»--«J'espère que non, répondit Fletcher; mais la volonté de Dieu soit faite.»--«Oui, et non pas la mienne,» dit Lord Byron. Puis il essaya encore de prononcer quelques mots, dont il n'y eut d'intelligible que ceux-ci: «Ma sœur,--mon enfant.»

La mesure adoptée à la consultation avait été, contrairement à l'opinion de M. Millingen et du docteur Freiber, l'administration d'une forte potion antispasmodique, qui, en produisant le sommeil, ne fit peut-être que hâter la mort. Afin de lui persuader de prendre cette potion, on fit venir M. Parry, qui le décida sans peine à en avaler quelques gorgées.--«Quand il prit ma main (dit Parry), je trouvai ses mains glacées d'un froid mortel. Avec l'aide de Tita, je tâchai d'y ranimer doucement un peu de chaleur, et je relâchai le bandage qui entourait sa tête. Pendant tout ce tems, il parut fort agité, joignit ses mains plusieurs fois, grinça des dents, et laissa échapper l'exclamation italienne: _Ah_! _Christi_! Il fut tout-à-fait passif en laissant relâcher son bandage de tête; puis il versa des larmes; et reprenant ma main, me souhaita le bon soir d'une voix faible, et retomba dans le sommeil.»

Au bout d'une demi-heure il se réveilla, et une seconde dose de la potion lui fut administrée. «D'après le rapport de ceux qui l'entourèrent» (dit le comte Gamba, qui ne put supporter le spectacle de cette scène), «j'inférai que dans ce moment ou dans son précédent intervalle de raison, il avait énoncé ces diverses phrases:--«Pauvre Grèce!--pauvre ville!--mes pauvres domestiques!»--Puis: «Pourquoi ne fus-je pas averti plus tôt?» et--«Mon heure est venue!--Peu m'importe de mourir;--mais pourquoi ne suis-je pas retourné dans ma patrie avant de venir ici?»--Une autre fois il dit: «Il y a des êtres qui me rendent le monde cher[73] (_Io lascio qualche cosa di caro nel mondo_); d'ailleurs, je suis content de mourir.»--Il parla aussi de la Grèce: «Je lui ai donné, dit-il, mon tems, ma fortune, ma santé,--et aujourd'hui je lui donne ma vie!--Que pouvais-je faire de plus[74]?»

[Note 73: Nous traduisons la phrase du texte anglais: «_There are things which make the world dear to me_,» qui d'ailleurs ne nous paraît pas l'interprétation exacte de la phrase italienne. (_Note du Trad._)]

[Note 74: Il est bon de rappeler au lecteur que les paroles attribuées ici à Lord Byron; quelques naturelles et probables qu'elles soient, n'ont pas le même degré d'autorité que les détails donnés jusqu'ici sur le rapport des témoins oculaires. (_Note de Moore_.)]

Il était environ six heures du soir quand Lord Byron dit: «Maintenant je vais dormir.» Puis, se retournant, il tomba dans ce sommeil dont il ne se réveilla pas. Durant les vingt-quatre heures suivantes, il resta privé de sentiment et de mouvement,--hormis quelques légers symptômes de suffocation qui se manifestaient de tems en tems, et durant lesquels on lui tenait la tête élevée;--et le 19, à six heures un quart, il ouvrit les yeux un instant pour les refermer sur-le-champ. Les médecins cherchèrent son pouls:--Lord Byron n'était plus.

Il serait aussi difficile que superflu de chercher à décrire combien la nouvelle de ce triste événement frappa tous les cœurs. Celui dont le monde entier devait pleurer la perte avait des droits particuliers aux larmes de la Grèce,--à laquelle il venait de consacrer sa glorieuse vie. Les habitans de Missolonghi, qui les premiers sentaient le coup dont toute l'Europe allait être frappée, purent à peine croire à ce malheur. Qu'il était différent, ce jour où Lord Byron était venu parmi eux,--entouré d'une gloire brillante,--et inspirant par son nom même une foi vive en ces miraculeux succès que la puissance de son génie allait enfanter. Tout cela s'était évanoui comme un rêve fugitif;--et nous ne pouvons nous étonner que les pauvres Grecs, à qui sa venue avait apporté tant de gloire, et qui, le dernier soir de sa vie, se pressaient dans les rues en s'informant de son état, aient regardé l'orage qui éclata sur la ville en ce moment, comme le signal de la mort de Byron, et que, dans leur douleur superstitieuse, ils se soient écriés: «Le grand homme n'est plus[75]!»

[Note 75: Parry, _Derniers jours de Lord Byron_, p. 128. (_Note de Moore_.)]

Le prince Mavrocordato, qui sentait le mieux toute l'étendue de cette perte, et qui avait à pleurer l'ami de la Grèce et le sien, publia le 19 au soir cette triste proclamation.

GOUVERNEMENT PROVISOIRE DE LA GRÈCE OCCIDENTALE.

(ART. 1185.)

«Le présent jour de fête et de réjouissance est devenu un jour de chagrin et de deuil. Lord Noël Byron a cessé de vivre à six heures de l'après-midi, après une maladie de dix jours; il a succombé à une fièvre inflammatoire. Tel a été l'effet de la maladie de sa seigneurie sur l'opinion publique, que toutes les classes avaient oublié les récréations ordinaires de Pâques, même avant que le triste événement ne fût appréhendé.

»La perte de cet illustre personnage doit sans doute être déplorée par toute la Grèce; mais elle doit être plus spécialement un sujet de lamentation pour Missolonghi, où sa générosité s'était si manifestement déployée, et dont il était même devenu citoyen, avec la détermination de participer désormais à tous les dangers de la guerre.

»Tout le monde connaît les actes de bienfaisance de sa seigneurie, et on ne cessera jamais d'honorer son nom comme celui d'un véritable bienfaiteur.

»En conséquence, en attendant que la résolution définitive du gouvernement national soit connue, en vertu des pouvoirs dont il m'a investi, je décrète ce qui suit:

»1º Demain matin, au point du jour, on tirera de la grande batterie trente-sept coups de canon, nombre qui correspond à l'âge de l'illustre décédé.

»2º Tous les services publics, même les tribunaux, vaqueront pendant trois jours successifs.

»3º Toutes les boutiques, excepté celles où se vendent les provisions de bouche et les médicamens, seront fermées; et il est strictement enjoint que les récréations publiques de toute espèce, et les démonstrations de joie usitées dans le tems pascal soient suspendues.

»4º Un deuil général sera observé pendant vingt-un jours.

»5º Des prières et des cérémonies funéraires seront célébrées dans toutes les églises.

»_Signé_ A. MAVROCORDATO.

GEORGE PRAIDIS, _secrétaire_.

»Donné à Missolonghi, ce 19 avril 1824.»

De semblables honneurs furent rendus à la mémoire de Lord Byron en divers autres endroits de la Grèce. A Salona, où le congrès était assemblé, on pria dans l'église pour son ame; après quoi, toute la garnison et les habitans sortirent dans la plaine, où une autre cérémonie religieuse eut lieu à l'ombre des oliviers. Cette seconde cérémonie terminée, les troupes firent feu; et une oraison funèbre, pleine de la louange la plus chaude et de la plus vive reconnaissance, fut prononcée par le grand-prêtre.

Lorsque les étrangers témoignaient pour Lord Byron une telle vénération, quel a dû être le deuil de ses compagnons et de ses serviteurs?--Un seul va parler pour tous.--«Il mourut (dit le comte Gamba) sur une terre étrangère, et parmi des étrangers; mais il n'aurait pu être plus regretté, plus sincèrement pleuré, en quelque autre lieu qu'il eût rendu son dernier soupir. Il avait inspiré à ceux qui l'entouraient un tel attachement, mêlé de respect et d'enthousiasme, qu'aucun de nous n'eût refusé de braver pour sa seigneurie tous les dangers du monde.»

Le colonel Stanhope, qui reçut à Salona la déplorable nouvelle, écrit au comité en ces termes:--«Un courrier vient d'arriver de la part du chef Scalza. Hélas! toutes nos craintes sont réalisées. L'ame de Byron a pris son dernier vol. L'Angleterre a perdu son plus brillant génie, la Grèce son plus noble ami. Pour nous consoler de sa perte, il a laissé derrière lui les émanations de son esprit magnanime. Si Byron eut des défauts, il eut des vertus en revanche:--il sacrifia son bien-être, sa fortune, sa santé et sa vie à la cause d'une nation opprimée. Que sa mémoire soit honorée!»

M. Trelawney, qui se rendait alors à Missolonghi, raconte dans les termes suivans comment il reçut la première nouvelle de la mort de son ami:--«Malgré toute mon impatience, je ne pus arriver ici avant le troisième jour. Ce fut le second jour, après avoir traversé le premier grand torrent, que je rencontrai quelques soldats qui venaient de Missolonghi. Je les avais tous laissés passer, avant de me résoudre à leur demander des nouvelles de Missolonghi. Je revins donc sur mes pas, et j'interrogeai un traînard. Je n'entendis que cette parole:--_Lord Byron est mort_,--et je continuai mon chemin dans un sombre silence.» M. Trelawney, après avoir détaillé les particularités de la maladie et de la mort du poète, ajoute: «Pardonnez-moi, Stanhope, de m'être ainsi écarté de la grande cause où je suis engagé. Mais ce n'est pas un deuil particulier. Le monde a perdu son plus grand homme, et moi, mon meilleur ami.»

Les serviteurs de Lord Byron éprouvèrent une douleur non moins vive et non moins sincère: «J'ai en ma possession (dit M. Hoppner, dans les notes dont il m'a favorisé) une lettre où son gondolier Tita, qui l'avait suivi depuis Venise, rend compte à ses parens de la mort de son maître. Le pauvre garçon parle de cet événement dans les termes les plus touchans, en disant qu'il avait perdu en Lord Byron un père plutôt qu'un maître, et en s'étendant sur la bonté avec laquelle sa seigneurie avait toujours traité ses domestiques, et sur l'intérêt qu'elle prenait à leur bien-être.»

Son valet de chambre Fletcher, en annonçant la nouvelle à M. Murray, dit aussi: «Excusez, je vous prie, toutes mes négligences, je sais à peine ce que je dis ou ce que je fais; car depuis vingt ans que je servais milord, il était devenu pour moi plus qu'un père, et je suis trop affligé pour vous donner aujourd'hui un récit exact de toutes les particularités.»

En parlant de l'effet que cet événement produisit sur les amis de la Grèce, M. Trelawney dit:--«Je pense que le nom de Byron était le grand moyen d'obtenir l'emprunt. Un M. Marshall, avec une rente annuelle de 8,000 livres sterling, était venu jusqu'à Corfou; il retourna sur ses pas en apprenant la mort de Lord Byron. Des milliers de gens arrivaient ici en foule; quelques-uns étaient parvenus à Corfou; et, à la nouvelle de la fatale mort, ils avouèrent qu'ils venaient consacrer leurs fortunes, non pas aux Grecs ou à leur cause, mais au noble poète; et le _Pélerin de l'Éternité_[76] une fois décédé; ils s'en retournèrent[77].»

La cérémonie des funérailles, qui, à cause des pluies, avait été retardée d'un jour, eut lieu dans l'église de Saint-Nicolas à Missolonghi, le 22 avril. Un témoin oculaire en donne cette touchante description.

«Au milieu de sa brigade, des troupes du gouvernement et de la population entière, sur les épaules des officiers de son corps, remplacés de tems en tems par d'autres Grecs, la plus précieuse portion de ses restes révérés fut portée à l'église, où gisent les cendres de Marc Botzari et du général Normann. C'est là que nous déposâmes ces restes précieux. Le cercueil était une caisse de bois, grossièrement construite; un manteau noir servait de poële, et nous mîmes dessus un casque, une épée et une couronne de laurier; mais nulle pompe funèbre n'eût produit l'impression, ni exprimé les sentimens de cette simple cérémonie. Le deuil et la désolation de la ville même; les guerriers sauvages et à demi-civilisés qui nous entouraient; leur douleur profonde et naturelle; les touchans souvenirs, les espérances déjouées, les sombres soucis, et les tristes pressentimens qui se lisaient sur toutes les physionomies:--tout enfin concourait à former la scène la plus frappante qui ait jamais eu lieu autour de la tombe d'un grand homme.

[Note 76: Titre donné par Shelley à Lord Byron, dans son _Élégie sur la mort de Keats_:

«--Le Pélerin de l'Éternité, qui, vivant, a vu un prompt mais durable pavillon de gloire se dérouler sur sa tête comme la voûte des cieux, survint voilant de deuil tous les éclairs de ses chants.»

The Pilgrim of Eternity, whose fame Over his living head like heaven is bent An early but enduring monument, Came veiling all the lightnings of his song In sorrow. (_Note de Moore_.)]

[Note 77: Parry mentionne aussi un cas pareil.--«Lorsque j'étais au lazaret à Zante, un Anglais vint me voir, et me fit de nombreuses questions sur Lord Byron. Il me dit que treize autres Anglais, alors à Ancône, l'avaient envoyé prendre des informations, et n'attendaient que son retour pour rejoindre avec lui Lord Byron. Ces Anglais voulaient former à sa seigneurie une garde à cheval, et dévouer leurs personnes et leurs fortunes à la cause grecque. En apprenant la mort de Byron, ils repartirent.»]

»Quand le service funèbre fut terminé, nous laissâmes la bière au milieu de l'église, où elle resta jusqu'au lendemain soir, et où elle fut gardée par un détachement de la brigade de sa seigneurie. L'église fut sans cesse remplie par la foule des personnes qui venaient honorer et regretter le bienfaiteur de la Grèce. Le soir du 23, la bière fut secrètement rapportée par les officiers de la brigade dans la maison que Byron avait habitée. Le cercueil ne fut clos que le 29. Immédiatement après sa mort, Byron avait un air de calme, mêlé à une sévérité qui sembla graduellement s'adoucir; car lorsque je jetai sur lui un dernier regard, l'expression de ses traits parut, à mes yeux du moins, véritablement sublime.»

Nous avons vu avec quelle énergie Lord Byron, durant son séjour en Italie, exprima sa répugnance à l'idée d'une sépulture en terre anglaise; et l'injonction qu'il fit si fréquemment sur ce point à M, Hoppner, montre que ses désirs ont été sincères,--du moins à cette époque. Mais, chez un homme si inconstant dans ses volontés, ce ne serait pas trop prétendre que de soutenir que l'affection cordiale témoignée par lui envers ses compatriotes à Céphalonie eût été suivie d'un changement analogue de sentiment par rapport à cette antipathie pour l'Angleterre comme dernier lieu de repos. En tout cas, il est heureux que sa terre natale n'ait point été, par un caprice du moment, privée de son droit naturel de conserver dans son sein un de ses plus nobles morts, et d'expier les torts qu'elle a pu avoir envers lui quand il vivait, en faisant de sa tombe un lieu de pélerinage pour toutes les générations futures.

Le colonel Stanhope et d'autres conseillèrent que, comme tribut à la contrée que Lord Byron avait célébrée, et pour laquelle il était mort, ses restes fussent déposé à Athènes, dans le temple de Thésée, et Ulysse envoya un exprès à Missolonghi pour appuyer cette idée. Les habitans de la ville où le grand homme avait rendu son dernier soupir, firent la même demande;--et l'on jugea à propos d'accéder jusqu'à un certain point à leurs désirs, en leur laissant pour être enterré, un des vases où ses nobles restes avaient été renfermés après l'embaumement.

La première mesure, avant de rien décider sur ses conséquences ultérieures, fut de faire transporter le corps à Zante; et, toutes les facilités ayant été données par le résident, sir Frédéric Stoven, qui envoya des navires de transport à Missolonghi dans ce but, le corps fut embarqué, dans la matinée du 2 mai, et ce triste départ fut salué par les canons de la forteresse:--«Que cette salve d'artillerie, dit le comte Gamba, était différente de celle qui avait, quatre mois auparavant, accueilli la venue de Byron.»

A Zante, on se détermina à envoyer le corps en Angleterre; et le brick _la Floride_, qui venait d'arriver avec le premier versement de l'emprunt, fut engagé dans ce but. M. Blaquière, sous la direction duquel cette première portion de l'emprunt était arrivée, était aussi porteur de la nomination d'une commission destinée à surveiller l'emploi de ces fonds en Grèce, commission dont Lord Byron était nommé président; mais le même navire qui lui apportait cette honorable marque de confiance, devait remporter son cadavre. Le colonel Stanhope, qui était alors à Zante, et qui s'en retournait en Angleterre, fut chargé de reconduire les restes de son illustre collègue; et le 25 mai, il s'embarqua avec eux à bord de _la Floride_.

Dans la lettre que le colonel, à son arrivée aux Dunes, le 29 juin, écrivit aux exécuteurs testamentaires de Lord Byron, on remarque le passage suivant:--«Quant à la cérémonie des funérailles, je suis d'avis que la famille de sa seigneurie soit consultée sur-le-champ, et qu'on obtienne le droit d'une sépulture publique, ou dans la grande Abbaye[78], ou dans la cathédrale de Londres.» On a dit,--et je crains fort que ce ne soit la vérité,--que le désir exprimé dans cette dernière phrase ayant été confidentiellement communiqué à l'un des révérends personnages qui ont les honneurs de l'Abbaye à leur disposition, on reçut une réponse qui ne permit pas de douter qu'un refus positif ne fût le résultat d'une démarche plus artificielle[79].

[Note 78: L'Abbaye de Westminster, où l'Angleterre donne la sépulture à ses grands hommes. (_Note du Trad._)]

[Note 79: Un doyen de Westminster porta, dit-on, le scrupule au point d'exclure de l'Abbaye une épitaphe qui contenait le nom de Milton:--«Nom, à son avis (dit Johnson), trop abominable pour être sur le mur d'un édifice consacré à la religion.» _Vie de Milton_. (_Note de Moore_.)]

On lit sur le poète Hafez, dans la _Vie de sir William Jones_, une anecdote que ce dernier exemple d'illibéralisme ramène naturellement à notre mémoire. Après la mort du grand poète persan, quelques religieux de sa patrie lui contestèrent, par une vive protestation, le droit de sépulture, en alléguant pour motif le ton licencieux de sa poésie. Après une grande controverse, on convint de laisser la décision de la question à un mode de divination usité chez les Persans, qui consistait à ouvrir à tout hasard le livre du poète, et à prendre les premiers vers venus. On tomba sur les vers suivans:

Oh! ne fuyez point d'un cœur froid le cercueil du poète, N'arrêtez pas les saintes larmes versées par la pitié, Car si le corps du poète sommeille ici dans le péché, Son ame, absoute par Dieu, vole déjà vers le ciel.

Ces vers, dit la légende, furent regardés comme un décret divin. Les dévots n'insistèrent plus sur leurs objections, et les restes du poète purent jouir de leur paisible sommeil près de ce «doux ombrage de Mosellay,» qu'il avait si souvent célébré dans ses vers.

Si le droit de sépulture de notre Byron devait se décider de la même manière, combien peu de ses pages, prises ainsi au hasard, ne lui donneraient, par un noble trait de sympathie pour la vertu, par un ardent hommage aux œuvres brillantes de Dieu, ou par une saillie de piété naturelle plus touchante que toute homélie, un titre à l'admission dans le temple le plus pur dont la charité chrétienne ait jamais eu la garde!

Toutefois, quelle qu'eût été définitivement la décision de ces révérends personnages, c'était le désir de la plus chère parente de Lord Byron que ces précieux restes fussent déposés dans le caveau de famille à Hucknall, près de Newsteadt. Après avoir été débarqué de _la Floride_, le corps avait été, sous la direction de M. Hobhouse et de M. Hanson, exécuteurs testamentaires de sa seigneurie, transporté chez sir Édouard Knatchbull, _great George Street_[80], à Westminster, où il demeura exposé le vendredi et le samedi, 9 et 10 juillet. Le lundi suivant, la procession funéraire eut lieu; partie de Westminster à onze heures du matin, suivie par la plupart des amis personnels de sa seigneurie, et par les voitures de plusieurs personnes de haut rang, elle se dirigea à travers les diverses rues de la capitale, vers la route du nord. A Pancras-Church, la cérémonie de la procession étant terminée, les voitures s'en retournèrent, et le char funèbre continua, par petites journées, sa route à Nottingham.

[Note 80: Mot à mot: Grande rue de Georges. (_Note du Trad._)]

Ce fut le vendredi 16 juillet que, dans la petite église villageoise de Hucknall, les derniers devoirs furent rendus aux restes de Byron, qui furent déposés, près de ceux de sa mère, dans le caveau de famille. Exactement au même jour du même mois de l'année précédente, Byron, comme on doit s'en souvenir, avait dit au comte Gamba, avec un ton de désespoir: «Où serons-nous dans un an?» Le jeune comte à qui cette parole de funeste présage avait été adressée, rendit une visite à Hucknell quelques mois après l'enterrement, et en approchant du village, fut, dit-on, extrêmement frappé de la ressemblance de ce lieu avec cette triste Missolonghi, où son ami avait rendu le dernier soupir.

Sur une table de marbre blanc, dans le chœur de l'église de Hucknell, on lit l'inscription suivante:

DANS LE CAVEAU CI-DESSOUS,

OU PLUSIEURS DE SES ANCÊTRES ET SA MÈRE

SONT ENTERRÉS,

REPOSENT LES RESTES DE

G E O R G E G O R D O N N O E L BYRON,

LORD BYRON, DE ROCHDALE,

DANS LE COMTÉ DE LANCASTER,

AUTEUR DU PÉLERINAGE DE CHILDE-HAROLD,

NÉ A LONDRES,

LE XXII JANVIER MDCCLXXXVIII,

MORT A MISSOLONGHI, DANS LA GRÈCE OCCIDENTALE,

LE XIX AVRIL MDCCCXXIV,

ENGAGÉ DANS LA GLORIEUSE ENTREPRISE DE RENDRE

A CETTE CONTRÉE SON ANCIENNE LIBERTÉ

ET SON ANCIENNE GLOIRE.

* * * * *

SA SŒUR, L'HONORABLE

AUGUSTA-MARIA LEIGH,

A CONSACRÉ CE MONUMENT A SA MÉMOIRE.

Parmi les tributs d'hommages qui ont été offerts, en prose et en vers, et presque dans toutes les langues de l'Europe, à la mémoire de Lord Byron, je choisirai deux pièces qui me paraissent dignes d'une attention particulière, l'une,--autant que mon faible savoir classique me permet d'en juger,--comme simple et heureuse imitation de ces inscriptions dont la Grèce des anciens jours honorait les tombes de ses héros, et l'autre comme production d'une plume, naguère engagée dans une controverse avec Byron, mais non moins prompte, comme le prouvent ces vers touchans, à déposer sur la tombe du grand homme le tribut d'une mâle douleur et d'une profonde admiration.[81]

Εἰς

Τὸν ἐν τῆ Ἐλλἀδι τελευτγστα

Ποιητήν.

Οὐ τὸ ζῆν ταναὸν ϐίον εὐκλεὲς, οὐδ᾽ ἐναριθμεῖν

Ἀρχαίας προγόνων εὐγενέων ἀρετάς

Τὸν δ᾽ εὺδαιμονίας μοῖρ᾽ ἀρῳέπει, ὅσπερ ἀπάντων

Αἲεν ἀριστεύων γίγνεται ἀθάνατος--

Εὔδεις οὖν σὺ, τέκνον, χαρίτων ἔαρ; οὐκ ἔτι θάλλει

Ἀκμαῖος μελέων ἡδυπνόων στέῳανος;

Ἀλλὰ τεὸν, τριπόθητε, μόρον πενθοῦσιν Άθήνη,

Μοῦσαι, πατρὶς, Άρης, Ἑλλὰς, ἐλευθερία.

[Note 81: Par John Williams, esquire.--Moore donne en note la traduction de ces distiques grecs en vers anglais, faite par un H.H. Joy. Nous donnons ici la version littérale du texte grec:

SUR LE POÈTE MORT EN GRÈCE.

«La gloire n'est pas dans une longue vie, ni dans la liste des antiques vertus de nobles aïeux.

»Celui-là seul est heureux qui s'élevant au-dessus des autres hommes, gagne un renom immortel.--

»Dors-tu-donc, enfant chéri des grâces? Ne fleurit-elle plus, la verte couronne de tes chants mélodieux?

»Cependant, ô mortel cent fois regretté, ton destin jette dans le deuil Minerve, les Muses, la patrie, Mars, la Grèce et la liberté.]

DERNIER PÉLERINAGE DE CHILDE-HAROLD. PAR LE RÉVÉREND W.-L. BOWLES.

I.

«Ainsi Childe-Harold finit son dernier pélerinage!--Sur les rivages de la Grèce il se leva, et cria: «Liberté!» Ces rivages, renommés de siècle en siècle, les bois et les rochers de Sparte répondirent: «Liberté!» Mais un spectre[82] souriait, debout devant le grand homme;--il le frappa de son dard,--et l'abattit dans la force orgueilleuse de l'âge. O Sparte! tes rochers entendirent alors un autre cri, et le vieil Ilyssus[83] soupira:--«Meurs, généreux exilé, meurs!»

[Note 82: Ce spectre, c'est la mort, à qui la poésie anglaise attribue le sexe masculin, et à qui elle donne un dard, et non pas une faux.]

[Note 83: Petit fleuve de l'Attique. (_Notes du Trad._)]

II.

«Je ne dirai pas à la pitié de déplorer les capricieuses erreurs de celui qui mourut ainsi à la fleur des ans: encore moins, Childe-Harold, aujourd'hui que tu n'es plus, irai-je rappeler le mauvais emploi de ton génie, ou les ombres déjà passées de ton hypocondrie et de ton orgueil!--Mais je commanderai aux cyprès de l'Arcadie de balancer leurs cimes sur ta cendre; je transplanterai le vert laurier des bords du Pénée, et je souhaiterai que ton ame jouisse du plus profond repos, et que jamais une pensée ennemie ne soit murmurée sur ta tombe.»

III.

«Ainsi Harold finit en Grèce son pélerinage!--Oui, c'est là qu'il devait finir.--Sur cette terre renommée, dont le puissant génie vit dans le livre de la gloire, sur le sol consacré aux Muses, il s'endort dans son dernier sommeil, lui dont le jeune front est ceint de l'impérissable couronne des nœufs sœurs!--Troupes joyeuses, suspendez dans les vallons de Tempé les gais accens de la flûte! Harold, je suis jusqu'au lieu de ta naissance la lente marche du char funèbre,--et ton dernier pélerinage terrestre.»

IV.

«A pas lents s'avance le char funéraire, le cortége de deuil. Je suis avec un soupir la triste procession qui marche silencieusement vers ce temple villageois, où tes ancêtres, Childe-Harold, gisent en poussière. Là dort cette mère qui, considérant d'un œil mouillé de larmes les destinées de ta jeune carrière, veilla sur les sommeils[84] de ton enfance. Son fils, délivré du faix de la vie mortelle, vient aujourd'hui reposer avec elle dans le même séjour de paix.»

[Note 84: Nous risquons le pluriel, comme dans le texte. (_Note du Trad._)]

V.

«Rompant le silence de la mort,--si cette tendre mère eût pu parler--(parler quand la terre était amoncelée sur la tête de son fils),--elle eût, d'une voix faible et caverneuse, ainsi salué la venue du défunt:--«Repose ici, mon fils, avec moi.--Le songe est envolé;--le masque bigarré et le bruyant tumulte ne sont plus. Sois le bienvenu dans cette couche silencieuse, où le profond oubli succède au fracas de la vie, et où les passions dévorantes n'usent plus le cœur[85].»

[Note 85: Nous jugeons à propos d'adjoindre en note le texte, en faveur des lecteurs qui connaissent l'anglais.

«CHILDE HAROLD'S LAST PILGRIMAGE. BY THE REV. W.-L. BOWLES.

SO ENDS CHIDE HAROLD HIS LAST PILGRIMAGE! Upon the shores of Greece he stood, and cried 'LIBERTY!' and those shores, from age to age Renown'd, and Sparta's woods and rocks, replied 'Liberty!' But a Spectre, at his side, Stood mocking;--and its dart, uplifting high, Smote him:--he sank to earth in life's fair pride: SPARTA! thy rocks then heard another cry, And old Ilissus sigh'd--'Die, generous exile, die!'

I will not ask sad Pity to deplore His wayward errors, who thus early died; Still less, CHILDE HAROLD, now thou art no more, Will I say aught of genius misapplied; Of the past shadows of thy spleen or pride:-- But I will bid th' Arcadian cypress wave, Pluck the green laurel from Peneus' side, And pray thy spirit may such quiet have, That not one thought unkind be murmur'd o'er thy grave.

SO HAROLD ENDS, IN GREECE, HIS PILGRIMAGE!-- There fitly ending,--in that land renown'd, Whose mighty genius lives in Glory's page,-- He, on the Muses' consecrated ground, Sinking to rest, while his young brows are bound With their unfading wreath!--To bands of mirth, No more in TEMPE let the pipe resound! HAROLD, I follow to thy place of birth The slow hearse--and thy LAST sad PILGRIMAGE on earth.

Slow moves the plumed hearse, the mourning train,-- I mark the sad procession with a sigh, Silently passing to that village fane, Where, HAROLD, thy forefathers mouldering lie;-- There sleeps THAT MOTHER, who, with tearful eye Pondering the fortunes of thy early road, Hung o'er the slumbers of thine infancy; Her Son, released from mortal labour's load, Now comes to rest, with her, in the same still abode.

Bursting Death's silence--could that mother speak-- (Speak when the earth was heap'd upon his head)-- In thrilling, but with hollow accent weak,

Ce serait faire trop peu de cas de la critique que de dire avec Gray que «même un mauvais vers est chose aussi bonne ou meilleure que la meilleure observation dont il ait jamais été l'objet.» Mais il y a certainement peu de tâches qui me paraissent plus ingrates et plus superflues que celle de se traîner pas à pas, comme fait quelquefois la critique, à la suite d'un génie victorieux (comme les commentateurs sur le champ de bataille de Blenheim ou de Waterloo), et de s'évertuer à nous montrer _pourquoi_ il a triomphé, ou, ce qui est encore moins profitable, à prétendre qu'il _devait_ échouer. Le célèbre passage de La Bruyère, qui, pour avoir été appliqué par l'adulation de Voltaire à un ouvrage du roi de Prusse, n'en a pas moins gardé sa valeur, met peut-être sous son véritable point de vue le rang très-secondaire que la critique doit être contente de garder à la suite d'un génie heureux:--«Quand une lecture vous élève l'esprit, et qu'elle vous inspire des sentimens nobles, ne cherchez pas une autre règle pour juger de l'ouvrage; il est bon, et fait de main de l'ouvrier. La critique, après ça, peut s'exercer sur les petites choses; relever quelques expressions, corriger des phrases, parler de syntaxe, etc., etc.» (_Note de Moore_.)]

She thus might give the welcome of the dead:-- 'Here rest, my son, with me;--the dream is fled;-- The motley mask and the great stir is o'er: Welcome to me, and to this silent bed, Where deep forgetfulness succeeds the roar Of Life, and fretting passions waste the heart no more.'»

Sa seigneurie, en vertu d'un testament dont on trouvera une copie dans l'Appendice, légua à ses exécuteurs testamentaires, en dépôt pour le bénéfice de sa sœur, Mrs. Leigh, les sommes d'argent provenant de la vente de tous ses immeubles à Rochdale et ailleurs, avec tous les autres biens dont la propriété n'appartînt pas à lady Byron et à sa fille Ada, à cette fin que Mrs. Leigh en eût la jouissance hors du contrôle de son mari, durant sa vie entière, et qu'après son décès ses enfans en héritassent.

Nous avons donc suivi jusqu'à son dernier terme une vie qui, si brève qu'en ait été l'étendue, a peut-être compris une plus grande diversité de ces sensations et de ces intérêts variés qui naissent de la profonde activité des passions et de l'intelligence, que toutes les autres vies jusqu'ici décrites par la plume de la biographie. Comme il reste encore parmi les papiers de mon ami quelques fragmens curieux que l'abondance des matières m'a empêché jusqu'à présent de placer, mais qui contribuent trop à le peindre pour être laissés dans l'oubli, je vais, en les recueillant pour le lecteur, profiter de cette occasion pour imposer à sa patience, pour la dernière fois, quelques remarques générales.

On a dû observer, dans ces pages,--et peut-être avec regret,--que Lord Byron, en tant que poète, n'a presque pas été l'objet d'aucun examen critique; mais que, content d'exprimer généralement le plaisir que, de concert avec tout le monde, je puise dans sa poésie, j'ai laissé à d'autres la tâche d'analyser les sources de ce plaisir. En éludant,--si toutefois on doit prendre la chose sous ce point de vue,--un de mes devoirs de biographe, j'ai été non moins influencé par la conscience de mon inaptitude à l'office de critique, que par le souvenir de la surveillance assidue avec laquelle, durant toute la carrière du poète, chaque nouvelle apparition de son génie fut signalée du haut des grands observatoires de la critique, et les perpétuelles variations de sa course et de son éclat suivies et notées si habilement et si minutieusement, qu'il ne reste presque plus rien à découvrir aux observations ultérieures. Ç'a été d'ailleurs le but immédiat de ces volumes, que d'étudier le caractère et la conduite de Lord Byron, comme homme, étude qui jette le plus grand jour sur son caractère comme écrivain; et si, dans le cours de cet ouvrage, j'ai donné quelque explication satisfaisante de ces anomalies morales et intellectuelles que la vie de Lord Byron a présentées,--à plus forte raison encore, si mes humbles travaux ont eu l'effet de dissiper quelques-uns des nuages qui environnaient mon ami, et de le montrer, sous beaucoup de rapports, aussi digne d'amour qu'il fut, sous tout point de vue, digne d'admiration, alors le principal but de mon livre sera rempli.

Puisque j'ai consacré à cet objet une si large portion des réflexions dont j'ai parsemé cet ouvrage, et que j'ai mis le monde en état de se former un jugement par lui-même, en plaçant l'homme, à nu et sans déguisement, devant tous les yeux, il paraît ne rester que la tâche facile de réunir les divers élémens de son caractère, et de faire un portrait complet par la combinaison des traits, déjà décrits isolément. La tâche, cependant, n'est pas aussi facile qu'elle peut le paraître. Il y a peu de caractères dans lesquels une observation intime ne nous découvre une disposition ou passion prédominante, assez conséquente dans ses effets pour être prise hardiment en ligne de compte dans l'appréciation de toutes les circonstances où ces caractères se trouvent placés. De même que dans le corps ou dans le visage humain, toutes les proportions se rapportent à certains points fixes, de même il y a dans la plupart des esprits une influence souveraine, qui,--contrariée, sans doute, en quelques occasions par d'autres influences,--est la source principale de toutes les inclinations et de toutes les tendances. Mais Lord Byron n'offre presque point du tout dans son caractère cette espèce de pivot fondamental. Gouverné en différens momens par des passions totalement différentes, et mu quelquefois, comme durant son court accès de parcimonie en Italie, par des motifs qui ne s'étaient jamais développés auparavant en lui, il met souvent en défaut ce simple mode d'observation qui consiste à remonter aux sources du caractère; et si,--ce qui n'est pas impossible,--en essayant d'expliquer les étranges variations de son esprit, je me suis laissé moi-même tomber dans la contradiction et l'inconséquence, l'extrême difficulté d'analyser, sans être ébloui ni dérouté, une complication si inouie de qualités diverses, doit me servir d'excuse.

En vérité, les attributs moraux et intellectuels de Lord Byron furent si variés et si contradictoires, qu'on peut dire de lui qu'il n'était pas un, mais multiple; et ce ne serait pas trop exagérer la vérité que de dire que, par le simple partage des qualités de ce seul esprit, on aurait pu former plusieurs caractères, tous différens et tous vigoureux. Ce fut par ces aspects multiformes que, durant sa courte et merveilleuse carrière, Byron donna lieu de se faire comparer avec cette macédoine de personnages, presque tous différens les uns des autres, qu'il énumère plaisamment dans un de ses journaux:--

«J'ai songé l'autre jour aux diverses comparaisons, bonnes ou mauvaises, que j'ai lues sur mon compte dans divers journaux anglais et étrangers. Cette réflexion me vint dernièrement en feuilletant accidentellement un journal étranger,--car je me suis fait depuis peu une règle de ne jamais rien chercher de ce genre, mais de ne pas en éviter la lecture offerte par le hasard.

»Donc, pour commencer, je me suis vu comparé, comme homme ou comme poète, en anglais, en français, en allemand (que je me suis fait traduire), en italien et en portugais, depuis les derniers neuf ans de ma vie, à Rousseau, à Goëthe, à Young, à l'Arétin, à Timon d'Athènes, à Dante, à Pétrarque: «Vase d'albâtre, illuminé au-dedans; à Satan, à Shakspeare, à Buonaparte, à Tibère, à Eschyle, à Sophocle, à Euripide, à Arlequin, au Clown, à Sternhold et à Hopkins; à la fantasmagorie, à Henri VIII, à Chénier, à Mirabeau, au jeune écolier R. Dallas, à Michel-Ange, à Raphaël, à un petit-maître, à Diogène, à Childe-Harold, à Lara, au comte dans _Beppo_, à Milton, à Pope, à Dryden, à Burns, à Savage, à Chatterton, au «J'ai souvent entendu parler de toi, seigneur Byron,» de Shakspeare; au poète Churchill, à l'acteur Kean, à Alfieri, etc., etc., etc.

»Ma ressemblance avec Alfieri fut soutenue très-sérieusement par un Italien qui l'avait connu dans sa jeunesse. Elle ne portait à la vérité que sur nos qualités extérieures et personnelles. Cet Italien ne le dit pas à moi-même (car nous n'étions pas alors bons amis), mais en société.

»L'objet de tant de comparaisons contradictoires est probablement un être un peu différent de tous les autres; mais quel est-il? C'est ce que ni moi ni personne ne pouvons dire.»

Il ne serait pas sans intérêt, si nous avions assez d'espace et de tems pour une telle tâche, de passer en revue les personnages cités dans la liste précédente, et de montrer en combien de points,--quoique tous présentent entre eux de si matérielles différences,--chacun peut offrir une ressemblance frappante avec Lord Byron. Nous avons vu, par exemple, que les injustices et les douleurs de la vie furent les véritables sources de l'inspiration pour Lord Byron. Là où frappa le pied du critique, la source ne tarda pas à jaillir[86]; et toutes les insultes du monde ne firent que rendre cette onde plus forte et plus brillante. Dante eut la même obligation au malheur,--à l'oppression, qui fit sortir de pensées amère la pure essence de son génie:--_Quum illam sub amarâ cogitatione excitatam occulti divinique ingenii vim exacuerit et inflammârit_[87].»

[Note 86: On voit que Moore est poète.--Cette phrase fait allusion à l'origine de la fontaine d'Hippocrène, qui, suivant les mythes, jaillit de dessous terre, sous un coup de pied de Pégase. (_Note du Trad._)]

[Note 87: Paul Jove[B].--Bayle aussi dit de Dante: «Il fit entrer plus de feu et plus de force dans ses livres qu'il n'y en eût mis s'il avait joui d'une condition plus tranquille.» (_Note de Moore_.)]

[Note B: C'est ainsi que d'amères pensées éveillèrent la puissance encore occulte de ce divin génie. (_Note du Trad._)]

Par le mépris pour l'opinion du monde, mépris qui porta Dante à s'écrier: «_Lascia dir le genti_[88],» Lord Byron avait encore une grande ressemblance avec le poète toscan,--quoique cela fût chez lui, il faut l'avouer, beaucoup plus affecté que réel. Car, tandis que le dédain de la voix publique était sur ses lèvres, la plus vive sensibilité au moindre souffle de l'opinion était dans son cœur. Et, comme si tous les sentimens de son ame avaient dû être combinés à un élément douloureux, il unissait à l'orgueil de Dante la susceptibilité de Pétrarque; et s'il était comme l'un contempteur de l'opinion publique, comme l'autre il tremblait au gré de cette reine du monde.

[Note 88: Laisse dire les hommes.]

J'ai déjà eu occasion de remarquer ses rapports avec Pétrarque, en d'autres traits de caractère[89]; et s'il est vrai, comme on l'a souvent conjecturé, que Byron n'eut pas un juste respect pour Shakspeare, en vertu d'une jalousie secrète dont il avait à peine conscience, on sait qu'un sentiment semblable exista dans Pétrarque à l'égard de Dante; et la raison qu'on en a donnée,--savoir que Pétrarque n'avait rien à craindre des écrivains vivans, tandis que devant l'ombre de Dante, il pouvait avoir raison de se sentir rabaissé[90]:--cette raison, dis-je, n'est point inapplicable dans le cas de Lord Byron.

[Note 89: Quelques passages de l'_Essai_ de Foscolo sur Pétrarque peuvent être appliqués, avec une égale vérité, à Lord Byron.--Par exemple,--«Il était presque impossible à Pétrarque d'exprimer une pensée sans se peindre lui-même»--«Pétrarque, séduit par l'idée que sa célébrité donnerait une grande importance aux circonstances les plus ordinaires de sa vie, rassasia la curiosité du monde, etc., etc.»--«Dans les lettres de Pétrarque, comme dans ses poèmes et ses traités, nous confondons toujours l'auteur avec l'homme, qui était entraîné par un irrésistible instinct à développer ses énergiques sentimens. Étant doué de presque toutes les nobles passions de notre nature, et de quelques-unes de nos mauvaises, et n'ayant jamais tenté de les dissimuler, il nous fait réfléchir sur nous-mêmes, tandis que nous contemplons en lui un être de notre espèce, qui pourtant diffère de tout autre, et dont l'originalité excite même plus de sympathie que d'admiration.» (_Note de Moore_.)]

[Note 90: «Il Petrarca poteva credere candidamente ch' ei non pativa d'invidia solamente, perchè fra tutti i viventi non v' era chi non s'arretasse per cedergli il passo alla prima gloria, ch' ei non poteva sentirsi umiliato, fuorchè dall' ombra di Dante.»]

Entre les dispositions et les habitudes d'Alfieri, et celles du noble poète de l'Angleterre, on peut signaler de non moins remarquables coïncidences; et le sonnet dans lequel le dramatiste italien déclare peindre son propre caractère, contient, en un vers d'une admirable concision, un portrait du versatile auteur de _Don Juan_:--

_Or stimandome Achille ed or Tersite_[91].

[Note 91: Tantôt me croyant un Achille, et tantôt un Thersite.]

Par l'extrait même que je viens de donner du Journal de Lord Byron, on voit que, dans sa propre opinion, un caractère qui, comme le sien, permettait tant de comparaisons contradictoires, ne pouvait être autre chose qu'un caractère totalement indéfinissable. On trouvera toutefois, en y réfléchissant, que cette versatilité même, qui rend si difficile de fixer, «avant une métamorphose,» l'édifice merveilleux de ce caractère, est le seul fil qui nous conduise à travers les détours de ce labyrinthe bâti, pour ainsi dire, par un art de féerie,--est la véritable solution de tout ce qu'il y eut d'éclatant dans la puissance de Lord Byron et de repoussant dans sa légèreté, de tout ce qu'il y eut de plus attrayant et de plus répugnant dans sa vie ou dans son génie. Variété presque infinie de talens, déployés avec un orgueil non moins vaste,--susceptibilité pour les impressions et les émotions nouvelles, portée au-delà du lot ordinaire du génie, et obéie avec une intraitable impétuosité, tant par habitude que par nature:--telles furent les deux grandes et principales sources de ce spectacle varié que Lord Byron présenta dans sa vie, de cette succession de victoires remportées par son génie sur presque tous les champs ouverts à l'intelligence humaine, et de tous ces élans de caractère, produits sous toutes les formes et dans toutes les directions, par une sensibilité indomptée et par une volonté irrésistible.

Tous ceux qui sont doués de quelque disposition à l'association des idées, doivent avoir remarqué que, si une pensée ou un sentiment quelconque se présente à leur esprit, le sentiment ou la pensée contraire s'éveille au même instant:--à côté du sublime, le ridicule, qui en est le voisin, apparaît constamment;--à une vue brillante du présent ou de l'avenir, une vue sombre mêle ses nuages;--et, même dans les questions relatives à la morale et à la conduite, tous les motifs et tous les raisonnemens qui engagent à l'adoption de l'un des deux partis contraires seront, dans de tels esprits, contrebalancés sur-le-champ par un groupe de motifs et de raisonnemens équivalens. Un esprit de ce genre,--et tels sont, plus ou moins, tous les esprits chez lesquels le raisonnement est subordonné à l'imagination,--tout capable qu'il est, par cette rapide association d'idées, de multiplier ses ressources sans fin, a besoin du contrôle d'un jugement exercé pour conserver ses pensées pures et nettes entre les contrastes qu'il appelle ainsi simultanément; car il y a danger que, en matière d'art, l'habitude de former des rapprochemens incongrus,--par exemple, entre le burlesque et le sublime,--ne finisse par corrompre le goût de l'esprit pour le plus noble et le plus haut point de vue; et que, dans les questions de morale encore plus importantes, la facilité de trouver le pour et le contre n'aboutisse, sinon à un mauvais choix, du moins à une indifférence sceptique.

Lorsqu'on se représente un événement aussi terrible qu'un naufrage, une scène d'horreur et de péril s'offre seule aux imaginations ordinaires; mais la vive et versatile imagination de Byron y vit encore autre chose, et aux circonstances les plus horribles et les plus épouvantables, mêla tout ce qu'il y a de plus ridicule et de plus bas. Mais dans ce douloureux mélange il ne fut que trop fidèle peintre de la nature humaine, si l'on en croit le témoignage du cardinal de Retz, témoin oculaire d'un tel événement:--«Vous ne pouvez vous imaginer, dit le cardinal, l'horreur d'une grande tempête;--vous en pouvez imaginer aussi peu le ridicule.» Mais assurément, un poète moins entraîné par la variété de son talent, et moins désireux d'en faire parade, se serait arrêté avant de confondre, par une si cruelle ironie, la dégradation et les souffrances de l'humanité, et, content d'éprouver notre cœur par le tableau des misères de nos semblables, se serait abstenu de nous arracher, un instant après, un sourire amer à la vue de leur bassesse.

Les résultats de ce genre d'esprit sont si dangereux pour le sens moral, qu'on risquerait peut-être de trop généraliser en affirmant que partout où existe une grande versatilité d'imagination, on trouvera aussi une tendance prononcée à la versatilité de principes. Le poète Chatterton, dans l'ame duquel les germes de tout ce qu'il y a de bon et de mauvais dans le génie mûrirent si prématurément, disait, dans l'orgueilleuse conscience de ce multiple talent, que «il avait le plus profond mépris pour l'homme qui ne pouvait écrire le pour et le contre,» et ce fut en agissant lui-même conformément à ce principe, qu'il souilla son nom de quelques taches durant la vie si courte que le destin lui accorda. Mirabeau aussi, quand dans le cours des hostilités légales de son père et de sa mère, il mit la main aux plaidoyers de l'un et de l'autre, fut, sans aucun doute, moins influencé par le plaisir du mal que par la piquante vanité de cette souplesse de talent, et fut aveuglé sur la révoltante perfidie de son travail, par l'habileté avec laquelle il l'exécutait.

Cette qualité, que j'ai nommée ici versatilité, en tant qu'elle concerne l'imagination, Lord Byron l'a lui-même désignée par le nom français de _mobilité_, en tant qu'elle concerne les sentimens et la conduite; et dans un des chants de _Don Juan_, il en a heureusement esquissé quelques traits. Après nous avoir dit que son héros avait commencé d'après la grande prédominance de cette qualité chez Adeline, «à douter un peu de la _réalité_ de ses perfections», il dit:--

Tant elle faisait preuve tour-à-tour, et à l'égard de chaque convive, de cette brillante versatilité que bien des gens confondent avec la sécheresse de cœur. Ils se trompent,--c'est tout simplement ce qu'on appelle mobilité, un effet, non de l'art, mais du caractère, que l'on suppose affecté, parce qu'il semble banal; trompeur, bien qu'il soit plein de franchise; car, certes, il y a de la franchise à se montrer plus vivement impressionné par ce qui touche plus immédiatement[92].

[Note 92: _Don Juan_, ch. XVI, st. 97.]

Nous avons à peine besoin de la note où Lord Byron, à propos de ce passage, qualifie cette mobilité de «malheureux don», pour voir combien il sentait la prééminence de cette qualité en lui-même, et le danger qui en résultait pour son caractère. La conscience de sa tendance naturelle à céder ainsi à toute impression fortuite, et à varier suivant mille impulsions passagères, non-seulement fut toujours présente à son esprit, mais encore comme il savait bien que le monde attache un soupçon de faiblesse à la rétractation ou à l'abandon d'opinions long-tems professées,--elle eut l'effet de le maintenir, sur certains points importans, dans une ligne générale d'uniformité, que, malgré quelques fluctuations et contradictions accidentelles dans les détails, il continua à garder toute sa vie. Un passage d'un de ses manuscrits montrera avec quelle sagacité il aperçut la nécessité de se prémunir contre son instabilité sous ce rapport. «Le monde traite un changement de système politique ou de religion avec un blâme plus sévère qu'une pure différence d'opinion ne me semblerait le mériter. Mais il doit y avoir une raison de ce sentiment;--et c'est, je crois, parce qu'on a vu cet abandon des premières idées inspirées à notre enfance, et de la ligne de conduite par nous choisie lors de notre première entrée dans la vie publique, produire plus de mauvais résultats pour la société, et prouver plus de faiblesse d'esprit que d'autres actions en elles-mêmes plus immorales». Ce peu de confiance en sa stabilité, tenant ainsi Byron toujours en éveil, ne concourut point peu, sans aucun doute, avec la bonté naturelle de son cœur, à donner tant de solidité et de durée à la plupart de ses attachemens,--dont quelques-uns, comme son amitié pour sa mère, durent évidemment à un sentiment de devoir, plutôt qu'à une affection réelle, la constance si honorable avec laquelle il les conserva.

Mais tandis que, sous ces rapports comme dans la persévérance avec laquelle il s'attacha aux habitudes et aux amusemens de la jeunesse, il réussit à vaincre sa variabilité et son inconstance naturelles,--dans toutes les autres applications de son esprit, dans toutes les excursions de sa raison ou de son imagination, il s'abandonna à cette humeur versatile sans scrupule et sans frein, prit toutes les formes sous lesquelles le génie pouvait se manifester, et se transporta dans toutes les régions intellectuelles où de nouvelles conquêtes pouvaient être accomplies.

Il était impossible qu'il n'abusât pas d'une telle puissance de volonté et de talent. Il était impossible que, parmi les esprits qu'il invoquait de tous côtés, les esprits de ténèbres n'apparussent pas, à son ordre, avec les esprits de lumière. Et ici les dangers d'une activité si multipliée, se complaisant ainsi dans ses transformations, se montrent d'eux-mêmes. Devant ce grand et unique objet, le déploiement d'une imagination variée, splendide, et propre à tout embellir,--toute autre considération et tout autre devoir ne pouvaient qu'être sacrifiés. Il faut que l'avocat déploie son éloquence et son art, n'importe pour quelle cause;--il faut que le talent grave partout son empreinte, n'importe avec quel sceau. Pouvait-on espérer que dans une telle carrière il ne surviendrait rien de mal, et qu'au milieu de ces éclairs d'imagination, la lumière morale demeurerait pure? Doit-on donc s'étonner que dans les œuvres d'un homme ainsi entraîné par ses brillantes qualités, nous trouvions,--certes, sans aucun dessein de corruption de sa part,--le vice embelli d'un éclat trompeur et d'un faux air de vertu, et le mal trop souvent investi d'une grandeur qui n'appartient essentiellement qu'au bien?

Entre autres maux moins sérieux, nés de cet abus d'une riche et versatile imagination,--plus spécialement développés dans l'œuvre la plus caractéristique de Lord Byron, dans _Don Juan_,--on trouvera que l'impression même d'une poésie vigoureuse est quelquefois fort affaiblie par ces saillies capricieuses et folâtres, où cette souplesse d'essor entraîne le poète. En vérité, tous ceux qui lisent cet ouvrage, et surtout ceux qui, ne possédant eux-mêmes qu'à une faible dose une telle flexibilité, sont incapables de suivre toutes ces brusques digressions, doivent sentir que la soudaineté avec laquelle Byron passe d'un ton à un autre,--du bouffon au mélancolique, du comique au tendre,--produit un manque de foi dans la sincérité de l'un ou l'autre, ou même de l'un et l'autre sentiment, et partant diminue, ou même refroidit tout-à-fait, la sympathie qu'une transition plus naturelle inspirerait. En général, un tel soupçon serait injuste envers Lord Byron; car, parmi les singulières combinaisons que son esprit présentait, celle de la versatilité et de la profondeur de sentiment n'était pas la moins remarquable. Mais, en somme, quelque favorable que fût cette vivacité et cette variété d'association à l'étendue de son essor poétique, on peut mettre en question si une concentration plus judicieuse de ses talens n'aurait pas produit un résultat encore plus grand et plus précieux. Si l'esprit de Milton et celui du Tasse avaient été ainsi ouverts aux incursions de frivoles et burlesques conceptions, qui peut douter que ces majestueux sanctuaires du génie n'eussent souffert autant de dommage que de profanation?--Et l'on peut au moins se demander si Lord Byron, moins versatile, moins dominé par n'eût pas été moins étonnant, peut-être, mais plus grand.

Une imagination libre comme l'air Et pleine de mobilité[93],

[Note 93:

A fancy, like the air, most free, And full of mutability.]

Et ce ne fut pas seulement dans ses créations poétiques que cet amour de la nouveauté et de la variété se déploya;--une des plus remarquables faiblesses de sa vie peut être rapportée à cette fertile source. L'orgueilleux désir de jouer toute espèce de rôle, bon ou mauvais, n'influença que trop, comme nous l'avons vu, son ambition et même sa conduite, et, comme en poésie, son expérience personnelle des mauvais effets des passions lui servit à fournir des matériaux aux œuvres de son imagination; ainsi, en retour, son imagination lui prêta ces sombres couleurs sous lesquelles il déguisa si souvent son véritable aspect aux yeux du monde. En vérité, il porta à un tel degré de déraison cette fantaisie de se décrier soi-même, que s'il y eut jamais en lui (comme il se l'imaginait quelquefois dans ses momens de spleen), une tendance au dérangement des facultés mentales[94], c'est sous ce seul point de vue qu'elle pourrait être reconnue pour s'être quelque peu manifestée[95]. Dans les premiers tems de ma liaison avec lui, lorsqu'il se laissait le plus aller à cette fantaisie,--(car on put depuis observer qu'alors que la mauvaise opinion qu'il avait de lui-même fut partagée par le monde, il fut disposé à ne point faire écho),--je le vis plus d'une fois, quand nous étions assis ensemble après le dîner, et qu'il était alors peut-être un peu sous l'influence du vin, se livrer sérieusement à cette humeur noire, se décrier lui-même, et jeter maintes allusions sur sa vie passée, avec un air de mélancolie et de mystère évidemment calculé pour éveiller la curiosité et l'intérêt. Il était, toutefois, trop promptement sensible aux moindres atteintes du ridicule pour ne pas s'apercevoir, en ces occasions, que la gravité de son auditeur ne se soutenait que par un effort de politesse; aussi ne renouvela-t-il plus sur moi l'épreuve de cette romanesque mystification. Mais, d'après ce que j'ai su de ses expériences sur des auditeurs plus impressionnables, je ne doute guère que pour produire de l'effet dans le moment, il n'y ait de crime si noir ni si désespéré dont il ne se fût laissé supposer coupable, dans l'espoir enivrant d'agir ainsi sur les imaginations; et j'ai quelquefois eu idée que la cause secrète de la séparation de sa femme d'avec lui, cause sur laquelle lady Byron et son conseil légal ont jeté un si formidable mystère, peut après tout n'avoir pas été autre chose qu'une imposture de ce genre, un obscur demi-aveu d'horreurs indéterminées, qui, racontées pour mystifier et pour surprendre, furent prises au sérieux par celle qui en entendait le récit.

[Note 94: Nous avons vu combien de fois, dans ses Journaux et dans ses lettres, il exprime ce soupçon sur la solidité de son état mental. Une crainte semblable paraît s'être aussi emparée du vigoureux esprit de Johnson, qui, comme Byron, était disposé à attribuer à une constitution héréditaire cette mélancolie, qui, dit-il, «le rendit fou toute sa vie, ou du moins peu sage.» Ce trait particulier du caractère de Johnson a donné lieu, dans l'édition que Boswell donne de la _Vie_ de ce littérateur, à des remarques qui toutes ont été inspirées par la sagacité connue de l'éditeur, et qui, relatives à un point si important dans l'histoire de l'intelligence humaine, seront jugées dignes de la plus grande attention.

Dans une des nombreuses lettres que Lord Byron m'a écrites, et que j'ai jugé à propos d'omettre, je trouve qu'il attribue ce trouble supposé de ses facultés au mariage de miss Chaworth,--«mariage, dit il, auquel elle sacrifia les projets de deux anciennes familles, un cœur qui était à elle depuis dix ans, et une tête qui n'a plus été dès-lors entièrement saine.» (_Note de Moore_.)]

[Note 95: Dans son Journal de 1814, il y a un passage que j'avais conservé dans l'unique but de jeter du jour sur ce travers de son esprit, avec l'intention d'y ajouter une note explicative. Mais, par inadvertance, la note a été omise; et ce passage, ainsi livré à lui-même, a, je le vois, parfaitement réussi à mystifier les lecteurs français. Il n'y a pas de sorte de meurtre imaginable que les enfans de la nouvelle école romantique n'aient travaillé à extraire du mystère de ce passage. (_Note de Moore_.)]

Cette étrange propension en vertu de laquelle l'homme en Byron, fut, pour ainsi dire, inoculé par le poète, réagit sur sa poésie, de manière à produire, dans le portrait de quelques-uns de ses personnages, cette contradiction qui a été fréquemment signalée par ses critiques,--je veux dire, l'union d'une ou deux vertus sublimes et brillantes avec «un millier de crimes» tout-à-fait incompatibles avec elles; or, en vérité, cette anomalie s'explique par les deux différentes sortes d'ambition qui l'animaient,--l'une, très-naturelle, celle d'imprimer à ses personnages ces hautes et bonnes qualités qu'il sentait en lui-même,--l'autre, purement artificielle, celle de leur prêter ces crimes que par un véritable enfantillage il souhaitait lui être attribués par le monde.

Indépendamment de ces efforts pour noircir son propre nom, et même après qu'une amère expérience lui eût appris l'imprudente folie d'un tel système, il y eut toujours, dans la sincérité et la franchise outrée de son ame, et dans cet abandon facile avec lequel il exprimait toutes les impressions passagères de son esprit et de son cœur, plus qu'il n'en fallait pour exposer son caractère sous les aspects les moins favorables aux yeux de tout le monde. Quel homme, en vérité, pourrait supporter l'épreuve d'être jugé même d'après les meilleures de ces innombrables pensées qui se succèdent les unes aux autres, comme les vagues de la mer, dans l'intérieur de nos esprits, et passent sans être émises au dehors, sans même être pour la plupart, avouées de nous-mêmes?--Cependant, voilà l'épreuve que Byron subit durant sa vie entière. Tant par cette précipitation avec laquelle il céda à la moindre impulsion, que par la passion qu'il avait de rappeler ses impressions, toutes ces pensées, fantaisies et envies hétérogènes, qui dans les esprits des autres hommes, «surviennent comme des ombres, et comme elles s'évanouissent,» étaient par lui fixées et personnifiées à mesure qu'elles se présentaient, et, prenant soudain une forme reconnaissable, soit dans ses actions ou ses paroles, soit dans la rapide lettre du moment ou dans le poème destiné à l'immortalité, elles offraient au jugement de l'opinion publique un cercle de points vulnérables que nul individu, peut-être, ne présenta jusqu'ici.

Avec une telle abondance et une telle variété d'élémens pour composer un portrait, on peut aisément concevoir comment deux peintres avoués de Lord Byron, l'un par trop partial, et l'autre plein de méchanceté, ont pu:--le premier, en choisissant exclusivement les plus beaux traits, et le second les plus sombres,--produire deux portraits aussi différens l'un de l'autre qu'ils ressemblent peu, somme toute, à l'original.

Pour montrer l'excessive indiscrétion avec laquelle il énonçait toutes ses pensées et toutes ses impressions,--surtout si elles avaient trait à sa propre personne,--sans qu'il eût même un seul instant la prudence presque instinctive de considérer si, par de telles confessions, il n'allait pas laisser une opinion calomnieuse de lui-même,--je saurais à peine donner un exemple plus frappant que la conversation que M. Trelawney rapporte avoir eue avec lui pendant qu'il faisaient route ensemble pour la Grèce. Après quelques remarques sur l'état de sa santé mentale et corporelle[96], Byron dit: «Je ne sais comment, mais je suis quelquefois si poltron, que ce matin, si vous m'aviez donné des coups de cravache, je m'y serais soumis sans opposition. Qu'est-ce que cela veut dire? Si un tel accès de poltronnerie s'empare de moi en Grèce, que ferai-je?»--Je lui répondis (continue M. Trelawney) que c'était l'excessive faiblesse de ses nerfs.--«Oui, répliqua-t-il, et de ma tête aussi. J'étais un héros à mon départ de Gênes, mais je sens mon courage s'écouler peu à peu.»

[Note 96: «Il disait souvent (dit M. Trelawney) qu'il ne croyait pas avoir beaucoup d'années à vivre, et qu'il mourrait en Grèce. Il me le dit à Céphalonie. Il ne me parut jamais ému en ces occasions; mais, parfaitement indifférent sur l'époque plus ou moins prochaine de sa mort, il déclarait seulement qu'il n'était point capable de supporter la douleur. Dans notre voyage, nous avions lu avec une grande attention la vie et les lettres de Swift, publiées par W. Scott, et nous en parlions presque journellement; et plus d'une fois il exprima combien il avait horreur d'une telle existence, et témoigna quelque crainte que ce ne fût son destin.» (_Note de Moore_.)]

Ceux qui ont quelque connaissance de la nature humaine, n'oseront nier que de tels découragemens n'aient, sous l'influence d'un semblable abattement des esprits vitaux, passé dans la tête des hommes les plus braves qui aient jamais vécu ici-bas;--mais alors, loin d'être avoués, oubliés même par celui qui les éprouvait, ils s'évanouissaient avec l'indisposition passagère qui les avait produits, et ne donnaient lieu ni à la vérité de les mentionner comme preuves d'un défaut de santé, ni à la calomnie d'en inférer le soupçon d'un défaut de bravoure. On pourrait affirmer que tous les hommes sont naturellement poltrons, en appuyant cette assertion sur la facilité avec laquelle la plupart des hommes croient que les autres le sont. «J'ai vécu, dit le prince de Ligne, pour entendre appeler Voltaire un sot, et le grand Frédéric un poltron.» Le duc de Marlborough[97], dans son tems, et Napoléon dans le nôtre, ont été en butte à la même accusation, et, qui plus est, il s'est trouvé des gens pour y ajouter foi. Après de si éclatans exemples de la tendance de certains esprits à ne voir la grandeur qu'à travers un prisme qui en renverse l'image, nous ne nous étonnerons pas que la conduite de Lord Byron en Grèce ait, d'après le même principe, engendré une semblable insinuation contre lui; et je n'aurais pas même mentionné cette impuissante calomnie, si elle ne m'eût fourni l'occasion d'essayer de déterminer le genre particulier de courage par lequel, en toutes les occasions nécessaires, Lord Byron se distingua avec tant d'éclat.

[Note 97: Jean Churchill, duc de Marlborough, qui fut si fatal à la France sur la fin du règne de Louis XIV, qui gagna, avec le prince Eugène, la bataille d'Hochstet, en 1704; celle de Ramilies, en 1706, et celle de Malplaquet, en 1709. Il passait surtout pour conserver au milieu des combats les plus sanglans un calme inébranlable. (_Note du Trad._)]

Quelque prix qu'on attache au courage physique, c'est, sans aucun doute, à ceux que la nature a doués de la plus active imagination, et qui, par conséquent, voient le plus vivement et le plus simultanément toutes les conséquences éloignées et possibles du danger, que doivent être principalement accordés les éloges dus à l'exercice de cette vertu. Ce genre de bravoure, qui vient de l'esprit plus que du tempérament,--ou, pour mieux dire, du triomphe du premier sur le second,--se proportionnera naturellement à l'importance de la conjoncture; et la même personne qu'on voit reculer avec une crainte presque féminine devant d'ignobles et quotidiens périls, peut se montrer la première dans le fort du danger, partout où l'honneur est à défendre ou à conquérir. Et cette remarque ne s'applique pas seulement aux hommes d'imagination, dont je parle principalement ici. Par le même principe, on trouvera que la plupart des hommes dont la bravoure est le résultat, non pas du tempérament, mais de la réflexion, sont réglés dans leur audace. Le sage de Wit[98], quoique indifférent pour sa vie dans de grandes occasions, n'avait pas honte, dit-on, de craindre et d'éviter tout ce qui la compromettait en d'autres circonstances.

[Note 98: Jean de Wit, grand pensionnaire de Hollande, qui brava par patriotisme l'inimitié de Guillaume III, prince d'Orange, et périt dans une émeute à La Haye, avec son frère Corneille de Wit, en 1672. (_Note du Trad._)]

Or, quant à ces appréhensions qui assiégent les imaginations vives, certes, Lord Byron en avait une part considérable, et dans tous les cas de péril ordinaire, il s'y abandonnait sans réserve. J'ai vu peu d'hommes, même peu de femmes, qui eussent plus de crainte en voiture; et, lorsqu'il montait à cheval, ses précautions contre les accidens révélaient cette même timidité nerveuse d'imagination. «Sa bride» dit feu lord B***, qui se promenait souvent à cheval avec lui à Gênes, «avait, outre le caveçon et la martingale, différentes rênes; et toutes les fois que sa seigneurie approchait d'un endroit où son cheval devait ralentir son pas, elle saisissait les susdites rênes et se fixait comme si elle allait contre une porte barricadée.» Il n'y a sans doute qu'un observateur très-superficiel ou très-prévenu qui puisse sérieusement, sur ces indications d'inquiétude nerveuse, fonder quelque conclusion contre le courage réel de celui qui les présentait. Le poète Arioste, qui était, ce semble, victime des mêmes alarmes, qui descendait de cheval à la moindre apparence de danger, et qui surtout avait peur de se trouver sur l'eau,--put néanmoins, dans l'action entre les vassaux du pape et ceux du duc de Ferrare, se battre comme un lion; et pareillement Lord Byron, comme tous ses compagnons de péril en portent témoignage, possédait cette noble espèce de courage qui s'élève à la hauteur des circonstances, et qui devient d'autant plus impassible et inébranlable, que le danger est plus imminent.

En me proposant de montrer que les attributs distinctifs de Lord Byron, comme homme et comme écrivain, naissaient de ces deux grandes sources, savoir, l'incomparable versatilité de ses sentimens, et la facilité avec laquelle il obéissait à leurs doubles inspirations, j'avais l'intention de l'étudier sous ce point de vue, encore plus en détail, et de chercher à suivre dans les sublimités et dans les fautes de sa poésie et de sa vie l'action incessante de ces deux qualités dominantes de sa nature. «Personne» dit Cowper, en parlant des esprits doués de cette versatilité, «n'est plus propre à nous tenir agréable compagnie ici-bas que les hommes de ce caractère. Toutes les scènes de la vie ont deux côtés, un côté sombre et un côté brillant; et l'esprit qui a un mélange égal de mélancolie et de vivacité est le plus propre à contempler l'un et l'autre côté.» Il ne serait pas difficile de montrer qu'à cette facilité de réfléchir toutes les nuances de l'ombre ou de la lumière qui tour-à-tour bigarrent l'existence humaine, Lord Byron dut non-seulement l'immense étendue de son influence comme poète, mais cette puissance de fascination qu'il possédait comme homme. En effet, cette susceptibilité si rapide des impressions immédiates lui prêtait, dans ses relations sociales, le charme le plus attrayant de tous, en permettant à ceux qui étaient présens dans le moment, d'exercer sur lui un tel ascendant qu'ils occupaient seuls alors toutes ses pensées et tous ses sentimens, et mettaient en jeu les ressorts qui leur convenaient le plus[99].

Cette mobilité,--cette faculté d'être «plus vivement impressionné par ce qui touche plus immédiatement[100],» était chez lui portée à un si haut point, que, même auprès des personnes avec lesquelles le hasard du moment le mettait en relation, il avait, comme on dit, le cœur sur la main,[101] et qu'il ne dépendait que d'elles de devenir les dépositaires de tous ses secrets;--si toutefois l'on peut se servir d'une telle expression. Que dans cette convergence de toutes les facultés pour plaire aux objets présens, les absens soient quelquefois oubliés, ou, qui pis est, sacrifiés au désir dominant du moment, c'est là un des défauts inhérens aux personnes de ce caractère, défaut qui rend leur fidélité, comme amans ou comme confidens, excessivement précaire. Mais le charme qu'une telle disposition répand dans les manières ne peut guère être révoqué en doute,--et surtout par ceux qui en ont éprouvé toute la magie en Lord Byron. D'ailleurs, les conversations indiscrètes dans lesquelles il révéla ce qui lui avait été confié verbalement ou par écrit, ne doivent pas toutes être attribuées à cet imprudent épanchement du moment. C'était aussi dans sa franchise et dans son horreur pour la feinte que cette coutume, si pleine qu'elle fût d'inconvénient, et quelquefois même de danger, tirait en grande partie son origine. Il se faisait un plaisir, dans de telles circonstances, de confronter l'accusé avec l'accusateur,--non-seulement pour se venger d'avoir écouté comme tiers ce que deux hommes n'osaient se dire ouvertement l'un à l'autre, mais encore pour satisfaire cette espiéglerie malicieuse qu'il avait montrée dès son enfance, et qui trouvait toujours un amusement immanquable dans la confusion que de telles indiscrétions amenaient. Comme ses amis connaissaient bien cette mauvaise habitude, leur prudence mettait leur sincérité en garde contre lui, et on lui épargnait la peine d'entendre ce qu'il n'aurait pu répéter sans faire encore plus de mal.

[Note 99: Relativement à cette facilité de s'adapter à toutes sortes de sociétés, et à prendre tous les rôles, je trouve dans les premières lettres que je lui ai écrites (d'Irlande) un passage qui, bien qu'il ne soit peut-être pas de fort bon goût, mérite d'être cité comme expression de la vérité:--«Quoique je ne vous aie point écrit, j'ai rarement cessé de penser à vous, car vous êtes une espèce d'être que tout remet en tête. Que je sois avec les sages ou avec les fous, parmi les poètes ou parmi les boxeurs; que j'aie en main un livre ou une bouteille: je me rappelle votre universelle supériorité, et ma mémoire vous voit venir «armé pour toute sorte d'arène.» (_Note de Moore_.)]

[Note 100: Citation de la stance de _Don Juan_ ci-dessus rapportée. (_Note du Trad._)]

[Note 101: Il est curieux d'observer comme, en tout tems et en tout pays, ce qu'on appelle le caractère poétique a produit de semblables effets chez tous ceux qui ont été victimes de ce funeste don. Dans le passage suivant, le biographe du Tasse a, en peignant ce poète, décrit aussi Lord Byron: «Il y a des personnes d'une telle sensibilité que quiconque se trouve avec elles est, dans le moment même, le monde entier pour elles. Elles épanchent involontairement leurs cœurs; elles sont animées par un vif désir de plaire; et elles confient ainsi leurs sentimens à des gens qu'en réalité elles regardent avec indifférence.» (_Note de Moore_.)]

On trouvera un exemple frappant de ce trait de caractère dans une anecdote racontée par Parry, qui, tout en étant victime de l'indiscrétion, eut le bon sens et le bon esprit d'apercevoir la source à laquelle la conduite de Byron devait être rapportée. Tandis que la flotte turque bloquait Missolonghi, sa seigneurie, un jour, s'avança avec Parry, dans un petit esquif qu'un enfant faisait aller à la rame, jusqu'à l'entrée du port; le prince Mavrocordato et sa suite les accompagnaient dans une grande chaloupe. En cette situation, l'ingénieur anglais fut saisi d'un vif sentiment de mépris et d'indignation à l'égard de la nonchalance de leurs amis grecs, et se mit à le communiquer à Lord Byron en termes peu mesurés. Il dit, par exemple, que le prince Mavrocordato était «une vieille femme,» et finit, suivant son rapport, par les paroles suivantes: «Si j'étais à leur place, la seule pensée de mon incapacité et de mon ignorance me donnerait la fièvre, et je brûlerais d'impatience d'entreprendre la destruction de ces coquins de Turcs. Mais les Grecs et les Turcs sont, par leur commune imbécilité, des adversaires dignes les uns des autres.»

«J'eus à peine fini de parler, ajoute M. Parry, que Lord Byron ordonna de placer notre chaloupe à côté de l'autre, et rapporta de point en point toute notre conversation au prince Mavrocordato. Tout en agissant ainsi, il se chargea d'apaiser la colère du prince et la mienne; et, quoique je fusse d'abord très-irrité, et que le prince fût aussi, je crois, fort indisposé, il y réussit. Mavrocordato ne me témoigna aucune sorte de mécontentement, et j'attachais trop de prix à la considération de Lord Byron pour lui garder longue rancune d'un procédé qui n'était, après tout, qu'une façon désagréable de nous réprimander tous deux».

Ce ne serait point une tâche dépourvue d'intérêt, que de suivre ainsi le caractère de Byron dans toutes ses ramifications;--car nous sommes certains que, même dans les pousses les plus éloignées et les plus déliées, l'éclat et la force de la souche première se feraient apercevoir. Mais nous en avons déjà peut-être assez dit pour mettre tous les esprits à même de conclure le reste.--Si nous avons ouvert ici la véritable voie d'analyse, il ne sera pas difficile d'en suivre les conséquences ultérieures. Déjà, peut-être, quelques lecteurs m'accusent d'avoir employé une trop considérable portion de ces pages, non-seulement à noter minutieusement les traits et les nuances du caractère de mon ami, mais, ce qui peut être regardé comme plus inutile encore, à relater toutes les habitudes et toutes les bizarreries qui distinguèrent sa vie journalière d'avec celle des autres hommes. Que les critiques du jour obéissent au sentiment de leur propre importance, en me blâmant de rappeler ces riens, c'est à quoi il faut naturellement s'attendre: mais ces mêmes critiques ne peuvent douter que, dans d'autres tems, ces minutieux détails sur un homme tel que Byron ne soient lus avec intérêt. La démarche agitée et incertaine de Catilina est regardée par d'habiles juges du cœur humain, comme une indication extérieure du caractère, importante à connaître. Mais les idolâtres adorateurs du génie se complaisent dans le souvenir de traits beaucoup moins significatifs. Même après trois siècles, nous apprenons avec plaisir que le Tasse aimait la malvoisie[102], et la croyait favorable à l'inspiration poétique: et, preuve encore plus amusante de la disposition du monde, à rappeler les petits détails relatifs aux grands hommes, la passion extrême du poète Pétrarque pour les navets est une des traditions conservées en si petit nombre sur son compte à Arqua.

[Note 102: Vin qu'on prépare avec le moût de raisins muscats, cuit jusqu'à la diminution de deux tiers, écumé avec soin, puis fortement agité, jusqu'à ce qu'il soit refroidi. C'est un vin extrêmement doux et sucré. On le tirait originairement de Grèce, par exemple, de Candie et de Chio. Mais on prépare maintenant, en Languedoc et en Provence, des malvoisies[C] qui sont transportées et débitées à Paris sous le nom de divers vins étrangers. (_Note du Trad._)]

[Note C: L'Académie donne à ce mot le genre féminin. (_Note du Trad._)]

La personne de Lord Byron a été si fréquemment représentée par la plume et par le pinceau, que je serais dispensé de la décrire, si un biographe n'était strictement obligé d'ébaucher au moins cette tâche.

La figure de Byron offrait le plus haut degré de beauté; car elle unissait à-la-fois la régularité des traits à l'expression la plus variée et la plus vive. En effet, la versatilité remarquable de son ame se trahissait dans le libre jeu de sa physionomie, qui s'obscurcissait ou brillait tour-à-tour sous la passagère influence des diverses pensées du moment.

Ses yeux, quoique d'un gris clair, étaient capables d'exprimer tous les sentimens, depuis la plus extrême hilarité jusqu'à la tristesse la plus profonde, depuis la bienveillance la plus tendre jusqu'aux plus sombres mouvemens de dédain ou de colère. J'eus l'occasion de voir avec quelle terrible énergie ils annonçaient cette dernière passion, un jour que je lui rapportai, assez indiscrètement, qu'une personne m'avait dit: «Défiez-vous de Lord Byron; il fera quelque jour un méchant trait.»--Est-ce un homme ou une femme qui vous a dit cela,» s'écria-t-il, en tournant soudain sur moi un regard de colère, qui, tout momentané qu'il fut, laissa en moi un souvenir durable, et dont je ne puis donner une exacte idée qu'en me servant des termes mêmes de l'écrivain, qui dit de Chatterton que «des flammes roulaient au fond de ses yeux.»

Mais c'était dans la bouche et dans le menton que résidaient la grande beauté et l'expression de la physionomie de Byron.--«On a fait de lui (dit une femme) plusieurs bustes ou portraits, avec un succès plus ou moins grand; mais l'extrême beauté de ses lèvres a échappé à tous les peintres et à tous les sculpteurs. Dans leur infatigable jeu, elles représentaient toutes ses émotions,--sa colère par leur pâleur, son dédain par leur moue, sa joie par leur sourire, son espiéglerie et son amour par leurs gracieuses fossettes.» Je croirais faire une injustice aux lecteurs, si je ne leur offrais encore quelques touches du même pinceau. «Cette extrême mobilité d'expression était quelquefois pénible à voir; car j'ai vu Lord Byron avoir l'air absolument laid;--je l'ai vu avoir l'air si dur et si froid, qu'il paraissait haïssable; puis, en un moment, plus radieux que le soleil, il avait une si aimable douceur dans son air, faisait briller une affection si empressée dans ses regards, donnait à ses lèvres un épanouissement si supérieur au sourire, qu'on oubliait l'homme,--Lord Byron,--dans l'image de beauté offerte à nos yeux, et contemplée avec une vive curiosité.--J'allais presque dire que tel dut apparaître le dieu de la poésie, le dieu du Vatican, lorsqu'il conversait avec les fils et les filles des hommes.»

Sa tête était remarquablement petite,[103]--au point d'offrir même un défaut de proportion avec sa figure. Le front, quoique un peu trop étroit, était haut, et le paraissait encore davantage, parce que Byron rasait sa chevelure au-dessus des tempes (afin de la conserver, disait-il); et les cheveux d'un noir luisant, qui se bouclaient par touffes sur sa tête, en complétaient la beauté. Ajoutez à cela que son nez, quoique beau, était peut-être un peu trop gros, que ses dents étaient blanches et régulièrement posées, que son teint était pâle, et vous aurez de sa physionomie la meilleure idée que les mots seuls puissent en donner.

[Note 103: «Plusieurs d'entre nous,» dit le colonel Napier, «essayèrent un jour son chapeau, et, sur douze ou quatorze personnes qui étaient à dîner, il n'y en eut pas une qui pût le mettre, tant sa tête était petite! Mon domestique, Thomas Wells, qui avait la plus petite tête du 90e régiment (il l'avait si petite qu'il avait peine à trouver un schako qui le coiffât), fut le seul qui pût mettre le chapeau de Lord Byron, et il en était même très-bien coiffé. (_Note de Moore_.)]

Sa taille était, comme il l'a dit lui-même, de cinq pieds huit pouces et demi, et c'est à la longueur de ses membres qu'il attribuait son talent de natation. Ses mains étaient très-blanches; et,--suivant son opinion sur la dimension des mains comme signe de noble naissance,--aristocratiquement petites. Il boitait du pied droit[104]; mais cette infirmité, quoique contraire à la grâce de ses mouvemens, ne diminuait que fort peu l'activité: et, eu égard à cette circonstance, ainsi qu'à l'habileté avec laquelle le pied était caché par le moyen de longs pantalons, il serait difficile de concevoir un défaut de ce genre qui causât moins de difformité, tandis que le timide embarras que la conscience continuelle de cette infirmité donnait aux premiers abords de mon noble ami, faisait de cette infirmité même une source d'intérêt.

[Note 104: En parlant de cette infirmité au commencement de mon ouvrage, je m'abstins, tant d'après mes propres doutes à ce sujet, que d'après la grande variété que je trouvai dans les souvenirs des autres, de spécifier de quel pied il boitait. En vérité, on aura peine à croire quelle incertitude je trouvai sur ce point, même dans l'esprit des gens qui avaient vécu dans la plus grande intimité avec lui. M. Hunt dit dans son livre que le vice de conformation existait au pied gauche; et cette assertion, quoique contraire à mes souvenirs, et, à ce qu'il paraît, à la réalité, était confirmée par le dire d'autres personnes qui avaient vécu avec Byron. En m'adressant à ses anciens amis de Southwell, et à son cordonnier de cette ville, je les trouvai si peu préparés à répondre avec certitude sur ce point, que ce n'est qu'en se rappelant que le pied boiteux «était le premier en montant la rue,» qu'ils en conclurent enfin que le membre affecté était le droit; et M. Jackson, son professeur de pugilat, fut pareillement obligé de se rappeler si son noble élève frappait à droite ou à gauche pour arriver à la même conclusion. (_Note de Moore_.)]

En revoyant le Journal dont j'avais intention de donner des extraits, je n'ai choisi que les opinions ou rêveries suivantes, relatives pour la plupart aux croyances religieuses. J'avais avancé dans la première partie de cet ouvrage que, «en aucun tems de sa vie, Lord Byron ne fut un incrédule décidé.» On a objecté à cette assertion que plusieurs passages de ses écrits prouvent directement le contraire. Mais cette objection, ainsi que l'interprétation de la plupart des passages citée à l'appui, se fonde, ce me semble, sur l'erreur, fort ordinaire en conversation, qui consiste à confondre la signification des mots incrédule et sceptique;--le premier supposant une opinion arrêtée, et le second le doute. Je n'ai pas moi-même toujours observé scrupuleusement cette distinction; et, dans un cas, je suis même entré par mégarde dans les idées de ceux que je combats en représentant Byron, dans sa jeunesse, comme «un écolier incrédule,» tandis que le mot «douteux» eût plus exactement exprimé ma pensée. Après cette explication nécessaire, je répéterai ici mon assertion; ou plutôt,--pour en mettre la substance sous une différente forme,--je dirai que Lord Byron fut, jusqu'au dernier moment, un sceptique, ce qui veut dire implicitement qu'il ne fut jamais un incrédule décidé.

* * * * *

PENSÉES DÉTACHÉES.

I.

«Si je devais recommencer à vivre, je ne sais ce que je voudrais changer dans ma vie, sinon vouloir n'avoir pas du tout vécu[105]. L'histoire, l'expérience, etc., nous apprennent que le bien et le mal sont assez également répartis dans l'existence d'ici-bas, et que ce qui est le plus désirable est d'en sortir facilement. Peut-elle nous donner autre chose que des années? et celles-ci n'ont guère de bon que leur fin.»

[Note 105: «Swift adopta de bonne heure (dit sir Walter-Scott) la coutume de regarder l'anniversaire de sa naissance comme un terme, non de joie, mais de chagrin, et de lire, à chaque retour de ce jour, ce passage frappant de l'Écriture, dans lequel Job déplore et maudit le jour où l'on dit dans la maison de son père «qu'un enfant était né.»--_Vie de Swift_. (_Note de Moore_.)]

II.

«L'immortalité de l'ame me paraît peu douteuse, si nous songeons un instant à l'action de l'esprit; il est dans une perpétuelle activité. Je doutai autrefois, mais la réflexion m'a mieux inspiré. L'esprit agit même indépendamment du corps,--dans les rêves, par exemple:--d'une manière incohérente et _folle_, je l'avoue; mais enfin c'est l'esprit qui agit, et même beaucoup plus que lorsque nous sommes éveillés. Or, cet esprit ne peut-il agir _isolément_, aussi bien que lors de son union avec le corps? Qui oserait nier cela? Les stoïciens, Épictète et Marc-Aurèle nomment l'existence actuelle «l'état d'une ame qui traîne un cadavre,»--lourde chaîne, sans aucun doute; mais toutes les chaînes, par cela même qu'elles sont matérielles, peuvent être brisées. Jusqu'à quel point notre vie future sera-t-elle _individuelle_; ou, pour mieux dire, jusqu'à quel point ressemblera-t-elle à notre existence présente? C'est une autre question; mais toujours est-il que l'éternité de l'esprit me semble aussi probable que celle du corps l'est peu. A la vérité, j'attaque ici la question sans recourir à la révélation, qui, après tout, en est une solution au moins aussi rationnelle qu'aucune autre. Une résurrection matérielle semble étrange et même absurde, excepté dans le but de punir; et toute punition, qui doit plutôt avoir le caractère d'une vengeance que d'une correction, est moralement mauvaise. Or, après la fin du monde, quelle pourra être la moralité ou l'utilité de tourmens éternels? Les passions humaines ont probablement défiguré les vérités divines sur ce point:--mais le problème est un mystère inabordable.»

III.

«Il est inutile de me dire: «Crois, et ne raisonne pas.» Vous feriez aussi bien de dire à un homme: «Ne veille pas, mais dors.» Puis, à quoi bon cet épouvantail de tortures, etc.? Je ne puis m'empêcher de penser que la menace de l'enfer fait autant de diables que les sévères codes pénaux de l'inhumaine humanité font de scélérats.»

IV.

«L'homme est né avec des passions charnelles, mais sa patrie spirituelle a une tendance secrète à l'amour du bien. Mais, grand Dieu! il est à présent un triste vase d'atomes.»

V.

«La matière est éternelle, toujours changeante, mais reproduite; et, autant que nous pouvons comprendre l'éternité, éternelle. Pourquoi l'esprit ne le serait-il pas? Pourquoi l'esprit n'agirait-il pas avec l'univers et sur l'univers, comme ses parcelles agissent avec et sur l'amas de poussière appelé humanité? Voyez comme un homme agit sur lui-même et sur les autres, ou même sur une multitude! La même action, dans un degré plus haut et plus pur, peut s'exercer sur les étoiles, etc, à l'infini.»

VI.

«J'ai souvent penché pour le matérialisme en philosophie, mais je n'ai jamais pu en concevoir l'introduction dans le christianisme, qui me paraît essentiellement fondé sur l'ame. Pour cette raison, le _Matérialisme chrétien_ de Priestley me pétrifia toujours d'étonnement. Croyez à la résurrection du corps, si vous voulez, mais non pas sans ame. Ce serait le diable, si après avoir eu ici-bas une ame, un esprit, une intelligence (comme il vous plaira de dire), nous devions en être privés dans l'autre monde, même pour une matérialité immortelle. J'avoue ma partialité pour l'esprit.»

VII.

«C'est toujours par un brillant soleil que je suis très-religieux, comme s'il y avait une association entre un essor intérieur vers une plus grande et plus pure clarté, et l'allumeur de cette sombre lanterne de notre existence extérieure.»

VIII.

«La nuit offre aussi un intérêt religieux,--et elle me l'offrit surtout quand je contemplai la lune et les étoiles à travers le télescope d'Herschell[106], et vis que c'étaient des mondes.»

[Note 106: Astronome célèbre par la découverte de la planète _Uranus_, et surtout par ses belles recherches en astronomie sidérale. (_Note du Trad._)]

IX.

«Si d'après certaines considérations, vous pouviez prouver que le monde est de plusieurs milliers d'années plus vieux que ne le fait la chronologie mosaïque, ou si vous pouviez vous débarrasser d'Adam et d'Ève, de la pomme et du serpent, que mettriez-vous à la place? ou quelle difficulté se trouve levée? Les choses doivent avoir eu un commencement, et peu importe _quand_ ou _comment_?»

X.

«Je soupçonne quelquefois que l'homme est le débris d'un être matériel supérieur, qui, échappé au naufrage d'un monde primitif, a dégénéré pendant une lutte dangereuse contre le chaos,--comme nous voyons les Lapons et les Esquimaux[107], etc., inférieurs à nous dans l'état présent, parce qu'ils sont soumis à des élémens plus inexorables. Mais alors même, il faut admettre que cette hypothétique création d'une race préadamite a eu une origine et un _créateur_,--car une création est plus naturelle à concevoir qu'un fortuit concours d'atomes: toutes choses remontent à une source, quoiqu'elles aillent se perdre dans un océan.»

[Note 107: C'est-à-dire tous les peuples que les naturalistes groupent sous le nom de _race hyperboréenne_. (_Note du Trad._)]

XI.

«Plutarque dit, dans sa _Vie de Lysandre_, qu'Aristote remarque «qu'en général les grands génies sont mélancoliques, et cite en exemple Socrate, Platon, Hercule (ou Héraclite[108])--et enfin Lysandre, qui ne fut pas mélancolique dans sa jeunesse, mais le devint en approchant de la vieillesse.» Suis-je ou non un génie? Quoique j'aie été proclamé tel par mes amis et par mes ennemis, en plus d'un pays et en plus d'une langue, et même dans un espace de tems assez court, je ne puis décider moi-même la question; mais je puis dire de ma mélancolie, que «elle s'accroît, et pourtant devrait diminuer.» Mais comment?

«Je pense, moi, que la plupart des hommes sont au fond mélancoliques, mais qu'on ne remarque cette disposition que chez les hommes remarquables. La duchesse de Broglie[109], en réponse à une remarque que j'avais faite sur les erreurs de gens d'esprit, me dit: «Ces gens-là ne se trompent pas plus que d'autres; mais étant plus en vue, ils sont plus observés, surtout en tout ce qui peut les rabaisser jusqu'aux autres hommes, ou élever les autres hommes jusqu'à eux.» C'était en 1816.

[Note 108: La leçon la plus probable du texte grec est Ἠρακλειτος et non Ἠρακλπς. (_Note du Trad._)]

»En effet (qu'on me permette la supposition), si les sottises des sots étaient toutes consignées par écrit comme celles des sages, les sages (qui ne paraissent aujourd'hui qu'une meilleure espèce de sots) sembleraient presque intelligens.»

[Note 109: Fille de Mme de Staël, et femme du pair actuel. (_Note du Trad._)]

XII.

«C'est singulier comme nous perdons vite l'impression de ce qui cesse d'être constamment sous nos yeux: une année la diminue, un lustre l'oblitère. Il n'en reste rien de distinct sans un effort de mémoire. Puis, en vérité, la lumière reparaît pour un moment; mais qui peut être sûr que l'imagination ne nous prête pas alors son flambeau? Qu'un homme essaie au bout de dix ans de se rappeler les traits, ou l'esprit, ou les paroles, ou les habitudes de son meilleur ami, ou de son _grand_ homme (je veux dire son favori, son Bonaparte, son monsieur tel ou tel), et il sera surpris de l'extrême confusion de ses idées. Je parle avec assurance sur ce point, car j'ai toujours passé pour être doué d'une bonne,--d'une excellente mémoire. J'excepte pourtant nos souvenirs de femmes; nous n'oublions pas plus ces maudites créatures que toute époque remarquable, comme la révolution,» ou «la peste,» ou «l'invasion,» ou «la comète,» ou «la guerre» de telle ou telle année,--toutes dates favorites de l'humanité, qui a tant de prospérités en partage qu'elle les met, comme choses trop vulgaires, dans la composition de ses calendriers. Par exemple, vous voyez: «grande sécheresse,» «Tamise gelée,» «guerre de sept ans,» «commencement de la révolution anglaise, française ou espagnole,--» «tremblement de terre de Lisbonne,» «tremblement de terre de Lima,» «tremblement de terre de Calabre,» «peste de Londres,» «_item_ de Constantinople,» «suette épidémique,» «fièvre jaune de Philadelphie, etc., etc., etc.» Mais vous ne voyez pas: «L'abondante moisson,» «le bel été,» «la longue paix,» «les spéculations prospères,» «l'heureuse navigation,» dans de si emphatiques éphémérides. A propos, il y a eu une guerre de trente ans et une guerre de soixante-dix ans; y a-t-il eu jamais une paix de soixante-dix ou trente ans? Y a-t-il même eu jamais une paix universelle d'un jour? Excepté peut-être en Chine, où l'on a trouvé le misérable bonheur d'une médiocrité stationnaire et pacifique. Et cela vient-il de l'avarice ou de la cruauté de la nature? ou de l'ingratitude des hommes? Que les philosophes décident. Je ne le sais pas.»

XIII.

«En général, je ne cadre pas bien avec les hommes de lettres; non pas que je les aie en aversion, mais je n'ai jamais rien à leur dire après avoir loué leur dernier ouvrage. Il y a plusieurs exceptions, sans aucun doute; mais alors ce sont des hommes du monde, comme Scott, Moore, etc.; ou des visionnaires étrangers au monde, comme Shelley, etc. Mais, pour les autres, je ne me trouvai jamais bien dans leur compagnie, et surtout je ne pus jamais souffrir vos littérateurs étrangers, excepté Giordani, et--et--et--(ma foi, je ne puis en citer un autre);--il n'y en a pas un que j'aie désiré voir deux fois, excepté peut-être Mezzophanti, qui est un monstre de linguistique, le Briarée des parties du discours, un polyglotte ambulant, qui aurait dû exister au tems de la Tour de Babel pour servir d'interprète universel. Il est vraiment merveilleux,--et pourtant modeste. Je le mis à l'épreuve dans toutes les langues dont je connaissais le plus petit juron (ou imprécation contre postillons, sauvages, tartares, bateliers, matelots, pilotes, gondoliers, muletiers, chameliers, voituriers, maîtres de poste, chevaux de poste, relais de poste, et tout ce qui concerne la poste); eh bien! il me confondit,--même dans mon anglais.»

XIV.

«Nul homme ne voudrait vivre de nouveau sa vie[110],» est un ancien et véritable dicton que chacun peut résoudre pour son propre compte. En même tems, il y a probablement dans la vie de la plupart des hommes certains momens pour lesquels ils consentiraient à revivre? Autrement, pourquoi vivons-nous? Parce que l'espérance a recours à la mémoire, et l'une et l'autre sont fausses;--mais--mais--mais--mais,--et ce _mais_ nous traîne jusque--à quoi? Je ne sais; et qui le sait? «Celui qui mourut mercredi.»

[Note 110: No man would _live_ his _life_ over again.]

* * * * *

En plaçant devant les yeux du lecteur ces derniers extraits des papiers que je possède, je devrais peut-être dire quelque chose,--en addition à ce que j'ai déjà émis sur le sujet,--concernant ces _Mémoires_, qu'en vertu du pouvoir discrétionnaire à moi confié par mon noble ami, je mis, peu de tems après sa mort, à la disposition de sa sœur et de son exécuteur testamentaire, et qu'un sentiment de respect pour sa mémoire fit livrer aux flammes. Toutefois, comme les circonstances liées à la reddition de ce manuscrit,--exigeant d'ailleurs beaucoup plus de détails que mes bornes ne me permettent,--ne concernent, sous aucun rapport, le caractère de Lord Byron, mais touchent uniquement le mien, ce n'est pas ici du moins que je me crois appelé à entrer en explication. Le monde continuera, sans doute, à juger de cette mesure comme il lui plaira; mais, après tout, c'est de notre propre opinion sur nos actions que notre bonheur dépend principalement, et je ne puis que dire que, si j'étais de nouveau placé dans les mêmes circonstances, je me déciderais,--dussé-je décupler le sacrifice pécuniaire que ma conduite me coûta,--à agir précisément de la même manière.

Pour la satisfaction de ceux dont le regret naît d'un meilleur motif que le simple désappointement d'une vaine curiosité, j'ajouterai ici que, sur la mystérieuse cause de la séparation, le manuscrit perdu n'apportait aucune espèce de lumière;--que bon nombre des détails qu'il contenait n'aurait jamais pu être publié[111], et que la plupart, sinon la totalité, des personnalités n'auraient pu paraître que long-tems après la mort des individus intéressés;--que d'ailleurs tout ce qui concernait réellement Lord Byron se trouvait (comme je le savais quand je fis ce sacrifice) répété dans les divers journaux et _memoranda_, qui, sans être tous mis à contribution, furent, comme le lecteur l'a vu dans cet ouvrage, tous exactement conservés.

[Note 111: Cette réflexion ne s'applique qu'à la seconde partie des _Mémoires_, car il n'y avait que peu de chose à publier dans la première partie, qui fut lue, comme on sait, par plusieurs amis du noble auteur. (_Note de Moore_.)]

En vérité, si la suppression est blâmable, j'ai, dans le cours de mon travail, plus d'une fois encouru ce blâme; car, comme le lecteur a dû s'en apercevoir, j'ai omis une portion considérable de matériaux, auxquels Lord Byron, sans doute, dans son insouciance complète des conséquences, aurait désiré donner la publicité, mais qui, suivant les plus grandes probabilités, ne verront jamais le jour.

Il ne me reste que peu de chose à ajouter. Lord Orford[112] a remarqué, comme «chose étrange, qu'en général le biographe devenait partisan fou de l'homme dont il écrivait la vie, tandis qu'on devrait naturellement penser que plus on étudie minutieusement la vie d'un homme, moins il doit paraître digne d'amour ou d'admiration.» Au contraire, ne pourrions-nous pas dire plus légitimement que, puisque le savoir est toujours la source de la tolérance, plus nous découvrons les motifs des actions d'un homme, les circonstances particulières dans lesquelles il fut placé, et les tentations sous l'influence desquelles il agit, plus nous sommes disposés à être indulgens pour ses erreurs, et forcés d'accorder notre approbation à ses vertus?

[Note 112: En parlant de la _Vie de Henri VIII_ de lord Herbert de Cherbury. (_Note de Moore_.)]

La biographie de Byron est une tâche ardue que je n'ai pas, du moins, de moi-même entreprise: mon ami avait plus d'une fois exprimé le désir que je me chargeasse de cet office, à une époque où lui seul pressentait que j'eusse une grande chance d'avoir ce triste honneur. Si dans quelques cas j'ai consulté plutôt l'esprit que la lettre de ses injonctions, ç'a été dans l'unique but d'être plus juste envers lui qu'il ne l'a été lui-même; car il n'y avait point de mains entre lesquelles son caractère pût être plus compromis qu'entre les siennes, ni on ne pouvait faire plus de tort à sa mémoire qu'en substituant ce qu'il affectait d'être à ce qu'il était réellement. Je ne crois point, toutefois, avoir poussé la partialité au-delà du degré que notre amitié mutuelle explique et justifie; et, en vérité, il ne serait pas possible à l'ami le plus partial d'alléguer rien de plus convaincant en faveur de son caractère que la simple énonciation des faits par lesquels je conclurais--durant sa vie, malgré toutes ses fautes, il ne perdit jamais un ami;--ceux qui l'entourèrent dans sa jeunesse, comme camarades, professeurs ou domestiques, lui demeurèrent attachés jusqu'au dernier moment;--la femme à qui il accorda son amour dans la maturité de l'âge, l'idolâtre encore; et, à une malheureuse exception près, on citerait à peine l'exemple d'une seule personne qui, après avoir eu les plus courtes relations d'amitié avec lui, n'ait pas éprouvé pour lui un sentiment de bienveillance, et gardé de lui un doux souvenir.

J'ai maintenant terminé mon sujet, et je ne serai pas aisément amené à y remettre la main. Toutes les erreurs qui me seront démontrées seront corrigées;--tous les faits nouveaux que d'autres pourront produire parleront d'eux-mêmes. Quant aux pures opinions, je n'y ferai aucune attention,--et encore moins aux insinuations mystérieuses. J'ai dit ce que je sais et pense sur mon ami, et j'abandonne maintenant son caractère moral et littéraire au jugement du monde.

FIN.

APPENDICE.

DEUX ÉPITRES TRADUITES DE L'ARMÉNIEN.

ÉPITRE DES CORINTHIENS A L'APÔTRE SAINT PAUL.

1. «Étienne, et avec lui les anciens de l'église corinthienne, Numène, Eubule, Théophile et Xinon, à Paul, notre père, notre évangéliste et fidèle maître en Jésus-Christ, salut.

2.»Il est venu à Corinthe deux hommes, nommés Simon et Cléobe, qui ébranlent dangereusement la foi de quelques-uns de nos frères par des paroles trompeuses et corrompues;

3.»Desquelles paroles il faut t'instruire:

4.»Car nous n'avons point entendu de telles paroles, ni de toi ni des autres apôtres;

5.»Mais nous savons seulement ce que nous avons entendu de toi et d'eux; et nous l'avons fermement gardé.

6.»Mais notre Seigneur a eu compassion de nous, en ceci surtout que, tandis que tu es encore avec nous en chair, nous pouvons encore entendre de toi la parole divine.

7.»Écris-nous donc, ou viens toi-même bientôt parmi nous.

8.»Nous croyons dans le Seigneur qui, comme il fut révélé à Théonas, t'a délivré des mains des infidèles.

9.»Mais voici les paroles criminelles de ces hommes impurs. Ils disent et enseignent:

10.»Qu'il convient de ne point admettre l'autorité des prophètes.

11.»Ils n'affirment pas non plus l'omnipotence de Dieu;

12.»Ils n'affirment pas non plus la résurrection de la chair;

13.»Ils n'affirment pas non plus que l'homme fut créé par Dieu;

14.»Ils n'affirment pas non plus que Jésus-Christ fut incarné dans le sein de la Vierge Marie;

15.»Ils disent aussi que le monde ne fut pas l'ouvrage de Dieu, mais d'un ange.

16.»Hâte-toi donc de venir parmi nous,

17.»Afin que cette cité des Corinthiens demeure sans scandale,

18.»Et que la folie de ces hommes devienne manifeste par une claire réfutation. Adieu.»

* * * * *

Les diacres Thérepte et Tique reçurent et portèrent cette épître à la cité des Philippiens.

Lorsque Paul reçut l'épître, quoiqu'il fût alors dans les fers à cause de Stratonice, femme d'Apollophane, cependant, oubliant pour ainsi dire ses chaînes, il fut affligé de ces paroles, et dit en pleurant: «Mieux vaudrait pour moi être mort, et avec le Seigneur; car tandis que je suis dans ce corps, et que j'entends les abominables paroles d'une si fausse doctrine, voyez, j'éprouve douleur sur douleur; et mon affliction ajoute un poids à mes fers, quand je vois cette calamité, et ce progrès des machinations de Satan qui cherche à nuire.»

Et ainsi, dans une profonde affliction, Paul composa sa réponse à l'épître.

ÉPITRE DE PAUL AUX CORINTHIENS.

1. «Paul, emprisonné pour Jésus-Christ, et troublé par diverses douleurs, à ses frères Corinthiens, salut.

2.»Je ne m'étonne pas que les prédicateurs du mal aient fait ce progrès.

3.»Car, comme le Seigneur Jésus est près d'accomplir sa venue, c'est pour cela même que certains hommes altèrent et méprisent ces paroles.

4.»Mais, en vérité, je vous ai, dès le principe, enseigné ce que j'appris des premiers apôtres, qui demeurèrent toujours avec le Seigneur Jésus-Christ.

5.»Et je vous dis maintenant que le Seigneur Jésus-Christ naquit de la Vierge Marie, qui était de la race de David.

6.»Conformément à l'annonciation du Saint-Esprit, à elle envoyé par notre Père du haut des cieux;

7.»Afin que Jésus fut introduit dans le monde, et délivrât notre chair par sa chair, et qu'il nous ressuscitât d'entre les morts;

8.»Comme il en a été lui-même un exemple;

9.»Afin qu'il fût manifeste que l'homme a été créé par le Père céleste;

10.»Il n'a pas été abandonné dans la perdition;

11.»Mais il est recherché pour être revivifié par l'adoption.

12.»Car Dieu, qui est le Seigneur tout-puissant, le père de notre Seigneur Jésus-Christ, et qui créa le ciel et la terre, envoya d'abord les prophètes aux Juifs;

13.»Afin qu'il les purifiât de leurs péchés, et les amenât à son jugement.

14.»Parce qu'il désirait sauver, d'abord, la maison d'Israël, il donna et inspira son esprit aux prophètes;

15.»Afin qu'ils prêchassent pendant long-tems le culte de Dieu, et la nativité du Christ.

16.»Mais celui qui fut le prince du mal, quand il désira se faire dieu lui-même, mit sa main sur eux;

17. Et retint tous les hommes dans le péché.

18.»Car le jugement du monde approchait.

19.»Mais le Tout-Puissant, quand il voulut juger, n'abandonna pas volontiers sa créature;

20.»Mais quand il vit son affliction, il eut compassion d'elle:

21.»Et à la fin du tems, il envoya le Saint-Esprit dans la Vierge annoncée par les prophètes.

22.»Laquelle, ferme dans sa foi, fut rendue digne de concevoir et d'enfanter notre Seigneur Jésus-Christ.

23.»Afin que le malin esprit fût chassé de ce corps périssable, où il s'était glorifié, et qu'il devînt manifeste.

24.»Qu'il n'était point Dieu: car Jésus-Christ, par sa chair, avait sauvé cette périssable chair, et l'avait appelée à la vie éternelle par la foi.

25.»Car dans son corps il préparait un pur temple de justice pour tous les âges;

26.»Et c'est en lui que, quand nous croyons, nous sommes sauvés.

27.»Sachez donc que ces hommes sont, non pas les enfans de la justice, mais les enfans de la colère;

28.»Lesquels éloignent d'eux la compassion de Dieu;

29.»Lesquels disent que ni les cieux ni la terre ne furent les œuvres produites par la main du père de toutes choses.

30.»Mais ces hommes maudits ont la doctrine du serpent.

31.»Mais vous, par la grâce de Dieu, retirez-vous loin d'eux, et bannissez loin de vous la doctrine des méchans.

32.»Car vous n'êtes pas les enfans de la rebellion, mais les fils de l'église bien-aimée.

33.»Et c'est pour cela que le tems de la résurrection est prêché à tous les hommes.

34.»Donc ceux qui affirment qu'il n'y a pas de résurrection de la chair, ne sont point appelés à la vie éternelle;

35.»Mais c'est pour être jugé et condamné que l'incrédule ressuscitera en chair;

36.»Car à ce corps qui renie la résurrection du corps, la résurrection ne sera pas accordée, puisqu'il y a des hommes qui repoussent la résurrection.

37.»Mais vous, Corinthiens! vous avez appris, d'après l'exemple du blé et des autres semences;

38.»Qu'un grain tombe dans la terre, et d'abord y meurt;

39.»Et puis renaît, par la volonté de Dieu, avec le même corps;

40.»Et, en vérité, il ne renaît pas qu'avec le même corps, mais il renaît multiple, et comblé de bénédictions.

41.»Mais nous citons l'exemple, non-seulement des semences, mais des honorables corps des hommes.

42.»Vous aussi avez entendu parler de Jonas, fils d'Amathi.

43.»Parce qu'il tarda d'aller prêcher à Ninive, il fut englouti dans le ventre d'un poisson durant trois jours et trois nuits;

44.»Et après trois jours, Dieu entendit la supplication de Jonas, et le retira du profond abîme;

45»Aucune partie de son corps n'était corrompue, ni son sourcil ne s'était abaissé.

46.»Et à combien plus forte raison serez-vous ressuscités, ô hommes de peu de foi!

47.»Si vous croyez en notre Seigneur Jésus-Christ, il vous ressuscitera, comme il est lui-même ressuscité.

48.»Si les os du prophète Élisée ranimèrent le mort qui les toucha[113],

49.»A plus forte raison, vous, qui êtes soutenus par la chair, le sang et l'esprit du Christ, vous vous releverez en ce grand jour avec un corps accompli?

50.»Le prophète Élie, en embrassant le fils de la veuve[114], le ressuscita d'entre les morts:

51.»A plus forte raison Jésus-Christ vous ranimera, en ce jour, avec un corps accompli, comme il est lui-même ressuscité.

[Note 113: L'Écriture dit qu'un mort, ayant été jeté dans le tombeau d'Élisée, ressuscita en touchant les os de ce prophète. (_Note du Trad._)]

[Note 114: Élie multiplia l'huile de la veuve de Sarepta, et ressuscita son fils. (_Note du Trad._)]

52.»Vous n'admettrez pas d'autres choses en vain.

53.»Désormais personne ne peut plus m'inquiéter, car je porte sur mon corps ces fers;

54.»Pour obtenir le Christ; et je souffre avec patience ces afflictions, pour devenir digne de la résurrection d'entre les morts.

55.»Et vous qui avez reçu la loi des mains des bienheureux prophètes et du saint évangéliste, gardez-la tous fermement;

56.»Jusqu'à la fin du monde, afin que vous soyez récompensés dans la résurrection de la chair, et dans la possession de la vie éternelle.

57.»Mais si quelqu'un de vous meurt dans l'incrédulité, il sera jugé avec les pécheurs, et puni avec ceux qui ont une fausse foi.

58.»Car c'est une race de vipères, ce sont les enfans des dragons et des basilics.

59.»Retirez-vous loin d'eux, et fuyez avec l'aide de notre Seigneur Jésus-Christ.

60.»Et la paix et la grâce du fils bien-aimé soient avec vous. Ainsi-soit-il.»

* * * * *

_Fait en anglais par moi, en janvier-février 1817, au couvent de San-Lazaro, à l'aide du texte arménien expliqué par le père Pascal Aucher, moine arménien_.

BYRON.

Venise, 10 avril 1817.

_J'eus aussi le texte latin, mais il est en plusieurs endroits fort altéré, et il y a de grandes omissions_.

LETTRE DE M. TURNER, RELATIVE A L'EXPLOIT DE LÉANDRE.

Huit mois après la publication de mon _Tour dans le Levant_, il parut dans le _London Magazine_, puis dans la plupart des journaux, une lettre de feu Lord Byron à M. Murray.

J'éprouvai sur-le-champ le désir de repousser une accusation d'erreur si directement portée contre moi; mais je pensai, et les amis que je consultai pensèrent avec moi, que je ferais mieux d'attendre une occasion plus favorable que celle fournie par les journaux pour défendre mon opinion, qu'une autorité aussi imposante que la lettre de Lord Byron n'ébranlait pas, et qui, j'ose dire, reste encore inébranlable.

Je dois cependant regretter d'avoir résisté au premier mouvement qui me portait à répondre sur le champ. Le bras de la mort a enlevé Lord Byron de son trône littéraire et poétique, et je ne puis que me garder de l'imputation illibérale d'attaquer les morts puissans, dont le talent m'eût fait trembler de lutter avec eux de leur vivant, en me bornant scrupuleusement aux faits et aux éclaircissemens qui sont strictement nécessaires pour détruire l'accusation d'erreur, de faux rapport et de présomption, griefs dont tout écrivain doit souhaiter de se montrer innocent.

Lord Byron commença par dire: «_Le courant_ n'était pas en notre faveur», et ajouta «ni moi ni personne à bord de la frégate n'avions connaissance d'une différence de courant sur la rive asiatique; je n'en entendis jamais parler jusqu'à ce moment». Sa seigneurie avait probablement oublié que Strabon décrit distinctement la différence de courant dans les termes suivans:

«Διὸ καὶ εὐπετέστερον ἐκ τῆς Σηστοῦ διαίρουσι παραλλαξάμενοι μικρὸν ἐπὶ τὸν τῆς Ἡροῦς πύργον, κἀκεῖθεν ἀφιέντες τὰ πλοῖα συμπράττοντος τοῦ ῥοῦ πρὸς τὴν περαίωσιν. Τοῖς δ᾽ ἐξ Ἀβύδου περαιουμένοις παραλλακτέον ἐστὶ ἐπὶ τἀναντία, ὀκτώ που σταδίους ἐπὶ πύργον τινὰ κατ᾽ ἀντικρὺ τῆς Σηστοῦ, ἔπειτα διαίρειν πλάγιον, καὶ μὴ τελέως ἔχουσιν ἐναντίον τὸν ῥοῦν.»--«_Ideòque_ facilius à Sesto trajiciunt _paululùm deflexâ navigatione ad Herus turrim, atque indè_ navigia dimittentes adjuvante etiam fluxu trajectum. _Qui ab Abydo trajiciunt, in contrariam flectunt partem ad octo stadia ad turrim quamdam è regione Sesti: hinc_ obliquè _trajiciunt, non_ prorsùs _contrario fluxu_[115].»

[Note 115: Strabon, liv. XIII, édition d'Oxford.]

L'auteur dit clairement que le courant assiste ceux qui partent de Sestos, et les mots ἀφιέντες τὰ πλοῖα,--_navigia dimittentes_:--«laissant leurs barques aller d'elles-mêmes,» montrent combien l'assistance du courant était considérable; tandis que les mots πλάγιον,--_obliquè_,--et τελέως,--_prorsùs_, prouvent nettement que ceux qui venaient d'Abydos étaient obligés de traverser le détroit dans une direction _oblique_, ou qu'ils auraient eu le courant _tout-à-fait_ contre eux.

De cette ancienne autorité, qui, je l'avoue, me paraît incontestable, passons aux modernes. Le baron de Tott, qui, ayant résidé quelque tems sur les lieux en qualité d'ingénieur pour la construction des batteries, doit être supposé pleinement instruit sur ce point, s'est exprimé en ces termes:--

«La surabondance des eaux que la mer Noire reçoit, et qu'elle ne peut évaporer, versée dans la Méditerranée par le Bosphore de Thrace et la Propontide, forme aux Dardanelles des courans si violens, que souvent les bâtimens, toutes voiles dehors, ont peine à les vaincre. Les pilotes doivent encore observer, lorsque le vent suffit, de diriger leur route de manière à présenter le moins de résistance possible à l'effort des eaux. On sent que cette étude a pour base la direction des courans, qui, _renvoyés d'une pointe à l'autre_, forment des obstacles à la navigation, et feraient courir les plus grands risques si l'on négligeait ces connaissances hydrographiques».--_Mémoires de Tott_, IIIe partie.

A ces citations j'ajouterai l'opinion de Tournefort, qui, dans sa description du détroit, exprime avec ironie son peu de foi à la réalité de l'exploit de Léandre; et pour montrer que les plus récens voyages s'accordent avec les anciens, je terminerai par une phrase de M. Madden, qui vient de revenir du lieu même. «Ce fut en partant de la rive européenne que Lord Byron nagea _avec_ le courant, dont la vitesse est d'environ quatre milles à l'heure. Mais je crois qu'il eût trouvé le trajet totalement impraticable en allant d'Abydos en Europe».--_Voyages de Madden_, vol. I.

Il y a dans la lettre de Lord Byron deux autres observations que je crois nécessaire de rappeler.

«M. Turner dit: «_Tout ce qu'on jette dans le courant de ce point de la côte européenne arrive nécessairement à la rive asiatique_». Cela est si loin d'être vrai, que les objets jetés arrivent nécessairement dans l'Archipel, s'ils sont abandonnés au courant,--quoiqu'un vent violent de la côte d'Asie[116] puisse avoir quelquefois cet effet».

[Note 116: «C'est évidemment une méprise de l'écrivain ou de l'imprimeur. Sa seigneurie doit avoir voulu dire un vent violent de la côte d'Europe, puisque nul vent de la côte d'Asie ne pourrait avoir l'effet de porter un objet à cette côte.»

Je crois qu'il est à propos de remarquer que c'est M. Turner qui a commis ici la méprise dont il accuse autrui; les mots employés par Lord Byron étant, non comme cite M. Turner, «de la côte d'Asie» (_from the asiatic side_); mais «dans la direction asiatique» (_at the asiatic direction_). (_Note de Moore_.)]

Ici Lord Byron a raison, et je n'hésite point à avouer que j'eus tort. Mais j'eus tort selon la lettre, et non suivant l'esprit. Tout objet jeté de la rive européenne dans le courant, serait entraîné dans l'Archipel, parce qu'après être arrivé à une distance assez courte de la rive asiatique pour qu'un homme pût y avoir pied ou peu s'en faut, il serait de nouveau éloigné de la côte par le courant qui part du promontoire asiatique. Mais ce serait chose indifférente pour un nageur, qui, étant si près de terre, gagnerait le bord, sinon en marchant, du moins par un léger effort.

Lord Byron ajoute, dans son _post-scriptum_: «Le détroit, toutefois, n'est point extraordinairement large, même dans sa plus grande dimension au-dessus et au-dessous des forts». Ici je me hasarderai à exprimer un sentiment contraire, avec défiance toutefois, mais avec une défiance diminuée par la facilité avec laquelle ce fait peut être vérifié. Le détroit s'élargit si considérablement au-dessus des forts par la baie de Maytos, et par la baie opposée sur la côte d'Asie, que l'espace à traverser à la nage en ce sens serait, suivant mon pauvre jugement, trop grand pour être franchi par qui que ce fût d'Asie en Europe, avec un tel courant à vaincre.

Je conclus en énonçant comme mon humble opinion, que personne n'est obligé de croire à la possibilité de l'exploit de Léandre, jusqu'à ce que le trajet ait été fait par un nageur, au moins d'Asie en Europe. Le sceptique est même en droit d'exiger, comme condition de sa foi, que le détroit soit traversé, comme Léandre est dit l'avoir fait, dans les deux sens au moins dans l'espace de quatorze heures.

W. TURNER.

EXPOSÉ DE LA CONSULTATION, PAR M. MILLINGEN.

Comme l'exposé de M. Millingen diffère totalement de celui du docteur Bruno, il est à-propos que le lecteur voie les propres paroles de Millingen:--

«Le matin (18 février) on se décida à faire une consultation à laquelle le docteur Lucca-Vega et le docteur Freiber, mes aides, furent invités. Le docteur Bruno et Lucca proposèrent d'avoir recours aux antispasmodiques et autres remèdes employés dans la dernière période du typhus. Freiber et moi nous soutînmes que ces moyens ne pourraient que hâter la fatale terminaison; que rien n'était plus empirique que de courir d'un extrême à l'autre; que si, comme nous le pensions tous, le mal était dû à la métastase de l'inflammation catarrhale, les symptômes actuels ne dépendaient que du progrès rapide et considérable qu'il avait fait dans un organe auparavant si affaibli et si irritable. Les antiphlogistiques ne pouvaient être nuisibles dans ce cas; ils seraient inutiles, il est vrai, si la désorganisation était déjà opérée; mais alors, puisque tout espoir serait anéanti, quels moyens ne seraient pas superflus? Nous recommandâmes l'application de nombreuses sangsues aux tempes, derrière les oreilles, et le long du trajet de la veine jugulaire, un large vésicatoire entre les épaules, et les sinapismes aux pieds, comme moyens offrant les dernières chances de succès, si faibles qu'elles fussent. Le docteur Bruno, comme médecin ordinaire du malade, eut voix prépondérante, et prépara la potion antispasmodique que le docteur Lucca et lui étaient d'avis d'administrer; elle était composée d'une forte infusion de valériane, d'éther, etc. Après l'administration de la première dose, le mouvement convulsif et le délire s'accrurent; mais, malgré mes représentations, une seconde dose fut donnée une demi-heure après. Après avoir articulé conformément quelques phrases entrecoupées, le patient tomba bientôt dans un sommeil comateux, qui le lendemain se termina par la mort. Il expira le 19 avril, à six heures du soir.»

TESTAMENT DE LORD BYRON, EXTRAIT DU REGISTRE DE LA COUR DE CANTORBÉRY.

Moi, George Gordon, lord Byron, baron Byron, de Rochdale, dans le comté de Lancastre, signifie mes dernières volontés par le testament suivant:--Je donne et lègue mon susdit fief de Rochdale, dans le dit comté de Lancastre, avec jouissance entière des droits, prérogatives, dépendances et appartenances d'icelui, et toutes mes terres, métairies, héritages et immeubles situés dans la paroisse, ou seigneurie susdite de Rochdale, et tous mes autres domaines, terres, héritages et immeubles quelconques, à mes amis John Cam Hobhouse, ci-devant du collége de la Trinité, à Cambridge, esquire, et John Hanson, membre de la chancellerie, à Londres, esquire, pour qu'ils en usent et disposent, eux, leurs héritiers et légataires, suivant l'intention par moi déclarée que les susdits John Cam Hobhouse et John Hanson; et en cas de décès du survivant, et les héritiers et légataires du survivant, vendent et cèdent, aussitôt qu'on pourra le faire convenablement après mon décès, le susdit fief et les susdits immeubles au plus haut prix possible, soit par contrat fait de gré à gré ou par vente publique à l'enchère, soit en un seul lot ou en plusieurs, comme mes susdits fondés de pouvoir le jugeront à propos; et pour faciliter cette vente ou ces ventes, j'entends que le reçu ou les reçus de mes susdits fondés de pouvoir, ou du survivant, ou des héritiers et légataires d'icelui, soient une bonne et suffisante quittance à l'acheteur ou aux acheteurs de mes susdits immeubles, et d'une ou plusieurs parties d'iceux, pour autant d'argent que ces reçus reconnaîtront; et que l'acheteur ou les acheteurs, et leurs héritiers et légataires ne soient plus en aucune façon responsables du prix d'achat, ni obligés de surveiller l'emploi de ces fonds: et je veux et entends que mes susdits fondés de pouvoir demeurent en possession de tout l'argent à retirer de la vente de mes susdits immeubles comme dépôt destiné et consacré à l'accomplissement des intentions et volontés que je manifeste et déclare ci-après concernant iceux. Et tandis que j'ai, par certains actes passés par-devant notaire lors de mon mariage avec ma présente femme, cédé la totalité de mon fief et domaine de Newstead, dans les paroisses de Newstead et de Linley, comté de Nottingham, à des fondés de pouvoir, à condition de vendre le susdit domaine ou fief, et d'appliquer la somme de soixante mille livres sterling, partie de l'argent à provenir de cette vente, à l'exécution de mon contrat de mariage: aujourd'hui je donne et lègue par le présent acte tout le reste du prix de la vente de mon susdit domaine de Newstead, et la totalité des susdites soixante mille livres sterling, ou telle part d'icelles qui ne sera point payée et payable pour mon susdit contrat de mariage, aux susdits John Cam Hobhouse et John Hanson, à leurs exécuteurs testamentaires, mandataires et légataires, comme dépôt destiné à l'accomplissement des intentions et volontés que je manifeste ci-après sur le reste de ma fortune personnelle. Je donne et lègue à chacun de mes exécuteurs testamentaires, les susdits John Cam Hobhouse et John Hanson, la somme de mille livres sterling. Je donne et lègue tout le reste, résidu ou reliquat de ma fortune personnelle aux susdits John Cam Hobhouse et John Hanson, à leurs exécuteurs testamentaires, mandataires et légataires, à cette fin que les deux susdits fondés de pouvoir ou le survivant, ou les exécuteurs testamentaires et mandataires du survivant, se mettent en possession de tous les restes et reliquats de ma fortune personnelle, et de tout l'argent à provenir de la vente de mes immeubles à eux légués ci-dessus, et de tout ce qui reste disponible sur le prix de vente de mon susdit fief de Newstead, après le paiement de mes dettes et de mes legs, pour remplir mes volontés et intentions ci-après déclarées, c'est-à-dire, pour que mes susdits fondés de pouvoir, ou le survivant, ou les exécuteurs testamentaires et mandataires du survivant, placent les susdites sommes sur les fonds publics, ou sur le trésor, ou sur hypothèques, avec pouvoir de varier, changer et transposer ces placemens durant la vie de ma sœur Augusta-Marie Leigh, épouse de George Leigh, esquire, d'en toucher les intérêts, dividendes et produits annuels, au fur et à mesure que ces intérêts, dividendes et produits annuels écherront et deviendront payables, et de verser les susdits intérêts, dividendes et produits annuels entre les propres mains de la dite Augusta-Marie Leigh, pour son usage et bénéfice particulier, sans que les susdits intérêts, dividendes et produits annuels puissent jamais être atteints par le contrôle, les dettes ou les engagemens du mari actuel ou à venir de ladite Augusta-Marie Leigh, ou entre les mains de la personne ou des personnes que ma dite sœur désignera chaque fois, par un écrit de sa main, nonobstant son mariage présent ou un mariage à venir; et pour que, immédiatement après le décès de ma dite sœur, mes susdits fondés de pouvoir, ou le survivant, ou les exécuteurs testamentaires et mandataires du survivant, donnent et transfèrent tous mes biens ci-dessus mentionnés et à eux confiés en dépôt, ou les titres de rentes, capitaux ou immeubles, en lesquels ou sur lesquels les susdits biens auront été convertis ou hypothéqués, à l'enfant ou, s'il y en a plus d'un, aux enfans de ma dite sœur, suivant telles répartitions, distributions et proportions, et cela en intérêts ou en principal à telle époque ou telles époques, et avec telles conditions, clauses et restrictions, que ma dite sœur aura déterminées et réglées de son vivant, à quelque époque que ce soit, en puissance de mari ou non, par un ou plusieurs actes, notariés ou non, dressés par écrit, avec ou sans pouvoir de révocation, et scellés et délivrés en présence de deux témoins honorables ou plus, ou par ses dernières volontés exprimées dans un testament écrit, ou par toute pièce écrite en guise de testament; et au cas que ma dite sœur meure sans testament ou de mon vivant, je veux que mes deux susdits fondés de pouvoir, ou le survivant, ou ses exécuteurs testamentaires, mandataires et légataires, donnent et transfèrent tous les biens mobiliers et immobiliers à eux confiés à l'enfant, ou, s'il y en a plus d'un, aux enfans de ma dite sœur, par portions égales, et cela, suivant le cas, à l'unique enfant mâle ou à chacun des enfans mâles, à l'époque de sa vingt-et-unième année, et à la fille unique ou à chacune des filles à l'époque de sa vingt-et-unième année, ou de son mariage s'il a lieu avant sa vingt-et-unième année; et au cas qu'un enfant meure, si c'est un garçon, sans avoir atteint l'âge de vingt-et-un-ans, et si c'est une fille, sans avoir atteint le même âge de vingt-et-un ans ni s'être mariée, je veux et ordonne que la part ou les parts du décédé, ou des décédés, reviennent à l'enfant ou aux enfans survivans. Et j'entends que mes susdits fondés de pouvoir emploient et consacrent les intérêts et dividendes des parts de chacun des susdits enfans à leur entretien et à leur éducation durant leur minorité; mais que les intérêts et dividendes qui n'auront pas été ainsi employés s'accumulent et grossissent le capital. Or je nomme, établis et désigne les susdits John Cam Hobhouse et John Hanson pour exécuteurs de ce testament. Et je veux et entends que mes susdits fondés de pouvoir ne soient pas responsables l'un pour l'autre, mais que chacun ne soit responsable que de ses actes, contrats, reçus ou malversations, et que mes susdits fondés de pouvoir soient autorisés à retenir et à prélever sur les fonds qui viendront en leurs mains d'après les dispositions ci-dessus mentionnées, tous les frais et toutes les dépenses qu'ils auront à payer et à soutenir en exécution des clauses ci-dessus mentionnées. Je fais les susdites dispositions en faveur de ma sœur et de ses enfans, parce que ma chère femme lady Byron et tous les enfans que je puis avoir sont amplement pourvus; et, enfin, je révoque tous les testamens antérieurement faits par moi, et je déclare celui-là seul comme valable. En foi de quoi j'ai, sur ce testament, contenu dans trois feuilles de papier, apposé ma signature aux deux premières feuilles, et ma signature et mon sceau à cette troisième et dernière feuille, ce 29e jour de juillet, en l'an de grâce 1815.

BYRON (L. S.)

Signé, scellé, publié et déclaré par ledit testateur Lord Byron, comme son dernier testament, en notre présence; et, à sa requête, en sa présence, et en présence les uns des autres, nous avons signé comme témoin.

THOMAS-JONES MAWSE, EDMUND GRIFFIN, FREDERICK JERVIS, _Clercs de chancellerie_.

CODICILLE.--Je soussigné, très-honorable George Gordon, Lord Byron, ajoute ce codicille à mon testament. Je donne et lègue à Allégra Byron, enfant d'environ vingt mois, élevée par moi, et résidant maintenant à Venise, la somme de cinq mille livres sterling, que je charge mes exécuteurs testamentaires de lui payer à l'époque de sa vingt-et-unième année, ou le jour de son mariage, s'il a lieu avant cette époque, à condition qu'elle ne se mariera pas avec un natif de la Grande-Bretagne. Et je charge mes susdits exécuteurs testamentaires de placer, aussitôt que possible après mon décès, ladite somme de cinq mille livres sterling sur le gouvernement ou sur bonne hypothèque, et d'en employer le revenu annuel à l'entretien et à l'éducation de la susdite Allégra Byron, jusqu'à ce que la susdite ait atteint l'âge de vingt-et-un ans, ou se soit mariée, comme il est dit plus haut; mais au cas qu'elle meure avant d'atteindre ledit âge et sans s'être mariée, alors je veux que ladite somme de cinq mille livres sterling fasse partie du reste de ma fortune personnelle; et, sous tous autres rapports, je confirme mon testament, et déclare y ajouter ce codicille. En foi de quoi j'ai mis ici ma signature et mon sceau, à Venise, ce 17e jour de novembre, l'an de grâce 1818.

BYRON (L. S.).

Signé, scellé, publié et déclaré par ledit Lord Byron, comme codicille ajouté à son testament, en notre présence; et à sa requête, en sa présence, et en présence l'un de l'autre, nous avons signé comme témoins.

NEWTON HANSON. WILLIAM FLETCHER.

Confirmé à Londres (avec un codicille), le 6 juillet 1824, par-devant l'honorable Étienne Lushington, docteur ès-lois, et substitut, par les sermens de John Cam Hobhouse et de John Hanson, esquires, à qui l'exécution du testament a été confiée, lesquels ont juré qu'ils l'exécuteraient fidèlement.

NATHANIEL GRISKINS, GEORGE JENNER, CHARLES DYNELEY,

_Greffiers_.

FIN.

INDEX ALPHABÉTIQUE DES PERSONNAGES MENTIONNÉS DANS LES ŒUVRES POÉTIQUES DE LORD BYRON[117].

[Note 117: Le chiffre romain indique le volume; le chiffre arabe, la page.]

A.

Abailard, VIII, 128. Abel, personnage de _Caïn_, VIII, 166. _Passim_. Aberdeen (lord), II, 35; III, 134. Abdallah, personnage de la _Fiancée d'Abydos_, V, 98. _Passim_. Achille, I, 292, 408, 469; II, 305; III, 61, 99, 103; V, 123; VIII, 186. Achmet III, V, 239. Ada, fille de Lord Byron, I, 43, 49; III, 143, 187. Adah, VIII, 166. _Passim_. Adam, personnage de _Caïn_, VIII, 166, 376. Adam, I, 115, 132, 319; II, 10, 213; V, 123. Addison, II, 297; III, 341; VII, 399. Adeline Amundeville (lady), personnage de _Don Juan_, II, 141. _Passim_. Adrien, II, 320; III, 165. Aesietes, V, 123. Afres (génie malfaisant), V, 33. Aglietti, III, 206. Agostini (Léonard), III, 315. Aguccheek, sir Andrews, II, 389. Aholibaniah, personnage de _Ciel et Terre_, VI, 372, _Passim_. Ajax, III, 99. Alaric, III, 61. Albane, II, 161. Albrizzi, III, 206. Alcée, I, 245; II, 352. Alcibiade, II, 227, 308. Aldabelle, IV, 364. Alembert (D'), III, 143. Alexandre-le-Grand, I, 309; II, 8, 138; III, 104, 390; V, 123. Alexandre, empereur de Russie, I, 395; II, 215. Alexandre III (le pape), III, 290. Alfieri, III, 206, 228, 317; V, 335; VII, 165. Ali-Pacha, I, 17, 18, 318; III; 78, 80, 86, 105; 106, 133, 135, 137; V, 126; VII, 396. Almoro Donato, VIII, 147, 148. Alph, personnage du _Siége de Corinthe_, V, 295. Alphonse III, V, 230. Alphonse le roi, VIII, 387. Alphonso, personnage de _Don Juan_, I, 96. _Passim_. Al-Sirat (arche de), V, 23. Altada, personnage de _Sardanapale_, VII, 5. _Passim_. Anacréon, I, 13, 90; II, 299, 320. Anah, personnage de _Ciel et Terre_, VI, 372. _Passim_. Anastasius-Macédon, III, 141. Anchise, III, 227. Anderson, IV, 40. Andrews, II, 369. Ange (du Seigneur), personnage de _Caïn_, VIII, 166. _Passim_. Angelo, III, 228. Angiolina, personnage de _Marino Faliero_, VI, 86. _Passim_. Angiolin, II, 363. Angle, II, 173. Anjou (Charles d'), III, 320. Anna Comnène, III, 132. Anne (Marie). Il lui adresse une pièce de vers. V, 420. Anne (l'impératrice), II, 57. Anne (la reine), II, 40. Annibal, III, 336, 337; VIII, 291. Anselme, personnage du _Corsaire_, V, 161. Anson (George), I, 189. Anstey, I, 350; II, 278. Antonio Venieri, VIII, 147. Antiloque, V, 123. Antinoüs, III, 99. Antoine, I, 359, 364; II, 243; III, 120. Antonia, personnage de _Don Juan_, I, 124. _Passim_. Apicius, II, 247. Arbaces, personnage de _Sardanapale_, VII, 5. _Passim_. Archidamus, VIII, 309. Arétin, III, 329. Aretino (Leonardo), IV, 104, 126, 360. Argyle (lord), II, 364. Arici, IV, 96. Arien, VII, 178. Arimane, personnage de _Manfred_, VI, 2. _Passim_. Arion, III, 64. Arioste, I, 42, 113, 138, 251, 256, 291; II, 264; III, 5, 209, 283, 284; IV, 116, 355; V, 156. Aristippe, I, 211. Aristogiton, III, 189. Aristote, II, 232, 233, 306; V, 369. Armide, I, 98. Armstrong (Johnny), III, 191. Arnheim, personnage de _Werner_, VII, 186, _Passim_. Arnold, personnage du _Défiguré Transfiguré_, VI, 288. _Passim_. Arseniew, I, 409, 443, 489. Asdrubal, VIII, 291. Atargul, V, 78. Attila, IV, 159. Aubernetthy, II, 52. Audifret, cité, II, 16. Auger (M.), II, 255. Auguste, III, 273. Augustin (Saint), I, 96, 211; III, 301. Aulugelle, III, 54. Azaïs, I, 405; II, 216. Azaziel, personnage de _Ciel et Terre_, II, 372. _Passim_. Azo, personnage de _Parisina_, V, 335. _Passim_. Azrael, ange de la mort, V, 80.

B.

Baccus, VIII, 294. Backrhyme, II, 172. Bacon, I, 188, 229. Baillie (Joanna), II, 52; VI, 83. Bailly, VI, 259. Bajazet, IV, 163. Balea, personnage de _Sardanapale_, VII, 5. _Passim_. Ballantyne, III, 299. Bandelli, V, 356. Bankes (sir Joseph), III, 8; VI, 284. Baptista (John), III, 280. Barbarigo, personnage des _Deux Foscari_, VIII, 2. _Passim_. Barbarina, V, 359. Barence, II, 295. Baring, II, 109. Barnek (Lewis), V, 229. Barossa, IV, 298. Barthélemy, III, 129; VIII, 361. Basili, III, 106, 107. Bastie (de la), III, 302, 303. Bathurst (capitaine), IV, 224. Bayard, III, 8; VI, 369. Bayes, II, 337. Bayle, II, 71; III, 364. Bazile, V, 61. Béatrix, IV, 97. _Passim_. Beattie, III, 5, 299. Beaumont, II, 361; V, 426. Beccaria, III, 127. Becher. Il lui adresse une pièce de vers. V, 408. Becket, II, 64. Beckford (lord), auteur de _Wathek_, V, 63. Bedford, II, 340. Bedford (duc de), IV, 411. Béjot, III, 301. Beleses, personnage de _Sardanapale_, VII, 5. _Passim_. Bembo (Antonia), V, 292. Bembo (Bernard), III, 321. Ben Bunting, VIII, 307, 312. _Passim_. Benintende, personnage de _Marino Faliero_, VI, 86. Benserade, III, 390. Bentley, IV, 46. Benzoni (la comtesse), VI, 284. Berenger, II, 86. Bergami, VII, 387. Berkeley, II, 71. Bernardin de Saint-Pierre, II, 310. Berni, IV, 355. Bernis (abbé de), VI, 77. Berry (M.), III, 284. Bertram, personnage de _Marino Faliero_, VI, 86. _Passim_. Betty, II, 360. Bevius, III, 333. Bey Aglou, V, 76. Beyle (M.), cité, II, 46. Bianca, V, 340. Bill, II, 240. Biron (famille française), II, 57. Black-Bourne (l'archevêque), V, 228. Blackette (Joë), V, 431. Blackmore (sir Richard), II, 344. Blake, III, 286. Blaud, III, 189. Blessington (lady), Il lui adresse des vers. V, 423. Blich (le capitaine), VIII, 337. Bligh, VIII, 275. Blomfield, II, 371; V, 426. Blount (Martha), VII, 397, 398. Blount (Henry), II, 339. Boccace, I, 46, 254; III, 230, 327, 333; IV, 104. Bodoni, III, 289. Boiardo, III, 189; IV, 355. Boileau, III, 222. Bolingbroke (lord), II, 350. Bolivar, IV, 316. Bombazeen (miss), II, 170. Bonaparte, V, 227, 421. Boniface VIII, III, 321. Bonnivard (François-Louis-Jean-Aimé), III, 417, 432, 433, 434, 435. Boudot, III, 301. Bourbon (le connétable de), IV, 120. Bourbon, personnage du _Défiguré Transfiguré_, VI, 288. _Passim_. Bowles (le docteur), II, 326, 347, 348, 349, 350, 379; VII, 387, 389. Boylen (Anne), V, 224. Bracci (l'abbé), III, 365. Brantome, II, 174; VI, 366, 368, 369. Brasidas, III, 99, 288. Breurier (le général), V, 328. Brougham, II, 172. Brummel, II, 101. Brunck, IV, 46. Brunswick (prince de), III, 151. Brunswick (maison de), V, 335. Brutus, II, 241; III, 230, 239; V, 410; VIII, 297. Buffon, II, 71. Buonaparte (Jacopo), IV, 109. Burchard, cité, V, 286. Burke, III, 377. Burke, II, 138; III, 7; IV, 145. Burkits (Thomas), VIII, 346. Burns, V, 61. Busey (lady), II, 170. Bute (lord), VIII, 378. Byron (ancêtre de Lord), II, 49. Byron, II, 57. Byron (Mrs.), V, 405.

C.

Cades (Jacques), I, 272. Cahora, I, 457. Caïn, V, 123. Caïn, personnage de _Caïn_, _Mystère_, VIII, 166. Calderon, I, 80. Calendaro (Philippe), personnage de _Marino Faliero_, VI, 86. _Passim_. Caligula, VI, 77. Calypso, III, 67. Cameron (sir Evan), III, 189. Campbell, IV, 89; VII, 387. Campbell, I, 6, 103, 140, 350, 351; II, 93, 373; III, 100. Canden (lord), IV, 411. Cannieng, I, 359. Canning, IV, 329. Camoëns, IV, 13. Canova, II, 410; III, 206, 229. Caperonier, bibliothécaire du roi, III, 301. Caracalla, III, 362. Caradza (le prince), III, 379. Carlisle (lord), IV, 2. Carlisle (le comte de), I, 8, 12, 69. Carmarthen (lady), I, 44. Caroline de Brunswick, III, 271. Caroline (la princesse), I, 352. Carrara (François de), III, 294, 303; VIII, 140. Carthy, IV, 414. Cartwright (le major), IV, 388. _Passim_. Casimir (Jean), III, 385. Cassandre, I, 275. Castelnau (le marquis de), I, 434. _Passim_. Castlereagh (lord), IV, 308; VIII, 384. Catherine II, personnage de _Don Juan_, I, 395. _Passim_, III, 124, 128. Catherine, IV, 312, 325. Catilina, I, 401. Caton, I, 366, 405. Catulle, I, 90, 116. Cava (la), III, 26; VI, 77. Cazzani, I, 122. Ceccho, III, 295. Cellini, personnage du _Défiguré Transfiguré_, VI, 288. _Passim_. Cervantes, I, 404. César, personnage du _Défi__guré Transfiguré_, VI, 288. _Passim_. César, I, 211, 249, 254, 359, 364, 431; II, 243; III, 132, 230, 240, 249, 262; VI, 74; VIII, 297. Cesarotti, III, 323. Chandler, III, 103, 119. Charlemagne, IV, 360, 361, 362, 363, 364. Charlement (mistress), I, 140. Charles-Quint, IV, 161. Charles Ier, IV, 4, 64, 65. Charles II, IV, 4, 67. Charles IV, roi d'Espagne, III, 31, 53. Charles XII, I, 477; III, 385, 387, 390, 391, 414; IV, 313. Charley, IV, 429. Charlotte (la princesse), III, 271. Châteaubriand, I, 11, 20, 40; IV, 337, 338. Chaworth (M.), I, 3, 4, 9, 10. Cheops, I, 144. Chesi (M.), cité, V, 114. Childe-Harold (_le Pélerinage de_), poème, III, 1. _Passim_. Chinazzo (Daniel), III, 296. Chokenoff, I, 400. Chrematoff, I, 400. Christian, VIII, 306, 310. _Passim_. Christodoulos, I, 128, 142. Chrysostôme, (saint Jean-), I, 91, 256. Cibber, VII, 398. Cicéron, III, 195, 225, 239, 249, 273. Cicogna (le comte César), I, 286. Cicognara, III, 206, 288. Cimon, VI, 69. Clarence (George, duc de), I, 127. Clarendon, IV, 65. Clarke, III, 103, 134. Cléon, III, 120. Cléonice, VI, 69. Cléopâtre, I, 364; II, 247; III, 242; V, 188; VIII, 297. Clootz, I, 78. Coleridge, VI, 82, 371. Coleridge, I, 29, 104, 139, 250. Commode, VI, 77. Condorcet, I, 78. Congreve, I, 116. Constant (Benjamin), IV, 326. Constantin (Dragasie), I, 328. Constantin (George), III, 141. Contarini, III, 296. Contarini (André), II, 325. Contemir (le prince), I, 349, 374. Cooke, IV, 10; VI, 83. Coray (M.), III, 127, 128, 133, 142. Corneille, IV, 214; VI, 97. Cornélie, III, 246. Corniani (le comte), I, 122. Corsi (Domeu Maria), I, 293. Cosme II, III, 328. Cosme III, III, 335. Cosroes, V, 121. Cowper, I, 351, 461. Coxe, I, 249. Crabbe, I, 140; II, 376. Crashaw, I, 243. Crech, I, 334. Cromwell, I, 249; III, 240, 344; IV, 67; VI, 77. Cumberland (duc de), I, 77. Cumberland (Richard), IV, 9. Currie, I, 349. Cuvier, VIII, 164.

D.

Dallas (M.), I, 5, 26. Damas (le comte), I, 414, 437. Damodos (Vicenzo), III, 142. Dandolo (André), VI, 263. Dandolo (Henry), III, 293. Daniel, I, 320. Dante, I, 40, 45, 46, 172, 219, 226, 293, 389, 404; II, 61, 62, 301, 307; III, 221, 223, 229, 230, 231, 320, 323; IV, 361. Danton, I, 78. Daru, I, 278; VI, 280; VIII, 132. Darwil, II, 378. David, I, 128, 272. Davy (sir Humphrey), I, 117. Dearbhorgil, VI, 77. Démétrius, III, 142. Démosthène, III, 195. Denis jeune, IV, 162, 163. Derwich (Tahire), III, 106, 108, 109. Desaix, I, 78. Dibdin, VI, 82. Diderot, VIII, 155. Didoi, I, 448. Diodore de Sicile, VII, 5, 179. Diogène, I, 405; II, 81, 275, 276; III, 159, 326. Diogène Laerce, IV, 5. Dogolino, personnage de _Marino Faliero_, VI, 86. _Passim_. Dolfino, III, 293. Domati (Corso), IV, 104. Domitien, VI, 77. Donoughmore (le comte de), IV, 404. Doria, III, 213. Doria (Pierre), III, 294, 325. Dorotheus de Mitylène, III, 128, 141. Dorset (duc de), IV, 36. Drummond (sir W.), III, 134; VI, 181. Drury, III, 342. Dryden, I, 139, 252, 254; IV, 1. Dubellay (Martin), VI, 369. Ducis, I, 455. Dudu, personnage de _Don Juan_, I, 377. Duff (Marie), I, 300. Duguesclin, I, 6; IV, 310. Dumourier, I, 77. Duncan, I, 78. Dunkas (Étienne), III, 379.

E.

Échinard, III, 359. Edgeworth (miss), I, 82. Edvard Young, VIII, 349. Ekenhead (lieutenant), I, 21, 22, 179; IV, 224. Eldon (lord), I, 14, 15. Elgin (lord), I, 20, 21, 26; III, 100, 102, 103, 117; IV, 284, 290. Elliston, VI, 83. Épaminondas, III, 91. Épicure, I, 211. Espinasse (Mlle) L', IV, 178. Éric, personnage de _Werner_, VII, 186. _Passim_. Erizzo, III, 288; VIII, 148. Ésaü, I, 314. Est (Alphonse d'), III, 222. Étienne (Robert), III, 347. Éton, III, 121. Eugène (le prince), VI, 74. Eunapicus, VI, 69. Eustace, III, 329; IV, 297. Ève, I, 82, 206, 214, 236; VIII, 376. Ève; personnage de _Caïn_, VIII, 166, 376. _Passim_.

F.

Falconner, III, 100. Faliero (Bertuccio), personnage de _Marino Faliero_, VI, 86. _Passim_. Faliero (Vital), VI, 80. Fauvel, III, 100, 120. Fea (l'abbé), III, 363. Feinaigle, I, 80. Femlon, I, 405. Ferdinand VII (roi d'Espagne), III, 53; IV, 422. Ferdinand (le prince), I, 77. Ferdousi, II, 368. Fielding, I, 291, 344. Filicaia, III, 313. Fitz-Gérald, II, 391. Fletcher, I, 15, 19, 24, 38, 64, 65; IV, 410. Florence, III, 67, 68. Fontenelle, III, 128. Forbes (sir W.), III, 299. Foscari (François), I, 277; VIII, 2. Foscari (Marc), VIII, 140. Foscolo (Ugo), III, 206, 324. Fox, IV, 11, 145; VIII, 378. François (saint), I, 369. Franklin, VIII, 382. Frédéric-Barberousse, III, 290. Frédéric-le-Grand, I, 45, 448; VI, 77; VIII, 332. Frédéric III, VIII, 135. Fritz, personnage de _Werner_, VII, 186. _Passim_.

G.

Gabor, personnage de _Werner_, VII, 186. _Passim_. Gail (M.), III, 127. Galilée, III, 228. Gallus, I, 9. Gamba, I, 50, 51, 54, 57. Ganellon, IV, 361. _Passim_. Garcilasse, I, 105. Garrick, IV, 150. Gaston de Foix, I, 292. Gell, III, 134. Gemma, IV, 104. George Ier, I, 358; V, 128, 229. George III, I, 142, 339; II, 101, 103, 257; VIII, 157, 357, 360, 369, 377, 381, 389. George IV, I, 368, 352, 483; II, 18, 69, 86, 101, 138, 172, 215; III, 271; V, 414. George de Trésibonde, IV, 141. German, VII, 183. Gessner, VIII, 162. Gibbon, III, 104, 116, 132, 199, 293, 300, 303, 315; IV, 158; V, 223, 230; VIII, 159. Gieta (le colonel), III, 385, 387. Gilbert, IV, 133. Gilchrist, VII, 389, 395. Ginguené, VI, 282. Giorgione, II, 399, 400. Gneisenan, I, 457. Godoy, prince de la Paix, III, 53. Goëthe, I, 244; VI, 286, VII, 182. Goldsmith, III, 204. Gontaut (Biron), I, 3. Gordon (miss Catherine), I, 5. Graftan (lord), VIII, 378. Gramby, I, 77. Grattau, I, 360. Gray, I, 256; IV, 7. Gritti (Jacomo), III, 280. Gropius, III, 102, 103. Guiccioli (Teresa Gamba, comtesse), I, 48, 52, 197, 213; IV, 91. Guichardin, IV, 109. Guillaume III, I, 358; IV, 40. Gulleyaz, personnage de _Don Juan_, I, 340. _Passim_. Guizot, I, 346. Gurney, I, 135. Gustave-Adolphe, IV, 314.

H.

Haboul-Hamid, I, 349. Hafiz, II, 368. Haïdée, personnage de _Don Juan_, I, 186. _Passim_. Hamilton, III, 134. Hammond, VI, 284. Hanson (John), I, 69. Hardsman, II, 174. Harmodius, III, 151, 189. Harrison, I, 82. Hastings, IV, 145. Hawke, I, 77. Hayley, IV, 94. Haywood (Pierre), VIII, 349. Hector, I, 488. Hélène, VI, 77. Héloïse, VIII, 327, 328. Henri II, IV, 61. Henri VI, I, 252. Henri VIII, I, 47; IV, 63. Henrick, personnage de _Werner_, VII, 186. _Passim_. Herblot (D'), I, 393 Herman, personnage de _Manfred_, VI, 2. _Passim_. Hérodote, I, 262. Hervey, II, 398. Hésiode, III, 118, 14. Heyward (M.), VIII, 346. Hobhouse, I, 15, 23, 39, 69; III, 104, 106, 112, 201, 205, 208, 282; IV, 292, 429; V, 290, 330, 407; VII, 395. Hobhouse, VI, 284. Hobhouse (John Cam), I, 15, 23, 39, 69. Hoche, I, 78; III, 192. Hodgson, III, 101; V, 406. Homère, I, 5, 138, 248, 251, 293, 300, 334, 355, 491; IV, 102; VIII, 157, 295. Honorius (saint), III, 20, 52. Hoppner (le général), VI, 284. Horace, I, 13, 75, 78, 142, 211, 251, 320, 334; II, 24, 134, 145, 153, 171, 213, 232; III, 237, 274; IV, 69, 94; V, 424. Horistan (John de), IV, 4. Hortensius, I, 366. Hosson, III, 136. Houdetot (Mme d'), III, 195. How, I, 77, 78. Howard, III, 154, 190. Hoyle, I, 248. Hugo (Victor), I, 251; III, 397; IV, 214. Humboldt, I, 296. Hume, IV, 69. Humphry (Davy), VI, 284. Hunt (Leigh), I, 50.

I.

Ichar (le duc), I, 122. Idenstein, personnage de _Werner_, VII, 186. _Passim_. Ile Sainte-Hélène (Ode à l'), IV, 168. Inès (donna), personnage de _Don Juan_, I, 80. _Passim_. Irad, personnage de _Ciel et Terre_, VI, 372. _Passim_. Israël Bertuccio, personnage de _Marino Faliero_, VI, 84

J.

Jackson, IV, 378. Jacopo Foscari, personnage des _Deux Foscari_, VIII, 2. _Passim_. Jacques II, I, 5; III, 191; IV, 65. Jacques Loredano, personnage des _Deux Foscari_, VIII, 2. _Passim_. Jamblicus, VI, 69. Japhet, personnage de _Ciel et Terre_, VI, 379. _Passim_. Jean-sans-Terre, IV, 335. Jefferies, IV, 403. Jeffery, I, 14. Jérôme (saint), I, 91. Jersey, VI, 284. Jervis, I, 78. Jhonson, I, 249. Job, VIII, 365, 366. John Horne, VIII, 382. Johnsam (docteur), III, 314. Johnson (docteur), IV, 418. José (Don), personnage de _Don Juan_, I, 79. _Passim_. Joseph, I, 134. Joséphine, personnage de _Werner_, VII, 186. _Passim_. Joubert, I, 78. Joy (M.), VI, 284. Jules II, IV, 122. Julia, personnage de _Don Juan_, I, 94. _Passim_. Julia-Alpinula, III, 169, 195. Julien (le comte), III, 53. Julien (M. Stanislas), III, 381. Jupiter, VIII, 293. Juvénal, I, 90, 289; IV, 158.

K.

Kallinikus-Torgeraus, III, 140. Kamarasis, III, 128, 142. Kant, I, 259, 364. Kean, VI, 83. Kemble, IV, 10; VI, 83. Keppel, I, 77. Kinnaird, I, 56, 63. Kinnaird (le docteur), IV, 260. Kinnaird (lord), VI, 284. Knolles (Richard), I, 349. Kosciusko, IV, 312.

L.

Labédoyère, IV, 164. Laing, IV, 88. Lambro, personnage de _Don Juan_, I, 224. _Passim_. Lancelot du Lac, III, 7. Landerdale, VI, 284. Landor (M.), VIII, 157. Lansdown (marquis de), IV, 47; VI, 284. Lanzi, III, 315. Laugier, VI, 75, 78. Laura, personnage de _Beppo_, II, 402. _Passim_. Laura, I, 218; III, 219, 299, 300, 302, 303, 327. Lavalette (Mme), IV, 178. Leake, III, 134. Lee (mistress), VII, 183. Lenzoni (la marquise), III, 328. Léopold de Saxe-Cobourg, III, 271. Lesage, IV, 51. Lewis (Mathieu), VI, 81, 284, 286. Licophron, IV, 94. Lioni, personnage de _Marino Faliero_, VI, 86. _Passim_. Locoon, I, 779; III, 268. Logotheti, III, 108. Lolah, personnage de _Don Juan_, I, 377. _Passim_. Lorenzo, VI, 74. Louis XIV, III, 390; VI, 76. Louis XVI, III, 434. Lucchesini, III, 320. Lucifer, VIII, 360. Lucifer, personnage de _Caïn_, VIII, 166. _Passim_. Lucrèce, I, 90, 334; III, 54; VI, 77. Lucullus, VIII, 29. Ludwig, personnage de _Werner_, VII, 186. _Passim_. Lusieri, III, 100, 120.

M.

Machiavel, II, 66; III, 229, 319. Mac-Murchad, VI, 77. Macpherson, IV, 79, 88. Macvaur Nagh, IV, 410. Mahmout, III, 137. Mahomet, I, 108, 211, 334, 355, 401, 409; II, 56; III, 57, 138; VIII, 303. Mahomet II, III, 131. Mai, III, 206. Malherbe, IV, 214. Mallet (M.), VIII, 346. Manetti, IV, 104. Manuel, personnage de _Manfred_, VI, 2. _Passim_. Marceau, I, 78; III, 165, 166, 192. Marchetti (le comte), IV, 95. Marco Memmo, personnage des _Deux Foscari_, VIII, 2. _Passim_. Marialva (marquis de), III, 52. Marianne, personnage de _Marino Faliero_, VI, 86. _Passim_. Marie-Antoinette, III, 7, 434; VI, 77. Marie (Chaworth), IV, 19, 21, 73, 130. Marin Sanuto, VIII, 136, 145. _Passim_. Marina, personnage des _Deux Foscari_, VIII, 2. _Passim_. Mariner, VIII, 283. Marinus (comte Tharboures), III, 141. Marion, IV, 23. Marlborough (duc de), VI, 76. Marmarotouri, III, 129. Marmontel, VIII, 155. Marsham (mistress), VI, 76. Martin, VIII, 157. Mathurin, VI, 82. Matthews (Charles Skinner), III, 55. Maxwell (lord), II, 4. Mayer, VI, 81. Mazeppa, poème, III, 383. _Passim_. Meister, personnage de _Werner_, VII, 186. _Passim_. Meletius, III, 128, 140, 141. Merci, III, 116. Mérivale, IV, 355. Metella (Cecilia), III, 355. Metella, III, 247. Mezzofanti, III, 206. Michel-Ange, IV, 123, 124; VIII, 364, 366, 371, 377. Middleton (docteur), III, 313. Milford, VII, 178, 179. Milman, VI, 83. Milton, IV, 96, 125; VIII, 162, 371. Mirrha, personnage de _Sardanapale_, VII, 5. _Passim_. Moïse, VIII, 164. Monime, III, 315. Monrose (marquis de), VI, 83. Montagu (lady W.), VII, 398. Montagu (sir Georges), VII, 399. Montfaucon, III, 358. Monti, III, 206, 323; IV, 96. Moore (le docteur), IV, 63; VI, 76, 78, 279. Moore (Thomas), IV, 49, 256, 260; VI, 284. Morelli, III, 206; VI, 75. Morgan (lady), VIII, 153. Morosini, VI, 263. Murat, IV, 165, 166. Muratori, III, 331; VI, 276. Murray (_Lettre_ à John), VII, 387. _Passim_. Mustoxidi, III, 206, 289.

N.

Napoléon, I, 39, 46, 77, 312, 431; II, 3, 7, 9, 15, 29, 100, 103, 109, 217, 282; III, 157, 191, 192, 199, 241. Napoléon (_Ode_ à), IV, 158. _Passim_. 168, 307, 310, 312, 313, 314, 321, 426. Nardini, III, 361. Navagero (Andrea), VI, 75. Nelson, VIII, 346. Némésis, personnage de _Manfred_, VI, 2. _Passim_. Neophitus, III, 140. Néron, VIII, 191. Neuah, VIII, 292, 297. _Passim_. Ney (le maréchal), IV, 164. Nicias, III, 298. Niobé, III, 298. Noé, personnage de _Ciel et Terre_, VI, 372. Notaras, III, 133.

O.

Ocellus Lucanus, III, 128. Olympie, personnage du _Défiguré Transfiguré_, VI, 288. _Passim_. O'neill (miss), VI, 83. Ordelafo, VI, 80. Orléans (duc d'), VI, 77. Orose, III, 343. Osborn, IV, 410. Ossian, IV, 3, 79. Othman, III, 88. Otway, II, 335, 362; III, 215; VI, 259. Ovide, I, 90, 113, 194, 211, 299, 370; II, 400; III, 7, 315. Owenson (miss), III, 147.

P.

Pacciandi, III, 289. Palafox, III, 54. Paley, IV, 115. Pamperis, III, 141. Panagiotes Kodrikas, III, 128, 142. Pania, personnage de _Sardanapale_, VII, 5. _Passim_. Parios (Athanius), III, 142. Paris, III, 227. Parker, (sir Peter), IV, 226. Parry (le capitaine), VIII, 364. Pascal Maliperi, VIII, 151. Passamont, IV, 368. _Passim_. Paterculus (C. Velleius), III, 318. Paul (saint), VIII, 360. Paul Ier, III, 131. Paul Marosini, VIII, 135. Pausanias, III, 50; VI, 69. Pauvinius, III, 343. Paw (de), III, 121. Pélage, III, 26, 33. Pénélope, III, 71. Pépin, IV, 360. Périclès, III, 120. Pétrarque, I, 218, 299; III, 20, 30, 194, 195, 212, 220, 228, 229, 238, 239, 241, 251, 299, 300, 301, 302, 303, 304, 305, 306, 328; IV, 94, 187; 111, 119, 122, 167, 230, 236, 243, 249, 251, 264, 268, 290, 291, 292, 295, 296; V, 123; VI, 278. Philibert, personnage du _Défiguré Transfiguré_, VI, 288. _Passim_. Philippe Visconti, VIII, 146. _Passim_. Philippe de Macédoine, III, 98. Philippide (Daniel), III, 379. Pierre (saint), VIII, 355, 360, 371. Pierre-le-Grand, II, 50; III, 141. Pindare, I, 244; III, 54. Pindemonte, III, 206; IV, 96. Pisani (Victor), III, 295, 324, 325. Pitt (Guillaume), VIII, 378. Pitt, IV, 11, 145, 305, 307. Pizarre, III, 48. Platon, I, 112, 259, 405; II, 275; III, 100. Pline, III, 341. Plutarque, I, 309; II, 114; III, 298; VI, 69; VIII, 137, 309. Poggio, III, 313. Polyzoys, III, 128. Pompadour (Mme de), VI, 77. Pompée, I, 211; III, 241. Pope, IV, 299; VII, 387, 385, 389, III, 153. Porson, IV, 46; VIII, 157. Possevin (le père), III, 320. Potemkin, I, 406, 407, 437, 438; II, 51; III, 130. Pouqueville (M.), III, 110, 125. Prokopicus, III, 140. Psalida, III, 128, 132, 140, 142. Pulci, IV, 353, 355, 356, 357.

R.

Racine, IV, 214. Raphaël, personnage de _Ciel et Terre_, VI, 372. _Passim_. Rattcliff, III, 215. Retz (le cardinal de), VI, 83. Ricci, III, 230. Rienzi, III, 251, 358. Riga, III, 129. Rochefoucauld (la), I, 405; III, 199. Rodolph, personnage de _Werner_, VII, 186. _Passim_. Rogers, VII, 390, 392. Rogers (Samuel), IV, 237. Roland, III, 7, IV, 361, 362, 363, 364, 365. Romanelli, III, 107. Romuald de Salerne, III, 290. Roque (M.), III, 120. Rothschild, IV, 336. Rousseau (J.-J.), I, 38, 259, 405; II, 213; III, 172, 175, 183, 197, 198, 199, 284, 328, 435; VIII, 155.

S.

Sabelli (Marc-Antonio), III, 281. Sade (abbé de), III, 299. Sade (Hugues de), III, 300. Sadock, III, 59. Saint-Lambert, III, 195. Saint-Maurice (l'abbé de), personnage de _Manfred_, VI, 2. _Passim_. Sainte-Palaye, III, 7. Salangre, III, 314. Salemenes, personnage de _Sardanapale_, VII, 5. _Passim_. Salisbury (comtesse de), III, 7. Salomos, III, 381. Samiasa, personnage de _Ciel et Terre_, VI, 372. Samuel (M.), VIII, 347, 348. Sandi (Vettor), VI, 75. Sanuto, III, 293; VI, 73, 74, 75, 276. Sapho, I, 90, 211, 244, 255, 267; III, 71, 110. Scanderbey, III, 104. Schiller, III, 215; V, 335. Schlegel, III, 289. Scipion, III, 229, 238. Scott (Walter), I, 6, 14, 71, 72, 344, 351, 363, 366, 378, 389; II, 5, 41, 43, 93, 245, 113, 175, 307, 338, 339, 344, 357, 420; III, 4; IV, 62, 356; VI, 284, VIII, 160. Sébastiani (le général), III, 130. Sele, IV, 53. Séraphin de Périclée, III, 140. Sfero, personnage de _Sardanapale_, VII, 5. _Passim_. Sforza (Ludovico), III, 434. Sgricci, III, 318. Shakspeare, I, 39, 75, 128, 151, 240, 241, 252, 268, 278, 453, 460; II, 5, 8, 10, 27, 69, 72, 76, 91, 92, 95, 111, 150, 167, 178, 212, 243, 307, 312, 362, 394, 400; III, 189, 215, 342; IV, 148, 151, 153, 181, 418, 449; V, 53, 229, 356. Sheridan, IV, 143, 148, 150. Siblick, VI, 280, 281. Siddons, VI, 83. Siddons (mistress), IV, 10, 150. Sidney, III, 334. Simonde de Sismonde, VIII, 145. Sismondi, IV, 101; VI, 75. Skyserape (Jack), VIII, 312. Smollet, I, 291, 350, 351; III, 134. Socrate, I, 259, 405; II, 144, 229; V, 225. Solano, III, 54. Soliman, I, 150; III, 131. Sonnini, III, 121. Sotheby, VI, 82; VIII, 154. Soulhcote (Johanna), VIII, 364. Southey, VIII, 154, 155, 156, 157. Southey (Robert), VIII, 364, 376. Spencer, III, 4, 5. Stace, III, 119. Stael (Mme de), III, 315; IV, 178. Steno, (Michel), personnage de _Marino Faliero_, VI, 75. _Passim_. Steward (George), VIII, 349. Strabon, III, 127, 134. Stralenheim (Ida), personnage de _Werner_, VII, 186. _Passim_. Stuart (Arabella), IV, 58. Suleyman-Aga, III, 134. Sulpicius (Servius), III, 313. Sylla, I, 461; III, 98, 239.

T.

Tacite, II, 161, 241; III, 189, 191. Tasse, IV, 93, 116; VIII, 153. Tasso (Torquato), I, 42; II, 340; III, 210, 281, 283, 284, 286, 287; V, 128, 221, 222, 223. Thelusson (M.), VIII, 157. Thémistocle, III, 120. Theodelinda, III, 331. Théodoret, III, 367. Théodose (l'empereur), III, 289. Thérèse, III, 394. Thibauld, VIII, 332. Thomas d'Aquin, III, 301. Thompson, I, 410; III, 5, 314. Thornton, III, 121, 124, 125, 136. Thrasybule, III, 87, 115. Thucydide, III, 141. Timon, III, 8. Tiraboschi, III, 302, 330. Tite-Live, II, 209; III, 239. Titus, I, 211, 249; II, 263; III, 249. Tooke, VIII, 382. Torquil, VIII, 294. _Passim_. Towsend (M.), VIII, 154. Trajan, III, 249, 250. Triadano Gritti, VIII, 147. Tristram du Léonois, III, 7.

U.

Ulric, personnage de _Werner_, VII, 186. _Passim_. Urbain, V, III, 303.

V.

Vacca, III, 206. Vacca (Flaminius), III, 358. Vahab, III, 88. Valeriani (J. P.), III, 313. Valerius Flaccus, IV, 47. Varchi, III, 323. Veli-Pacha, I, 18; III, 133. Veniamin, III, 130. Ventote (George), III, 14. Vénus de Médicis, III, 227. Vernet (Horace), III, 399. Verres, III, 100, 102. Vilkes, VIII, 377, 378. Vindham, III, 368. Virgile, I, 90, 138; III, 119, 239, 300, VIII, 157. Visconti, III, 206. Voltaire, I, 44, 45, 259, 351, 360, 395; II, 12, 144, 145; III, 183, 184, 199, 328, 385; VI, 261; VIII, 155. Vossius, III, 359.

X.

Xénophon, III, 141. Xerxès, I, 113, 202; III, 99.

Y.

Young, II, 100; III, 53; VII, 399.

Z.

Zames, personnage de _Sardanapale_, VII, 5. _Passim_. Zanetti, III, 228. Zappi, IV, 122. Zarina, personnage de _Sardanapale_, VII, 5. _Passim_. Zeno (Carlo), III, 295, 325. Ziani (Sebastien), III, 290. Zillah, personnage de _Caïn_, VIII, 166. _Passim_. Ziska, IV, 311. Zozimado, III, 128. Zozime, III, 103.

W.

Walpole, III, 134, 300. Walpole (Horace), VI, 83, 84. Washington, I, 44; II, 6; III, 244; IV, 315, 316, 322; VIII, 382. Wathek, III, 21. Watson (l'évêque), VIII, 162. Wellborn, VIII, 389. Wellington (duc de), I, 77, 457; II, 213, 315; III, 52. Wellington (lord), IV, 328, 421. Wesley, VIII, 155, 386. West, IV, 294. Whistlecraft, IV, 355. Wilkelmann, III, 345, 348, 350. Wilson (John), VI, 83. Wingfield, III, 53. Winkelmann, III, 315. Woodhouseller (Laure), III, 301. Wright, II, 377; III, 132.

FIN DE L'INDEX.

INDEX ALPHABÉTIQUE DES NOMS CITÉS DANS LES MÉMOIRES DE LORD BYRON[118].

[Note 118: Le chiffre romain indique le volume; le chiffre arabe, la page.]

A.

Aaron-Hill, XII, 182. Abdiel, XI, 193. _Aberdeen_, IX, 29 et _passim_. Abraham, XI, 173. _Abydos_, IX, 360 et _passim_. _Acarnanie_, IX, 345 et _passim_. Acerbi, XI, 180. Achille, IX, 362. _Actium_, IX, 339. Ada (Augusta), XI, 47, 206, 420; XIII, 48 et _passim_. Adair (Rob), IX, 359, 364 et _passim_, 385 et _seq._; X, 111. Adam, IX, 316; X, 271; XI, 214. Adams, IX, 170. Adams (John), portefaix, IX, 180. Addison, IX, 109, 232, 234; X, 330. Adeline, XIII, 304. Adolphe, XIII, 108. Adolphus, IX, 168. _Afrique_, IX, 170, 174 et _passim_; X, 243 et _passim_. Agar, XI, 173, 462. Agar, graveur, X, 408. Agathon, XI, 489. Agis, XII, 100. Aglietti, XI, 355, 383 et _seq._ 420; XII, 16. Ajax, IX, 362. _Albanie_, IX, 334 et _passim_; X, _passim_. Albano, XI, 282. Albany (Mme), XII, 183. Albéroni, XII, 218. Albrizzi (comtesse), XI, 194, 403 et _passim_. Alcibiade, IX, 363; XI, 243. Alep, XI, 301. Alessio del Pinto, XII, 183. Alfieri, IX, 46, 66, 67, 419; X, 301, 387, 445; XI, 277; XII, 249; XIII, 97. Alfred, XII, 112; XIII, 80. _Alfred-club_, X, 4, 25, 33; XI, 92. Algarotti, XI, 355. Ali-Pacha, IX, 335 et _passim_; X, 176. Allégra, XI, 394, 429, 487; XII, 5 et _passim_; XIII, 10 et _seqq._ _Allemagne_, IX, 169, 264; X, _passim_. Allen, X, 250. Allingham, IX, 143. _Alpes béarnaises_, XI, 118 et _passim_. Althorp (lord), X, 319, 367. _Amérique_, IX, 170, 174. Amphion, XII, 315. _Amsterdam_, IX, 497. Amurat, X, 321. Anacréon, XII, 143. Anastasius, XII, 110. Anatoliko, XIII, 155. Anderson, IX, 170. André Dandolo, XII, 120. Andrews, IX, 170. Angelo, IX, 258. _Angleterre_, IX, 168 et _passim_; X, 407, 442, _passim_; XI, 265. _Passim_. Anne, XI, 278. _Annesley_, IX, 102 et _seqq._, 300. Annibal Caro, XII, 201. Anstey, XII, 73. _Antiloque_, IX, 360, 362. Antoine (Marc-), IX, 339; X, 4, 193. Antonio, XI, 429. Apollon du Belvédère, XI, 286. Apollon Isménien, IX, 348. Apollonius, XII, 329. Apollonius de Tyane, XII, 329. Arblay (Mme d'), X, 22 et _passim_. _Arcadie_, XI, 123. Archibald Hamilton, XIII, 142. _Archipel_, IX, 407. Aréthuse, XIII, 131. Arétin (L'), XIII, 296. _Argos_, IX, 393; XIII, 107. _Argostoli_, XIII, 129. Aricia XI, 282. Arioste, X, 38, 39, 219; XI, 272, 297; XII, 144; XIII, 156. Aristide, X, 214. Aristippe, IX, 229 Aristophane, X, 136. Armada (L'), XII, 197. _Arménie_, XI, 214, 215, 257. _Arques_, XI, 346. Arrien, IX, 168. _Arta_, IX, 344 et _passim_; XIII, 107. Ashe (Thomas), X, 287 et _seqq._ _Asie_, IX, 328 et _passim_; X, _passim_. Athénée, X, 376, 378. _Athènes_, IX, 348 et _passim_, voir 349; X, 32 et _passim_, XI, 3, 9. Athos (le mont), XII, 265. Atterbury, XII, 290. _Attique_, IX, 350 et _passim_. Atys, XII, 299. _Aubonne_, en Suisse, XI, 135. Aubyn (Saint-), XI, 314. Aucher (Pascal), moine arménien, XI, 209, 214, 257. Auguste, IX, 339, 383; XII, 237. Augustura, XIII, 25. Austin, IX, 171. _Autriche_, IX, 312. Avon, XII, 390.

B.

Babel, XII, 126. _Babylone_, IX, 231. Bacon, IX, 116, 170; X, 454. Bagna Cavalli, XII, 275. Bailey, IX, 166; X, 83. Baillie (docteur), IX, 65 et _seqq._ Baillie (Joanna), XI, 14. Bajazet, XIII, 14. Baldwin (Martin), X, 231, 240. Baldwabster, IX, 252. _Balgounie_ (pont de), sur le Don, IX, 55 et _seqq._ Ball (sir A.), IX, 342. Baltimor (lord), IX, 237. Bandello, X, 311, 314; XI, 198. Bankes (William), IX, 123, 151, 212, 213, 307; X, 74 et _passim_; XII, 17, 35. Bankes, aumônier et professeur de Byron, IX, 212. Barff, XIII, 184, 199 et _passim_. Barlorini, XI, 420. Barlow, IX, 174. Barlton du Boyne, X, 158. Barnard (mère), IX, 125. Barras, X, 199. Bartley (Mrs.), XI, 14, 25. Bartolini, XIII, 3. Bartow, XII, 214. _Basile_, IX, 346; X, 111. Basile Hall, XI, 389. Basley, IX, 219. _Bath_, IX, 100 et _seqq._ Bathurst, XII, 261. Baussière (lady), XII, 214. Bayle, X, 375, 378, 454; XII, 298, 428. Beattie, IX, 86, 170. Beaumarchais, X, 20. Beaumont, XI, 397. Beaumont (sir Georges), XI, 10. Beccaria, XI, 173. Becher (John), IX, 121, 459 et _passim_; X, 72. Belcher (Tom), IX, 218. Bélisaire, IX, 170. Bellingham, X, 82. Belly (docteur), IX, 79. Belsham, IX, 168. Bembo, XI, 172, 178. Bentham, XIII, 211. Benzoni, XI, 375; XII, 157. _Béotie_, IX, 348, 362. _Bérat_, IX, 336. Berger, XI, 98. Berkeley, IX, 170; XI, 142; XII, 334. _Berlin_, X, 247. Bernadotte, X, 173, 202. Berni, XI, 352. Bernini, XI, 420. Berry (le duc de), XII, 68. Berry (miss), X, 81, 298. Bertram, XII, 114. Bertrand (général), X, 399. Bertuccio (Israël), XII, 115. Bettesworth, IX, 204. Beyle, XI, 175. Birch, X, 110. Bishop, IX, 142. Bisset, IX, 168. Blackets (Joe), IX, 287, 428, 440, 441, 469, 473. Blackstone, IX, 170. Blackwood, XII, 30. Blair, IX, 171. Blake, XII, 157. Blaquière, XIII, 100 et _seqq._ Blaud (Robert), IX, 374 et _passim_, 496; X, 18 et _passim_. Bloomfield (Nathaniel _et_ Bobby), IX, 440 et _passim_. Blücher, X, 304, 335; XI, 96, 122. Boatswain, IX, 140, 161 et _seqq._, 202, 260 et _seqq._; X, 464. Boccace, XI, 427. Boethius, IX, 168. Boileau, XI, 245. Bolingbroke, IX, 170; XII, 290. Bolivar, XII, 18; XIII, 25. _Bologne_, IX, 258. Bolton, IX, 456, etc. Bonaparte (Lucien), X, 167 et _seqq._ Bonaparte (Napoléon), IX, 170, 311, 331, 449; X, 165, 173, 199, 203, 213, 296, 297, 304, 306, 320 et _seqq._, 399, 478; XI, 19, 93, 95, 104, 173, 182, 215, 259, 260, 273, 442; XIII, 14. Bonnard, IX, 170. Bonneval, X, 205. Bonstetten XI, 112, 113, 147, 259. Borgia (Lucrèce), XI, 172, 178. _Borromées_ (îles), XI, 170, 182. _Bosphore_, IX, 372 et _passim_; X, 183, 205. Boswell, X, 456; XI, 440. Bowers (M.), maître de Byron, IX, 35 et _seqq._ Bowles, IX, 286; X, 482; XII, 152, 230, 286 et _passim_. _Bow-Street_, X, 3. Boyle, X, 454. Bradshaw (Cavendish), XI, 16. Braemar, XII, 440. Brême (M. le marquis de), XI, 174, 176. Brenta, XI, 294. _Brest_, IX, 413. Briarée, XII, 457. Bridges (sir Egerton), X, 124. _Brighthelmstone_, IX, 215. _Brighton_, IX, 249 et _passim_, 370; X, _passim_. Brinsley (_Voir_ Sheridan.) Broglie (la duchesse de), XI, 156; XIII, 333. _Brompton_, IX, 249 et _passim_. Brook, X, 25. Brooke (lord), X, 109 et _passim_. Brougham, X, 308. Broughton, XI, 120. Brothers (M. M.), IX, 426 et _passim_. Brown, XII, 20, 147. Brownbill, XIII, 230. Bruce, IX, 176. Brummel, XI, 94, 95; XIII, 80. Bruno, XIII, 112, 262 et _passim_. Brutus (Marcus), X, 214, 230. _Bruxelles_, XI, 103 et _passim_. Buchanan, IX, 168. Buckardt, XII, 20. Buckingham (marquis de), X, 238. Burdett (sir Francis), X, 56, 138; XII, 448. _Burgage-Manor_, IX, 115 et _passim_. Burgen (sir J.-B), XI, 34. Burke, X, 54, 57, 139; XI, 19, 361. Burley, XI, 295. Burlington, XII, 304. Burlingtonhouse, XIII, 80. Burns, IX, 137, 167, 234; X, 181, 194, 250; XII, 271. Burton, IX, 172. Burun (Ralph de), IX, 19. Busby, X, 105 et _passim_. Butler, IX, 109 et passim. _Voir_ surtout 236, 364. By (Mrs.), IX, 448. Byrne l'aîné, XI, 35. Byron (Augusta), IX, 25, 462; X, 59, 215, 246, 320, 339 et _passim_; XI, 161, 223, 234, 235, 247, 271. Byron (George Anson), IX, 457, 475; X, 228, 232, 246. Byron (George Gordon Lord), IX-XIII et _passim_. Byron (Henry), X, 191, 195, 197. Byron (lady), X, 229, 292, 428, 431, 433, etc.; XI, 12 et _passim_; XII, 44 et _passim_; XIII, 86 et _passim_. Byron (le commodore), IX, 24, 274. Byron (Lord), grand-oncle du poète; IX, 24, 50 et _seqq._, 60. Byron (Mrs.), _Voir_ Gordon (Catherine). Byron (sir John), le-Court, à la grande barbe, IX, 22. Byron (sir John, baron), IX, 23. Byron (sir John), père du poète, IX, 24 et _seqq._; XI, 4. Byron (sir Richard), IX, 23. Byshe, XI, 85. _Byzance_. Voir _Constantinople_.

C.

Caddell, X, 96. _Cadix_, IX, 313 et _passim_, surtout 323, 324, 326. _Cagliari_, IX, 329. _Calcutta_, IX, 260. Caleb Quotem, XII, 68. Calendaro, XII, 114, 336. Callaghan, XIII, 34. Calvert, IX, 114. Calypso, IX, 333. _Cam_, rivière, IX, 118, 228, 233, etc. _Cambridge_, IX, 115 et _passim_. _Voir_ surtout 204, 227, 228, 231 et _seqq._; X, et _passim_. Cambridge, historien, IX, 170. Camoëns, IX, 87, 146. Campbell (Thomas), IX, 170? X, 16, 20, 24 et _passim_, 217, 391; XI, 297. Campo Santo, XI, 447. Candide, XI, 301. Canning, X, 138, 155, 211, 276; XI, 441. Canova, IX, 46; XI, 194, 199, 200, 277, 292. Cantemir, IX, 169, 421. Cardinal de Retz (le), XIII, 302. _Carhais_, IX, 275 et _seqq._ Carlile, XII, 18. Carlisle (comte de) IX, 54 et _passim_; X, 207, 295, 320, 349, 357, 403. Carmarthen (lord), IX, 25. Carpantier, IX, 202. Carr (sir John), IX, 323; X, 39. Cartolli, XII, 33. Cartwright, X, 137; XI, 428. Cassius, X, 214. Castanos, IX, 329. Castellan, X, 170. Castlereagh, (lord), X, 31, 113; XI, 274, 396. _Castleton_, IX, 103. _Castri_. Voir _Delphes_. Catherine II, IX, 169; XI, 14. Catulle, XI, 177, 178. _Caucase_, IX, 324. Cavalli, XII, 63. Cawthorn, IX, 283 et _passim_; X, 22 et _passim_; XI, 206. Caylus (comte de), XI, 436. Cazotte, X, 169. Cellarius, IX, 170. Cenci, XII, 279. Centlivre (Mrs.), XII, 56. _Céphalonie_, XI, 67. Cervantes, IX, 171; X, 219. César, IX, 168; XI, 470. César (Jules), XII, 237. Chalmers (docteur), XI, 332. Chamberlain (lord), XII, 253. Chambrulard (M. de), IX, 122. Chamouny, XI, 120, 132, 262, et _passim_. Chardin, X, 314. Charlemagne, XI, 282. Charles Borromée, XI, 181. Charles Ier, X, 362; XI, 120. Charles II, XI, 120, 278. Charles XII, IX, 169. Charles-Quint, IX, 170; X, 321. Charlotte Lynes, XII, 236. Charlotte (princesse), X, 296, 318, 381; XI, 331. Chatham (lord), X, 139; XIII, 14. Chatterton, IX, 172, 173, 234; XI, 101; XIII, 297. Chaucer, IX, 67, 175, 435; XI, 396. Chauncey, XIII, 19. Chaworth (M.), IX, 24, 51, 61. Chaworth (M.), mari de miss Maria, IX, 300. Chaworth (miss Maria), IX, 102 et _seqq._, 299 et _seqq._ _Cheltenham_, IX, 78; X, 91 et _passim_. Chénier, XIII, 296. _Chesterfield_, IX, 144. Childe-Burun, X, 37. Chillingworth, XII, 428. _Chine_, IX, 174. Chioni, XIII, 132. Churchill, IX, 67, 175, 234; XII, 141, XIII, 297. Churschid-Pacha, XIII, 108. Cibber, XII, 294. Cicéron, IX, 62, 170; X, 193. _Cintra_, IX, 320, 324, 349. Clare (lord), IX, 86, 123, 148; X, 28; XII, 415; XIII, 23, 46, 47 et _passim_. Claridge, IX, 88, 365. Clarke, IX, 287; X, 145, 442. Claudien, XI, 178, 320. Claughton, X, 406, 417, 435. Clayton, IX, 86. Clelia Cavalli, XII, 242. Cléopâtre, X, 193, 194. Cleveland, X, 369. Clitumnus, XI, 290. Clootz (Anacharsis), XII, 258. Clown, XIII, 296. Coates, X, 28. Cobbett, X, 199. Cochrane, X, 308. _Coïmbre_, IX, 452 et _seqq._ Colalto, XII, 156. Colburn, XI, 202, 406. Coldham, X, 51. Coleridge, IX, 286, 288; X, 20, 24, 28, 217, 253, 481; XI, 29, 30, 33, 42, 45 et _passim_, 197. Colisée (le), XI, 285. Collins, IX, 175; XI, 101. Collius, XII, 199. Colman (Georges), X, 129, 132, 133; XI, 27, 38, 39 et _passim_; XII, 355 et _passim_. Colocotroni, XIII, 137. _Colonne_ (cap), IX, 351, 361, 401. Comacchio, XII, 232. Concanen, XI, 28. Confucius, IX, 174, 229. Congreve, IX, 172; X, 309; XII, 55 et _passim_, 144, 250. Constance de Beverley, XII, 157. Constant (Benjamin), XI, 113. Constantin, XI, 282. _Constantinople_, IX, 313 et _passim_, 377; X, 118, 121; XI, 268. Contarini, XI, 372. Cooke (G. F.), X, 164, 233, 300; XI, 180. Coolidge, XII, 336, 349. _Coppet_, XI, 111 et _passim_, 118, 311. _Corfou_, IX, 340. Corgialegno, XIII, 174, 184. _Corinthe_, IX, 390; XIII, 107. Cornelius Nepos, IX, 168. Cornwall, XII, 84. Cottin (Mme), XII, 291. Cottle, IX, 286. Courtenay, X, 141, 142. Cowell (John), X, 48, 441; XIII, 50. Cowley, IX, 112, 234; X, 123. Cowper (lady), X, 403, 434. Cowper (lord), IX, 87, 89, 234, 248, 312; X, 403; XI, 101. Crabbe, IX, 270, 288, 320; XII, 142 et _passim_. Craigengelt, XII, 55. Crébillon, XII, 293. Crewe, XII, 402. Crib (Tom), X, 211, 219. Croker, X, 158, 332; XI, 238, 240, 309. Cromwell, IX, 170. Crosby, IX, 194 et _passim_. Curioni, XII, 258. Curran, X, 180; XI, 93, 94; XII, 14, 20, 400. Curzon, IX, 83, 88, 179. Cythéron, IX, 348.

D.

Dallas, IX, 206, et _passim_, 459; X, 32 et _passim_; XI, 81; XII, 47, et _passim_; XIII, 296. Dallaway, X, 121. Dalrymple Hamilton (lady), XI, 190, 407. _Danemarck_, IX, 169, 174. Dante, IX, 46, 87; X, 219, 446, 455; XI, 75, 420; XII, 10, 144; XIII, 299 et _passim_. _Dardanelles_ (détroit des). Voir _Hellespont_. _Dardanelles_ (le détroit des), XII, 265. Daru, XII, 99. David, IX, 191; X, 271. Davies (Scrope), IX, 218, 323, 374, 398, 453 et _seqq._ 459; X, 22, 206, 319, 457; XI, 94, 95, 166, 168, 170, 202, 238, 239. Davila, IX, 170. Davy (sir Humphrey), X, 129, 402; XI, 11. Dawkins, XIII, 15. Debath, IX, 88. _Dee_, rivière, IX, 41 et _passim_. Delaval, XII, 228. Delaware (lord), IX, 92 et _seqq._; X, 28. Delladecima, XIII, 187, 200. _Delphes_, IX, 347 et _passim_. Deluc, XI, 266, 267. Démosthènes, IX, 171; X, 219. Denis, X, 321. Dennis, XI, 25, 28. Denon, XI, 333. Dervish Tahiri, IX, 281, 346; X, 111; XI, 46. Descartes, X, 454. Desdemona, X, 431. Desiderio Berro, XI, 419. Diane, XI, 232, 258. Dibdin, XI, 23, 36; XII, 253. Dick, IX, 213. Diderot, X, 447; XII, 75. Diego, XII, 163, _seqq._ Dioclétien, X, 321. _Diodati_, XI, 107 et _passim_. Diodore de Sicile, XII, 204. Diomède, XI, 9. Dodsley, X, 422. Dogherty, IX, 218. Dominiquin (le), XI, 419. _Don_, rivière d'Écosse, IX, 55 et _seqq._ Dona Josepha, XII, 379. Donegall (lady), X, 304, 305. Don Jose di Cardozo, XII, 379. Donoughmore (lord), X, 76. Dorset (duc de), IX, 88 et _seqq._, X, 473, 475. Dorville, XI, 428; XII, 2. Douglas, XI, 303. Downing, IX, 212. _Dragomestri_ (port de mer), XIII, 171. Drontheim, XII, 337. Drummond (sir William), IX, 170? X, 21, 23; XI, 341. Drury (Henry), IX, 79 et _seqq._, 235 et _passim_; X, 55, 440. Drury (Mark), IX, 109. Dryden, IX, 79, 233, 234, 436; X, 456; XI, 427; XII, 142 et _passim_. _Dublin_, X, 5 et _passim_. Dubost, IX, 435. Dudley (lord), X, 209. _Voir_ Ward. Duff de Tetteresso, IX, 28 et _alibi_. Duff (Mary), IX, 46 et _seqq._; X, 200. Duffie, XIII, 187. Dugald Dalgetty, XII, 62. _Dulwich_, IX, 65 et _seqq._ Duncan, maître d'écriture de Byron, IX, 38. Dunn, XIII, 17. Dutens, XI, 341. Dwyer, IX, 321, 364, 374.

E.

Eboli (la princesse d'), XII, 292. _Écosse_, IX, 168 et _passim_; XI. _Passim_. Eddleston, IX, 116, 190 et _seqq._, 494. Edgar, XII, 48. Edgecombe, XI, 412. Edgeworth (miss), X, 285; XII, 208. _Édimbourg_, IX. _Passim_; X. _Passim_; XI. _Passim_. Egville, IX, 250, 253. _Égypte_, IX, 336 et _passim_. Ekenhead, XII, 261 et _seqq._ _Elbe_ (île d'), X, 321 et _passim_. Eldon (lord), IX, 276; X, 56, 78, 255. Elfi-Bey, XI, 9. Elgin (lord), IX, 443; X, 74, 112, 113. Élisée, XI, 236. Elkanah Settle, XII, 356. Ellis (George), X, 197. Elliston, X, 94; XII, 250, 254, 336. Elmas, IX, 423. Ennius, XII, 143. _Éphèse_, IX, 357, 366; X, 112. Épictète, XII, 312. _Épire_, IX, 336, 362. _Érivan_, XI, 135. Erskine (lord), X, 139, 228, 304 et _passim_. Eschyle, IX, 84, 87; X, 219. _Espagne_, IX, 168, 322, 323 et _passim_; XI, 255. Essex (lord), X, 403; XI, 16. Esterre (Mrs.), XI, 16. _Estramadure_, IX, 320. Étienne (saint), XI, 207. _Étolie_, IX, 345. Eton, IX, 258 et _passim_; X, 47 et _passim_. Eubule, XIII, 343. Eugène (prince), IX, 170. Euripide, XII, 143. _Europe_, IX. _Passim_; X. _Passim_. Euryale, IX, 191. Eusèbe, XI, 334. Euterpe, X, 418. Eutrope, IX, 168. Evans, IX, 109. Ève, IX, 316; X, 271. Ewing (docteur), d'Aberdeen, IX, 76 et _seqq._ Exeter-Change, XI, 475. Eyre, XII, 143.

F.

Faliero (Marino), XI, 230, 258, 259. Falkland, IX, 271 et _seqq._ Falkner, IX, 155. _Falmouth_, IX, 311 et _passim_. Voir surtout 315. Farquhar, XII, 294. Farrell, IX, 213. Faust, XII, 84. Ferdousi, IX, 174. Ferguson, IX, 173. Fersen (comte de), XI, 193. Fiddler (Ernest), IX, 41. Fielding, IX, 171; XI, 396; XII, 182. Filippo (d'Alfieri), XII, 183. Fitzgerald, X, 330, 399; XI, 61. Fitz-Patrick, X, 216; XII, 208. Flahaut (Mde), XI, 416. _Flandre_, X. _Passim_; XI, _passim_, 173. Fletcher, XI, 377; XII, 9 et _passim_. Fletcher (William), IX, 311, 339, 343, 389, 403, 404 et _passim_, 458; X, 306; XI, 98. Flood, X, 141, 142. _Florence_, XI, _passim_, 249. Florence-Smith. _Voir_ Mrs. Spenser. Foe (Daniel de), X, 145. Foligno, XI, 290. Foresti (G.), X, 112. Fornaretta, XII, 15. Fornarina (la), XII, 274. Foscari, XII, 338. Foscolo, X, 452; XI, 399; XII, 114 et _passim_. Fox, IX, 159; X, 138, 216; XI, 361; XIII, 14. Fox (Henri), X, 222, 227, 238. _France_, IX, 168 et _passim_; X. _Passim_. François Ier, XII, 320. Françoise de Rimini, XII, 53. Frank, IX, 140 et _passim_. Franklin, X, 214. Frascati, XI, 282, 290. Frédéric II, IX, 169. Frédéric de Prusse, XII, 85, 324. Freiber (le docteur), XIII, 271. Frere, X, 211, 276. _Fribourg_ en Suisse, XI, 134. Friese, IX, 314. Froissart, IX, 168. Fuseli, X, 316, 318. Fusine, XI, 456.

G.

Gai (Sophie), XII, 129. Gail (Sophie), XII, 77, 96. Galilée, X, 454; XI, 277. Galles (princesse de), XI, 212. Gamba (Pietro), XI, 97, 402; XII, 195 et _passim_; XIII, 40. Ganymède, IX, 362. Garcilasso de la Vega, XIII, 162. Garrick, XI, 13. Gassendi, X, 454. Gatt, X, 234. Gay, IX, 234. Gell (sir Williams), IX, 269 et _seqq._, 364; X, 241. _Genève_, XI, 107 et _passim_. Georges Byron, XI, 283. Georges III, IX, 65; X, 209. Gernesey, XII, 395. Gertrude, XII, 199. Gibbet, XII, 190. Gibbon, IX, 109, 168, 231; X, 259, 373, 458; XI, 84, 107, 316 et _passim_. _Gibraltar_, IX, 313 et _passim_. Gifford (W.), IX, 283, 471, 473, 478 et _seqq._; X, 72, 109, 146 et _passim_; XI, 84 et _passim_; XII, 132 et _passim_; XIII, 30 et _passim_. Gil Blas, XI, 40; XII, 343. Gillies, IX, 169. Gilliers, X, 121. Ginguené, X, 189; XII, 50, 227. Giordani, XIII, 335. Giorgione, XI, 273. Giorgone, XI, 487; XII, 45. Giraud (Nicole), IX, 402, 457. Glenbervie (lord), X, 241, 244. Glennie (docteur), IX, 65 et _seqq._, 146. Godwin (Mary), XI, 406. Goëthe, X, 262; XI, 100, 263, 323; XII, 80, 86, 202; XIII, 19. Goetz (comtesse), XI, 262. Goldoni, IX, 486; XI, 294; XII, 42. Goldsmith, IX, 175, 234; X, 90, 154; XII, 142, 417. Gordon, XII, 123; XIII, 163. Gordon (Alexandre), cousin de Byron, IX, 198 et _seqq._ Gordon (C.), IX, 88. Gordon (Catherine) de Gight, IX, 25 et _seqq._, et _passim_, 445; X, _passim_; XI, 4. Gordon (duchesse de), IX, 202. Gordon de Gight, XII, 123, 130. Gordon, l'historien, IX, 168. Gordon (William), IX, 24. Gottingue, XII, 337. Gower (lord), X, 238 et _passim_. Grafton (duc de), X, 77. Grammont (le chevalier de), XII, 122, 343; XIII, 82. _Granta_, IX, 190 et _passim_. Voir _Cambridge_. Grattan, X, 138, 141, 142; XI, 93; XII, 351; XIII, 106. Gray, IX, 175, 231, 233, 433, 446; X, 162, 422; XI, 113, 355; XII, 144. Greathead, XI, 290. _Grèce_, IX, 168 et _passim_; X, 121, 214. _Greet_, rivière, IX, 161. Gregson (Robert), IX, 264. Grenville (lord), X, 56 et _passim_, 138. Greville, X, 67 et _seqq._ Grey (lord) de Rutlen, IX, 102, 176, 247, 254; X, 77, 138, 278, 318 et _passim_. Grillparker, XII, 201. Grimaldi, IX, 250. Grimm, X, 167, 188, 304; XII, 75, 227. _Grindelwald_, glacier du canton de Berne, XI, _passim_, 131. Gritty, XI, 363. Grose, IX, 289. Guercin, XI, 173. Guicciardini, IX, 170. Guiccioli, XI, 402, 420 et _seqq._; XII, 12 et _passim_, 97, 177 et _passim_. Guiccioli (le comte de), XII, 16 et _passim_; XIII, 17 et _passim_. Guido, XI, 419. Guido Cavalcanti, XII, 239. Guido Sorelli, XII, 201. Guilford, XIII, 241. Guillaume, XI, 278. Guillaume, prince d'Orange, X, 202, 215. Guillaume-Tell, IX, 169; XII, 238. Gustave III, X, 478. Gustave-Adolphe, IX, 169. Gustave-Wasa, IX, 169. Guthrie, IX, 170.

H.

Hafez, XIII, 283. Hafiz, IX, 174; X, 470. Hailstone, IX, 141 et _seqq._ Hamlet, XI, 440; XII, 386. Hampden, X, 229; XI, 192. Hanbon, X, 306. Hancock, XIII, 167, 174. Hannon, XIII, 33. Hans Carvel, XII, 21. Hanson (John), IX, 79, 247, 266, 371, 458; X, 296; XI, 313. Harcourt (général), IX, 299. Hardwicke (lady), X, 313. Harley (lady Charlotte), X, 115. Harness (William), IX, 94, 237 et _seqq._, 277 et _seqq._; X, 17 et _passim_. Harris, IX, 350; XII, 250, 256. _Harrowgate_, IX, 138 et _seqq._ Harrowly (lord), X, 56. _Harrow-on-the-Hill_, ou _Harrow-la-Montagne_, IX, 74, et _passim_; X, 19 et _passim_; XIII, 10 et _passim_. Hurle, IX, 169. Harte, IX, 169. Harvey, IX, 437. Harwood (sir Busick), X, 442. Hastings, XII, 424. Hatchard, IX, 283 et _seqq._ Hato, XIII, 226. _Havane_ (_la_), X, 243. Hawkin, IX, 421. Hawkins Browne, X, 106. Headfort (marquise d'), IX, 202. Heathcote (lady), X, 135 et _passim_. Heathcote (sir Gilbert), XI, 38, 41. Hébert, X, 276 et _passim_. _Hébrides_, IX, 201. _Hécla_, IX, 201. Hector, l'historien, IX, 168. _Hellespont_, IX, 361 et _passim_, 370; XII, 263. Henley, IX, 315. Henri, XII, 118. Henri IV, roi de France, XI, 41. Henri VIII, X, 362. Henry Drury, XIII, 18. Henry Fox, XI, 282. Henry, l'historien, IX, 168. Hentsch, XI, 169 et _passim_; XII, 351. Héraclite, XIII, 332. Herbelot, X, 272. Herbert de Cherbury (lord), IX, 115. Héro, IX, 371. Hérodote, IX, 168. Hervey, XI, 355, 356 et _passim_. Hesketh, XIII, 197. Hester (lady), IX, 400 et _seqq._ Hey (le capitaine), XIII, 13. Hinckly, XII, 402. Hiron, IX, 220. Hobbes, IX, 170; XII, 409. Hobhouse (John Cam), IX, 212 et _passim_, 459; X, _passim_, 297; XI, _passim_; XII, _passim_. Hoby, XII, 103. Hodge, XIII, 235. Hodgson (Francis), IX, 257, 261 et _passim_; X, _passim_; XI, 233. Hogg, X, 410 et _seqq._, 422 et _passim_. Holderness (lady), IX, 74. Holinshed, IX, 168. Holland (docteur), IX, 339; X, 176; XI, 296. Holland (lady), X, _passim_; XI, 113 et _passim_. Holland (lord), IX, 287; X, 14, 49 et _passim_, 138; XI, 92 et _passim_. _Hollande_, X, _passim_. Holmes, XI, 272, 353; XII, 273 et _seqq._ Homère, IX, 439; X, 447, 465; XI, 8; XII, 143. Honoria, XI, 427; XII, 39. Hooke, IX, 168. Hooker, IX, 171. Hope, XI, 171. Hope (Mrs.), XI, 95. Hopkins, XIII, 296. Hoppner, XI, 325 et _seqq._ Horace, IX, 87, 233, 234, 402, 428; X, 168, 320, 361; XII, 54, 143. Horace Mann, XI, 356. _Horestan-Castle_, IX, 19. Horner, X, 226, 238; XI, 250, 269, 297. Howard (Frédéric), XI, 21. Hubert (saint), X, 397. Hudson Lowe, XI, 92. Humbold, XII, 20. Hume, IX, 168, 170, 232; X, 454. Humphrey Davy, XII, 63, 71. Humphrey Klinker, XII, 73. Huns (les), XII, 160 et _passim_. Hunt (Leigh), X, 133, 134, 136, 229, 426; XI, 41, 42, 54, 55 et _passim_, 256; XIII, _passim_. Hunter (John), IX, 32. Hunter (P.), IX, 83, 88. Huntingdon, XII, 118. Huntingdon (lord), IX, 192. Hutchinson, IX, 23. Hutton, IX, 199. _Hymette_, IX, 350; X, 18. Hymne, XIII, 62.

I.

Ianthé. _Voir_ Harley (lady Charlotte). Ibrahim-Pacha, IX, 336. _Ida_, mont de la Troade, IX, 43, 362. Idra, XIII, 103. _Ilissus_, IX, 362. _Illyrie_, IX, 336, 362. Inchbald (Mrs.), X, 245; XI, 342. Indercauld XII, 440. _Indostan_, IX, 170, et _seqq._ _Inverary_, IX, 201. _Ipswich_, IX, 215. _Irlande_, IX, 168 et _passim_; X, 4 et _pass._; XI, _pass._ _Islande_, IX, 174, 201. Ismaël, XI, 173. Ismaïl, XIII, 36. Israel Bertuccio, XII, 336. Israeli (docteur), IX, 86, 421; X, 313, 454; XI, 17, 244. _Istamboul_. Voir _Constantinople_. _Italie_, IX, 170; X, _passim_; XI, _passim_, 201, 236. _Iungfrau_, XI, _passim_, 127, 130, 246. _Iungfrau_ (Suisse), XI, 323. Ivanhoe, XII, 84.

J.

Jackson, IX, 250 et _passim_; X, 163, 211, 219, 312 et _passim_. Jacobson, XII, 339. Jambelli, XII, 7. _Janina_, IX, 336 et _passim_; X, _passim_. _Java_, X, 394, 395; XII, 205. Jean, XII, 118. Jean-Jacques, XII, 136. Jeanne d'Arc, XII, 150. Jeffrey, IX, 286; X, 3 et _seqq._, 121, 163, 167 et _passim_; XI, 23 et _passim_; XII, 280. Jéhovah, XII, 444. Jekyll, IX, 251 et _seqq._ Jérémie, X, 399. Jerostati, XIII, 200, 235, 236 et _passim_. Jersey (lady), X, 76 et _passim_; XI, 89, 187. Jersey (lord), X, 88 et _pass._ Jérusalem, XII, 104. _Joannina_. Voir _Janina_. Job, X, 196, 404. Jocelyn (lord), IX, 87. Joe Manton, XII, 210. John Russel, XI, 454. John (saint), XI, 314. John Bull, IX, 477; X, 181. Johnny Keat, XII, 119. Johnson, IX, 153, 170, 246, 308, 424, 477; X, 230, 322, 330, 369, 401; XI, 27; XII, 21. Johnson de Cheapside, XI, 204. Johnston (J.), XI, 109, 110. John Wilson, XII, 69. Jonathan _ou_ Jonathas, IX, 191. Jones (sir William), IX, 170. Jones, répétiteur de Byron, IX, 216. Jordan, X, 309. Joseph, X, 271. Josepha (dona), IX, 325. Jossy, XIII, 52. Josué Reynols, XII, 194. Julia, XII, 110. Juliette, XI, 182; XII, 233. Junius, X, 209, 210. Juvénal, X, 322, 363; XI, 9.

K.

Kaimes (Henri, lord), IX, 170. Karrellas, XIII, 103 et _seqq._ Katinka, fille de Theodora Macri, IX, 351, 366. Kay d'Édimbourg, IX, 77. Kean, X, 299, 300, 386, 387, 391 et _passim_; XI, 14, 16 et _passim_, 70, 438. Keith (lady), X, 306 et _passim_. Kelly (Fanny), XI, 29. Kemble, X, 28, 299, 300, 335. Kenilworth, XII, 281. Kennedy, 139 et _passim_. Kidd, IX, 313 et _passim_. _Voir_ surtout 318, 319. Kien-Long, IX, 174. Kinnaird (Douglas), X, 25, 129, 457, 462; XI, 16 et _passim_; XII, 103 et _passim_; XIII, 9 et _passim_. Kiske White, XII, 355. Kleist, XIII, 162. Klopstock, IX, 87. Knight (Galley), IX, 213; X, 261, 363. Knolles, IX, 169, 421. Knox, XIII, 131. Korner, XIII, 162. Kosciusko, XII, 225. Kutoffski, XIII, 162.

L.

La Dame Blanche d'Avenel, XII, 156. Lafontaine, XI, 397. Laharpe, XII, 246. Lalla Rook, XI, 302 et _passim_. Lamb, IX, 286. Lamb (lady Caroline), X, 55, 276, etc. Lambert (Mrs.), IX, 69. Lamech, XII, 118. _Lancashire_, IX, 326. Landerla (lord), X, 296. Lanfranchi, XII, 431. Langhorne, XII, 328. Lansdowne (marquis de), X, 88, 138, 298 et _passim_; XI, 284. _Larisse_, XIII, 225. Larochefoucauld, X, 200, 232. Lauderdale, IX, 231; X, 139. Laure, X, 256; XI, 273. Lavalette (Mme), XI, 110. Lavallière, XII, 293. Lavater, X, 316, 425. Lavender, IX, 62, 230. Lawrence, IX, 434; XII, 206. _Layback_, XII, 198. Leacroft, IX, 144. Leake, IX, 338, 361, 424; X, 111. _Léandre_, IX, 361 et _passim_; XII, 263. Leckie, X, 67 et _passim_. Lee (Nathaniel), XI, 237. Lega, XII, 197. Leibnitz, X, 454. Leicester (le colonel), XIII, 160. Leicestershire, XII, 402. Leigh (colonel), IX, 25 et _passim_; X, 477. Leigh Hunt, XIII, 31 et _passim_. Leigh (Mrs.) _Voir_ Augusta Byron. Leila, X, 221. Leinster (duc de), IX, 192. Leland, IX, 168. Leman, XII, 229. Léonard de Vinci, XII, 183. Leoni, XII, 69. Lerici, XIII, 50. Lewis (M. G.), X, 191, 193, 228 et _passim_, 242, 256; XI, 40, 91, 166, 263, 298, 306, 309; XII, 20. Licenza, XI, 290. _Lisboa_, IX, 487. Voir _Lisbonne_. _Lisbonne_, IX, 293 et _passim_; XI, 268. Liston, X, 42; XII, 6. Little, IX, 146; XI, 396. _Little-Hampton_, IX, 135. Littleton (lords), père et fils, IX, 222, 224. Liverpool (lord), X, 147. Livingstone (docteur), IX, 32. _Loch-Leven_, IX, 58; XII, 123. _Loch-na-Gar_, IX, 41 et _seqq._ Lockart, XII, 440. Locke, IX, 109, 170, 231; X, 297, 454. Lockhart, IX, 167. Lodburg, IX, 174. Londo (André), XIII, 207, 243. Londonderry, XIII, 38. _Londres_, IX, _passim_; X, _passim_; XI, _passim_. Long (Edward), IX, 88, 114, 117 et _seqq._, 213. Long (miss), X, 20. _Longhborough_, IX, 215; X, 79. Longman (MM.), IX, 443; XI, 31, 167, 190, 410. Lope de Vega, XI, 263. Louch, IX, 251. Louis CVI, X, 389. Louis XVIII, X, 374, 375. Louvel, XII, 85. Love, X, 149, 228, 258, 271. Luc, XIII, 172. Lucca Vega, XIII, 269. Lucifer, XII, 388, 389, 444 et _seqq._ Lucine, X, 174; XI, 39. Lucrèce, poète, X, 149, 200, 365; XII, 113; XIII, 8. Ludd, XI, 195, 196, 218. Ludlow, XI, 119, 120. Lusieri, IX, 402. Lutzerode, XIII, 19. Luxembourg (le maréchal de), XII, 292. Lysandre, XIII, 332.

M.

_Macédoine_, IX, 336. Machiavel, X, 314; XI, 277; XII, 221. Mackensie, IX, 153 et _seqq._, 171. Mackintosh (sir James), X, 154, 170, 176, 181 et _passim_, 227, 256, 279; XI, 14, 79, 80 et _passim_. Mac-Mahon, XIII, 52. Mac-Millan, X, 110. Macnamara, IX, 213. Macpherson, IX, 246. Madden, XIII, 354. Madocks (John), X, 83. _Madras_, IX, 260. Mahmoud-Pacha, IX, 376. Mahomet, IX, 174; X, 118, 205. Maitland, XIII, 165. Malachi, XI, 30, 31. Mallet, X, 85. _Malte_, IX, 333 et _passim_. Manal, XI, 433. Manfred, XI, 227 et _passim_. Mansel (lord), IX, 220. _Mansfield_, IX, 144, 255, 289. Manton, IX, 423; X, 198. _Mantoue_, XI, 270. Manuel, XI, 306. _Marathon_, IX, 360. Marcien Colonne, XII, 248. Marco Botzari, XIII, 135 et _passim_. Mardyn (Mrs.), XI, 23. _Marengo_, X, 377; XI, 182. Margarita, XI, 351. Margarita Cogni, XI, 369. Maria Montanari, XII, 223. Mariana, fille de Theodora Macri, IX, 351 et _seqq._, 366. Marianna S***, XI, 186, 194, 211, 219, 222, 242, 248, 258, 362. Marie ***, IX, 150; XII, 131. Marino Faliero, XII, 60. Mariscalchi, XII, 45. Marlborough, IX, 170. Marlow, XI, 323. Marmontel, IX, 86, 170; XI, 193. _Marseille_, IX, 419. Marshall, XIII, 279. Marta Blount, XII, 280. Martial, X, 35. Mary (lady), XI, 385. Masaniello, IX, 170; XII, 219. Mason, IX, 433. Masséna, IX, 477. Mathieson, XI, 112. Mathieu (saint), XI, 242. Mathurin, XI, 33, 80, 114, 256, 259, 289. _Matlock_, IX, 103 et _seqq._; X, 174. Matthews (Arthur), IX, 454. Matthews (Charles Kime), IX, 119, 211 et _seqq._, 288 et _seqq._, 452 et _seqq._, et _passim_. Matthews (John), esq de Belmont, IX, 454. Maugiron, XII, 292. Mauley, XI, 295. Maupertuis, XII, 235. Mavrocordato, IX, 421; XIII, 137 et _passim_. Mawinan, XII, 378. Mayer, XI, 175. May-Gray (miss), IX, 31, 54, 63, 76 et _seqq._ Médée, XI, 395. Médora, XII, 339. Medwin, XII, 433; XIII, 42. _Mégare_, IX, 391. Melbourne (lady), X, 198, 216 et _passim_; XII, 20. Melbourne (lord), X, 276; XI, 352. _Melite_. Voir _Malte_. Melpomène, X, 421. Mendehlson, XII, 298. Mengaldo, XI, 416; XII, 264. Méphistophélès, XII, 435. Mercati, XIII, 241. Mérivale, IX, 409; X, 276, 290, 304 et _passim_. Métastase, X, 187. Metaxata, XIII, 137. Mézerai, IX, 168. Mezzophanti, XIII, 335. Michalson, IX, 254. Michel, XIII, 30. Michel (saint), X, 181. Michel-Ange, XI, 277 et _passim_. _Middleton_, X, 88 et _passim_. Mignot, IX, 421. _Milan_, XI, 171 et _passim_, 181. Milbanke (lady), X, 438; XI, 12, 18, 55, 56, 406. Milbanke (miss Annabella). _Voir_ Lady Byron. Milbanke (sir Ralph), X, 435 et _passim_; XI, 22, 56. Mildmay, XIII, 80. Miller, IX, 443; X, 18. Millinger, XIII, 149. Milnes (Bob), X, 138. Milness, IX, 213. Milon, X, 320. Milton, IX, 86, 180, 231, 234, 436; X, 38, 162, 455; XI, 101; XII, 149 et _passim_. Minerve Sunias, IX, 351. Mirabeau, X, 139, 214, 401. Mirza, XI, 437. Missiaglia (Gioe Bata), XI, 354. _Missolonghi_, IX, 334 et _passim_; XII, 171; XIII, 107. Mitchell, X, 136. Mitford, IX, 168; XII, 206. Moira (lord), X, 77. Moïse de Chorène, XI, 257. Mokanna, XII, 461. Moncade (marquis de), XI, 329. Montague, XI, 330, 389; XII, 312. Montague (lady Wortley), IX, 377, 421. _Mont-Blanc_, XI, 115, 120 et _passim_. Montesquieu, IX, 170. Monti, X, 301; XI, 173, 176, 180, 262. _Mont-Palatin_, XI, 285. _Mont-Rose_, XI, 132. Montrose, XII, 48. Monzoni, XII, 82. Moore (docteur), XI, 230. Moore (Mrs.), X, 398, 421, 478; XI, 22. Moore (Olivia Byron), X, 477. Moore (Peter), XI, 16, 36. Moore (Thomas), IX, 118 et _passim_; X, 6 et, _passim_, 208, 217; XI, _passim_; XII, 5, 11 et _seqq._, 146 et _passim_. _Voir_ Little. _Morat_, XI, 134, 211; XII, 196. _Morée_, IX, 336 et _passim_; XI, 244. Moréri, X, 375, 376, 378. Morgan (lady), IX, 87; XII, 103 et _passim_. Morland, XI, 310, 328. Morosini, X, 307. Morti, XI, 415. Mosheim, XI, 257. Mossi, XI, 345. Mosti, XII, 113. Muir, XIII, 158. Mule (Mrs.), X, 303. Muley-Moloch, XII, 162. Muller, XI, 112; XII, 202. Muller (Adolphe), XII, 202. Mulock, XII, 49. Mungo-Park, IX, 170; XI, 29; XII, 20. Murat (Joachim), XI, 41. Muratori, XI, 227. Murillo, XI, 274. Murray (Joe), domestique de Byron, IX, 52, 261, 262, 329, 359, 371, 360, 426, 458. Murray (John), libraire, IX, _passim_, 414, 444; X, _passim_; XI, _passim_. Muster (John), IX, 108.

N.

Napier, XIII, 129, 163 et _passim_. _Naples_, XI, 249, 268. _Napoli_, IX, 395. Navagero, XII, 99. _Naxos_, X, 143. Negri, XIII, 103. Neifperg, XI, 449. _Neufchâtel_ en Suisse, XI, 135. _Newark_, IX, 137 et _passim_; X, 340 et _passim_. _Newstead-Abbey_, IX, 289 et _passim_; X, _passim_; XI, _passim_. _Newsteadt_, IX, 21 et _passim_; X, 21 et _passim_. Newton, IX, 170; X, 454. _Nicopolis_, IX, 339. Nisus, IX, 191. Noël (Edward), IX, 117. Noël (lady), _Voir_ Lady Milbanke. _Noire_ (mer), IX, 372 et _passim_. Norberg, IX, 169. Norfolk (duc de), X, 77; XI, 360. Normann, XIII, 280. _Norwége_, IX, 174. Nota Botzari. _Nottingham_, IX, 62 et _passim_. Numène, XIII, 343.

O.

Oakes, IX, 333. Odry, X, 43. O'Higgins, XI, 34. Olympia, XII, 112. Opie (miss), XI, 341. Oreste, IX, 191. Orme, IX, 170. Orphée, XII, 315. Orrery, X, 452. Ossian, X, 246. Ostasio degli Onesti, XII, 239. Otway, IX, 466; X, 98; XI, 189, 258. _Ouessant_, IX, 443. Overreach, XI, 438. Ovide, X, 279. Oxford (lord), X, 108 et _passim_; XIII, 14. _Oxford_, IX, 115 et _passim_. _Voir_ surtout 231, 233; X, 47.

P.

Paley, IX, 170. Palmerston, XII, 101. Paméla, XII, 181. Pancras Church, XIII, 285. Pandore, XI, 258. Panthéon, XI, 285. _Parga_, IX; 345. Parker (miss Augusta), IX, 74. Parker (miss Marguerite), IX, 73 et _seqq._ Parker (sir P.), X, 437. Parkins (miss Fanny), X, 421. _Parnasse_, IX, 43, 346 et _passim_. Parruca, XIII, 233 et _seqq._ Parry, XII, 255; XIII, 198 et _passim_. Parsons, XI, 290. _Parthénon_, IX, 357. Partridge, XI, 232. Pascal (le père), XI, 334. Paterson, maître de Byron, IX, 37. _Patras_, IX, 334 et _passim_; XIII, 132. Paul (saint), IX, 229; XI, 257, 282. Paulo Purgante, XI, 440; XII, 21. Pausanias, XII, 88. Payne Knight, IX, 241. Peachey, XIII, 17. Peel (William), IX, 123. Pell, IX, 84, 91, 92; X, 138; XI, 92, 441. Pellegrino, XI, 481. Pellew (sir Edward), X, 158. Pénélope, XII, 155. Penn, X, 214. Penruddock, IX, 143. Perceval, X, 82. Percy, XI, 303. Perry, X, 104 et _passim_; XI, 21 et _passim_, 238, 239. _Perse_, IX, 174, 314. _Persépolis_, IX, 314. Peter-Bell, XII, 104. _Pétersbourg_, X, 165. Pétrarque, IX, 431; X, 256, 446, 451, 452; XI, 91, 273; XII, 144; XIII; 299 et _passim_. Petrotini, XI, 311. Phannio, X, 221, 227. _Philé_, IX, 348. Phillips, X, 274 et _passim_, 408. Philopémen, XIII, 147. Pia (la), XII, 224. Pierce Plowman, IX, 175. Pierrepoint, XIII, 80. Pierre (saint), XI, 282. Pierre (Tzar), IX, 169. Pietro Perugino, XII, 417. Pigot (John), IX, 128 et _passim_. Pigot de Southwell, XII, 399. Pigot (miss Élisabeth), IX, 130 et _passim_. Pigot (Mrs.), IX, 158 et _passim_. Pindemonte, XI, 290, 296. Pinkerton, IX, 170. Piozzi, XI, 290. _Pise_, XI, _passim_, 236. Pitt (William), IX, 65, 435; X, 138, 141. Platon, X, 444. Plaute, XII, 143. Plutarque, IX, 168; X, 360. Polidori (John William), XI, 98 et _passim_, 143 et _seqq._, 174, 223, 269, 274, 295. Politien, IX, 180. Polonius, XII, 83. Pompeïa, XII, 171. _Pont des Soupirs_, XI, 298. Pope, IX, 172, 218, 234, 262, 265, 293, 308, 436, 439; X, 58, 113, 117, 323, 443, 444, 447; XI, 75, 101, 251, 279, 320, 356; XII, 144 et _passim_. Porson, IX, 454; X, 253. Porteus, IX, 171. Portman, X, 101. Portsmouth (comte de), X, 306, 307. Portsmouth (Marie-Anne, comtesse de), X, 306, 308. _Portugal_, IX, 169 et _passim_; X, _passim_. Pote, X, 20. Potier, X, 42. Potter, IX, 168. Powell, IX, 271. Power, X, 405, 480. Powerscourt (lord), IX, 123, 239; XII, 398. Pratt, IX, 284, 428, 440, 441, 469. Prault, X, 66. Prepiani, XI, 272. _Prévésa_, IX, 334 et _seqq._; XIII, 218. Priam, IX, 270. Price, IX, 213. Prideaux, XII, 101. Priestley, XIII, 330. Le Prince de Ligne, XIII, 314. Prior, XI, 396. Prométhée, XI, 324; XII, 279. _Prusse_, IX, 169. Pryce Gorgon (L.), XI, 104, 105. Pulci, XII, 37. Pulteney, X, 66. Purling, IX, 258. Putiphar, X, 271. Pye, X, 85. Pylade, IX, 191. Pym, X, 229. _Pyrée_, IX, 357; X, 119. Puységur, X, 201. Pythagore, XI, 217.

Q.

Quevedo Redivivus, XII, 404. Quintilien, IX, 171.

R.

Rabelais, IX, 171. Racca, XI, 112. Rae, XI, 23, 24, 36. Raiesford, IX, 87. Raphaël, XI, 277, 281; XII, 274. Rapin, IX, 168. _Ravenne_, XI, 427 et _passim_. Ravenswood, XII, 48. Récamier (Mme), X, 304. Regnard, XII, 211. _Reichenbach_ (chute de) en Suisse, XI, 132. Reinagle, XI, 106. Reynolds, X, 301, 343. Rhodes, IX, 213. Rice, IX, 87. Richard III, X, 343. Richardson, IX, 171; XII, 182. Riddel (lady), IX, 100. Ridge, IX, 132, 137 et _passim_; X, 342; XI, 206. Ripperda, X, 205. Rivington, XII, 441. Robertson, IX, 179; XII, 131. Robinson Crusoé, XI, 172. _Rochdale_, IX, 19 et _passim_; X, _passim_; XII, 215. Rock (capitaine), X, 186. Roderick Random, XII, 21. Rogers, professeur de Byron, IX, 62 et _seqq._ Rogers (Samuel), IX, 270; X, 9 et _passim_, 207, 217; XI, 11 et _passim_; XII, 142 et _passim_, 414. Rollin, IX, 168. _Rome_, IX, 168; X, 214; XI, _passim_, 249. Roméo, XI, 198; XII, 233. Romilly (S.), X, 226. Rosa Maltida, IX, 287. Roscoe, X, 140; XII, 189. Rose (mister), XI, 315; XII, 17, 46. Ross, maître de Byron, IX, 37. Rossi, XII, 183. Rossoe, X, 100. Rouffigny (l'abbé de), IX, 114. Rousseau (J.-J.), IX, 170 et _seqq._, 255 et _seqq._; X, 187, 360; XI, 108, 121, 266, 267. Rowcroft, XIII, 19. Rowe, XII, 290. Rubens, XI, 274. Ruppsecht, XII, 80. Rush, XII, 403. Rushton (Mrs.), IX, 312, 330. Rushton (Robert), IX, 310 et _seqq._, 330, 359, 371, 380, 448, 449, 458; X, 43 et _seqq._; XI, 98. Russell (lord John), IX, 99; X, 226. Russi, XII, 233. _Russie_, IX, 169, 312. Ry (lady), X, 226. Rycaut (sir Paul), IX, 169, 421.

S.

Sadi, IX, 174. Saint-Alban, X, 33. Saint-Aubyn, XI, 211. Saint-Just, X, 214. Saint-Pierre (la basilique), XII, 457. _Salamanque_, X, 101. _Salamine_, IX, 357. Salluste, IX, 168, XII, 185. Salomon, X, 271, 352; XI, 200. _Salona_, IX, 341, 423; XIII, 250. Salvo (marquis de), IX, 331. Sane, XI, 304; XII, 85. Sanders, IX, 379 et _passim_; X, 108, 116. Sandi, XII, 99. Santa Chiara, XII, 264. Sanuto, XII, 99. Sapho, XII, 143. _Sardaigne_, IX, 329. Sardanapale, XII, 202. Sarkis Théodosien, XI, 293. Satan, X, 181. Savage, XI, 360. Scaliger, XI, 183. Scalza, XIII, 277. _Scamandre_, IX; 362. Scapin, XIII, 91. Schiller, IX, 169; X, 301; XI, 259. Schlegel, XI, 112; XII, 127. Schwartzenberg, X, 304. Scio, XIII, 132. Scott (Alexandre), d'Aberdeen, IX, 56; XII, 264. Scott (John), X, 136. Scott (Walter), IX, 170, 337, 397, 414, 435; X, 86, 89, 162 et _passim_, 197, 217, 311, 381; XI, 3 et _passim_, 234, 256, 311, 320; XIII, 11 et _passim_. Scrope, XI, 353. Scrub, X, 244. Sébastiani, XI, 47. Sémiramis, XI, 14. Sénèque, XII, 206. _Sestos_, IX, 360 et _passim_. _Séville_, IX, 322 et _passim_, 378; XI, 171. Shakspeare, IX, 234; X, _passim_, 449, 456, 457; XI, 178, 189, 397; XII, 144 et _passim_. Sharpe (Richard), X, 211, 215 et _passim_; XI, 11, 166, 261; XII, 195. Sheers, XIII, 198. Sheldrake, IX, 66. Shelley, XI, 114, 136 et _seqq._, 367; XII, 20, 434 et _passim_; XIII, 34, 38. Shelley (Mrs.), XI, 136 et _passim_, 152. Shenstone, X, 422. Sheppard, XII, 426. Sherard, IX, 204. Sheridan, IX, 171, 397; X, 55, 127 et _seqq._, 139 et _passim_, 195, 251, 308; XI, 38, 39 et _passim_, 65, 247, 260 et _passim_; XII, 20, 410. Shéridan (l'auteur), XII, 159. _Shiraz_, IX, 174; X, 470. Shuffleton, XII, 79. Shylock, XI, 259. _Sicile_, IX, 360; X, _passim_. Siddons, XII, 209. Siddons (Mrs.), IX, 25; XI, 4. _Simplon_ (_le_), XI, 170 et _passim_. Sinclair (George), fils de sir John, IX, 85. _Sion_, IX, 324. Sismondi, X, 187, 314 et _passim_; XII, 99. Sisseni, XIII, 232. Sligo (lord), IX, 388 et _passim_; X, 118 et _passim_. Smart, XII, 298. Smelfungus, XII, 297. Smith, X, 113. Smith (Henri), IX, 220. Smith (miss), depuis Mrs. Oscar Byrne, XI, 35, 36, 40. Smollet, IX, 168, 171, 262, 421; XI, 396; XII, 21, 73. _Smyrne_, IX, 357 et _passim_. Smythe, IX, 269. Socrate, IX, 229; XII, 216. Soleyman de Thèbes, X, III. Sommerset (duchesse de), XI, 113. Sophocle, X, 219; XII, 143. Sotheby, X, 366; XI, 23 et _passim_. _Souli_, IX, 340. Southcote (Johanna), X, 423, 425. Southey, IX, 170, 241, 436; X, 85, 177, 207, 217, 422, 463, 465; XI, 245, 320; XII, 149. _Southwell_, IX, 114 et _pass._ Spence, XII, 180. Spencer (lady), X, 81. Spencer (le poète), XI, 316. Spenser, IX, 429, 435; XII, 144. Spenser Smith (Mrs.), IX, 330 et _seqq._ Spenser (W.), XI, 91, 95. Spinelli Ruspini, XII, 242. Spins, IX, 172. Spolette, XI, 290. Sporus, XII, 148. Sprat, X, 123. Square, XII, 100. Squire Sullen, XII, 241. Staël (Mme de), IX, 256; X, 129, 149, 153, 163, 167, 169, 181, 191, 201, 227, 235 et _seqq._, 244, 246 et _seqq._, 256, 305, 331; XI, 91, 93, 111, 119, 156, 157, 179, 189, 259, 263, 311; XII, 137; XIII, 56, 71, 80, 87. Stafford (marquise de), X, 246. Stanhope (L.), IX, 370. Stanhope (le colonel), XIII, 143 et _passim_. Steele, XI, 67; XII, 294. Stella, XII, 292. Sterling, XIII, 125. Sterne, IX, 171; X, 231, 445. Sternhold, XII, 420; XIII, 297. Steven, X; 33, 394. Stevens, XIII, 187. Stevenson (sir John), XI, 20. Stothard, XI, 15. Stoven (Frédéric), XIII, 282. Stowe, XII, 304. Strabon, IX, 170. Strafford-Canning, X, 378, 423. Strafford (miss), XII, 293. Strane, IX, 341, 342, 390 et _seqq._ Strangford (lord), IX, 146. Sturgeon, XIII, 198. _Suède_, IX, 169. _Suisse_, IX, 169; XI, _passim_. _Sunium_. Voir _Cap Coloure_. Suzanne C***, X, 70. Sukias Somalien, XI, 293. Swift, IX, 234, 293, 308, 424, 431, 436; X, 66, 130, 452, 466; XII, 128. Sydney, XII, 323. Sydney Osborne, XIII, 107. Sydney (sir Philippe), X, 109. Sylla, IX, 442; X, 214, 321, 371. _Symplégades_, IX, 372. Syricci, XII, 46.

T.

Taafé, XII, 42. Tacite, IX, 168; X, 277. _Tage_, IX, 321 et _passim_, 370. Talleyrand (Mme), XI, 349. _Tamise_, IX, 201. Tasse (le), IX, 87; X, 219; XI, 270; XII, 144. Tassoni, XII, 167. Tatersall, IX, 88, 236, 237, 494; XII, 399. Tavernier, XI, 135. Tavistock (marquis de), IX, 192; X, 129. Taylor, XI, 26. _Tebelen_, IX, 335 et _seqq._ Teignmouth, IX, 170. Tékéli, IX, 170. Tem, IX, 114. Térence, XII, 143. Terni, XI, 290. _Thèbes_, IX, 348. Thémistocle, XII, 238. Théocrite, XII, 143. Theodora Macri, IX, 351. Théodore, XII, 39. Théophile, XIII, 343. Theresa, fille de Theodora Macri, IX, 353, 366; X, 227. Thersandre, XIII, 162. Thésée, IX, 357. Theulow, X, 78. Thibault, IX, 169. Thistlewood, XI, 85. Thomas d'Ercildoune, IX, 175; X, 177. Thomas Hall, XIII, 37. Thomson, IX, 234; X, 95; XII, 149. Thorwaldsen, XII, 341; XIII, 4. _Thoun_, en Suisse, XI, 126, 127 et _passim_. Thucydide, IX, 168; XII, 221. Thurlow, X, 218; XI, 304. Thwacum, XII, 100. Thyrza, IX, 493. Tibère, XII, 220. Tierney, X, 247; XIII, 79. Tillotson, IX, 171. Timon, XIII, 296. Timourlam, XII, 167; XIII, 14. Tindal, IX, 168; XIII, 149. Tiraboschi, XII, 227. Tita, XII, 163. Tite-Live, IX, 168; X, 124; XI, 207. Titien, XI, 272, 273, 277. Toderini, X, 173. _Tomarit_, mont, IX, 360. Tom Jones, XII, 21. Tonson, X, 117. Tony Lumpkin, XI, 439. Tooke, IX, 169. Toote (miss), X, 391. Torwalzen, XI, 292. Tott (de), IX, 421. Townsend, IX, 475. Travis, XI, 332. Trelawney, XIII, 41, 117 et _passim_. Trevanion (miss), IX, 274. _Trieste_, IX, 331. _Tripolitza_, IX, 391 et _passim_; XIII, 109 et _passim_. Tristram Fickle, IX, 143. _Troade_, IX, 359, 362; X, 112. _Troie_, IX, 362. Tucker, IX, 409. Turgesius, XI, 31. Turner, XII, 261 et _seqq._ _Turquie_, IX, 169 et _passim_; X, _passim_; XI, 171. Tyane, XII, 329. Tyrtée, IX, 263.

U.

Ugolin, XII, 224. Ulysse, X, 464. Ulysse (le prince), XIII, 244. Upton, XI, 37. Usher, XI, 257. _Utraikey_, IX, 344.

V.

Vacca, XI, 224, 236. Valentia, XI, 92. Valpy, XII, 368. Valter Porter, XI, 299. Vampire (le), XI, 405. Vanbrugh, X, 309; XII, 294. Vanessa, XII, 292. Vathek, X, 272. Vathi, XIII, 131. Vatican, XI, 285. Vatkins, XIII, 35. Velasquez, XI, 274. Vellum, XIII, 36. Vely-Pacha, IX, 336, 394 et _passim_; X, 192. Vénézuela, XII, 11. _Venise_, XI, _passim_, 186 et _seqq._ _Vérone_, XI, _passim_, 177, 178, 182. Vertot, IX, 169. Vestris, XII, 187. _Vésuve_, XI, 287. Vincenzo (G.), XII, 194. Virgile, IX, 62, 63, 87, 233, 436; X, 190; XII, 143. Voltaire, IX, 168, 169, 228; X, 66, 370; XI, 60; XII, 73, 85, 128. Vondel, IX, 496. _Vortitza_, IX, 346, 347.

X.

Xénophon, IX, 168. Xinon, XIII, 343.

Y.

Yorick, XII, 154. York (duc d'), IX, 202, 278. Young, IX, 127, 309; X, 63, 445. Yussuf-Pacha, XIII, 202.

Z.

Zadig, IX, 229. _Zéa_, IX, 387. Zénon, IX, 229. _Zitza_, IX, 332, 336, 349. Zograffo (Démétrius), IX, 458. Zuleïka, X, 271 et _passim_. _Zuydersée_, X, 205.

W.

Waite, X, 300; XII, 157. Waller, XII, 144. Walpole, X, 97. Walpole (H.), XI, 341. Walsh, IX, 217. Warburton, XII, 290. Ward, X, 109, 183, 209 et _passim_; XI, 92. Warren (sir John), IX, 52. Warton, IX, 231; XII, 141, 291. Warwick (comte de), X, 197. Washington, X, 214, 377, 378. Waterhouse, XII, 334. _Waterloo_, XI, 22, 93, 104, 105, 109. Wathen, IX, 120. Watson, IX, 259. _Wattier-Club_, X, 33, 393; XI, 37, 91. Way, X, 68. Webb, XIII, 119, 184. Wellesley (lord), X, 78. Wellington, XI, 22, 37; XII, 159; XIII, 32. _Wengen_, montagne de Suisse, XI, 129, 130 et _passim_, 246. Wentworth (lord), X, 438, 480; XI, 12, 18, 22. Werner, XII, 407; XIII, 3 et _passim_. Werther, XII, 126. West, XIII, 27. Westall, X, 115, 116. Westmoreland (lady), IX, 329. Whistlecraft, XI, 322; XII, 41. Whitbread, X, 127 et _seqq._, 138, 402; XI, 16, 20, 21. White (Harry) IX, 469, 475. Wieland, IX, 264; XII, 202. Wilberforce, X, 139; XI, 39; XIII, 52, 238. Wilbraham, IX, 311. Wildman, IX, 93, 109 et _seqq._, 114. Wilkes, XII, 292. Williams, XIII, 34. Williams (H. W.), IX, 356. Williams (Mrs.), IX, 78. Windham, X, 138, 216. _Windsor_, IX, 100; XII, 304. Wingfield, IX, 88, 238, 239, 452, 475. Winifred Jenkins, XI, 308. Winifred (Mrs.), X, 418. Witt, XIII, 38. Wittington, XI, 424. Wood (docteur Alexander), XI, 4. Woodhouselee (lord), IX, 154. Woolridge (docteur), X, 457. Wordsworth, IX, 198, 286; X, 217, 422, 425; XI, 143, 245, 320. _Worthing_, IX, 133 et _seqq._ Wrangham, X, 400; XII, 328. Wright, XIII, 187. Wych, XII, 181. Wycherley, XII, 290. _Wye_, rivière, X, 100, 101.

FIN.